Queen & Slim : la critique du film (2020)

Drame | 2012
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Queen & Slim - affiche française - définitive

Queen & Slim appartient aux œuvres inspirées d’un cinéma afro-américain fier de son épiderme, qui ne manque ni de conviction, ni de talents, et déploie bien des émotions jusqu’à sa fin saisissante. Il lui manque juste l’audace de la différence.

Synopsis : En Ohio à la suite d’un rendez-vous amoureux, deux jeunes Afro-américains qui se rencontrent pour la première fois, sont arrêtés pour une infraction mineure au Code de la route. La situation dégénère, de manière aussi soudaine que tragiquement banale, quand le jeune homme abat en position de légitime défense le policier blanc qui les a arrêtés.
Sur la route, ces deux fugitifs malgré eux vont apprendre à se découvrir l’un l’autre dans des circonstances si extrêmes et désespérées que va naître un amour sincère et puissant révélant le cœur de l’humanité qu’ils partagent et qui va changer le reste de leurs vies.

Queen & Slim, le grand oublié des Oscars

Critique : Grand oublié des Oscars 2020, Queen & Slim n’a pas eu de nominations. Les critiques américaines étaient globalement bonnes, mais visiblement pas assez pour mettre le premier film de la clippeuse Melina Matsoukas en compétition avec Sam Mendes, Scorsese et Tarantino. Pourtant, assaillie de reproches quant à son manque de diversité ethnique, et surtout de l’invisibilité de la communauté afro-américaine, l’Académie des Oscars avait matière à honorer ce que Hollywood avait proposé de plus honorable, avec Us de Jordan Peele, en 2019, au sein d’une production où les protagonistes sont afro-américains.

Queen & Slim : photo

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A vrai dire, on ne considérera pas ce film estampillé « à Oscar », essentiel dans la forme, mais c’est plutôt dans le symbole que Queen & Slim avait du sens. Et le symbole est important, car de nombreux films présentés cette année dans la compétition aux statuettes ne présentaient pas plus d’envergure formelle. Les Filles du Docteur March ou le joli Jojo Rabbit, par exemple, ne dégageaient pas la force artistique de La favorite de Yórgos Lánthimos un an auparavant. Mais alors qu’est-ce qui péchait artistiquement pour empêcher la nomination de cet hymne à la communauté afro-américaine autour d’un but commun, l’union ?

L’insoutenable interdiction d’être

Manifeste contre le racisme anti-noir prégnant dans la société américaine, notamment dans l’action de sa police, décriée pour ses violences ou bavures à répétition, appel au collectif, à l’entraide communautaire, mise en garde douloureuse via à la tentation d’individualisme, Queen & Slim est un vrai beau film. De ceux qui touchent en imposant la beauté de son casting. De ceux qui nous font frémir de douleur à plus d’un moment, de par son récit d’injustice, cruel, absurde, et dérangeant. De ceux qui nous travaillent à la sortie de la projection. Et de ceux qui nous inspirent avec son esprit communautaire au sens noble du terme, c’est-à-dire communier pour exister, voire survivre dans une société qui formate, normalise et refuse d’affranchir ses citoyens en fonction de leur couleur de peau, alors que la ségrégation a été abolie aux États-Unis dans les années 60.

Daniel Kaluuya dans Queen & Slim

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Le couple urbain, joué par les solides Daniel Kaluuya (Get out) et Jode Turner-Smith (une quasi inconnue au cinéma au jeu mature), deux jeunes bien sous tous rapport, et qui se rencontrent autour d’une table grâce à une application bien connue, bascule dans le fait divers le plus révoltant car tellement évitable que l’on se demande encore comment pareil drame peut se produire. Un contrôle d’identité, un flic raciste, obtus et violent, et voilà nos Bonnie & Clyde des temps modernes, dans la légitime défense, devenir les ennemis publics numéro 1, avec leur tête mise à prix. Le fossé entre la réalité inoffensive des deux jeunes gens et la réaction irrationnelle du policier, non plus représentant de l’ordre, mais des préjugés d’une nation obtuse dans son amertume, est édifiante.

Malheureusement, cette œuvre au point de départ identique à celui de Thelma et Louise, la référence immédiate qui nous vient à l’esprit, va opter pour une dimension de mise en scène et d’écriture trop conventionnelle pour transformer les intentions en véritable pamphlet coup de poing. Réalisé avec une étoffe certaine – c’est beau à voir, léché, avec des images amples et iconiques -, le film de Melena Matsoukas est fort, mais manque sûrement des fulgurances narratives de Jordan Peele sur Get out et Us, alors que, paradoxalement, la cinéaste aborde un sujet encore plus fort, ou du moins plus universel dans la confrontation du spectateur à l’injustice crasse.

Bokeem Woodbine et Indya Moore dans Queen & slim

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En traitant son fait divers révoltant comme n’importe quelle production Miramax au temps de la flamboyance de Weinstein, Queen & Slim ne parvient pas à emballer intégralement comme le film de Ridley Scott, avec Geena Davis et Susan Sarandon, en son temps. Celui-ci apportait une vision de liberté nihiliste exaltante dans une iconographie américaine. Il en était de même pour le formidable Detroit de Kathryn Bigelow, dont l’aspect thriller de sa retranscription des émeutes de la population noire, dans la ville industrielle, à la fin des années 60, nous avait transis d’effroi. Ceci dit, est-ce que cela justifie l’absence de Queen & Slim aux Oscars? Pas forcément, si on prend en compte le fait que l’Académie ne récompense pas le meilleur du cinéma, mais bel et bien une vision artistique formatée. Or, Matsoukas livre une œuvre bien au-dessus des Filles du Docteur March de Greta Gerwig qui prêchait pour sa paroisse sans finesse dans ses arguments, en se reposant sur la bienveillance du feel-good movie pour fédérer.

Chez Matsoukas, la bienveillance n’existe plus. Le combat est celui des martyrs dans une Amérique à visages multiples où la réalisatrice en appelle à la défiance ou à l’exil, dans un pays emmuré dans son ignorance de l’autre. L’année des présidentielles américaines qui voit de nouveau le Blanc suprématiste Donald Trump favori pour à nouveau marteler ses attaques racistes à l’encontre des minorités, Hollywood aurait peut-être dû davantage écouter ces minorités pour mieux défier.  Il n’y avait là aucun déshonneur, bien au contraire, puisque, Oscar ou pas, Queen & Slim est indéniablement une œuvre à voir.

Critique : Frédéric Mignard

Les sorties du mercredi 12 février 2020

Queen & Slim - affiche française - définitive

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