Version pauvre du Révélations de Michael Mann, Dark Waters s’engage contre la puissance des groupes chimiques polluants sans jamais se détacher des conventions du cinéma à Oscars. Ronflant, dispensable et recalé.
Synopsis : Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques.
Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région.
Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie…
Critique : Véritable faux pas dans la carrière de Todd Haynes, Dark Secrets est un pamphlet politique et social sans tumulte, un film à thèse académique et consensuel qui calme les ardeurs. Vous voilà prévenus.
Effectivement, cet énième combat yankee entre David et Goliath illustre une fois de plus l’héroïsme d’avocats, de lanceurs d’alertes, dans une Amérique corrompue et opaque, dirigée par les géants de la finance, dont le visage prend ici celui peu reluisant d’une industrie chimique. Ses pesticides, ses rejets toxiques polluent les eaux américaines et se retrouvent dans l’ADN des citoyens, qui subissent les composants chimiques jusque dans les vêtements qu’ils portent… avec, évidemment, des risques élevés de cancers. L’histoire vraie a été un scandale sanitaire retentissant, un parmi tant d’autres (on pense évidemment au scandale de la ville de Michael Moore, Flint, dont les eaux étaient polluées au plomb)…
Dark Waters est donc un thriller dramatique et historique, relatant une lutte toujours en cours qui, sur un plan cinématographique, évoque un certain Michael Mann et son Révélations, classique du cinéma contestataire contre le système mafieux de l’industrie du tabac qui tue le citoyen en connaissance de cause. Malheureusement, Todd Haynes, habitué depuis longtemps aux productions ronflantes sur une Amérique sous Prozac, est incapable de bâtir un suspense, de susciter l’émoi, de construire un crescendo, réussissant à faire de l’abattage d’une vache malade, prise de folie, la scène la plus terrible du film.
Le cinéaste met en pot Mark Ruffalo, engoncé dans des habits beaufs d’avocat qui se détourne du confort de son cabinet, habitué à défendre ces groupes polluants ; le personnage de ce dernier est soutenu, pendant ces années interminables d’actions judiciaires, par une Anne Hathaway godiche et transparente, dans le rôle de l’épouse qui a sacrifié sa carrière pour son homme. Todd Haynes essaie de s’intéresser à leur couple et aux troubles qu’ils traversent, sans parvenir à provoquer de l’empathie pour leur déboires. Et pour cause, ces deux personnages sont dépeints de façon mécanique et sèche.
Le faux événement cinématographique que Dark Waters pouvait éventuellement représenter sur le papier, accouche au mieux d’une jolie photographie froide pour éventuellement susciter quelque intérêt. Mais assommé par son propre conformisme en essayant d’ébrécher le système, le suspense judiciaire s’appréhende surtout comme un film à Oscar oisif, incapable d’exister au-delà de sa succession de clichés scénaristiques, de décors, et de dialogues convenus. Tout est dicté, sans l’enthousiasme du prêcheur convaincu.
Échec mondial qui peine à trouver sa place sur de nombreux marchés européens, Dark Waters n’a même pas été sollicité par l’Académie des Oscars dont il a été recalé. Une évidence au vu de ses arguments anémiques. Todd Haynes a oublié le savoir-faire qui fut le sien sur Carol et Loin du Paradis, qui risquent de rester pendant longtemps encore ses deux meilleures œuvres.
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