Stalag 17 : la critique du film et le test blu-ray (1953)

Comédie dramatique, Film de guerre | 2h00min
Note de la rédaction :
8/10
8
Stalag 17, l'affiche

  • Réalisateur : Billy Wilder
  • Acteurs : William Holden, Peter Graves, Neville Brand, Peter Baldwin, Tommy Cook, Otto Preminger, Robert Strauss, Harvey Lembeck, Don Taylor
  • Date de sortie: 27 Nov 1953
  • Année de production : 1953
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Stalag 17
  • Titres alternatifs : Infierno en la tierra (Mexique) / Fångläger nr 17 (Suède) / Traidor en el infierno (Espagne) / Inferno na Terra (Portugal) / A 17-es fogolytábor (Hongrie) / Vankileiri 17 (Finlande) / Bag pigtråd i Stalag 17 (Danemark) / O Inferno Nº 17 (Brésil) / Infierno 17 (Argentine)
  • Casting : William Holden, Don Taylor, Otto Preminger, Robert Strauss, Harvey Lembeck, Richard Erdman, Peter Graves, Neville Brand, Sig Ruman, Michael Moore, Peter Baldwin, Robinson Stone, Robert Shawley, William Pierson, Gil Stratton, Jay Lawrence, Erwin Kalser, Edmund Trzcinski, Marie Ardell, Irene Bacha, Ross Bagdasarian, Rodric Beckham, Richard P. Beedle, Tina Blagoi, Mike Bush, Don Cameron, Janice Carroll, Jarvis Caston, Tommy Cook, Beatrice Da Yarr, James Dabney Jr., Zina Dennis, Yvette Eaton, Thomas B. Fleming, Carl Forcht, Ralph Gaston, Jerry Gerber, Lana Golubeff, Ross Gould, Russell Grower, Alla Gursky, Willy Kaufman, William LaChasse, Olga Lebedeff, Forrest Lederer, Peter Leeds, Wesley Ling, Harald Maresch, Maurice Marks, Bill McLean, Svetlana McLee, Constance C. Meyer, John Mitchum, Robin Morse, William Mulcahy, Joe Ploski, Harry Reardon, Paul Salata, William Schramm, James R. Scott, Bill Sheehan, A. Gerald Singer, Mara Sondakoff, Warren Sortomme, Fred Spitz, Robert R. Stephenson, Audrey Strauss, Herbert Street, Anthony M. Taylor, Bob Templeton, Del Tenney, Lyda Vashkulat, John Veitch, Steve Wayne, Alexander J. Wells, Max Willenz, William Yetter Jr.
  • Scénaristes : Billy Wilder, Edwin Blum
  • D'après : la pièce Stalag 17 de Donald Bevan, Edmund Trzcinski
  • Monteur : George Tomasini
  • Directeur de la photographie : Ernest Laszlo
  • Compositeur : Franz Waxman
  • Chef Maquilleur : Harry Ray
  • Chefs décorateurs : Sam Comer, Ray Moyer
  • Directeurs artistiques : Franz Bachelin, Hal Pereira
  • Producteur : Billy Wilder
  • Producteur associé : William Schorr
  • Sociétés de production : Paramount Pictures
  • Distributeur : Paramount
  • Distributeur reprise : Swashbuckler Films (2013)
  • Dates de sortie reprise : 30 juin 1965 / 11 septembre 2013
  • Editeurs vidéo : Paramount Pictures France (DVD, 2002 et 2006) / Paramount Pictures France (blu-ray, 2014) / Rimini Editions (DVD, blu-ray, 2026)
  • Dates de sortie vidéo : 4 juillet 2002 (DVD) / 25 octobre 2006 (DVD) / 15 janvier 2014 (blu-ray) / 3 juin 2026 (DVD et blu-ray)
  • Budget : 1 661 530 $ (soit 20 700 000 $ au cours de 2026)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 2 709 331 entrées / 596 812 entrées
  • Box-office nord-américain : 10 000 000 $ (soit 124 730 000 $ au cours de 2026)
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.37 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals :
  • Nominations : Oscars 1954 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Robert Strauss ; Meilleur réalisateur pour Billy Wilder
  • Récompenses : Oscars 1954 : Meilleur acteur pour William Holden
  • Illustrateur/Création graphique : © Boris Grinsson (affiche 1953) ; Dreano (jaquette blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Paramount Pictures. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Tagline : La bonne humeur, même aux pires moments n'y perdait jamais ses droits!
Note des spectateurs :

Comédie caustique, Stalag 17 permet à Billy Wilder de détourner le genre du film de guerre pour livrer un constat plus cynique sur la réalité des camps de prisonniers. Un classique qui ne se démode pas.

Synopsis : Durant la Seconde Guerre mondiale dans le Stalag 17, deux prisonniers tentent de s’évader mais sont abattus. De plus, les Allemands découvrent l’existence du tunnel par lequel les autres prisonniers devaient s’évader. Il y a donc un traître parmi les détenus, Sefton, un officier magouilleur et adepte du marché noir, est soupçonné…

Au départ, un succès de Broadway

Critique : En 1951, les anciens prisonniers de guerre Donald Bevan et Edmund Trzcinski présentent au public de Broadway leur pièce de théâtre Stalag 17 qui relate la vie à l’intérieur d’un camp de prisonniers nazi en Autriche. Le succès est immédiat et les auteurs proposent de vendre les droits d’adaptation à des studios hollywoodiens. Toutefois, ils essuient de nombreux refus, notamment de la part de la Paramount qui n’en repère pas le potentiel.

Il faut donc attendre que le réalisateur Billy Wilder découvre la pièce pour qu’il s’avère intéressé par le projet, non sans préciser qu’il va devoir effectuer de nombreuses réécritures. Finalement, il parvient à convaincre la Paramount de financer ce projet à hauteur de 1 661 530 $ (soit 20 700 000 $ au cours de 2026), ce qui est relativement élevé pour un cinéaste qui vient de faire perdre beaucoup d’argent au studio avec Le Gouffre aux chimères (1951), pourtant mené par Kirk Douglas – et ceci malgré les grandes qualités du film qui dénonçait la folie médiatique contemporaine.

William Holden, parfait en anti-héros

Afin de limiter les coûts de production, l’intégralité du film est tournée en Californie (dans le John Show Ranch pour les extérieurs) et dans les studios Paramount pour les intérieurs, nettement plus nombreux puisque le métrage est une adaptation d’une pièce se situant en intégralité dans un baraquement de prisonniers américains. Alors que Billy Wilder envisage de donner le premier rôle à Charlton Heston, il finit par se rabattre sur William Holden, avec qui il a déjà tourné le chef d’œuvre Boulevard du crépuscule (1950). Ce choix contraint fut sans doute une bénédiction car William Holden est bien plus crédible en anti-héros potentiellement traitre par rapport à un Charlton Heston qui n’aurait pas été vraiment crédible dans un emploi ambigu.

Pour le reste du casting, Billy Wilder pioche beaucoup dans les interprètes déjà présents sur scène comme le duo comique formé par Robert Strauss et Harvey Lembeck. Enfin, pour le rôle du commandant du camp, Wilder fait appel à un compatriote viennois puisqu’il l’offre au réalisateur autrichien Otto Preminger. Il y a ici une part d’autodérision de la part du cinéaste de Laura (1944) et Un si doux visage (1952) puisqu’il est connu pour être un véritable tyran sur les plateaux. Ce rôle tenu dans Stalag 17 contribua ensuite beaucoup à sa légende d’homme sans cœur.

Naissance d’un nouveau sous-genre : le film de prisonniers de guerre

Largement réécrit durant tout le tournage, Stalag 17 ne ressemble guère à la pièce puisque Billy Wilder n’a quasiment gardé aucun dialogue, inventant de nombreux éléments propres à son film. Il débute notamment par une voix off où il fait dire au narrateur que le spectateur n’assistera pas à un traditionnel film de guerre, mais que le métrage se concentrera sur le vécu des prisonniers dans sa dimension la plus triviale.

Et de fait, point d’héroïsme triomphant dans Stalag 17 (1953) qui a tout de même le culot de rire d’un fait historique très récent puisque moins de dix ans se sont écoulés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comme dans ses œuvres précédentes les plus marquantes (comme Assurance sur la mort ou Boulevard du crépuscule), Billy Wilder s’empare d’un genre établi pour le subvertir de l’intérieur. Avec Stalag 17, il initie même un nouveau sous-genre du film de guerre qui est celui centré sur des prisonniers et des tentatives d’évasion (comme on en verra beaucoup dans le style de La Grande évasion, en 1963).

L’Amérique vue de manière cynique par un cinéaste d’origine européenne

Mais ce qui marque immédiatement le spectateur vient de la capacité de Billy Wilder à s’emparer d’un sujet sérieux pour livrer une comédie satirique plutôt cinglante. Certes, le baraquement n’est occupé que par des Américains, mais l’union est loin d’être la norme.

Pire, Wilder propose de suivre les pas d’un anti-héros interprété avec talent par William Holden – qui gagnera l’Oscar du meilleur acteur en 1954. Loin d’être conforme aux canons hollywoodiens, son personnage est un adepte de la débrouille, même si cela passe par du marchandage avec l’ennemi. Il apparaît dès lors comme le traitre idéal lorsque les détenus s’aperçoivent qu’une taupe est tapie parmi eux. Bien entendu, le spectateur comprend rapidement que William Holden est un coupable trop idéal pour que ce soit lui. Dès lors, Billy Wilder développe un whodunit hitchcockien pour savoir quel est le traitre au sein de la baraque.

Billy Wilder fait preuve d’une belle maîtrise formelle

Alternant sans cesse scènes purement comiques, généralement tournant autour du duo Strauss / Lembeck, et drame de guerre nettement plus sérieux, Stalag 17 fait preuve d’une belle écriture, tandis que le cinéaste arrive à rendre sa réalisation très mobile alors qu’elle est limitée par le cadre strict de la baraque. Jouant sans cesse sur les mouvements des corps, sur la profondeur de champ et des travellings audacieux, le cinéaste parvient à dynamiser son récit en huis-clos au point que les deux heures passent à toute vitesse.

Encore une fois, il est servi par d’excellents interprètes, dont Peter Graves (futur chef de la série Mission : Impossible) ou encore le futur réalisateur Don Taylor (L’île du docteur Moreau et Damien, la malédiction 2). Adepte du melting pot à l’américaine, Billy Wilder fait preuve de beaucoup de causticité dans la peinture de ces prisonniers de guerre et se permet des débordements qui n’ont pas plu à tout le monde à l’époque.

Le triomphe américain et son plagiat télévisuel

Pourtant, lors de sa sortie aux Etats-Unis en juillet 1953, Stalag 17 a fait l’effet d’une véritable bombe à fragmentation, réussissant à se maintenir à l’affiche durant plus d’un an et cumulant près de 10 000 000 $ (soit 124 730 000 $ au cours de 2026) de recettes pour une mise de départ nettement inférieure. Ce triomphe a permis à Paramount d’éponger les pertes du Gouffre aux chimères et le studio a ainsi refusé de verser une prime à Billy Wilder qui a claqué définitivement la porte du studio.

Par la suite, Billy Wilder et les auteurs de la pièce ont engagé des poursuites envers Bing Crosby qui a produit une série intitulée en France Papa Schultz (Hogan’s Heroes en VO). Parfois également nommée Stalag 13, cette série s’inspire très fortement du film de Billy Wilder et de la pièce éponyme sans qu’ils soient cités – et donc rémunérés. Après un procès pour plagiat, le cinéaste et ses auteurs ont trouvé un arrangement à l’amiable resté secret et la série a pu compter 168 épisodes à succès entre 1965 et 1971.

En France, une carrière étalée sur de nombreux mois

En ce qui concerne la France, Stalag 17 a été distribué par Paramount à partir du vendredi 27 novembre 1953 et la comédie attire 60 827 spectateurs sur une durée relativement limitée. La semaine suivante, le métrage se maintient à 56 184 curieux, essentiellement concentrés dans la capitale. A partir de la mi-décembre 1953, la comédie est lâchée en province et attire encore 72 549 prisonniers. Après ce premier tour de chauffe, le métrage effectue une pause et revient au mois de janvier 1954, avec une exposition provinciale de plus grande envergure.

Ainsi, début février, Stalag 17 se hisse à la septième place hebdomadaire avec 95 035 retardataires, puis 92 034 la semaine suivante (16 février 1954). A une époque où les exploitations étaient particulièrement longues, le métrage est toujours présent au mois de mai 1954, grappillant chaque semaine autour de 50 000 clients de plus. Son impeccable longévité en a fait un énorme succès cumulant 2 709 331 entrées, installant le film en 26ème position annuelle (1953).

Par la suite, Stalag 17 a été repris dans les salles françaises en 1965, mais aussi en 2013. Cependant, il n’a pas eu les honneurs d’une sortie en support VHS dans notre pays. Il a donc fallu attendre le DVD de 2002 pour que la comédie soit enfin disponible. Depuis, le classique a été restauré en 4K et bénéficie d’une sortie en blu-ray chez Rimini Editions en 2026, alors que les pays étrangers ont le droit à une version 4K UHD.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 25 novembre 1953

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Stalag 17, l'affiche

© 1952 Paramount Pictures / Affiche : Boris Grinsson. Tous droits réservés.

Biographies +

Billy Wilder, William Holden, Peter Graves, Neville Brand, Peter Baldwin, Tommy Cook, Otto Preminger, Robert Strauss, Harvey Lembeck, Don Taylor

Mots clés

Cinéma américain, La Seconde Guerre mondiale au cinéma, Film de prison, Les évasions au cinéma, Les huis-clos au cinéma, Adaptation de pièce de théâtre, Oscars 1954

Le test du blu-ray

Rimini Editions a récupéré une copie magnifiquement restaurée en 4K pour une édition qui est de loin la plus convaincante à ce jour sur le plan technique, même si on aurait aimé une publication directement en 4K UHD plutôt qu’en blu-ray. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & suppléments : 4 / 5

Présenté dans un fourreau plutôt élégant, les deux disques sont en réalité inclus dans un boitier Amaray classique qui reprend exactement les éléments visuels de l’étui, ce qui est un peu dommage. Le boitier contient un petit livret de 24 pages écrit par l’inévitable Marc Toullec. Le tout est très informatif, même si cela reprend de nombreux éléments vus dans les bonus vidéo.

Parmi eux, on compte un supplément original tourné en décembre 2025, à savoir une conversation autour du film entre Mathieu Macheret (Le Monde) et Frédéric Mercier (Positif) d’une durée de 32 minutes. Plutôt analytique, ce supplément tente de montrer les apports de Billy Wilder à la pièce d’origine, ses libertés vis-à-vis du texte et surtout sa volonté de réécrire le film en plein tournage. Les deux critiques parviennent à faire émerger des pistes de réflexion intéressantes, notamment sur le positionnement idéologique de Billy Wilder, dont la personnalité se rapproche fortement de celle du personnage cynique interprété par William Holden.

Ensuite, l’éditeur propose des suppléments issus des éditions DVD précédentes comme un making of rétrospectif (22min) avec les anciens techniciens et acteurs encore en vie qui témoignent de l’aventure du film. Passionnant évidemment, d’autant que beaucoup d’entre eux sont décédés depuis. Enfin, un supplément historique de 25min donne la parole aux véritables survivants du Stalag XVIIB. Leurs témoignages sont tour à tour indispensables pour la mémoire de tous les prisonniers, mais aussi terriblement émouvants lorsque certains s’effondrent devant la caméra en évoquant les horreurs qu’ils ont pu voir durant la guerre, notamment à l’encontre des juifs.

L’image du blu-ray : 5 / 5

La restauration du film en 4K permet de profiter au mieux du travail effectué sur la lumière par le directeur photo Ernest Laszlo, tandis que la fluidité absolue de l’image offre un écrin de choix aux mouvements d’appareil complexes voulus par Billy Wilder. Le noir et blanc est parfaitement contrasté et le rendu général est tout bonnement parfait. Finalement, on se demande pourquoi ne pas avoir proposé le long métrage directement en 4K UHD comme dans de nombreux pays étrangers.

Le son du blu-ray : 4 / 5

La version originale sous-titrée est proposée en DTS-HD Dual mono pour un rendu absolument parfait. La piste a été intégralement restaurée avec une absence totale de souffle ou d’imperfection. L’équilibre est donc au rendez-vous entre les voix, les bruits d’ambiance et la musique de Franz Waxman. Pour la version française, elle est proposée en Dolby Dual Mono et dispose d’un doublage d’époque de grande qualité. Malheureusement, la piste est moins claire, avec un peu de souffle et une restauration qui est nettement moins probante. Cela ne gêne pas vraiment le visionnage, mais on vous conseille tout de même de découvrir le film en VO pour en profiter pleinement. Les cinéphiles ne seront certainement pas offusqués.

Test du blu-ray : Virgile Dumez

Stalag 17, jaquette blu-ray

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