Maria’s Lovers : la critique du film (1984)

Drame, Romance | 1h39min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche de Maria's Lovers de Andrei Konchalovski, avec Nastassja Kinski

  • Réalisateur : Andrei Konchalovsky
  • Acteurs : Nastassja Kinski, Robert Mitchum, John Goodman, John Savage, Vincent Spano, Anna Thomson (Anna Levine), Keith Carradine
  • Date de sortie: 03 Oct 1984
  • Année de production : 1984
  • Nationalité : Américain, Israélien
  • Titre original : Maria's Lovers
  • Titres alternatifs : Los amantes de María (Espagne), Os Amantes de Maria (Portugal, Brésil), Возлюбленные Марии (URSS), Kochankowie Marii (Pologne), Marias elskere (Norvège)
  • Autres acteurs : Anita Morris, Bud Cort...
  • Scénaristes : Gérard Brach, Andrei Konchalovski, Paul Zindel, Marjorie David
  • D'après une histoire de : Andrey Platonov (The River Potudan)
  • Monteur : Humphrey Dixon
  • Directeur de la photographie : Juan Ruiz Anchía
  • Compositeur : Gary Malkin, sous le nom de Gary S. Remal
  • Cheffe Maquilleuse : Cynthia Cruz
  • Chef décorateur : Lisa Fischer
  • Cheffe costumière : Durinda Wood
  • Producteurs : Bosko Djordjevic, Lawrence Mortorff
  • Producteurs exécutifs : Menahem Golan, Yoram Globus
  • Sociétés de production : The Cannon Group, Golan-Globus Productions
  • Distributeur : UGC Distribution
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : UGC Cannon International (VHS, première édition 1985), UGC Vidéo (réédition, 1988), Intersection Films (Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 1985 (VHS), 1988 (VHS, réédition), Octobre 2023 (Blu-ray)
  • Budget : Inconnu
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 997 974 entrées / 369 039 entrées
  • Box-office nord-américain / monde : Inconnu
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur (35 mm) / Mono
  • Festivals : Sélection officielle Venise 1984,
  • Nominations : César du Meilleur Film étranger (1985)
  • Récompenses : Meilleure actrice étrangère pour Nastassia Kinski (Italian National Syndicate of Film Journalists)
  • Illustrateur/Création graphique : © Baltimore. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1984 Cannon Films. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse : Claude Davy, Jean-Pierre Mouette
Note des spectateurs :

Maria’s Lovers, drame romanesque produit par la Cannon, est l’un des gros succès du cinéma d’auteur de l’année 1984. Ce premier effort américain d’Andrei Konchalovski est hanté par la présence fébrile et inoubliable de Nastassja Kinski

Synopsis : 1946. Ivan, prisonnier de guerre des japonais, regagne sa ville natale afin d’épouser celle qu’il a toujours aime, Maria. Courtisée par un capitaine, la jeune femme accepte quand même de se marier avec lui. Peu après, Ivan s’aperçoit qu’il ne désire plus sa femme. Il la quitte et Maria se donne au capitaine qui lui fait un enfant…

Le plus gros succès d’Andrei Konchalovski en France

Critique : Avec près d’un million d’entrées en France pour un démarrage France à 37 000 spectateurs, Maria’s Lovers est un  phénomène du cinéma d’auteur qui restera plus de 7 mois à l’affiche, fort d’un bouche-à-oreille exceptionnel dans l’Hexagone. Et pour cause, ce premier film américain du réalisateur russe Andrei Konchalovski (à cette époque orthographié Konchalovsky, par souci d’américanisation) a bénéficié de critiques élogieuses et surtout de la présence exceptionnelle de la star Nastassja Kinski qui sortira au total quatre longs métrages en 1984, dont deux en septembre de cette même année, à quelques semaines d’intervalle. Si Hotel New Hampshire de Tony Richardson, avec Rob Lowe et Jodie Foster, ne fera pas l’événement, tout le monde garde en tête la Palme d’Or cannoise Paris, Texas, de Wim Wenders,parue en salle 15 jours auparavant ; elle finira sa carrière à plus de 2 millions de spectateurs.

Découvrez notre biographie complète et exclusive de Nastassja Kinski.

La Kinski est partout, adorée par une élite cinéphile qui l’a vue chez Coppola, Polanski et Schrader. C’est elle qui fera du nouveau Konchalovski le phénomène que l’on connaît en France, elle et une affiche osée, signée par le grand Baltimore. Le visuel promotionnel, fougueux et érotique, exalte la passion et ne trahit pas totalement le film. Toutefois, au lieu de mener les spectateurs sur les puissants canaux passionnels de la narration, elle évoque une forme d’érotisme que nourrit le titre, Maria’s Lovers. Les amants de Maria engage l’audience vers un personnage incandescent de fille facile, ce que le film se refusera à faire, puisque toute l’œuvre est bâtie sur la complexité de l’amour, la passion magnifiée et le désir pour l’être aimé, la frustration face à l’idolâtrie et la réalité conjugale qui s’avère pas forcément à la hauteur des attentes. En effet, le mari de Maria joué par John Savage, soldat qui se meurt d’amour pour elle, et qui a survécu aux camps ennemis lors du conflit armé en Asie, en pensant à son amour de jeunesse, souffre insurmontablement de trouble de l’érection dans la couche post maritale où la jeune vierge bouillonne d’envie de concevoir un enfant.

Maria's Lovers - affiche (Kinski)

Affichiste : Baltimore

Quand Isabelle Adjani devait incarner Maria…

Maria’s Lovers est un projet auquel tenait beaucoup Konchalovski. L’auteur du démesuré Sibériade, qui lui avait valu le Grand Prix du Jury à Cannes, rêvait de monter le projet en France, où il résidait alors, au début des années 80. Sa Maria fantasmée était une certaine Isabelle Adjani. Et pourquoi pas engager Alain Delon, l’un des acteurs français qu’il affectionne tout particulièrement depuis plusieurs décennies. Il trouve en Gérard Brach, scénariste mythique pour Polanski, Claude Berri, Jean-Jacques Annaud et Antonioni, une plume avisée. Le scénario est co-écrit par Paul Zindel, l’Américain au prix Pullitzer pour la pièce L’Effet des rayons gamma sur les vieux-garçons. 

Finalement, faute de trouver un financement en France en raison de sa réputation de flambeur, quand il s’agit de gérer un budget, Konchalovski va trouver une alternative américaine insensée à cette époque de guerre froide. Lui, le Soviétique, va tourner en anglais, ce qui est une première à Hollywood, et ce grâce à Nastassja Kinski, star irrésistible, qui s’était prise d’amitié pour le cinéaste russe. Amoureuse de son cinéma, elle lit ardemment le scénario que lui propose le frère aîné de Nikita Mikhalkov ; elle y voit une œuvre romanesque à la hauteur du Tess de Thomas Hardy. Aussi, non seulement répondra-t-elle positivement au film, mais son engagement au projet vaut immédiatement à ce dernier l’intérêt de producteurs étrangers. C’est ainsi que les deux nababs de la Cannon, Menahem Golan et Yoram Globus entrent dans le jeu en mai 1983.

Golan-Globus, Robert Mitchum et les acteurs de Maria’s Lovers

La Cannon, qui entre deux films de Ninja, commençait à s’intéresser au cinéma d’auteur de prestige (Love Streams, de John Cassavetes) lui permet ainsi de mettre la main sur une star désormais maison, à savoir Robert Mitchum, après le départ du projet de Burt Lancaster, pour des raisons médicales. Golan-Globus avaient engagé Mitchum sur deux films auparavant, La saison des champions, film à Oscar ratés de John Miller (1982), et The Ambassador, de Jack Lee Thompson, avec Fabio Testi, Rock Hudson, Ellen Burstyn, et Donald Pleasence (1984). L’acteur, à qui l’on prête alors des problèmes d’alcoolisme, interprète le père du personnage de John Savage, donc le futur beau-père de Maria. Un personnage rustre et ambigu, qui se forge une compétition avec son fils qu’il ne trouve pas à la hauteur de la jeune femme ; l’homme âgé va même embrasser la jeune femme adolescente lors d’une scène étrange qui fait prendre au film une tournure plus sombre, plus vertigineuse aussi, dans les rapports hommes femmes, exposant le patriarcat dans toute sa déchéance d’âge et de genre.

Les autres hommes qui tournent autour du personnage candide, mais non sans épaisseur de Nastassja Kinski, dite alors “la Kinski”, sont John Savage, au plus haut de sa carrière après les succès de Voyage au bout de l’enfer (1978) et de Hair (1980), Vincent Spano, rital magnifique de la bande à Coppola (Rusty James), et surtout Keith Carradine, la star de Nashville de Robert Altman qui poussera même la chansonnette dans Maria’s Lovers. Un clin d’œil apprécié à ses différentes casquettes et notamment à l’Oscar de la meilleure chanson originale qu’il reçut pour le film d’Altman.

Tous ces hommes se déchirent dans ce drame pluriel où Maria demeure le pivot d’une œuvre esthétiquement somptueuse dont émane une grande littérarité. Pourtant, elle n’est en rien l’adaptation d’un roman, mais bel et bien un joyau intemporel qui mange à tous les râteliers européens, avec des noms israéliens à la production, un brillant directeur de la photo espagnol, un scénariste français de renom, une actrice principale allemande qui joue le rôle d’une enfant de yougoslave dans le film, comme pour justifier son accent, et évidemment un cinéaste russe qui a su apaiser la guerre froide, collaborant régulièrement avec la team Cannon dans les années 80 (Runaway Train, Duo pour une soliste et Le bayou).

La banqueroute de la Cannon provoqua l’invisibilité de Maria’s Lovers

Projeté en sélection officielle à Venise où parallèlement son distributeur français, UGC, présentait également Viva la vie de Claude Lelouch et Le futur est femme de Marco Ferreri, Maria’s Lovers aura une marque indélébile sur l’année 1984. En France, ce classique fut nommé au César du Meilleur film étranger, en 1985, avec Paris, Texas de Wim Wenders, l’autre succès du moment avec la fille de Klaus Kinski. Mais c’est Amadeus de Milos Forman qui remporta tous les suffrages.

Les déboires financiers de la Cannon qui fit faillite à la fin de la décennie laissera Maria’s Lovers dans les limbes de la cinéphilie dans les années 90 et 2000. MGM qui rachètera le catalogue de la Cannon, proposera une édition DVD assez maigre aux USA. La Kinski ayant elle-même fait une longue pause dans sa carrière, la notoriété du film s’estompa. Et beaucoup, en particulier en France, ne purent découvrir cette oeuvre solide au romanesque splendide.

Arte France diffusera le film à la télévision française le mercredi 26 juillet 2023. L’éditeur Intersection Films le proposera en blu-ray en octobre 2023, corrigeant ainsi l’absence de support physique de par chez nous et ce depuis la VHS UGC éditée deux fois dans les années 80. A ne rater sous aucun prétexte.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 3 octobre 1984

Affiche de Maria's Lovers de Andrei Konchalovski, avec Nastassja Kinski

Affiche signée par Baltimore. Tous droits réservés. © 1984 Cannon Films. All Rights Reserved.

Box-office de Maria’s Lovers

Découvrez le contexte historique de la sortie de Maria’s Lovers en France. Un exercice d’analyse de son exploitation française totalement exclusif. 

Quand Maria’s Lovers sort en salle, le 3 octobre 1984, la compétition est rude.

Paris, Texas, Palme d’or triomphale avec également Nastassja Kinski entame une formidable troisième semaine. Indiana Jones et le temple maudit est sur sa 4e semaine, Les ripoux, film phénomène qui monte, franchit sa 3e semaine, Le moment de véritéKaraté Kid esquisse sa deuxième semaine, le cinéma art et essai est fort d’un film de John Huston (Au-dessous du volcan, en 4e semaine), Eric Rohmer est branché (Les nuits de la pleine lune, 6e semaine), Alain Resnais explore L’amour à mort (5e semaine)…

Maria’s Lovers faussement humble face à Woody Allen et lord Greystoke/Christophe Lambert

Pis, Maria’s Lovers entre en compétition avec deux films majeurs qui scrutent exactement le même public. Tout d’abord, dans 37 salles parisiennes, Warner Columbia propose Greystoke, la légende de Tarzan. C’est une véritable bourrasque médiatique qui accompagne ce biopic autour d’un certain Christophe Lambert qui émerge comme superstar. La biographie est réalisée par Hugh Hudson, dont le film suivant, Révolution, mettra en scène Nastassja Kinski et Al Pacino, pendant la guerre d’indépendance américaine.

Deuxième gros morceau de la semaine, dans 28 cinémas, Woody Allen offre son opus annuel, à savoir le facétieux Broadway Danny Rose, avec une certaine Mia Farrow.

Dans ce contexte Maria’s Lovers doit se contenter de 11 cinémas en première semaine. Dès le premier jour, Andrei Konchalovski est pourtant maître du jeu, puisque l’envoûtante Maria séduit 4 163 amants, face aux 6 166 spectateurs du tandem Allen-Fiarrow, et aux 18 477 fans de l’homme-singe.

A l’issue de cette première semaine d’exploitation, l’engouement autour du nouveau film de « la Kinski » est une évidence. Maria’s Lovers entre carrément en 10e place, avec 37 673 spectateurs ; avec notamment plus de 7 000 entrées sur le seul site de l’UGC Elysées. Le Gaumont Sud ne perd pas le nord avec également 7 000 amoureux, l’UGC Odéon est au carrefour des envies (6 369), le Ciné Beaubourg trouve 4 228 spectateurs exigeants. L’UGC Opéra, le Rex, l’UGC Rotonde, les Montparnos, l’Action Rive Gauche, le 14 Juillet Beaugrenelle et l’UGC Boulevard se situent également tous au-dessus des 1 500 entrées.

Une carrière exceptionnelle à Paris sur 38 semaines consécutives

En une semaine, Maria’s Lovers cumule autant d’entrées que Hôtel New Hampshire de Richardson, avec Kinski, sur 5 semaines (40 601). En revanche Paris, Texas ne faiblit pas avec 77 080 spectateurs en 3e semaine et un total très provisoire de 287 000 spectateurs. Pour Greystoke, pas de concurrence, le bijou d’Hugh Hudson exulte en première place, avec 166 000 entrées, suivi par Indiana Jones à 135 000, et Les Ripoux de Claude Zidi qui ne cesse d’élargir sa présence avec 104 000 entrées. Ce dernier finira césarisé avec plus d’un million d’entrées à Paris et 5 882 397 curieux en France.

Les ripoux, l'affiche

© 1984 Films 7 / Illustrateur : Patrick Claeys

En deuxième semaine, UGC ne se raconte pas d’histoire. Il faut élargir. Le drame romantique avec Kinski fille et John Savage passe de 11 à 16 écrans dont ses trois premiers écrans en banlieue. Mieux, les Français peuvent enfin découvrir le film, puisque c’est le 10 octobre que la sortie devient réellement nationale, avec des écrans gagnés à Grenoble, Lyon, Nancy, Nantes, et Nice. C’est un premier pas qui permet à cette belle épopée des cœurs meurtris de grimper à 44 092 spectateurs à Paris-Périphérie et à 69 837 entrées sur l’ensemble du territoire. A Paris, Woody Allen est désormais derrière, en France, il garde légèrement l’avantage. Pour une ultime semaine. Signe d’un bouche-à-oreille fécond, sur les Champs Elysées, l’UGC Elysées grimpe à 7 947 spectateurs. Maria est en marche, même sur les radios, puisque hasard du calendrier, une autre Allemande est découverte au Top 50, avec le tube Maria Magdelena, à savoir Sandra.

La suite sera une carrière sur la durée qui ne déméritera pas

Semaine 3 : 36 240 (13 écrans P.P.)

Semaine 4 : 34 729 (13)

Semaine 5 : 27 007 (10)

Semaine 6 : 23 449 (9)

Semaine  7 :19 160 (9)

Semaine  8 : 17 451 (9)

Semaine  9 : 16 413 (9)

Semaine  10 : 15 602 (9)

Semaine  11 : 13 494 (10)

Il faut attendre la 12e semaine pour que Maria’s Lovers glisse sous la 15e place hebdo sur la capitale, mais trouve encore 9 991 spectateurs dans  les 8 salles en intra-muros, dont 6 UGC. Dans un contexte de fêtes de Noël où paradent SOS Fantômes, Gremlins, Paroles et musique, avec Deneuve, Christophe Lambert, Anconina et la débutante Charlotte Gainsbourg, Amadeus, de Milos Forman, la reprise de Robin de Bois, La vengeance du serpent à plumes et autres réjouissances, c’est un score exceptionnel.

UGC Distribution a tout gagné sur ce film

Maria’s Lovers achève l’année 1984 avec une belle hausse à 15 038 spectateurs, toujours dans 8 salles, soit un total annuel de 310 339 franciliens. Pour UGC Distribution, c’est le troisième meilleur score annuel sur la capitale, après Vive les femmes (495 673), Viva la vie (450 656) et L’addition avec les deux Richard (Berry et Bohringer) qui s’était largement distingué avec 319 692 spectateurs, mais devant Under Fire (251 431), de Roger Spottiswoode, avec Nick Nolte, Gene Hackman, Joanna Cassidy, et Jean-Louis Trintignant.

Pour UGC Distribution et son directeur, Gérard Mital, l’euphorie est là. La société qui se lance en fin d’année dans la radio FM, réalise des scores annuels enthousiasmants et à la hausse, malgré un contexte de crise de la fréquentation qui s’esquisse et des coûts de production qui progresse bien trop vite pour satisfaire la profession. Il déclare au Film Français « Comme pour Under Fire, ce film nous a fait très plaisir. Distribué très prudemment, ses résultats ont été très satisfaisants ». Et il ajoute, « Par contre, Le futur est femme de Marco Ferreri a été une déception. »

UGC – Cannon Group : en avant la belle aventure

L’UGC prévoit d’ailleurs de prolonger sa collaboration avec Cannon, puisque dès le 2 janvier, la société française distribue Boléro, film érotique de John Derek, avec la sublime Bo Derek, seulement interdit aux moins de 13 ans. Puis, le même mois, Love Streams ultime film de John Cassavetes, Portés disparus premier de la saga, avec Chuck Norris qui va lancer une mode des films de gros bras estampillés Cannon en France, Mata Hari, avec Sylvia Kristel

Bolero, avec Bo Derek (1984), affiche du film par Landi

Design : © Landi – Cannon Group

Pour la Cannon, qui devient exploitant en Angleterre, après avoir racheté le circuit Classic Cinema, et qui achète le circuit italien de la Gaumont (alors en difficulté), les perspectives sont également flamboyantes, mais présente déjà les germes de la chute de la société de Menahem Golan et Yoram Globus (des investissements partout dans un marché en pleine transition).

Par ailleurs, UGC est coproducteur (et distributeur français), avec Alain Sarde, d’Harem, projet audacieux pour un premier film (Arthur Joffé, ndlr). Les espoirs sont élevés, mais la déception sera de mise avec 815 562 spectateurs. Le budget imposait au moins le double d’entrées.

En 1985, Maria’s Lovers n’a évidemment pas dit son dernier mot : 9 602 entrées en 14e semaine (7 salles) ; 6 374 en 15e semaine (5 salles), 6 299 en 16e semaine (6 salles), 6 344 entrées en 17e semaine, correspondant à la semaine où les nominations aux César tombent, 5 524 entrées en 18e semaine (4 écrans), 5 975 entrées en 19e semaine (4 salles), 5 444 entrées en 20e semaine (4 salles), 4 295 entrées en 21e semaine (4 salles), 5 500 en 22e semaine (5 salles)…

Au final, Maria’s Lovers achève sa carrière parisienne en 38e semaine, avec 452 spectateurs à l’UGC Marbeuf, et un total faramineux de 386 886 entrées, soit dix fois ses chiffres de première semaine.

Nastassja Kinski plus forte que Sylvester Stallone 

Sur la France, le drame s’arrêtera à 3 000 entrées du million, avec 997 000 spectateurs, ce qui est considérable pour Konchalovski qui ne sera pas capable de réitérer pareil score en 1986 avec le cannois Runaway Train, à bout de course, film américain plus commercial, avec Jon Voight, Eric Roberts et Rebecca De Mornay, qui doit arrêter sa course folle à 563 453 spectateurs. Même Tango & Cash, dans lequel l’auteur russe dirigeait pour Warner Sylvester Stallone et Kurt Russell, ne détrônera pas Maria’s Lovers en France, puisque la comédie policière achèvera son exploitation à 896 276 spectateurs, malgré beaucoup plus de salles et de marketing.

Evidemment, dans le monde, la carrière de Maria’s Lovers ne sera pas aussi remarquable qu’en France où l’adulation pour « la Kinski » et le goût pour les films d’auteur prestigieux singularisaient notre marché. Aux USA, par exemple, Maria’s Lovers, distribué par Cannon, serait sorti en janvier 1985, peu après la France, et quatre mois après la première à la Mostra de Venise. C’est bien trop tard pour concourir aux Oscars, et surtout le film ne laissera aucune trace au box-office américain. Ni Box-office Mojo, ni The Numbers ne répertorient ses recettes américaines, laissant beaucoup de doutes quant à sa sortie réelle. La poisse Kinski semblait se perpétuer aux USA (voir notre biographie de l’artiste). A moins que cela soit celle légendaire de la Cannon. Dans tous les cas, Maria’s Lovers appartient bel et bien à l’histoire du 7e art des années 80 dans notre beau pays d’exigence cinéphilique qu’est la France.

Frédéric Mignard

Tous les films de l’année 1984

Paris, Texas, de Wim Wenders, affiche de la Palme d'Or

Crédit affiche : Guy Peellaert

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Affiche de Maria's Lovers de Andrei Konchalovski, avec Nastassja Kinski

Bande-annonce de Maria's Lovers

Drame, Romance

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