Duelles : la critique du film (2019)

Drame, Thriller | 1h33min
Note de la rédaction :
8/10
8

Note des lecteurs

Un thriller exclusivement féminin consacré à deux belles qui se jaugent du fond de leurs maisons jumelles pour nous offrir un glaçant duelles.

Synopsis : Au début des années 1960, Alice et Céline vivent avec leurs familles dans la banlieue de Bruxelles. Elles sont les meilleures amies du monde jusqu’au jour où survient un événement tragique qui vient bouleverser leur univers quotidien.

Critique : Si elles ne sont que voisines, Alice (Veerle Baetens) et Céline (Anne Coesens) s’aiment comme des sœurs. Elles ont transmis ce lien à chacun de leurs garçons nés à quelques mois d’intervalle et qui s’entendent comme des frères. Il ne restait plus à leurs maris (Mehdi Nebbou et Arieh Worthalter) qu’à se rapprocher l’un de l’autre pour composer l’image du bonheur parfait dans ce monde propret de la deuxième moitié du vingtième siècle.

Mais le jour où le fils de l’une meurt sous les yeux impuissants de l’autre, cette belle harmonie vole en éclats.

Après Cages (2008) et Illégal (2011), deux films solidement ancrés dans la réalité, le Belge Olivier Masset-Depasse adapte le roman noir de Barbara Abel Derrière la haine pour construire sur fond de tragédie familiale un film au suspense hitchokien qui, conformément à toute sa filmographie, fait la part belle aux personnages féminins déterminés et prêts à tout pour atteindre leurs buts.

 

Duelles – Versus production © Gaëtan Chekaiban

Un scénario adroitement développé explore les éventuels motifs de cette joute psychologique (folie ? Vengeance ? Douleur insurmontable ?) tout en prenant bien soin de ne jamais en privilégier un en particulier.  Soutenu par une musique orchestrale dont l’amplitude se fait l’écho des tourments des protagonistes, le récit prend dans sa nasse le spectateur subjugué par la dualité entre la brune Céline à la force de caractère hors du commun et la blonde Alice au tempérament fragile, et le garde captif au cœur d’un huis clos que haine à peine voilée et faux semblants judicieusement orchestrés placent sous haute tension. La noirceur supposée ou réelle des évènements qui s’enchaînent ricoche contre un décor léché rivalisant de couleurs éclatantes et de subtil raffinement. Dans cette mise en scène à l’ambiance glamour digne des comédies hollywoodiennes des années 60, il paraît en effet difficile d’envisager que ces deux jeunes femmes si élégantes et si bien-sous-tous-rapports puissent atteindre un tel niveau de perversité. Et pourtant, en semant sans cesse le doute et en multipliant les hypothèses sur la véritable personnalité de ses héroïnes, le réalisateur maintient une constante ambiguïté, terreau fertile d’une inquiétude inaltérable, et gagne son pari de préserver jusqu’au bout le mystère, entre effroi et émotion.

Portant à bout de bras le film, les deux comédiennes, parfaites de justesse, mettent toutes les nuances de leurs talents au service de cette intrigue toxique. Certes les rôles masculins sont relégués au second plan mais ils ont l’avantage d’insuffler quelques rares bouffées d’oxygène à cette histoire suffocante tandis que la prestation impeccable du jeune Jules Lefevre, l’enfant que les deux femmes se disputent, apporte une pincée d’innocence à cet univers machiavélique à souhait.

Si Duelles reste classique dans sa forme, sa nostalgie ensoleillée plongée au cœur d’une atmosphère anxiogène lui confère une redoutable efficacité.

Critique de Claudine Levanneur

Photo : Gaetan Chekaiban – Affiche design : Benjamin Seznec / Troika – Copyright : 2018 Versus production – Haut et Court – Savage Film

 

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