Y a-t-il un flic pour sauver la Reine est le pastiche culte de toute la génération qui a biberonné à l’humour nonsensique de David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker. Il a permis à Leslie Nielsen de gagner ses galons de star du rire et a ouvert une trilogie rocambolesque.
Synopsis : Le lieutenant Frank Drebin est le “Monsieur Catastrophe” de la police de Los Angeles : il est l’auteur de tant de bourdes et de scandales que ses supérieurs hiérarchiques s’apprêtent à le licencier. C’est ce moment que choisit la reine d’Angleterre pour arriver à Los Angeles. Drebin, ayant appris qu’un malfaiteur, Ludwig, est en train d’ourdir un diabolique complot contre celle-ci, persuade son supérieur de lui donner une dernière chance de se réhabiliter : sauver la reine…
L’adaptation de Police Squad, série télé à ne pas confondre avec Police Academy
Critique : Le trio ZAZ (pour David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker) a déjà plusieurs films culte à son actif en cette fin des années 80 puisqu’il est à l’origine d’hilarantes comédies comme Y a-t-il un pilote dans l’avion ? (1980), Top secret (1984) et Y a-t-il quelqu’un pour tuer ma femme ? (1986). Mais ces doux dingues ont également à leur actif une série télévisée intitulée Police Squad (1982) où ils ont offert à l’acteur Leslie Nielsen le rôle culte d’un inspecteur gaffeur nommé Frank Drebin.

Coffret ZAZ La collection. © Paramount Pictures. All Rights Reserved.
Si la série s’est arrêtée au bout de six épisodes (de 24 mn chacun) faute d’audience, les auteurs pensent qu’ils tiennent là un héros parfait pour le grand écran. Il faut dire que Leslie Nielsen opère ici une reconversion pour le moins étonnante, lui qui a toujours été abonné aux rôles sérieux (Planète interdite en 1956), voire aux compositions de salauds (Creepshow de Romero en 1982). Amorcé dès 1980 avec le trio ZAZ, son virage vers la comédie loufoque touche au sublime avec ce long-métrage qui représente aujourd’hui le sommet de sa carrière d’acteur.
Dans la lignée des maîtres Blake Edwards et Mel Brooks
Certes, la figure du flic gaffeur n’est aucunement nouvelle puisque Blake Edwards l’a déjà largement déclinée dans sa saga de La Panthère rose, mais le trio ZAZ parvient ici à mêler avec un talent fou deux types de gags : le burlesque pur qui renoue pleinement avec le cinéma muet des origines, et la parodie de type Mel Brooks où l’on ne cesse de jouer avec les outils du cinéma pour briser la suspension d’incrédulité du spectateur.
Ainsi, le cinéaste David Zucker joue sur les cadrages, la profondeur de champ et dévoile à plusieurs reprises les trucages lui permettant de raconter son histoire (il ne cherche aucunement à faire illusion, mais bien à trahir ses effets). En ce qui concerne l’histoire principale, elle ne sert que de prétexte au déferlement de gags qui s’enchaînent à une vitesse folle. Il est d’ailleurs nécessaire de procéder à plusieurs visionnages pour réellement appréhender la richesse de chaque plan. Si tous les gags ne sont pas exceptionnels, ils ont le mérite de se succéder à toute vitesse, imprimant ainsi un rythme endiablé à un ensemble constamment hilarant.

Ultra HD de Y a-t-il un flic pour sauver la reine © Paramount Pictures. All Rights Reserved.
Des acteurs sérieux au service d’un humour absurde ravageur
Afin de renforcer le décalage entre l’absurdité de ce qui est filmé et le sérieux avec lequel tout ceci est interprété, les auteurs ont fait appel à des comédiens plus connus pour leurs prestations dans des œuvres dramatiques. On pense bien sûr à Ricardo Montalban qui fut souvent un méchant culte (on se souvient notamment de sa composition démentielle dans Star Trek 2 : La Colère de Khan), mais aussi à George Kennedy qui a marqué de son empreinte un nombre conséquent de westerns, films catastrophes ou de guerre dans les années 60-70. Son interprétation d’Ed dans la trilogie Y a-t-il un flic… lui a permis de terminer sa carrière honorablement. Enfin, Priscilla Presley parodie en quelque sorte son rôle dans la série télévisée Dallas, la trilogie des Frank Drebin demeurant sa seule incursion sur grand écran.
Œuvre totalement délirante qui nous fait hurler de rire du début jusqu’à la fin, Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? est aujourd’hui considérée à juste titre comme l’une des meilleures comédies américaines des années 80. Elle fut à l’époque un énorme succès aux États-Unis où elle a cumulé 78 millions de dollars de recettes pour une mise initiale de 12 millions. La France est une fois de plus restée en retrait par rapport à un humour nonsensique qu’elle goûte peu. Ils n’ont été que 600 000 à faire le déplacement dans les salles, soit quatre fois moins que pour Y a-t-il un pilote dans l’avion ?. Toutefois, le métrage a gagné ses galons de film culte, permettant aux autres volets de réaliser des scores plus convaincants.
Critique de Virgile Dumez
Box-office de Y a-t-il un flic pour sauver la reine?
1989. Le début d’année a été particulièrement marqué par la comédie, avec notamment le phénomène britannique Un poisson nommé Wanda, qui a réalisé pas moins de 2 212 414 entrées en France. Les Français étaient-ils prêts à aller encore plus loin dans la déconnade ? Avis partagé.
Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? est sorti le 1er mars 1989 en France, quatre mois après sa sortie aux États-Unis (décembre 1988). Paramount, via la structure européenne UIP, veut y croire malgré un risque réel : l’humour américain, en France, ça passe parfois, mais très souvent, cela reste au placard.
Avec une sortie dans 31 salles à Paris, tout est possible. Mais, dès le premier jour, il n’y a pas de miracle : The Naked Gun, le pastiche, attire seulement 6 303 spectateurs face à une concurrence relevée : Mes meilleurs copains de Jean-Marie Poiré, distribué dans 37 salles par Gaumont. S’ajoute également le nouveau Woody Allen, Une autre femme, proposé dans 17 cinémas. De son côté, UGC propose la comédie phallique Lui et moi dans 15 cinémas.
Évidemment, la comédie (a priori) générationnelle Mes meilleurs copains l’emporte largement avec 7 728 spectateurs pour le premier jour. Une autre femme de Woody Allen obtient la meilleure moyenne du jour avec 6 373 spectateurs, alors que seulement 17 salles le programmaient. Dans ce contexte, on peut estimer que l’entame de Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? reste plutôt encourageante.
À l’issue de sa première semaine parisienne, le divertissement estampillé ZAZ parvient néanmoins à surprendre en décrochant la première position lors de sa première semaine d’exploitation, avec 59 419 spectateurs dans 31 salles, ce qui constitue un joli score. Mes meilleurs copains, juste derrière, bénéficiait pourtant de 37 cinémas, mais n’a pas su convaincre, tandis que Woody Allen arrive en troisième position avec Une autre femme, totalisant 56 000 entrées dans 17 cinémas — sa moyenne est évidemment excellente.
Au total, The Naked Gun restera 9 semaines à l’affiche à Paris avec des résultats plutôt convenables dans un contexte de crise du cinéma. En 2ᵉ semaine, une grosse comédie américaine lui fait de l’ombre : Working Girl, avec Harrison Ford, Sigourney Weaver et Melanie Griffith (90 000 entrées en 8 jours), mais Leslie Nielsen tient bon la route avec 48 000 entrées (36 salles). L’arrivée de Rain Man (245 000 en huit jours) l’éloigne des préoccupations des Parisiens pour sa 3ᵉ semaine, mais Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? fait de la résistance avec 32 000 entrées dans 37 salles. Sa 6ᵉ place reste convenable. Pour sa 4ᵉ semaine, une autre comédie américaine vient le pousser vers la sortie : Jumeaux avec Arnold Schwarzenegger et Danny DeVito (99 126 entrées). Leslie Nielsen glisse alors à 17 000 entrées.
Quand Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? quitte Paris, il était encore à l’affiche d’un cinéma, et réalisait 1 290 entrées, ce qui était encore satisfaisant.
À l’échelle française, la parodie des ZAZ finira loin derrière Rain Man (6 474 520 entrées), Jumeaux (2 175 000)… Il arrivera aussi derrière Working Girl (768 000).
Avec 600 095 entrées, la crétinerie hilarante se classe en 50ᵉ position annuelle, démontrant un bon écho chez les spectateurs. En revanche, deux leçons à retenir de ces chiffres. D’abord, les gags absurdes avaient forcément des limites pour les cartésiens que nous sommes , et surtout, un acteur grisonnant de 63 ans, méconnu dans l’Hexagone, ce n’était pas forcément très vendeur.
Box-office de Frédéric Mignard
Les sorties de la semaine du 1er mars 1989

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