Missing (Porté disparu) : la critique du film (1982)

Drame | 2h02mn
Note de la rédaction :
8/10
8
Missing porté disparu (affiche 1982)

  • Réalisateur : Costa-Gavras
  • Acteurs : Sissy Spacek, Jack Lemmon, John Shea
  • Date de sortie: 26 Mai 1982
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Missing
  • Scénario : Costa-Gavras, Donald Stewart, d'après le roman de Thomas Hauser
  • Distributeur d'orgine : CIC (Cinema International Corporation)
  • Distributeur (reprise du 26 octobre 2016) : Splendor Films
  • Éditeur vidéo : CIC (VHS), Universal
  • Date de sortie DVD : 23 novembre 2004
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 1 823 040 entrées / 575 909 entrées - 518 entrées France (reprise 2016)
  • Box-office USA (nord-américain) : $14,000,000
  • Festivals : Festival de Cannes 1982 : Palme d'or, Prix d'interprétation masculine - Cannes Classics 2017
  • Classification : Tous publics
  • Récompenses : Oscars 1983 : Meilleur scénario adapté - BAFTA 1983 : Meilleur scénario, Meilleur montage
  • Crédits : © 1982 Universal Pictures City Studios Inc, Polygram Pictures, Ltd
  • Illustrateur affiche : Guy Jouineau ; Guy Bourduge © Guy Jouineau ; Guy Bourduge by Spadem 1982

Missing (Porté disparu), Palme d’or à Cannes en 1982, est emblématique de la démarche politique de Costa-Gavras. Jack Lemmon y est bouleversant.

Synopsis : Charles (John Shea), un journaliste américain, et son épouse Beth (Sissy Spacek), se sont installés à Santiago du Chili. Mais suite au coup d’État qui éclate le 11 septembre 1973, Charles disparaît brusquement. Son père Ed (Jack Lemmon), un important homme d’affaires new-yorkais, vient en aide à Beth pour tenter de le retrouver…

Les affaires étrangères

Critique : Basé sur un roman éponyme relatant les faits réels dont il est question, Costa-Gavras reprend la démarche qui a avait été la sienne dans Z (1969) : réaliser un thriller sous forme d’enquête criminelle afin de sensibiliser le grand public à un scandale politique. Après la dictature des militaires grecs, celle du général Pinochet, dont le coup d’État a été appuyé par les États-Unis, est ici sur le banc des accusés. Le Chili est cité de façon explicite (contrairement à la Grèce dans Z) et le spectateur assiste, médusé, à un dossier mettant directement en cause l’implication des États-Unis dans un crime politique et, partant, son soutien à un régime totalitaire.

« J’ai voulu (…) aussi montrer comment les Américains, droit sortis de leur société industrielle avancée, pouvaient naïvement débarquer dans le Tiers-monde, et se trouver brutalement confrontés à la violence et à l’incohérence. » (Costa-Gavras, Télérama, 1982)

Pour rendre efficace son pamphlet, le cinéaste comme à son habitude a eu recours à des stars et mêle des éléments mélodramatiques à un récit haletant, permettant une adhésion parfaite de son public. La construction de Missing est pourtant plus complexe et subtile qu’on ne le penserait, avec ses flash-back en trompe-l’œil et des séquences kafkaïennes : la machine bureaucratique et militaire amène Beth et son beau-père à côtoyer une faune intrigante, jusqu’à la banalisation de l’horreur, qui culmine avec cette séquence de cadavres entassés dans un couloir administratif.

Affiche française (reprise) de Missing de Costa-Gavras

Copyright Splendor Films

Missing (Porté disparu) : une Palme d’or pour les droits de l’homme

Pour son premier film américain, Costa-Gavras s’est aussi glissé dans le moule d’un certain cinéma militant de studio, prolifique dans les années 70, et qui avait donné des réussites de la trempe d’À cause d’un assassinat (1974) d’Alan J. Pakula. Autant dire que l’alibi politique du film de Costa-Gavras et son désir de cibler un vaste public international ne l’empêchent pas de garder une ambition artistique. Si le cinéaste a parfois raté son coup (Hanna K, sur le conflit israélo-palestinien, en 1983 ; ou Music Box, sur les anciens nazis, en 1989), Missing est sans doute son film le plus abouti, avec L’Aveu (1970, sur le totalitarisme communiste) et Amen (2002, sur l’attitude du Vatican pendant la guerre).

L’œuvre obtint la Palme d’or au Festival de Cannes 1982 (ex-æquo avec Yol de Yilmaz Güney et Şerif Gören), ainsi que le prix d’interprétation masculine pour Jack Lemmon, Ce dernier, impérial, confirmait, après Le Syndrome chinois (1979) de James Bridges, qu’il était également à l’aise dans le drame que la comédie, loin de l’image d’acteur fantaisiste qu’il avait donnée dans La Garçonnière et autres comédies de Billy Wilder. À ses côtés, la touchante Sissy Spacek ne démérite pas, même si l’on peut préférer ses compositions plus troublantes pour Malick, De Palma et Altman.

Critique de Gérard Crespo

Sorties de la semaine du 26 mai 1982

Missing porté disparu (affiche 1982)

Guy Jouineau ; Guy Bourduge © Guy Jouineau ; Guy Bourduge

Le saviez-vous?

  • C’est Giorgio Strehler, fondateur du Piccolo Teatro et metteur en scène à la Scala de Milan, qui présidait le festival de Cannes en 1982.
  • L’équipe du film a monté les marches le 19 mai 1982.
  • Costa-Gavras a salué le soutien de ses producteurs américains qui lui ont laissé une liberté absolue, y compris dans le choix de ses techniciens.
  • Les producteurs américains lui ont laissé la possibilité de réaliser le montage du film en France, ce que à quoi le cinéaste était attaché pour des raisons familiales, liées à la scolarité de ses enfants.
  • A Cannes, Gavras annonce « J’ai préféré rester le plus près possible des conditions artisanales qui sont les nôtres en Europe ».
  • C’est après avoir vu Sissi Spacek dans Trois femmes de Robert Altman que Gavras décida d’engager l’actrice de Carrie.
  • La grande peur de Jack Lemmon, avant et au début du tournage, était d’en faire trop… Costa Gavras lui a murmuré une fois d’en faire « un peu moins peut-être » et n’a eu de cesse depuis de dire du bien du jeu de l’acteur totalement investi.
  • Le film a été inspiré par le livre Missing (The Execution of Charles Horman), de Thomas Hauser, livre dossier qui l’a subjugué.
  • A la sortie du film, Gavras déclara : « J’aimerais faire un autre film là-bas (aux États-Unis, ndlr), mais je n’envisage pas d’y émigrer. Je l’ai déjà fait une fois en quittant la Grèce. Ça suffit. »
  • Le film fut financé par Universal. On évoque un budget de 9.5 millions de dollars.
  • Missing ne sera pas nommé aux César 1983, y compris dans la catégorie du Meilleur film étranger, où l’on trouvait des œuvres comme E.T. de Spielberg et Victor Victoria de Blake Edwards qui obtint le prix.

Exploitation :

Cette dénonciation du génocide des intellectuels chiliens par la junte militaire est rentrée directement en première place du box-office sur Paris-Périphérie, la semaine du 26 mai, avec 93 870 entrées. Le film bénéficiait alors de 26 salles et devait affronter comme nouveautés Les Fantômes du chapelier de Chabrol (26 salles, 42 090 entrées), Passion d’amour d’Ettore Scola (24 599, 17 salles), Bruce contre-attaque (22 307, 12 salles), Les Tueurs de l’Eclipse (15 148, 18 salles), Sadomania (7 527 entrées, 6 salles), Viens j’ai pas de culotte (4 684 entrées, 3 salles), Plaisirs (3 117, 6 salles), Parti sans laisser d’adresse ( 1 207 entrées, 3 salles).

Les salles parisiennes intra-muros qui programmèrent Missing Porté disparu en première semaine furent : l’UGC normandie/Odéon/Caméo/Gobelins, le Bretagne, le Rex, le Magic Convention, le Mistral, le Pathé Wepler, Le Gaumont les Halles, le 3 Murat, le Paramount Maillot, le Saintt-Michel, le 14 Juillet Beaugrenelle.

Missing parvint à se hisser en tête du box-office sur les villes majeures de France, mais Nantes lui préféra Le Retour de Martin Guerre à deux entrées près ! Le duo Depardieu/Nathalie Baye était alors sur sa deuxième semaine.

En deuxième semaine, Missing demeurera numéro un du box-office parisien, avec 68 842 entrées, faisant barrière au Fitzcarraldo d’Herzog, avec Klaus Kinski. En 3e semaine, il reste numéro sur Paname, avec 27 écrans et une belle remontée de ses entrées (72 810), et ose barrer le passage à la première reprise officielle de La guerre des étoiles que la Fox proposait sur 30 écrans (69 748). Il en sera de même en 4e semaine (59 870), en 5e (55 834) où il affrontait cette fois-ci la première reprise officielle d’Apocalypse Now (52 077, 24 salles). Il faudra la reprise de Papillon, le 30 juin, pour que Missing glisse en deuxième position, avec 43 346 entrées. Il est alors en 6e semaine, talonné par Emmanuelle 1 qui célébrait fièrement sa 419e semaine, avec 39 0000 entrées.

Missing quittera le top 15 en 14e semaine ; il est alors exploité en fin d’été 1982 dans 6 salles parisiennes et réalise 10 992 entrées pour un total formidable de 531 021 entrées. Il restera à l’affiche tout au long de l’année dans une poignée de salles françaises.

Lors de sa première exploitation, Missing achèvera sa carrière à 1 823 342 entrées, ce qui fait de lui, en 2020, le 20e plus gros succès pour une Palme d’or. Il se situe juste derrière Parasite, mais devant Le Pianiste de Roman Polanski.

A l’occasion de sa diffusion à Cannes, dans le cadre Cannes Classics et d’une restauration 4K, en 2017, Missing revient dans un cinéma en France, distribué alors par Splendor, à titre exceptionnel. Il ne dépasse pas les 550 entrées dans la seule salle qui le diffuse, victime d’un certain oubli de la part du public contemporain.

Missing Costa-Gavras, le jour de sa diffusion à Cannes, en 1982

Guy Jouineau ; Guy Bourduge © Guy Jouineau ; Guy Bourduge – Archives : Frédéric Mignard

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Missing porté disparu (affiche 1982)

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