Un peu moins réussi que les deux premiers volets, Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ? L’ultime outrage n’en demeure pas moins fort drôle grâce à l’implication de l’hilarant Leslie Nielsen.
Synopsis : L’heure de la retraite a sonné pour Frank Drebin, le policier le plus gaffeur de Los Angeles. Cette nouvelle fait plaisir à sa femme Jane, qui attend que son mari se montre plus attentionné et lui fasse l’enfant qu’elle désire depuis des années. Mais Frank ne chôme pas très longtemps. Ses anciens collègues lui demandent de les aider à faire échec aux projets de Rocco, un dangereux terroriste international, certes emprisonné, mais que la police soupçonne de préparer, derrière les barreaux, un attentat contre les Etats-Unis.
Changement de réalisateur, pas d’esprit
Critique : Après le succès encore plus important de Y a-t-il un flic pour sauver le Président ? (1991) par rapport à celui de Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? (1988), il était évident qu’une suite viendrait s’ajouter afin de former ce qui s’annonçait comme une trilogie. Si le scénario est toujours signé de David Zucker et Pat Proft, la réalisation échoie cette fois au novice Peter Segal qui avait tout de même une solide formation télévisuelle depuis déjà une dizaine d’années. Celui-ci est donc engagé pour suivre à la lettre la charte esthétique initiée par David Zucker sur les deux premiers volets.
Toutefois, dès le début de Y a-t-il un flic pour Hollywood ? (1994), le spectateur peut ressentir un léger relâchement dans l’écriture du script. Ainsi, l’intrigue principale – déjà largement annexe dans les deux précédents volets – est souvent laissée en suspens pour offrir des flashbacks permettant aux auteurs de parodier les derniers succès en date. Cette technique, ici utilisée avec un peu trop d’insistance, tend à diluer l’intérêt du spectacle. Dès le début, la séquence qui parodie celle des escaliers dans Les Incorruptibles (Brian De Palma, 1987) se révèle n’être qu’un rêve de Frank Drebin.
Toujours plus de parodies!
Comme le policier le plus gaffeur de la création a été mis à la retraite, il se remémore quelques affaires anciennes, ce qui offre la possibilité de parodier La fièvre du samedi soir (John Badham, 1977). Enfin, lorsque Jane – toujours très drôle Priscilla Presley – décide de quitter Drebin, elle peut entamer un voyage féministe à l’image de celui de Thelma et Louise (Ridley Scott, 1991). Mais les références ne s’arrêtent pas là puisque le long-métrage parodie également les films de prison comme L’évadé d’Alcatraz (Don Siegel, 1979) et La grande évasion (John Sturges, 1963). Enfin, on notera une concession à l’air du temps avec l’introduction d’une parodie plutôt ratée de Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993).
Dans ce grand bain cinéphilique, les auteurs ont toutefois eu l’excellente idée de multiplier les gags les plus délirants. Entre des jeux de mots à foison, des cascades burlesques, mais aussi des références sexuelles incessantes, le style des ZAZ est bel et bien de retour dans ce troisième volet qui est certes moins bon, mais qui déclenche encore l’hilarité à de très nombreuses reprises, pour peu que l’on adhère à ce type d’humour volontairement débile.
Leslie Nielsen, toujours aussi hilarant
En maître de cérémonie, Leslie Nielsen constitue une fois de plus le point fort de la comédie tant il s’avère drôle du début à la fin. Il est toujours soutenu par la même fine équipe constituée de Priscilla Presley, George Kennedy et O.J. Simpson. Si ces deux derniers sont légèrement en retrait, le film gagne quelques nouveaux visages comme l’excellente Kathleen Freeman en parodie de Ma Dalton ou encore la sculpturale et pulpeuse Anna Nicole Smith dans son emploi le plus iconique.

© Paramount Pictures. Tous droits réservés.
Enfin, on notera que lors de la cérémonie des Oscars qui sert de cadre à l’hilarante séquence finale, des stars sont venues assurer le show (on y trouve Elliott Gould, Olympia Dukakis, James Earl Jones, Pia Zadora et Raquel Welch dans leurs propres rôles). Lors de cette ultime séquence, le spectateur retrouve pleinement la formule gagnante de la trilogie avec un Frank Drebin qui saccage tout sur son passage, le tout en direct à la télévision.
Box-office nord-américain de Y a-t-il un flic pour Hollywood ?
D’une durée ramassée de 83 minutes, Y a-t-il un flic pour Hollywood ? L’ultime outrage a le mérite de ne laisser aucun temps mort au spectateur qui passe d’un gag à l’autre sans pouvoir reprendre son souffle. Si certains moments sont plus réussis que d’autres, on ne peut nier la force comique qui se dégage d’un tel délire pelliculé.
Plombé par un budget plus élevé que ses prédécesseurs, ce troisième volet a nettement moins performé au box-office américain en glanant seulement 13 216 531 $ pour son week-end d’ouverture en mars 1994. Certes, c’est un meilleur démarrage que celui du premier film, mais nettement en retrait par rapport au deuxième épisode (à 20 M$). La suite de sa carrière nord-américaine ne fera que confirmer la baisse avec un bénéfice de 51 132 598 $ (soit 111 450 000 $ au cours de 2025) en fin de carrière contre 86,9 M$ pour le précédent. Ainsi, la comédie ne se hisse qu’à la 24ème place annuelle aux States. Une déception qui explique grandement l’abandon de la franchise.
Box-office français des troisièmes aventures de Frank Drebin
En France, la déception est également de mise par rapport au précédent volet qui avait réussi à franchir le million de spectateurs grâce au succès de la VHS du premier épisode. En première semaine, Y a-t-il un flic pour Hollywood ? L’ultime outrage entre à la troisième place du box-office national en déplaçant tout de même 197 928 fans sur toute la France. Le métrage doit notamment affronter la sortie événementielle de La reine Margot (Patrice Chéreau) qui s’impose à la première place, ainsi que la continuation du phénomène britannique Quatre mariages et un enterrement (Mike Newell) qui chasse sur ses mêmes terres. On notera aussi la continuation de la comédie Rasta Rockett (Jon Turteltaub) qui peut également lui faire concurrence. Enfin, n’oublions pas que La cité de la peur, le film de Les Nuls est toujours à l’affiche, lui-même s’inspirant largement de l’humour des ZAZ.
La semaine suivante, la comédie délirante parvient à mobiliser encore 122 200 cinéphiles pour une cinquième place nationale. Fin mai 1994, les entrées se tassent pour tous les films et l’arrivée d’autres comédies (dont Grosse fatigue de Michel Blanc) vient entamer le potentiel de rebond de Y a-t-il un flic pour Hollywood ? qui chute trop rapidement à 71 595 tickets supplémentaires. A ce stade, la comédie n’a pas encore dépassé les 400 000 spectateurs. Début juin, le film se stabilise avec 49 017 flics, puis un léger rebond à 55 460, permettant au film de tutoyer, puis dépasser les 500 000 tickets.
En fin de carrière française, le métrage a attiré 605 949 amateurs d’humour nonsensique (soit l’équivalent du premier qui avait terminé en France à 600 095 entrées). Depuis, le film est régulièrement édité en coffret avec les deux premiers volets. Cette trilogie est désormais complétée par un nouvel opus intitulé Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? (Akiva Schaffer, 2025) avec Liam Neeson dans le rôle de Frank Drebin Junior.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 11 mai 1994
La Franchise Y a-t-il un flic
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Biographies +
George Kennedy, Elliott Gould, Leslie Nielsen, Paul Feig, David Zucker, James Earl Jones, Olympia Dukakis, Fred Ward, Joe Grifasi, Earl Boen, Raquel Welch, R. Lee Ermey, O.J. Simpson, Shannen Doherty, John Capodice, Priscilla Presley, Peter Segal
Mots clés
Cinéma américain, Franchise Y a-t-il un flic…, Comédie décalée, Parodie