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Bilan février 2020 : les César de la discorde.

Février

  • La fréquentation sera en baisse de 19,5% en février en l’absence de titres porteurs. Deuxième mois consécutif de baisse. Un sévère avertissement aux professionnels du cinéma.
  • Naissance d’un nouveau distributeur Platano Films qui démarre la mauvaise année, avec le documentaire Mamacita, le 12 février. Le film mexicain ne trouve que 2 écrans et cesse sa carrière à 438 spectateurs.
  • Les Magritte récompensent Duelles d’Olivier Masset-Depasse de 9 prix, dont celui du Meilleur film.

Les Oscars et les ricanements de Trump alors au sommet de sa popularité

  • Les Oscars, un palmarès « Parasité ». La cérémonie s’est tenue plus tôt en 2020, chamboulant nos habitudes et la carrière des dits films à statuettes. Cela tombe bien, le grand gagnant, Parasite, un film sud-coréen, est alors à l’affiche depuis près de 9 mois et a déjà fait son beurre en France. C’est désormais en vidéo, sur le secteur du collector, qu’il va être juteux. Bong Joon-ho est sacré meilleur réalisateur, Parasite meilleur film et même meilleur film étranger (n’aurait-il pas dû être supprimé de cette catégorie automatiquement en étant nommé de fait comme Meilleur film ?). Il reçoit même un prix pour son scénario. Donald Trump ironise, avec sarcasme et mépris. Si avec ces récompenses quelque chose a changé à Hollywood, le reste ne tend pas à bouleverser la donne. Peu surprises dans les statuettes. Tous les favoris se retrouvent là où on les attendait. Notre Joker, Joaquin Phoenix, est sacré meilleur acteur, Renée Zellweger est meilleure actrice en Judy alcoolique, Netflix obtient un prix via Laura Dern dans un second rôle pour Marriage Story… Brad Pitt n’est pas oublié pour Tarantino, Toy Story 4 est honteusement élu meilleur film d’animation de l’année. Pour ne pas chagriner Mendes et l’acclamé 1917, quelques prix techniques lui sont réservés. Tout cela est bien ronflant.
  • Succès du festival du court-métrage de Clermont Ferrand, avec 170 000 entrées pour sa 42e édition. Un succès pour une célébration parmi les rares à avoir pu se tenir normalement en 2020.
  • La célébration des 70 ans du festival international de Berlin se fait sous la pression d’un certain virus en provenance d’Asie. Le gel hydroalcoolique est déjà sur toutes les lèvres. La Berlinale se tient néanmoins du 20 février au 1er. Le sel des larmes de Philippe Garrel et Effacer l’historique (encore Blanche Gardin avec une histoire de téléphone portable !), sont sélectionnés. Jeremy Irons est le président.
  • Canal+ dévoile son plan d’intégration de Disney+ dans ses packs.
  • La gouvernance des César est attaquée dans une tribune signée par 227 membres de l’Académie. L’objectif : moins d’opacité, plus de démocratie, et une vraie parité homme femme au sein du conseil d’administration. Dans ce contexte, les membres du C.A. démissionnent le 13 février. Les nombreuses nominations du film de Roman Polanski, J’accuse, ont jeté de l’huile sur le feu. Des mouvements féministes radicaux galvanisés attaquent le réalisateur.
  • Carlotta ressort en salle Satantango, chef-d’œuvre de Béla Tarr d’une durée fleuve de 7h29. Jadis boudé à Cannes, le réalisateur hongrois devient « hype » et Carlotta annonce une réédition de trois de ses anciens films pour 2021. En anglais, on dit « We can’t hardly wait ».
  • Margaret Menegoz (distributrice à la tête des Films du Losange) assure la présidence des César par intérim jusqu’au 20 avril lors de la prochaine assemblée générale.

Les César de la discorde

  • Le 28 février 2020 se tient la 45e cérémonie des César. A l’image de la société française ou américaine, divisions, conformisme, rébellion se heurtent au mépris du public français. Si le succès des Misérables (Meilleur film, César du Public…) est salué, la colère et la sortie d’Adèle Haenel, conséquente à sa défaite pour le Prix de la meilleure actrice suivie immédiatement par la victoire de Roman Polanski dans la catégorie du Meilleur réalisateur, laisse une image amère. Le public lui a choisi. Polanski a réalisé 1 569 533 entrées ; Portrait de la jeune fille en feu, même s’il s’agit du plus gros succès de Céline Sciamma, s’est éteint à 312 481 spectateurs.
  • Aux USA et au Royaume-Uni, Portrait de la jeune fille en feu enflamme les critiques et le public des art houses. Adèle Haenel, notamment dans le New York Times, et surtout Celine Sciamma dans The Guardian en profitent pour régler leurs comptes avec le système français.
  • Le tournage du dernier Mission : Impossible, avec Tom Cruise interrompu à Venise, en raison de la crise du coronavirus.
  • Le 28 février, EuropaCorp voit son plan de sauvegarde validé. Le fonds américain Vine Alternative Investments Group en devient l’actionnaire majoritaire. Les actionnaires d’EuropaCorp en conservent 33% et Luc Besson via la holding Front Line 10,6%. Désormais, la société pourra produire deux films en anglais par an, ainsi qu’une production en français. En revanche, le distributeur EuropaCorp devra cesser toute activité aux USA et passer par des tiers pour l’exploitation de ses productions. Malheureusement, en décembre, à la suite de la crise de la Covid-19 et des conséquences sur les tournages, EuropaCorp demande à prolonger son plan de sauvegarde, malgré des comptes, pour 2019, passés au vert.

Frédéric Mignard

 Semaine du 5 février 2020

15 nouveautés et la confirmation que le marché lambine.

Birds of Prey, oiseau de malheur

Birds of Prey est la grosse machine de la semaine, mais la fantabuleuse histoire de Harley Quinn manque de panache et finit sa carrière juste au-dessus du million. Avec 412 178 entrées dans 593 salles, le film de Cathy Yan alimente les conversations le temps des vacances comme spinoff DC, mais réalise le minimum attendu. La semaine de la fermeture des cinémas, la kitscherie était encore diffusée dans 185 cinémas et c’est donc en toute logique que l’on retrouve le film le 17 juin, à la réouverture des cinémas, sur 72 écrans. Ce produit très moyen grappillera encore 7 000 entrées à l’occasion, mais il est clair que son total de 1 047 402 entrées le situe loin de la moyenne récente des DC Comics.

Birds of Prey et la Fantabuleuse Histoire de Harley Quinn, affiche du film

© DC / Warner Bros

Les autres grosses sorties de la semaine n’ont rien d’épatant. Le voyage du Dr. Dolittle a été un naufrage aux USA. Universal réussit à en tirer 1 293 055 globe-trotteurs, grâce aux vacances d’hiver et à l’absence de locomotive Disney ou de blockbuster français triomphal… La superproduction de près de 200 millions de dollars tient jusqu’à la fermeture des cinémas, mais Universal ne le relancera pas à la réouverture de juin. Ce produit raté est le 6e film de l’année en terme d’entrées.

Ducobu 3, plus gros résultat de la trilogie

Ducobu 3 sort le même jour et  finit 5e annuel avec 1 497 326. C’est une très bonne affaire pour UGC qui parvient à dépasser de 450 000 tickets le second volet sorti en 2012, et même à se payer la tête du premier film avec 7 000 spectateurs en plus sur ses entrées globales. La production fédère magnifiquement pendant 4 semaines en février et ressortira le 17 juin pour 7 semaines supplémentaires, certes symboliques, mais qui ont fait la différence.

Guy Ritchie convoque Matthew McConaughey et Charlie Hunnam dans The Gentlemen. Le casting n’est pas le plus alléchant, mais en ces temps de disette, SND se contente largement des 638 559 spectateurs. Quand le coronavirus frappe, le film s’affaiblissait déjà naturellement ; il n’a aucune raison de revenir en juin. Il sortira en VOD avant même la réouverture des cinémas.

#Je suis là avec Alain Chabat, cover VOD

Copyrights : Gaumont

Flops français : #Je suis là

Comme l’a démontré le film à sketchs Selfie, le téléphone portable et la comédie au cinéma, ce n’est pas franchement ça. #JeSuisLà est un flop immédiat, avec 112 363 entrées dans 387 salles. Il chute à 58 000 en 2e semaine, passe sous le seuil des 15 000 en 3e… Quand la Covid-19 fait fermer les cinémas, le film est déjà mort. Le problème pour Gaumont est que cette mésaventure à 194 839 spectateurs a coûté plus de 11 millions d’euros. L’affiche, la bande-annonce… peu de choses parvenait à donner envie.

Film fort et dur, Adam de Maryam Touzani, avec Lubna Azabal réalise un très beau score sur la durée et voit de semaine en semaine son circuit s’élargir. Le drame grimpait : 73 copies, puis 98, puis 133, 143… La crise sanitaire a vraiment tué sa carrière en salle, c’est indéniable. Rendons hommage à sa belle dynamique.

Semaine du 12 février 2020

Sonic, le film marque le grand revival des années 90, avec l’idole des jeunes de l’époque, Jim Carrey. Le film reprend les formules d’animation et de live-action de Scooby-Doo, Les Schtroumps, Alvin et les Chipmunks, ou Garfield. Amusant pour les enfants. Trop plein de saccharose pour les autres. Jim Carrey sauve le film et les spectateurs affluent : 2 113 220 entrées, avant et après le confinement. C’est le 3e succès annuel en France et le premier pour une production enfantine.

Le Prince oublié : affiche

© Pathé StudioCanal

Omar Sy impopulaire et le foudroyant accident industriel

Bide astronomique pour Le prince oublié avec Omar Sy. Même que l’on peut appeler cela un accident industriel. Laid, raté… Le naufrage parachève sa carrière en 14e place annuelle, avec 921 277 spectateurs. Le film a ouvert à 457 031 clients, pour chuter à 253 781, et enfin à 151 640… Victime évidente du coronavirus, le blockbuster budgété à 24 880 000 € n’aurait de toute façon pas pu dépasser les 1 500 000 spectateurs.

Souvent victime d’un bad buzz inepte sur les réseaux sociaux, Omar Sy ne semble plus parvenir à se faire comprendre par un public cynique. Les flops de Knock, Le flic de Belleville, Yao, et en septembre de Police d’Anne Fontaine (191 576) démontrent un vrai divorce d’avec les Français. On mettra de côté Le chant du loup dont le marketing malin s’orientait davantage sur le concept sous-marin que sur ses vedettes.

Même Jason Blum en prend pour son grade en 2020. Si Invisible Man sera le meilleur film de terreur de l’année (fin de février et réouverture des salles), Nightmare Island, l’adaptation de L’île fantastique, relève du cauchemar pour les spectateurs. Le nanar stoppe net sa carrière avec la crise de la Covid-19, à 368 682 loustics. Après un bon démarrage (206 429 dans seulement 233 cinémas), Fantasy Island (titre en VO) vire au drame (-43%, -70%). La semaine de la fermeture, il réalise 10 289 spectateurs dans 119 cinémas.

Le cinéma grippé : les victimes

Vraie victime du coronavirus, La fille au bracelet de Stéphane Demoustier démarrait bien (144 499), se maintenait bien le 19 et 26 février (639%, -37%, -49%). Avec 324 250 entrées en fin de parcours, il s’agit bel et bien d’une œuvre sacrifiée, avec de surcroît un superbe casting (Roschdy Zem, Melissa Guers, Anaïs Demoustier, Chiara Mastroianni). Pour la réouverture, Le Pacte tentera de le représenter dans 54 cinémas. Le mal était fait.

Black not that beautiful ?

Mais que font les spectateurs ? L’année des rassemblements pour le mouvement #BlackLivesMatter Queen & Slim n’a fédéré que 104 460 spectateurs, après une première semaine sans éclats (61 717) et une seconde en chute libre (28 052). Les acteurs étaient superbes, mais ce Bonnie & Clyde contemporain n’a pas déplacé les spectateurs collés à leur plateforme Netflix. Comme si, à part pour Marvel et Star Wars, une certaine jeunesse se refusait de mettre les pieds en salles pour des programmes intelligents qui les concernent. On imagine que tout le monde se donnera bonne conscience en regardant Soul de Pixar sur Disney+ en décembre… Génération rebelle et diversité ? Mouais…

 

Queen & Slim : photo

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Semaine du 19 février 2020

Harrison Ford, toujours aussi populaire

Trois succès trouvent leur chemin en salle. Le plus important, L’appel de la forêt avec notre héros à tous, Harrison Ford. Le film Disney, mettant en scène un chien en images de synthèse, est une réussite commerciale, dès son premier jour. Il finit l’année à 1 258 014 spectateurs alors que sa sortie est quasi voisine à la fermeture des cinémas. Il s’agit de l’un des 20 plus gros succès de Harrison Ford en France, au-dessus de Jeux de guerre, Air force One et même Working Girl. Evidemment, victime de la COVID, l’aventure sauvage ressortira péniblement en juin, à une époque où les salles sont vides ; Disney ajoutera 80 000 chiots à son appel.

Autre vrai beau succès, la comédie 10 jours sans maman, avec le duo Franck Dubosc et Aure Atika. Très bonne moyenne pour son démarrage (541 102 entrées dans 485 salles, moyenne de 1 116), l’entreprise familiale frôlait le million en 15 jours. Le film est frappé par la crise sanitaire et ne refera surface que de façon symbolique en juin, pour 70 000 tickets de plus. Au final, Dubosc a assuré le succès qu’il cherchait depuis celui de Tout le monde debout, en 2018, puisque ni All inclusive, ni Toute ressemblance… s’étaient rapprochés dans la forme et les chiffres au succès fantasmé par les producteurs.

Le cas de Richard Jewell : l'affiche du film de Clint Eastwood

© Warner Bros Pictures

Richard Jewell : une exception française

Dernier succès de cette semaine prometteuse, Le cas de Richard Jewell a su démontrer la cohérence artistique de Clint Eastwood, à juste titre récompensée par d’excellentes critiques et un succès public (795 393). Aux USA, en revanche, il s’agira de l’un des plus gros échecs du réalisateur. Il en est de même sur la plupart des marchés mondiaux, surtout au Royaume-Uni. On appelle cela l’exception culturelle française.

Après Agora, Alejandro Amenabar revenait au film historique à tendance pédagogique. Lettre à Franco achève sa carrière à 112 816 spectateurs. Sans la crise, il aurait pu compter sur un petit bouche-à-oreille.

Le cinéma d’auteur de la semaine, aussi bon soit-il est en mode échec total : Une mère incroyable, à peine plus de 20 000 ; Wet Season et Des hommes autour des 15 000 ; Sortilège, même pas 3 000. Même la reprise du classique d’Yves Robert, Bébert et l’omnibus afflige (1 689 spectateurs sur 15 jours).

Semaine du 26 février 2020

Semaine des grands sacrifiés et des frustrations. Alors que la crise de la Covid-19 est sur toutes les lèvres, les nouveautés n’ont que deux semaines pour vivre leur existence sans masques. Invisible Man a tout pour lui, les critiques, la réputation, un sujet féminin brûlant. Il pouvait envisager une carrière entre les 1 500 000 et les 1 800 000 tickets. Malheureusement, s’il brille à 349 741 spectateurs en première semaine dans 355 cinémas, puis à 211 350 en semaine deux, la semaine du 11, il n’a plus que 3 jours à vivre. Universal le ressortira pour les exploitants, la semaine du 17 juin, mais le mal est fait. Le film d’épouvante glane tout de même environ 130 000 spectateurs sur la période post-confinement. Le nouveau classique de la terreur américaine achève sa course à 776 391 amateurs de production Blumhouse.

Avec The Boy, la malédiction de Brahms, le cas de figure est différent. Metropolitan n’en attendait pas des merveilles, mais la campagne de promotion fut bonne. Le sequel passe de 95 830 entrées à 44 254  puis 10 683, avant de faire ses adieux au grand écran.

Le film à Oscars de Todd Haynes, Dark Waters, a vécu un démarrage encourageant (158 301 entrées dans 247 salles), et une seconde semaine qui se préoccupait peu de la menace virale (90 071). Il récoltera encore 30 000 tickets France lors de sa réouverture, mais le mal était fait. Cette production hollywoodienne qui pouvait prétendre à plus de 450 000 entrées s’arrêtera à 301 730 spectateurs sensibles.

Judy, biopic sur Judy Garland avec Renée Zellweger, a fini sa carrière à 134 279. Pas brillant.

Quelques flops ont abîmé le cinéma francophone et là, la Covid-19 n’y était pour rien : Lucky, 121 480 en 17 jours. Un désastre. Mes jours de gloire avec Vincent Lacoste et Emmanuelle Devos fut une mauvaise blague à 43 985 spectateurs. Aïe. Le western au féminin L’état sauvage s’écrasait à 18 113 spectateurs, et le feel good movie Mine de rien dépassait à peine les 100 000 à la veille du confinement, malgré 304 sites le projetant. Triste mine.

Frédéric Mignard

Bande-annonce de Invisible Man de Leigh Whannell

© Universal Pictures – Blumhouse