Rusty James : la critique du film et le test blu-ray (1984)

Drame | 1h34min
Note de la rédaction :
8.5/10
8.5
Rusty James, affiche du film en format 4X3

  • Réalisateur : Francis Ford Coppola
  • Acteurs : Diane Lane, Mickey Rourke, Tom Waits, Laurence Fishburne, Nicolas Cage, Matt Dillon, Dennis Hopper, Vincent Spano, Diana Scarwid
  • Date de sortie: 15 Fév 1984
  • Année de production : 1983
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Rumble Fish
  • Titres alternatifs : O Selvagem da Motocicleta (Brésil), Rusty il selvaggio (Italie), La ley de la calle (Espagne, Argentine, Mexique), Juventude Inquieta (Portugal)
  • Scénariste : Francis Ford Coppola
  • D'après le roman de : S.E. Hinton
  • Directeur de la photographie : Stephen H. Burum
  • Monteur : Barry Malkin
  • Compositeur : Stewart Copeland
  • Producteurs : Doug Claybourne, Fred Roos
  • Sociétés de production : Hotweather Films, Zoetrope Studios
  • Distributeur : AMLF (France), Universal Pictures (Etats-Unis)
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : Proserpine (VHS), Universal Pictures France (DVD), Wild Side (Collector DVD, Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 1985 (VHS), 20 mai 2003 (DVD), 24 février 2009 (Universal Classics, DVD) 7 février 2017 (édition Wild Side)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 1 476 505 entrées / 303 323 entrées (12 semaines)
  • Box-office nord américain : 2 494 480 $ (recettes)
  • Budget : 10 000 000$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Noir et blanc - quelques plans en couleurs - 35 mm / Dolby Stéréo
  • Festivals et récompenses : New York Film Festival (1983), London Film Festival (1983), Melbourne International Film Festival (1984), Festival Lumière du Grand Lyon (2019, restauration 4K)
  • Illustrateur / Création graphique : © Bernard Bernhardt, A.R.P./ L.P.C. - Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : Hotweather Films © Tous droits réservés / All rights reserved - © 1982 Universal City Studios, Inc. Tous droits réservés
Note des spectateurs :

Rusty James est un classique intemporel qui compte parmi les plus grandes œuvres de Coppola. D’une beauté absolue.

Synopsis : Petite frappe locale, Rusty James rêve d’égaler les exploits de son grand frère, le mystérieux et charismatique Motorcycle Boy, légendaire chef de bande qui a choisi de s’éclipser. Un soir, une rixe tourne mal et Rusty James se retrouve gravement blessé. Il ne doit son salut qu’à l’intervention inattendue de son aîné…

Un échec injustifié aux USA

Critique : Deux souvenirs de Rusty James persistent. Celui d’un effroyable échec américain pour Francis Ford Coppola, dépassé par le gouffre financier de Coup de cœur et le tournage chaotique de Outsiders, que Warner ne cessait de vouloir retoquer, repoussant systématiquement la date de sortie ; et l’accueil français, enthousiaste, bienveillant, avec un franc succès au-delà du domaine de l’art et essai où l’on avait cantonné le film aux USA (un million d’entrées, tout de même !). Ces deux visions se heurtent à une réalité de terrain. L’Amérique, qui raffolait déjà des spectacles à effets spéciaux à la Amblin Entertainment, se détournait des auteurs phares des années 70, quand la France, plus ouverte à l’approche artistique des cinéastes visionnaires, repêchait quelques naufrages, dont l’acteur maudit Mickey Rourke était devenu un spécialiste : L’année du dragon de Cimino (47e annuel aux USA, 19e en France), Angel Heart, d’Alan Parker (66e annuel aux States, 20e en France !).

Mickey Rourke dans Rusty James

Rusty James © 1983 Hotweather Films © 1982 Universal City Studios, Inc. Tous droits réservés

Le diptyque adolescent démarré avec Outsiders se boucle avec maestria

Rusty James, jumeau d’Outsiders, préparé insolemment sur le tournage de ce dernier, au grand dam des frères Warner, tourné avec une grande partie de son casting juvénile, est rejeté par Warner, puis acheté par Universal. Il connaît ensuite un four monstrueux aux USA (25M$ pour Outsiders, sorti en mars contre 2.4M$ pour Rumble Fish, titre en VO qui finit en 117e position annuelle aux USA). La critique sort ses armes et le public ne comprend pas le spectacle stylisé, en noir et blanc, que le réalisateur d’Apocalypse Now déploie. Une vision de cinéma grandiose jugée prétentieuse ou absconse. Evidemment, on n’est pas d’accord.

Le teen movie ultime

Teen movie ultime, avec un style forcément éloigné de la flamboyance technicolor d’Outsiders, Rusty James se rêve d’atteindre la sensibilité du public jeune de son temps. Avec ses combats de gangs chorégraphiés à la West Side Story et son culte à la beauté iconique de la jeunesse, proche de celui de La fureur de vivre (Matt Dillon irradie l’écran comme James Dean en son temps), le film est pourtant un pur produit de son époque. Il déploie une photographie en noir et blanc sublime, des jeux de lumière inhérents à sa décennie, évocateurs d’une production française entre Beineix, Besson, ou encore Mondino (la vision très gay de la figure récurrente du flic, que l’on croit sorti de Cruising ou d’une vidéo des Village People). Toutefois, point de gratuité de style. L’importance des couleurs, de leur absence, à quelques poissons près (les Rumble Fish, des combattants, donc, ceux du titre en VO, symboles de liberté réprimée, pour le magnifique personnage d’aliéné joué par Mickey Rourke), est déjà dans le roman de Susan Eloise Hinton (également auteure d’Outsiders), qui saluera la picturalité de l’œuvre.

Matt Dillon dans Rusty James de Francis Ford Coppola

Rusty James © 1983 Hotweather Films © 1982 Universal City Studios, Inc. Tous droits réservés

Une photographie et des angles grandioses

Coppola porte une tendresse sans borne pour la famille de Rusty James, ce pur produit des bas quartiers. Il dépeint l’ado un peu lent et sans empathie dans le rapport à l’autre, systématiquement enclin à la baston, dans le culte du grand frangin, voyou poète sur sa moto, complètement idéalisé (Mickey Rourke, à la voix dévastatrice de beauté). Tous deux sont terrassés à la racine par l’absence de la mère, et l’alcoolisme du père (Dennis Hopper, grandes apparitions).

Dans des décors définis par le grand angle et des profondeurs de champ abyssales, les personnages se trouvent, se heurtent, se perdent, voire se meurent, tous immortalisés par Coppola qui donnent une démesure de studio à un sujet intimiste. Chaque plan relève de l’esquisse photographique, foudroyant de beauté, sur une musique troublante de créativité, signée par Stewart Copeland, à peine sorti du groupe The Police.

Une date des années 80 à revivre urgemment

Au final, Rusty James est gravé dans les années 80, mais sa psychologie universelle et ses références sur plusieurs décennies, en font une œuvre intemporelle, encore pertinente des décennies après sa sortie initiale, alors que Coppola lui-même n’a eu de cesse depuis, de clamer son amour pour le film, délivrant un Rusty James bis en 2009, le magnifique Tetro, l’ultime grand film de son impressionnante carrière.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 14 février 1984

Rusty James, affiche du film en format 4X3

Rusty James © 1983 Hotweather Films © 1982 Universal City Studios, Inc. Tous droits réservés

Test blu-ray :

Rusty James connaissait une véritable résurrection cinématographique orchestrée par l’éditeur Wild Side en 2017. Celui-ci, outre l’édition standard, en DVD et blu-ray, proposait un collector tout simplement immanquable. Le test ci-dessous correspond à la sortie de cette époque. Attention, une restauration 4K a été présentée dans des festivals en 2019. Une nouvelle sortie devrait arriver…

Compléments : 4 / 5

Pour la version DVD et Blu-ray, on retrouve des bonus identiques, à savoir, 19mn de scènes supplémentaires, non restaurées, mais essentielles pour découvrir davantage la psychologie des personnages. Un long making-of, parfaitement monté, avec de nombreuses interviews du casting d’époque, nous immerge dans ce projet onirique. Un module de 11mn permet à Stewart Copeland de revenir sur cette expérience qui lui a valu d’être considéré comme celui qui avait amené le rock à l’écran.

On n’oubliera pas la présence riche de Coppola pour les commentaires audio, ce qui est immanquable ! Et la bande-annonce.

Pour la version collector (incluant le DVD et le blu-ray), au prix indicatif de 49.99 euros, il est important d’évoquer la beauté du packaging et du splendide ouvrage d’Adrienne Boutang. L’ouvrage, colossal dans le poids et le format, est de 228 pages environ, il analyse avec pertinence le contexte de Rusty James, approfondit le film dans tous ses aspects. Il est donc passionnant à lire pour toutes ses anecdotes et sa subjectivité (la comparaison de carrière entre un Tom Cruise, qui déclina le film pour Risky Business, et Matt Dillon).

Scénographie du blu-ray-dvd collector de Rusty James

Wild Side Vidéo © 1983 Hotweather Films

Mais l’ouvrage est également une incroyable succession de photographies, de portraits, d’une richesse et d’une rareté incroyable. Véritable hymne à la beauté du casting (attention, on y trouve aussi des clichés de James Dean, et de West Side Story), cet ouvrage de cinéma est aussi un livre de photographie pur, où l’on croise également Brando, la famille Coppola… Aucun cliché d’illustration, mais de vrais clichés artistiques qui confèrent à l’édition collector une légitimité absolue. Attention, les amateurs d’affiche seront ravis. De nombreuses pages sont consacrées aux visuels internationaux du film. Un point fondamental puisqu’en 1983-84, les sorties cinéma bénéficiaient d’illustrations différentes en fonction des marchés. Immanquable, on vous dit.

Image : 3 / 5

Le support est vendu comme l’édition ultime, on peut néanmoins rester circonspect sur le rendu visuel qui n’est pas exempt de défauts. Tout d’abord, louons l’effort : Rusty James ne s’est jamais montré aussi beau et essentiel dans sa forme qu’aujourd’hui. L’édition DVD d’Universal, au début des années 2000, faisait de la peine aux yeux. Ici l’on peut profiter d’une lumière exceptionnelle, du déploiement complexe des plans de Coppola, notamment avec leurs incroyables profondeurs de champ. Toutefois, on peut reprocher un certain lissage de l’image qui ne rend pas hommage à l’acuité épidermique des personnages. C’est dommage, mais la texture des peaux reste un peu floue, loin du rendu sublime de masters 4K que l’on peut trouver ici et là pour d’autres films du répertoire. Pas de quoi bouder notre plaisir toutefois : toute la puissance esthétique de l’œuvre est restituée et concourt à faire de cette édition un must have.

Son : 4 / 5

Impérial en VO comme en VF, le 2.0 restitue avec clarté les dialogues et offre une piste cohérente à la musique royale de Copeland. Foncez.

Coffret Wild Side de Rusty James

© 1982 Universal City Studios, Inc. Tous droits réservés

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