Invisible Man : la critique du film (2020)

Fantastique, Epouvante-Horreur | 2h05min
Note de la rédaction :
9/10
9
Invisble Man, affiche du film

  • Réalisateur : Leigh Whannell
  • Acteurs : Elisabeth Moss, Storm Reid, Olivier Jackson-Cohen, Aldis Hodge, Amali Golden, Michael Dorman
  • Date de sortie: 26 Fév 2020
  • Nationalité : Américain, Australien
  • Titre original : The Invisible Man
  • Titre alternatifs : Invisible Man (France), A láthatatlan ember (Hongrie), El hombre invisible (Espagne, Mexique et Amérique du Sud), Der Unsichtbare (Autriche), O Homem Invisível (Portugal, Bérsil), Den usynlige mann (Norvège), Niewidzialny człowiek (Pologne), Omul invizibil (Roumanie), L'uomo invisibile (Italie)
  • Scénariste : Leigh Whannell, d'après l'oeuvre de H.G. Wells
  • Directeur de la photographie : Stefan Duscio
  • Compositeur : Benjamin Wallfisch
  • Monteur : Andy Canny
  • Producteurs : Jason Blum, Kylie Du Fresne
  • Sociétés de Production : Blumhouse Productions, Universal Pictures, Goalpost Pictures, en association avec Nervous Tick Productions
  • Distributeur France : Universal Pictures International France
  • Editeur Vidéo : Universal Vidéo
  • Date de sortie vidéo : 19 août 2020 (DVD, blu-ray), 20 avril 2022 (4K)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 776 426 entrées / 217 783 entrées
  • Box-office USA / Monde : 70 410 000$ / 144 000 000$
  • Budget : 7 000 000$
  • Classification : Interdiction aux moins de 12 ans : La commission recommande à l’unanimité une interdiction aux mineurs de moins de douze ans en raison du climat angoissant et de certaines scènes de violence/ Restricted (USA)
  • Formats : 2.39 : 1 / Couleur (D-Cinema, 4K) / Dolby Atmos
  • Récompenses : Saturn Award de la Meilleure actrice et du Meilleur réalisateur (2021), 5 Prix aux Fangoria Chainsaw Awards 2021, 3 nominations aux People's Choice Awards (US1, 2020), 6 Nominations et 3 Prix aux Australian Academy of Cinema and Television Arts (AACTA) Awards (2020), 7 nominations aux Fright Meter Awards (2020)
Note des spectateurs :

Invisible Man est un chef-d’œuvre de suspense et de terreur, diaboliquement efficace et intense où le pervers narcissique devient le monstre. Un classique instantané dont la carrière démarra quand un confinement des sociétés occidentales l’empêcha d’exploiter son potentiel commercial pendant de longs mois.

Synopsis : Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente.
Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…

Elisabeth Moss, incarcérée dans Invisible Man

© 2020 Universal Studios. All Rights Reserved.

Critique : Invisible Man est l’adaptation lointaine du classique de misanthropie qu’était The invisible Man de H.G Wells (1897). L’ouvrage de science-fiction à portée philosophique était une réflexion glaçante sur le pouvoir et la condition de l’homme face à lui-même. Démuni financièrement, puis démuni dans sa visibilité et donc sa sociabilité, il en devenait sociopathe, voire psychopathe.

L’Homme Invisible sort de l’ombre 20 ans après une adaptation par Paul Verhoeven

Très populaire dans les années 30 et 40, le mythe de l’Homme invisible, notamment grâce au succès du classique de James Whale, avait été mis en suspens à Hollywood depuis 2000 et Hollow man : l’homme sans ombre, adaptation par Verhoeven peu satisfaisante. Le retour du triste sire en 2020 se devait de corriger les défauts de cette déception qui avait été diminuée par les exigences du studio pour en faire un blockbuster d’été.

Invisible Man de Leigh Whannell, cocréateur de Saw et Insidious, réalisateur du percutant Upgrade, s’empare du mythe de l’Homme invisible sous le joug de Jason Blum, complice de longue date. Universal fait parfaitement confiance à ce dernier pour mesurer la part des ténèbres du métrage, le monsieur ayant produit les plus gros succès du cinéma horrifique de ces dix dernières années, avec un savoir-faire qui se refuse à trop se plier aux exigences des studios.

Le #Metoo movie le plus ingénieux de sa génération

Blum aime la frousse contagieuse et, alors que la parole féminine se libère à Hollywood, il permet à Leigh Whannell de se saisir du dossier #MeToo pour monter le film ultime sur la puissance masculine utilisée contre les femmes, avec la volonté de permettre à celles-ci d’opérer un mode de vengeance aussi diabolique que symbolique, en tout cas la plus jouissive, en défiant la masculinité agressive avec ses propres codes.

Elisabeth Moss passe à l'attaque

© 2020 Universal Studios. All Rights Reserved.

L’Homme invisible, dans cette résurrection des grands films de monstre de la Universal des années 30, est un prestidigitateur de renom. Contrairement au roman, de son vivant parmi les nôtres, donc dans sa visibilité, il est un homme riche qui jouit d’un pouvoir absolu en manipulant les gens autour de lui. On découvre sa personnalité en rassemblant les pièces d’un puzzle psychologique accablant, tout au long du métrage où l’héroïne doit surtout apprendre à parler, se confier, se révolter et s’extirper du rôle de victime. La terreur réside au mode opératoire de l’oppresseur, bien connu pour avoir été dénoncé dans les médias, par le mouvement féministe #MeToo.

Pervers, cruel, jouissif : Elizabeth Moss au firmament

L’Invisible Man de 2020 est un pervers narcissique dont la jouissance se résume par la persécution de l’autre. En accomplissant l’abstraction de son corps, il va se livrer aux sévices psychologiques sadiques qui fait de lui l’un des monstres “à visage humain”, les plus terrifiants décelés au cinéma depuis des années.

Et c’est cela toute la surprise de l’œuvre de Leigh Whannell. Nettement supérieure aux productions Blumhouse de ces dernières années, ce produit estampillé Universal est d’une efficacité effroyable et d’un suspense qui nous laisse exsangue.

Anxiogène dès une  première séquence percutante alors que le monstre même est encore endormi, Invisible Man déploie un script imprévisible, quintessence du savoir-faire scénaristique de Leigh Whannell (Saw et Upgrade bénéficiaient tous deux de scripts en béton), et d’une vision du thriller total, intelligent dans sa gestion du sujet et du personnage principal. L’héroïne est jouée par Elisabeth Moss, impressionnante dans la terreur psychologique insistante dans laquelle le scénario la plonge.

La terreur est humaine

Dans un film où la menace de l’homme prédateur est essentiellement fantôme, le cinéaste parvient à mettre le trouillomètre au plus haut en rapportant le supplice du personnage féminin que les autres protagonistes doivent apprendre à écouter. Véritable métaphore du parcours du combattant de la femme outragée qui doit s’émanciper par la parole et que la société doit apprendre à écouter, le script d’Invisible Man brille par sa pertinence, effraie par son réalisme (les effets spéciaux sont particulièrement impressionnants) et se distingue aussi par une réalisation racée.

Sans aucun doute l’un des grands films d’épouvante de ces dix dernières années.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 26 février 2020

Sorties du 22 juin 2020 (réouverture des cinémas suite à la crise du COVID-19)

Invisble Man, affiche du film

© 2020 Universal Studios. All Rights Reserved.

Biographies+

Leigh Whannell, Elisabeth Moss, Storm Reid, Olivier Jackson-Cohen, Aldis Hodge, Amali Golden, Michael Dorman

Box-office :

Une triste histoire de cinéma dans un monde plongé dans la crise de la coronavirus qui fera plus de 163 000 morts (chiffres arrêtés en janvier 2023).

Sorti le 26 février 2020, soit moins de trois mois avant la fermeture des cinémas en France, en raison du grand confinement et de la crise du coronavirus, Invisible Man avait les critiques favorables et le potentiel formidable pour dépasser les 1 500 000 entrées, voire les deux millions

Dans la lignée des triomphes Blumhouse (Conjuring…), le thriller implacable avait de surcroît une vedette de télévision adorée en haut de l’affiche, un scénario substantiel et de multiples atouts qui en faisaient bien plus qu’un simple programme pour adolescents.

En première semaine, la réaction, dans un marché crispé où l’on commence à prendre peur des conséquences de la menace invisible de la COVID-19, Invisible Man terrorise 349 741 spectateurs dans 355 salles, avec une interdiction aux moins de 12 ans.

Dans un marché qualitativement médiocre (Sonic le film est numéro 1, L’appel de la forêt est second, 10 jours sans maman est 3e, Ducobu 3 est 5e, Le voyage du Dr. Dolittle est 7e), Invisible Man obtient la meilleure moyenne du Top 10.

Le contexte anxiogène de Covid-19 écarte les spectateurs des salles

En deuxième septaine, à une semaine et une poignée de jours de la fermeture des cinémas, la fréquentation est en berne. Le mauvais Pixar En avant et le biopic fade sur De Gaulle nous rappellent que le cinéma n’est pas à son plus fort dans ses projets, mais dans le top 10, Invisible Man gagne une place et se positionne 3e avec la baisse la plus légère du top 10 (-40%).

La semaine 3 est historique, Invisible Man et tous les 111 autres films à l’affiche à ce moment-là ne vont pas au bout de leur semaine. Le 15 mars, tous les écrans de France ferment pour 99 jours. Une fermeture historique qui sera suivie d’une seconde période d’écrans noirs à la fin du mois d’octobre de cette même année. Le cinéma mondial allait plonger dans une crise en faveur des plateformes, dont il ne recouvrira pas ses chiffres d’antan, trois ans après.

De façon significative, avant la fermeture, sur quatre jours d’exploitation durant lesquels le public n’ose plus aller au cinéma en raison des risques de contamination, Invisible Man perd 72% de sa fréquentation, c’est énorme, et pourtant, il s’agira du plongeon le moins élevé de top 35. Avec 59 311 entrées dans désormais 413 cinémas, même si le bouche-à-oreille est donc bon, le cœur n’est plus au cinéma, mais plutôt à écouter les chaînes d’infos en continu et à vider les supermarchés.

Invisible Man achève sa première exclusivité durant sa troisième semaine à 620 000 entrées.

Invisible Man revient en salle le 22 juin !

Lorsque les salles rouvriront dévastées, la semaine du 17 juin, Invisible Man revient en 7e place, des mois après sa promotion. Le thriller féministe ne peut pas faire mieux que 8 394 spectateurs dans 393 cinémas. Les salles sont vides. Les Français profitent enfin du plein air, et la désertion des multiplexes sera historique. La semaine suivante durant laquelle Universal sortira une autre production Blumhouse, The Hunt, l’augmentation de la fréquentation lui redonne un peu de visibilité  (67 233 entrées dans 393 cinémas), mais le mal est fait.

La fréquentation de 2020 sera une catastrophe, avec un numéro 1 annuel à 2 349 310 entrées (Tenet). Invisible Man disparaît avec 776 426 entrées en 19e place, snobant au passage une certaine Antoinette dans les Cévennes qui suit, en 20e position.

Box-office France : Tenet redonne de l’espoir aux exploitants 

Aux USA, Invisible Man ne tient que trois semaines à l’affiche malgré d’excellentes critiques et un solide démarrage à 28M$ en trois jours et finit prématurément à 70M$.

Une œuvre historiquement majeure

A l’échelle mondiale, le classique de l’épouvante connaît un score peu reluisant dont il est totalement victime. Il ne réalise que 8 800 000$ au Royaume-Uni et 6 000 000$ en France. L’Hexagone restera le second marché du film en dehors des Etats-Unis. L’Italie ne découvrira ce bijou que sur internet dans un premier temps, en mars, avant une sortie laborieuse en salle en juin, lors de la réouverture de ses cinémas. Le Japon attendra juillet et la Chine décembre 2020.

Avec le temps, Invisible Man est devenu l’un des films les plus emblématiques de son époque : métaphore de la crise du coronavirus, mettant en scène une menace invisible, insidieuse et omniprésente, symbole même de la crise du cinéma qu’il incarnait en sortant quand les salles fermaient. Et évidemment, parangon réussi et abouti de la réflexion sur la violence domestique faite aux femmes dans une société qui ne veut pas voir.

Frédéric Mignard

Affiche teaser de Invisible Man

© Universal Pictures (presents)
Blumhouse

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