Thriller mollasson, Lune de miel de Patrick Jamain vaut surtout un coup d’œil pour le jeu inspiré de la grande Nathalie Baye. Le rythme, lui, est loin d’être trépidant.
Synopsis : Michel est arrêté à New York par la police qui a trouvé sur lui quelques grammes de cocaïne. Sa compagne, Cécile Carline, décide de rester sur place afin de l’aider. Mais, ne pouvant renouveler son visa, elle envisage alors un mariage blanc pour pouvoir rester aux États-Unis. Pour ce faire, elle passe par Novak qui lui présente plusieurs profils. Au hasard, elle tire celui d’un certain Zacharie S. Freestamp, qui devient bientôt son époux de papier… et qui se prendra un peu trop au jeu. Mais cet homme au passé trouble s’avère être un dangereux psychopathe et Cécile ne tardera pas à tomber dans un terrible engrenage.
Une ambitieuse coproduction franco-canadienne
Critique : Fils de Daniel Gélin et Danièle Delorme, Xavier Gélin a débuté sa carrière de producteur au sein de la société de sa mère et d’Yves Robert, Les Productions de La Guéville. Par la suite, il a pu monter sa propre société de production nommée Hugo Films (du nom de son fils Hugo Gélin) et a tenté une aventure américaine au milieu des années 80. Ainsi, il a participé à la production de L’Homme à la chaussure rouge (Stan Dragoti, 1985), remake du Grand blond avec une chaussure noire (Yves Robert, 1972), avec Tom Hanks à la place de Pierre Richard.
Dans la foulée, toujours aidé par Yves Robert et Danièle Delorme, il envisage une coproduction franco-canadienne intitulée Lune de miel (1985) d’après un scénario du très en vogue Philippe Setbon. Pour concrétiser ce projet ambitieux et plutôt coûteux, il reçoit une avance sur recettes de 2 000 000 de francs (comme l’indique un rapport du Sénat du 17 novembre 1986, consultable ici) et peut ensuite envisager un partenariat avec le Québec. Ainsi, le budget est réparti de la façon suivante : 80 % de fonds français et 20% canadiens.

Affiches pantalons, VHS, dossier de presse et bande-originale de Lune de Miel © 1985 Malofilm – TF1 Films Production – Téléfilm Canada / Affiche : Charles Van Hoorick (photographe) – Tactics (agence) – Philippe (affichiste). Tous droits réservés.
Nathalie Baye, star du début des années 80
Afin de mettre toutes les chances de son côté, le producteur engage le cinéaste Patrick Jamain qui est un spécialiste du cinéma policier depuis L’Affaire Crazy Capo (1973), pourtant peu réussi, et surtout des dizaines de téléfilms et épisodes de séries télé. Il est surtout connu pour être un technicien efficace et sachant respecter les budgets alloués. Au niveau du casting, la très populaire Nathalie Baye est rapidement impliquée, d’autant qu’elle connaît déjà le scénariste Philippe Setbon qu’elle a croisé sur Détective (Jean-Luc Godard, 1985).
Pour mémoire, l’actrice est alors une véritable star qui parvient à déplacer des millions de spectateurs, comme le prouvent les succès de Le Retour de Martin Guerre (Daniel Vigne, 1982), La Balance (Bob Swaim, 1982), J’ai épousé une ombre (Robin Davis, 1983), Rive droite, rive gauche (Philippe Labro, 1984). Même si le film a déçu en termes d’entrées, elle a aussi joué face à Alain Delon dans l’ambitieux Notre histoire (Bertrand Blier, 1984). De plus, les producteurs parviennent à convaincre Richard Berry de jouer un second rôle, lui qui donnait déjà la réplique à Nathalie Baye dans La Balance (un phénomène à 4,1 millions d’entrées).
Un tournage majoritairement situé au Québec
Plus confidentielle est la carrière de l’acteur américain John Shea qui vient surtout de marquer les esprits avec la Palme d’or Missing – porté disparu (Costa-Gavras, 1982). Il est toutefois sollicité pour interpréter le rôle du mari psychotique de Lune de miel. Un emploi d’autant plus difficile qu’il doit s’exprimer en français durant la totalité du film.
Tourné quelques jours à New York pour donner l’impression que l’intégralité de l’intrigue y est située, Lune de miel est surtout réalisé à Montréal, au Québec, ainsi qu’en France pour certains intérieurs. On notera d’ailleurs que ce sont trois équipes distinctes qui ont officié sur ces tournages, ce qui limitait les déplacements coûteux.

Affiche américaine de Lune de Miel (Honeymoon), © 1985 Malofilm – TF1 Films Production – Téléfilm Canada. Illustrateur : inconnu. Tous droits réservés.
Mariage blanc pour thriller sous Prozac
Largement inspiré par le thriller américain, le long métrage tentait donc de surfer sur la vague des films de psycho-killer et donc de proposer un toilettage du polar à la française pour le faire entrer dans la modernité. Certes, le cadre nord-américain offre à Patrick Jamain un cadre contemporain idéal, mais il n’en fait malheureusement pas grand-chose, par la faute d’un script un peu pauvre. En fait, le jeu de John Shea laisse apparaître les failles de son personnage dès le début et son évolution vers la folie meurtrière semble bien trop lente pour permettre au spectateur de ressentir le grand frisson attendu. Assez mollasson, Lune de miel ne propose qu’un canevas très classique dont le spectateur connaît par avance la résolution. Dès lors, l’ennui se fait sentir à plusieurs reprises.
En fait, le seul véritable intérêt tient dans le jeu très impliqué de la regrettée Nathalie Baye qui illumine chaque plan de sa puissance d’incarnation. Elle parvient à sublimer chaque plan où elle apparaît et confirme ici son statut d’actrice avec qui il fallait compter. Face à elle, John Shea est correct, mais un peu irritant dans sa volonté de surjouer la fausse gentillesse. Quant à Richard Berry, son rôle est trop peu développé pour que le comédien puisse s’y épanouir pleinement.
Une production oubliable
Disposant d’une jolie photographie de Daniel Diot, Lune de miel suscite aussi le suspense grâce à quelques thèmes musicaux efficaces signés Robert Charlebois. Toutefois, les chansons paraissent un peu faiblardes, tandis que l’usage intensif du saxophone (très à la mode dans les années 80) peut aussi lasser à long terme. Dépourvu de grands rebondissements, Lune de miel est donc un thriller globalement agréable à suivre, mais qui demeure finalement bien trop routinier pour retenir vraiment l’attention.

Edition blu-ray 2025 © Le Chat qui fume. Tous droits réservés.
Box-office parisien de Lune de miel
D’ailleurs, le grand public ne s’y est pas trompé puisque le métrage n’a pas performé comme il le devait lors de sa sortie le 20 novembre 1985 par le distributeur A.A.A. Sur Paris / Périphérie, le thriller ne démarre qu’à la sixième place du classement hebdomadaire avec seulement 72 870 spectateurs dans les salles, tandis que la comédie La Cage aux folles 3, “elles” se marient (Georges Lautner) déboulait en première position avec 170 083 fidèles de la franchise. La même semaine, Nastassja Kinski arrivait en troisième position avec Harem (Arthur Joffé) et ses 88 232 prétendants.
Lune de Miel était pourtant présent dans 16 cinémas à Paris intra-muros. On pouvait le voir au Forum Arc-en-ciel, au Gaumont Richelieu, à l’Impérial Pathé, au Hautefeuille Pathé, au Marignan Concorde Pathé, au Saint-Lazare Pasquier, à l’UGC Biarritz, au Français Pathé, aux Nations, au Gaumont Sud, au Montparnasse Pathé, au PLM Saint-Jacques, au Gaumont Convention, au 14 Juillet Beaugrenelle, au Paramount Maillot, et au Pathé Clichy.
Cette même semaine apparaissaient de très nombreuses autres nouveautés : L’amour ou presque avec Balmer et Kalfon (8 salles en intra-muros), Le colonel Redl d’Istvan Szabo (13 écrans), Corbeaux et Moineaux de Zheng Junli (3 écrans), Exterminator 2 (9 écrans), Fletch aux trousses (13 écrans), Mémoires de prison de Nelson Pereira Dos Santos (8 écrans), Passage secret de Laurent Perrin, avec Dominique Laffin (5 écrans) et Tokyo-Ga de Wim Wenders qui ne bénéficiait que d’un seul écran parisien.
En deuxième septaine, Lune de miel décroche déjà avec 49 200 retardataires, tandis que sortent sur les écrans le Disney Taram et le chaudron magique et la comédie Scout toujours… (Gérard Jugnot). En troisième semaine, le thriller rameute encore 33 874 femmes traquées et dépasse les 150 000 spectateurs. Le métrage terminera sa carrière parisienne avec 190 260 entrées, bien loin des espoirs placés en lui.
Une Lune de miel plus favorable en province
Sur la France entière, Lune de miel entre à la 7ème place du box-office national avec 175 174 curieux. Le métrage tient encore la route en deuxième tournée avec 136 376 spectateurs supplémentaires, franchissant ainsi la barre des 300 000 tickets vendus. La province semble répondre plus positivement à la proposition de Patrick Jamain et se maintient bien avec 125 240 retardataires en troisième service. Pourtant, comme le film est considéré comme une déception, il chute sévèrement au bout d’un mois avec seulement 65 723 psychopathes et un franchissement des 500 000 entrées dans la douleur.
A l’arrivée des fêtes de fin d’années, les exploitants cherchent à libérer des salles et le thriller y perd des plumes, ne réunissant plus que 35 999 spectatrices en semaine 5. Finalement, les vacances redonnent tout de même au polar un petit coup de jeune avec un sursaut de 48 519 entrées en septaine 6. Comme quoi Nathalie Baye attire encore un peu. Soutenu par son distributeur A.A.A., le thriller fait de la résistance au début janvier et continue une carrière discrète qui va mener le long métrage à 714 810 entrées.
De retour en blu-ray fin 2025
Il s’agit donc d’une réelle déception pour une œuvre avec Nathalie Baye qui allait d’ailleurs entamer une légère traversée du désert à la fin des années 80 et jusqu’au début des années 90. Par la suite, le film a été édité en VHS par la société détenue par Yves Robert et Danièle Delorme, à savoir LGV (La Guéville Vidéo). Depuis, le thriller a été largement oublié, mais il est réapparu en blu-ray fin 2025 chez l’éditeur Le Chat qui Fume dans une jolie copie. L’occasion de célébrer la grande Nathalie Baye qui vient tristement de nous quitter.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 20 novembre 1985
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© 1985 Malofilm – TF1 Films Production – Téléfilm Canada / Affiche : Charles Van Hoorick (photographe) – Tactics (agence) – Philippe (affichiste). Tous droits réservés.
Biographies +
Patrick Jamain, Nathalie Baye, Richard Berry, John Shea, Michel Beaune, Peter Donat, Cec Linder, Hugo Gélin
Mots clés
Cinéma français, Cinéma de genre français, Thriller domestique, Le mariage au cinéma, Les tueurs fous au cinéma, Le Chat qui Fume