La Reine Margot : la critique du film (1994)

Drame historique | 2h39min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche (reprise 2013) de La Reine Margot

  • Réalisateur : Patrice Chéreau
  • Acteurs : Pascal Greggory, Daniel Auteuil, Vincent Perez, Isabelle Adjani, Jean-Claude Brialy, Jean-Hugues Anglade, Virna Lisi
  • Date de sortie: 13 Mai 1994
  • Nationalité : Français, Allemand, Italien
  • Scénario : Patrice Chéreau, Danièle Thompson, d'après le roman d'Alexandre Dumas
  • Distributeur d'origine : A.M.L.F. ( Agence Méditerranéenne de Location de Films)
  • Distributeur (reprise du 24 octobre 2013) : Pathé Films
  • Éditeur vidéo : Pathé-Distribution
  • Date de sortie vidéo : 1er septembre 2015 (DVD) - 1er avril 2019 (Blu-ray)
  • Box-office France / Paris Périphérie : 2 002 915 entrées / 522 089 entrées - Box-office reprise 2013 : 3 076 entrées
  • Festivals : Festival de Cannes 1994 : Prix du Jury, Prix d'interprétation féminine (Virna Lisi) - Cannes Classics 2013
  • Classification : Tous publics avec avertissement
  • Récompenses : César 1995 : Meilleure actrice (Isabelle Adjani), Meilleur acteur dans un second rôle (Jean-Hugues Anglade), Meilleure actrice dans un second rôle (Virna Lisi), Meilleure photo, Meilleurs costumes
  • Crédit photo : © Copyright : © Photographies de Luc Roux – Collection Fondation Jérôme Seydoux-Pathé © 1994 - PATHE PRODUCTION - FRANCE 2 CINEMA - DA FILMS - RCS PRODUZIONE TV SPA - NEF FILMPRODUKTION

La Reine Margot, production culturelle de prestige montée autour d’Isabelle Adjani, est transcendée par le style foisonnant de Patrice Chéreau.

Synopsis : Elle est belle, elle est catholique, elle est la sœur du roi, elle s’appelle Marguerite de Valois. Son frère l’a surnommée Margot. Henri de Navarre est protestant, on dit qu’il est mal élevé, mal rasé, qu’il sent l’ail et la sueur. On les marie de force. C’est une manœuvre politique : il faut réconcilier les Français déchirés par les guerres de religion. Six jours après le mariage célébré à Notre-Dame, ce sera la nuit de la Saint-Barthélemy. Au milieu de cette nuit d’horreur un jeune homme percé de coups d’épée frappe désespérément à la porte de Margot. La Môle est protestant, il doit mourir comme les autres. Mais Margot le cache, le soigne et se met à l’aimer. Cette nuit-là tout bascule.

Dominique Blanc et Isabelle Adjani dans La Reine Margot (1994)

© Copyright : © Photographies de Luc Roux – Collection Fondation Jérôme Seydoux-Pathé © 1994 – PATHE PRODUCTION – FRANCE 2 CINEMA – DA FILMS – RCS PRODUZIONE TV SPA – NEF FILMPRODUKTION

Il y a quelque chose de pourri au royaume de France

Critique : Adapté d’un roman d’Alexandre Dumas, déjà l’objet d’un film de Jean Dréville (1954), avec Jeanne Moreau et Françoise Rosay, La Reine Margot de Patrice Chéreau avait bénéficié d’un budget confortable. Labellisé production culturelle de prestige, le film a été porté par Claude Berri qui a été un coordinateur financier et artistique à la manière des grands nababs de l’âge d’or hollywoodien. Visant le public de Cyrano de Bergerac et Camille Claudel, l’œuvre est tout autant un film d’auteur, Patrice Chéreau utilisant un matériau historique et littéraire pour l’imbriquer à son univers. La Reine Margot est d’abord un récit qui devrait passionner certes les amateurs d’Histoire, la grande comme la petite. Complots royaux, intrigues des « grands », déchirements familiaux et religieux ont ici pour contexte la cour du roi catholique Charles IX (Jean-Hugues Anglade, illuminé), manipulé par sa mère, Catherine de Médicis (Virna Lisi, époustouflante en spectre machiavélique) : celle-ci tient les rênes du pouvoir et souhaite réconcilier les Français en mariant sa fille, Marguerite de Valois (Isabelle Adjani, impériale et romantique) au protestant Henri de Navarre (Daniel Auteuil, sobre et tout en frisures). Cela s’avère être une manœuvre politique et six jours après l’union célébrée en grandes pompes à Notre-Dame, ce sera le massacre de la Saint-Barthélemy. Au cours de ces événements horrifiques, Margot s’éprend de La Môle (Vincent Perez, fragile et viril), un protestant qui sera blessé et qu’elle cachera…

Le massacre historique sert ici de catalyseur des sentiments et des règlements de comptes, un peu comme le naufrage du Titanic unissait d’autant plus Jack Dawson et Rose DeWitt dans le film de Cameron sorti quatre ans plus tard. Mais Chéreau se refuse tout effet de spectacle et de mélodrame. La Reine Margot est une effusion de larmes et de sang qu’il préfère traiter en mode distanciation brechtienne. Les cris et sanglots semblent parfois étouffés par la bande-son, du fait de la profusion de dialogues qui s’annulent les uns les autres ; ici, la transpiration de sang d’un roi empoisonné par mégarde ou la défenestration de Coligny (Jean-Claude Brialy), écrasé comme une sale bête, sont filmés avec détachement plus qu’ostentation, révélant les noirceurs de l’âme humaine et des combats fratricides.

La Reine Margot, synthèse séduisante de dramaturgie théâtrale et de tempo cinématographique

Il y a aussi dans ce récit un mélange d’ambiance de polar et de tragédie antique, plus que d’épopée historique. Il serait à cet égard intéressant de faire le parallèle avec La Chair de l’orchidée (1975), premier film de Chéreau, sous-estimé par l’auteur lui-même : les flèches lancées par Anjou (Pascal Greggory) et Guise (Miguel Bosé) font écho aux couteaux envoyés par les tueurs à gages (François Simon et Hans Christian Blech) dans l’adaptation du roman de James Hadley Chase ; la passion affective et physique de Margot et La Môle renvoie à l’attirance fusionnelle de Charlotte Rampling et Bruno Cremer ; la mère voulant gouverner son monde, protéger son fils et écarter des membres de la parentèle est de la même nature que Mme Bastier-Wagener (Edwige Feuillère), experte en manigances. Au niveau de la mise en scène, la séquence initiale du mariage, reprise dans la bande-annonce, résume à elle seule les qualités du film, synthèse séduisante de dramaturgie théâtrale et de tempo cinématographique, Chéreau ancrant l’ensemble du film au carrefour de la « qualité française » (les dialogues de Danièle Thompson, la photo de Philippe Rousselot) et de sa liberté d’artiste. La Reine Margot évite le piège de la reconstitution du film en costumes écrasé par les décors et les figurants, même si ces éléments contribuent à sa beauté visuelle…

On ne reconnaîtra pas facilement Compiègne et Senlis parmi ces décors. Pourtant, c’est bien dans ces lieux que le film a été en partie tourné, la plupart des rues adjacentes au palais de Compiègne ayant été interdites à la circulation et au public, de peur que la star Adjani ne soit importunée par des photographes et badauds… Il faut aussi souligner la qualité de la musique de Goran Bregovic, compositeur attitré de Kusturica. Enfin, le casting de Margot Capelier est un (presque) sans-faute : outre les comédiens déjà cités, on remarquera Dominique Blanc en dame de compagnie inquiétante ou Julien Rassam en duc d’Alençon. On regrettera juste le doublage français de Claudio Amendola (auquel échappent heureusement Virna Lisi et Asia Argento), ainsi que le sous-emploi d’Emmanuel Salinger et Laure Marsac. Présenté au Festival de Cannes 1994, La Reine Margot y obtint le prix du Jury et le prix d’interprétation féminine pour Virna Lisi. Isabelle Adjani quant à elle décrochera en 1995 le César de la meilleure actrice. En 2013, sa sélection à Cannes Classics a fait suite à une restauration numérique en 4K effectuée par Pathé sous la direction de Patrice Chéreau.

 

Critique de Gérard Crespo

Les sorties de la semaine du 11 mai 1994

Affiche (reprise 2013) de La Reine Margot

Copyright  Renn Productions – France 2 Cinéma DA Films (Paris) Nef Film Produktion gmbh / Degeto pour ARD / WMG / RCS Films / Pathé Distribution – Photographie Luc Roux

 

Le saviez-vous ? Histoire, box-office, carrière…

  • Si le box-office français de La Reine Margot fut décevant, c’est à cause de son budget sidérant : 120 millions de francs en son temps, soit l’équivalent de 25 millions d’euros aujourd’hui. C’est tout simplement le plus gros budget pour une production française tournée en 1993, devant Léon de Luc Besson (90M), Le Colonel Chabert (75), Giorgino (70) et La fille de d’Artagnan (60M). Film le plus attendu de l’année 94, La Reine Margot est produit principalement par Claude Berri et sa société Renn Production qui espérait égaler les 6 millions d’entrées de son précédent mastodonte, Germinal.
  • Sa présence à Cannes était acquise depuis le début et c’est le vendredi 13 mai 1994 que l’équipe prestigieuse du film de Chéreau monte les marches. Ce projet, le réalisateur de L’homme blessé et Danièle Thompson l’ont en tête depuis 1989 ; le choix d’Isabelle Adjani, championne du box-office dans les années 80 (Tout feu tout flamme, Subway, L’été meurtrier, Camille Claudel) s’est imposé à eux dès l’écriture. Après une retraite artistique de trois ans, le mythe Adjani était revenu à Cannes dans une petite production, en 1993, Toxic Affair, qui avait suscité un mauvais buzz autour de la comédienne. La Reine Margot, pour le grand public, devait être son grand retour. Pour l’actrice, cette adaptation de Dumas est « le premier long métrage grunge en costume ».
  • Finalement, le tournage démarre le 10 mars 1993, cinq ans après le début du projet.
  • Le tournage est impressionnant avec un nombre fou de figurants? jusqu’à 1 000 sur le plateau pour le scène du mariage.

 

  • Isabelle Adjani et Daniel Auteuil dans La Reine Margot

    © Copyright : © Photographies de Luc Roux – Collection Fondation Jérôme Seydoux-Pathé © 1994 – PATHE PRODUCTION – FRANCE 2 CINEMA – DA FILMS – RCS PRODUZIONE TV SPA – NEF FILMPRODUKTION

     

  • A Cannes, le film reçoit le Prix du Jury, mais divise (un peu) la critique. Le tableau des étoiles démontre une envie moindre de voir le film palmé quand Soleil trompeur (Mikhalkov), Journal intime (Moretti) et Au travers des oliviers (Kiarostami) suscitent un vrai engouement critique. Curieusement la Palme d’or de l’année, Pulp Fiction divise vraiment les critiques sondés.
  • Le film est lancé un vendredi sur 44 salles à Paris, avec 3 séances par jour, en raison de sa durée longue de plus de 2h30.
  • Au total, sur la France, ce sont 248 cinémas qui ouvraient leurs portes à la reine Adjani. Sur Paris, le premier jour est bon pour un vendredi de mai, avec 28 323 entrées et 89 000 surtout toute la France, affichant de ce fait un bon coefficient. Pour les chiffres de la capitale, on est toutefois dans la fourchette des pronostics des professionnels de l’époque. Le Film Français, à Cannes, avait interrogé de nombreuses personnalités qui le situaient entre 48 000 et 18 000 pour son premier jour Paris-Périphérie.
  • A l’issue de la première semaine, la bourrasque de La Reine Margot ne parvient toutefois pas à déloger 4 mariages et un enterrement de la première place sur Paris. Une surprise, sachant que la comédie britannique avec Hugh Grant en était à sa 3e semaine d’exploitation. Il est vrai que cette comédie bénéficiait de deux jours supplémentaires dans les salles, ainsi que d’un circuit plus étoffé de 27 écrans. Mais le symbole est là. En 1994, les yeux étaient rivés sur les chiffres de la capitale alors que, sur la France, l’avantage était à Chéreau avec 369 000 entrées.
  • En deuxième semaine, forte de 200 écrans supplémentaires et de 7 vrais jours d’exploitation, la tragédie historique s’envole à 464 761 spectateurs. C’est solide, mais un film lui fait du tort : la comédie de et avec Michel Blanc, Grosse fatigue, qui est la surprise du moment.
  • La carrière de La Reine Margot est très vite empêchée par les succès des comédies Grosse Fatigue et 4 Mariages et un enterrement. Ce dernier va continuer sur la durée. Chutant à 300 000 entrées en 3e semaine, le blockbuster français n’a pas le panache des films à 5 millions de tickets. Il  chute à 200 000 tickets en 4e semaine, 163 000 entrées en 5e semaine. Au moins reste-t-il tout ce temps dans le tiercé de tête, faute de grosses sorties, et à cause d’une météo très ensoleillée. En 6e semaine, l’événement médiatique dépasse à peine les 400 000 entrées sur Paname, où il fait flop, et s’use en province (75 542 entrées dans 400 cinémas pour un total insuffisant de 1 575 000). Au moins, en 8e semaine, la Fête du cinéma lui permet de rebondir à 83 000 entrées pour un total de 1 659 000.
  • Lors de sa 8e semaine, La Reine Margot est exsangue avec 29 000 entrées dans 300 cinémas. Pendant ce temps, Hugh Grant caracole toujours en tête et s’approche des 3 millions d’entrées et Grosse Fatigue a dépassé le spectacle historique sur ses chiffres France.
  • In fine, La Reine Margot restera toutefois une cinquantaine de semaines à l’affiche et, avec plus de 2 millions d’entrées, ne sera rentabilisé sur le marché français qu’à 23% de son imposant budget de 130 millions de francs. Un relatif succès public, mais trop onéreux pour être seulement rentabilisé sur notre seul territoire. Une consolation : on est loin du petit 1 % de rentabilité de Giorgino, avec Mylène Farmer qui, cette année-là, avait réalisé 60 000 entrées pour un budget surréaliste de 70 millions d’euros.
  • Malgré des résultats in fine assez moyens en France, La Reine Margot sera une bonne affaire à l’échelle planétaire : Miramax des frères Weinstein a acheté le film, et tous les marchés importants comme la Grande-Bretagne ont acquis le film qui fera une très belle carrière mondiale.
  • Avec 12 nominations aux César, Margot la sublime permet à Isabelle Adjani de choper sa 4e statuette après Possession, Camille Claudel et L’été meurtrier, mais la star ne pourra être présente le soir de la cérémonie en raison de sa grossesse. C’était par ailleurs sa 7e nomination.
  • Aux César, Chéreau est privé de son sacre par André Téchiné, élu Meilleur Réalisateur. Les Roseaux Sauvages, initialement prévu, pour la télévision est consacré meilleur film.

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Affiche (reprise 2013) de La Reine Margot

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