Invisible Man est un chef-d’œuvre de suspense et de terreur, diaboliquement efficace et intense où le pervers narcissique devient le monstre. Un classique instantané dont la carrière démarra quand un confinement des sociétés occidentales l’empêcha d’exploiter son potentiel commercial pendant de longs mois.
Synopsis : Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente.
Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…

© 2020 Universal Studios. All Rights Reserved.
Critique : Invisible Man est l’adaptation lointaine du classique de misanthropie qu’était The invisible Man de H.G Wells (1897). L’ouvrage de science-fiction à portée philosophique était une réflexion glaçante sur le pouvoir et la condition de l’homme face à lui-même. Démuni financièrement, puis démuni dans sa visibilité et donc sa sociabilité, il en devenait sociopathe, voire psychopathe.
L’Homme Invisible sort de l’ombre 20 ans après une adaptation par Paul Verhoeven
Très populaire dans les années 30 et 40, le mythe de l’Homme invisible, notamment grâce au succès du classique de James Whale, avait été mis en suspens à Hollywood depuis 2000 et Hollow man : l’homme sans ombre, adaptation par Verhoeven peu satisfaisante. Le retour du triste sire en 2020 se devait de corriger les défauts de cette déception qui avait été diminuée par les exigences du studio pour en faire un blockbuster d’été.
Invisible Man de Leigh Whannell, cocréateur de Saw et Insidious, réalisateur du percutant Upgrade, s’empare du mythe de l’Homme invisible sous le joug de Jason Blum, complice de longue date. Universal fait parfaitement confiance à ce dernier pour mesurer la part des ténèbres du métrage, le monsieur ayant produit les plus gros succès du cinéma horrifique de ces dix dernières années, avec un savoir-faire qui se refuse à trop se plier aux exigences des studios.
Le #Metoo movie le plus ingénieux de sa génération
Blum aime la frousse contagieuse et, alors que la parole féminine se libère à Hollywood, il permet à Leigh Whannell de se saisir du dossier #MeToo pour monter le film ultime sur la puissance masculine utilisée contre les femmes, avec la volonté de permettre à celles-ci d’opérer un mode de vengeance aussi diabolique que symbolique, en tout cas la plus jouissive, en défiant la masculinité agressive avec ses propres codes.

© 2020 Universal Studios. All Rights Reserved.
L’Homme invisible, dans cette résurrection des grands films de monstre de la Universal des années 30, est un prestidigitateur de renom. Contrairement au roman, de son vivant parmi les nôtres, donc dans sa visibilité, il est un homme riche qui jouit d’un pouvoir absolu en manipulant les gens autour de lui. On découvre sa personnalité en rassemblant les pièces d’un puzzle psychologique accablant, tout au long du métrage où l’héroïne doit surtout apprendre à parler, se confier, se révolter et s’extirper du rôle de victime. La terreur réside au mode opératoire de l’oppresseur, bien connu pour avoir été dénoncé dans les médias, par le mouvement féministe #MeToo.
Pervers, cruel, jouissif : Elizabeth Moss au firmament
L’Invisible Man de 2020 est un pervers narcissique dont la jouissance se résume par la persécution de l’autre. En accomplissant l’abstraction de son corps, il va se livrer aux sévices psychologiques sadiques qui fait de lui l’un des monstres “à visage humain”, les plus terrifiants décelés au cinéma depuis des années.
Et c’est cela toute la surprise de l’œuvre de Leigh Whannell. Nettement supérieure aux productions Blumhouse de ces dernières années, ce produit estampillé Universal est d’une efficacité effroyable et d’un suspense qui nous laisse exsangue.
Anxiogène dès une première séquence percutante alors que le monstre même est encore endormi, Invisible Man déploie un script imprévisible, quintessence du savoir-faire scénaristique de Leigh Whannell (Saw et Upgrade bénéficiaient tous deux de scripts en béton), et d’une vision du thriller total, intelligent dans sa gestion du sujet et du personnage principal. L’héroïne est jouée par Elisabeth Moss, impressionnante dans la terreur psychologique insistante dans laquelle le scénario la plonge.
La terreur est humaine
Dans un film où la menace de l’homme prédateur est essentiellement fantôme, le cinéaste parvient à mettre le trouillomètre au plus haut en rapportant le supplice du personnage féminin que les autres protagonistes doivent apprendre à écouter. Véritable métaphore du parcours du combattant de la femme outragée qui doit s’émanciper par la parole et que la société doit apprendre à écouter, le script d’Invisible Man brille par sa pertinence, effraie par son réalisme (les effets spéciaux sont particulièrement impressionnants) et se distingue aussi par une réalisation racée.
Sans aucun doute l’un des grands films d’épouvante de ces dix dernières années.
Les sorties de la semaine du 26 février 2020
Sorties du 22 juin 2020 (réouverture des cinémas suite à la crise du COVID-19)
Biographies+
Leigh Whannell, Elisabeth Moss, Storm Reid, Olivier Jackson-Cohen, Aldis Hodge, Amali Golden, Michael Dorman

