Judy : la critique du film (2020)

Drame, Biopic | 1h58min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
Renée Zellweger dans Judy, affiche

  • Réalisateur : Rupert Goold
  • Acteurs : Renée Zellweger, Jessie Buckley, Rufus Sewell, Michael Gambon
  • Date de sortie: 26 Fév 2020
  • Nationalité : Britannique
  • Scénariste : Tom Edge
  • Compositeur : Gabriel Yared
  • Distributeur : Pathé Films
  • Editeur vidéo : Pathé Vidéo
  • Date de sortie vidéo :
  • Box-office USA : 24 284 750 $
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 1 558 entrées (Paris Périphérie Première séance)
  • Festivals & Récompenses : Oscar, Bafta et Golden Globe de la Meilleure actrice pour Renée Zellweger
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Judy est un biopic classique et classieux qui vaut essentiellement pour l’interprétation impressionnante de Renée Zellweger.

Synopsis : Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz. Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants. Aura-t-elle seulement la force d’aller de l’avant ?

Renée Zellweger sur scène dans Judy

© David Hindley

Critique : Rupert Goold est un metteur en scène de théâtre, rompu à la direction d’acteurs. Ce talent sera donc le point fort de son biopic sur Judy Garland qui aura réussi l’exploit de rendre franchement convaincante l’une des comédiennes américaines les moins épatantes de sa génération, Renée Zellweger. On ne reviendra pas sur la carrière peu attrayante de l’actrice. Celle-ci trouve au moins en Judy une rédemption exceptionnelle, puisqu’elle a remporté un BAFTA, un Oscar et un Golden Globe.

Judy est une biographie calquée sur la modèle de La Môme d’Olivier Dahan, cinéaste que Zellweger connaît bien pour avoir tourné avec lui sur le film qui suivit la biographie de Piaf. Dans les deux œuvres, on assiste aux états d’âme dépressifs de deux artistes brisées par des éléments de déterminisme. A savoir ici une enfance bien connue de la conscience collective puisqu’il s’agit de la jeune icône du Magicien d’Oz (1939).

A l’instar de ce qui arrive dans La Môme, la narration ose quelques aller-retours dans le temps, pour pointer les éléments de fêlure, l’autoritarisme de la mère, la privation de l’adolescence et de ses enjeux sentimentaux, la mainmise du système hollywoodien que l’on imagine dirigé par des prédateurs sexuels, au vu de sous-entendus #Metoo compatibles qui ne seront malheureusement pas développés, alors qu’il y avait là matière à ébranler l’édifice.

Comme Marion Cotillard avait su le faire avec Edith Piaf, Zellweger devient Judy Garland. Pendant près de deux heures, l’actrice se soustrait pour n’être plus que son personnage de star déclinante, accro à la bibine, démolie par la dépression qu’elle a essayé de soigner, comme elle le dit dans le film non sans humour grinçant, en épousant quatre hommes… Le jeu de la comédienne n’est pas historique, ni monumental, mais il est travaillé, parfaitement accompli. Zellweger n’est pas naturellement et ne « naît pas » Garland, on le sent bien, mais elle investit totalement son rôle, de la voix aux manières, aidée par un grimage impressionnant qui écarte les réminiscences physiques de Bridget Jones.

Renée Zellweger dans Judy

© David Hindley

Dans Judy, la scène est belle, les lumières sont somptueuses, le travail vocal est pointu, l’habillage du film est sans conteste une réussite. La patte du metteur en scène de théâtre Rupert Goold, est indéniable. Malheureusement, ce que le biopic gagne en talent, il le perd en virtuosité. L’écriture est celle d’une œuvre fabriquée qui ne vise pas la déférence vis-à-vis de son sujet, mais les statuettes à rafler. Toutes les scènes semblent avoir été empruntées à d’autres exercices cinématographiques semblables, qui ont connu les mêmes trajectoires de festivals, de sorties ajustées pour rentrer dans la grille des nommés… Tout devient tellement calculé que le charme de la prestation de Zellweger devient in fine un achat d’Oscar dévoyé, comme à la grande époque de Harvey Weinstein, quand le producteur sexuel régnait sur ce type de cérémonies inintéressantes dans ses enjeux courus à l’avance.

Renée Zellweger dans Judy, photo

© David Hindley

Avec son style trop millimétré, une incapacité à jouer sur l’audace d’un point de vue d’enfant meurtri, avec ce que cela pouvait compter d’onirisme (pourquoi ne pas avoir joué davantage avec la mythologie du Magicien d’Oz, ce que laissait esquisser l’incipit?), Judy reste incroyablement terre-à-terre, et ce malgré une scène un peu plus rafraîchissante, lors d’un plongeon dans une piscine. Ce moment où le personnage lâche prise, comme pour conjurer la malédiction de la gravité, sonne comme un point de rébellion, de pétage de plomb pour l’ado qu’est alors Judy Garland. Cinématographiquement, c’est surtout l’une des rares idées intéressantes dans l’utilisation des décors. Cela ne dure que quelques secondes…

Ironiquement, Judy répète les mêmes erreurs que le troisième remake d’A star is born, de Bradley Cooper, dans son brossage éculé des enjeux humains, sauf que ce dernier bénéficiait d’une réelle réalisation de cinéma. Au moins, dans les deux cas, la corrélation est évidente. Judy Garland en personne interprétait le personnage de Gaga dans le film de Cukor, en 1954, préfigurant dramatiquement la fin de sa propre carrière, dans un cruel jeu de miroir déformant, puisque dans Une étoile est néE, il s’agit du personnage masculin qui s’autodétruit…

Biopic appréciable, divertissant et sûrement instructif dans sa pédagogie, Judy saura dans tous les cas ravir les spectateurs en quête d’un cinéma consensuel et généreux. Les amateurs de grain de folie – élément que l’on trouvait dans le film de Dahan -, pourront passer leur chemin et attendre une mise à disposition prochaine sur les plateformes de SVOD pour étancher leur curiosité. Le film y aura toute sa légitimité.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 26 février 2020

Renée Zellweger dans Judy, affiche

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Renée Zellweger dans Judy, affiche

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