Paris, Texas : la critique du film (1984)

Drame | 2h27min
Note de la rédaction :
10/10
10
Paris, Texas, de Wim Wenders, affiche de la Palme d'Or

  • Réalisateur : Wim Wenders
  • Acteurs : Nastassja Kinski, John Lurie, Aurore Clément, Harry Dean Stanton, Dean Stockwell
  • Date de sortie: 19 Sep 1984
  • Nationalité : Allemand (RFA), Français, Britannique
  • Scénaristes : L.M. Kit Carson, d'après une histoire de Sam Shepard
  • Compositeur : Ry Cooder
  • Directeur de la photographie : Robby Müller
  • Producteurs : Anatole Dauman, Pascale Dauman, Don Guest, Chris Sievernich
  • Distributeur : Argos Films - Pari-Films (1984), Tamasa Distribution (Reprise, 2014)
  • Éditeur vidéo : Hollywood Vidéo (VHS originale), Fil à Film (VHS), Arte Vidéo (DVD, Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 22 septembre 2010 (DVD & Blu-ray)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 2 019 539 entrées / 694 529 entrées - 14 920 entrées France (reprise 2014)
  • Affiche : Guy Peellaert
  • Récompenses : Palme d'or Cannes 1984 - Prix de la Critique Internationale, Cannes 1984, Prix du Jury Oecuménique, Cannes 1984 / Bafta 1985 (Meilleur réalisateur) / German Film Awards (Meilleur film)
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Paris, Texas appartient au patrimoine mondial du cinéma. La Palme d’Or du festival de Cannes 1984 est un road movie qui relève du mythe dont les errances n’ont jamais eu de cesse de nous fasciner. Un chef-d’œuvre absolu.

Synopsis : Au milieu du désert texan, Travis, un homme que l’on croyait mort, réapparaît. Harassé, il s’évanouit, pour se réveiller à l’hôpital. Prévenu, son frère Walt le retrouve muet et amnésique après quatre années d’errance. Chez Walt, Travis retrouve Hunter, son fils de 8 ans que Jane, sa jeune femme, a mystérieusement abandonné quatre ans auparavant. Peu à peu, Travis reconquiert sa mémoire et son identité. Il tente de regagner l’affection de son fils. Ses efforts sont d’abord accueillis avec méfiance par le gamin, qui, peu à peu, pourtant, consent à aimer ce père étrange. Travis part avec lui à la recherche de Jane, qui travaille dans un peep show de Houston…

Harry Dean Stanton dans Paris, Texas

© 1984 Argos Films

Critique : Quand Paris, Texas sort en salle en 1984, le succès est phénoménal. Quinzième du box-office français annuel, seul vrai film d’auteur classé dans le top 20 avec Greystoke et Amadeus, au milieu des SOS fantômesIndiana Jones et autre A la poursuite du diamant vert. Le road movie ultime, que n’aurait pas renié Jim Jarmusch à la carrière alors naissante, comptabilise 2 millions d’entrées en France. Spectaculaire pour une Palme d’or, d’autant que le succès dépasse le cadre de l’emphase parisienne. Tout l’Hexagone est sous le charme de l’hypnotisant périple de Harry Dean Stanton en pleine errance de quatre ans, sur la voix de la rédemption après avoir abandonné femme et enfant en bas âge.

Le mythe Nastassja Kinski sublime Paris, Texas de sa présence

La femme, c’est Nastassja Kinski, époustouflante de beauté. Elle est la star de cette époque et se retrouve en un mois à l’affiche de trois grands films : la Palme d’or, mais aussi Maria’s lovers d’Andrei Konchalovski et L’hôtel New Hampshire de Tony Richardson. Le Wenders et le Konchalovski seront les deux derniers succès d’une carrière maudite.

Paris, Texas, Nastassia Kinski et Harry Dean Stanton

© 1984 Argos Films

Une écriture tout en pudeur basé sur un script de Sam Shepard

Présenté à Cannes en mai 1984, quatre mois avant sa sortie, alors que le mixage était achevé le jour de la montée des marches, Paris, Texas fait sensation, s’érigeant immédiatement en œuvre générationnelle et objet de mythe intouchable. La réalisation lente de Wim Wenders convie au voyage intérieur dans les grands espaces américains ; elle caresse les songes d’errance des spectateurs et met remarquablement en image les phrases arides de Motel chronicles, la fiction écrite par le comédien Sam Shepard à la fin des années 70. La photographie somptueuse s’associe à la musique fébrile de Ry Cooder pour un hommage sans précédent au sud de l’Amérique, celle qui a toujours fasciné le cinéaste allemand.

Nastassia Kinski dans Paris Texas

© 1984 Argos Films

Paris, Texas, le sommet de la carrière de Wim Wenders

Après cette réussite totale, Wenders réalise en 1987 un ultime chef-d’œuvre incontestable, Les ailes du désir, marqué par une suite tardive en 1993, Si loin si proche, avec Nastassja Kinski aux ailes d’ange déchu. Les choses avaient alors beaucoup changé. Le consensus n’était plus vraiment d’actualité pour les deux célébrités allemandes. En 2014, Paris, Texas ressort dans les salles françaises dans une nouvelle version restaurée, trente ans après sa Palme d’or, et quatre ans après l’édition blu-ray. Le film a fait sensation sur la Croisette, à l’occasion de sa diffusion exceptionnelle dans le cadre de Cannes Classics.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 19 septembre 1984

Les Palmes d’or sur CinéDweller

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Paris, Texas, de Wim Wenders, affiche de la Palme d'Or

Crédit affiche : Guy Peellaert

Le blu-ray

Compléments : 2/5

On est très loin de l’avalanche de bonus de l’édition Criterion sortie en début d’année 2010. Seul un entretien de 26mn avec un Wim Wenders francophone (n’est-ce pas celui du DVD français sorti il y a quelques années ?) et une bonne vingtaine de minutes de scènes supplémentaires sont au menu. Ces dernières sont d’importance et complètement inédites chez nous. Elles nous renvoient à la vision de 3 heures dont le cinéaste rêvait à l’origine. Elles sont principalement contemplatives et riches en enseignement.
A noter aussi la présence d’une bande-annonce française d’époque, probablement un teaser.

 Image : 4/5

Les copies DVD de Paris Texas avaient démontré la souffrance de la pellicule au travers des décennies. Ici, les impuretés résistent à dose pharmaceutique. En revanche, la splendeur des couleurs du désert, sa luminosité singulière, et les lumières de nuit des cités texanes trouvent une réinterprétation providentielle en haute-définition. Le transfert a été supervisé par l’auteur lui-même, qui a scrupuleusement veillé à ne pas écarter le grain argentique d’époque. La texture cinématographique nous comble de bonheur.

Son : 4/5

Tout repose sur la spatialisation du score, des riffs de guitare magiques qui évoquent l’évasion et l’égarement. Les splendeurs désertiques et la poussière. En 5.1 DTS Master audio, la musique prend un envol remarquable, tandis que les dialogues sont d’une belle limpidité. Le DTS nous permet de distinguer et d’isoler le moindre son. Impressionnant de redécouvrir ce film vieux de 25 ans dans pareilles conditions.

© 1984 Road Movies – Argos Films © Argos Films – Arte France

Le saviez-vous?

  • A l’occasion de la sortie de Paris, Texas, la Cinémathèque de Paris avait proposé  à Wim Wenders une carte blanche. L’auteur allemand avait choisi Jean Renoir, Carné, Godard, Ozu, Fritz Lang et des films américains de John Ford, Howard Hawks, Samuel Fuller… Tel était le programme de sa carte blanche et noire, comme il a aimé l’appeler.
  • Sorti le 19 septembre 1984, dans 28 cinémas parisiens, Paris, Texas a dû affronter pléthore de nouveautés. Les Ripoux de Claude Zidi était le blockbuster de la semaine (48 salles), Le meilleur avec Robert Redford bénéficiait de l’écho de Deauville (31 salles), le remake d’Un éléphant, ça trompe énormément (alias La fille en rouge), présent dans 25 cinémas, le thriller français Stress, avec Guy Marchand et Carole Laure, ou encore Rock Zombies, production improbable qui sévissait dans 15 cinémas. Avec 12 474 entrées, Wim Wenders s’offrait le second démarrage du jour, avec 12 474 entrées sur P.P., juste derrière les 13 194 du duo Noiret / Lhermitte dans la comédie policière de Zidi.
  • Première semaine parisienne étonnante pour Paris, Texas qui trônait en 3e place, avec 115 092 entrées dans 29 cinémas. Devant le road movie, Les Ripoux accomplissait un peu mieux (132 173 spectateurs), mais en bénéficiant de 47 cinémas. Le numéro 1 demeurait un certain Indiana Jones et le temple maudit de Steven Spielberg, au succès écrasant de 290 025 spectateurs dans 54 cinémas. Paris, Texas s’offrait par ailleurs le meilleur démarrage pour une Palme d’or depuis Apocalypse Now.
  • Pour sa première semaine parisienne, Paris, Texas était essentiellement présent dans l’intra-muros. Seulement 6 cinéma de banlieue diffusaient le futur classique de Wenders. Dans l’enceinte de la capitale, la Palme d’or réalise près de 9 500 spectateurs au seul Marignan Pathé. On retrouve le film dans les 2 salles du St André des Arts, à l’UGC Biarritz/Boulevard/Convention/Montparnasse/Gobelins, à la Pagode, à l’Impérial Pathé, au Mayfair Pathé, au Rex, au Cluny Ecoles, au Nation, au Parnassiens, au Movie Halles, au Ciné Beaubourg, à l’Escurial, au 14 Juillet Bastille et au 14 Juillet Beaugrenelle, aux Images, à l’Olympic Entrepôt et au PLM St Jacques. Respect.
  • L’adaptation de Sam Shepard réalisera un parcours sans faute : 95 513 entrées en 2e semaine parisienne, 77 080 en 3e, 61 008 en 4e, 48 386 en 5e… 14 semaines plus tard, le miracle est toujours dans les salles. Pour la dernière semaine de 1984, Paris, Texas brille dans 7 cinémas, avec 7 860 spectateurs et un total magique de 579 789 spectateurs. Un an plus tard, en 64e semaine, Paris, Texas réalisait encore 279 entrées au seul UGC Marbeuf.
  • Aux César, lors de la 10e cérémonie, nominé dans la catégorie du Meilleur film étranger, Paris, Texas fait face à une lourde concurrence, Greystoke, la légende de Tarzan, avec le comédien français Christophe Lambert, Maria’s Lovers de Kontchalovsky, avec également Nastassia Kinski, et Amadeus, oeuvre phénomène qui remporte la statuette.
    Paris,Texas, jaquette vidéo Hollywood Vidéo

    © 1984 Road Movies – Argos Film

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