La balance : la critique du film (1982)

Policier | 1h43min
Note de la rédaction :
6/10
6
La Balance, affiche cinéma 1982 (Landi)

  • Réalisateur : Bob Swaim
  • Acteurs : Sam Karmann, Nathalie Baye, Richard Berry, Philippe Léotard, François Berléand, Christophe Malavoy, Maurice Ronet, Albert Dray, Tchéky Karyo, Florent Pagny, Bernard Freyd, Jean-Paul Comart
  • Date de sortie: 10 Nov 1982
  • Année de production : 1982
  • Nationalité : Français
  • Titre original : La Balance
  • Titres alternatifs : The Informer / The Nark / The Mark / La Balance (Etats-Unis), La spiata (Italie), La Balance - Der Verrat (Allemagne), El membrillo (Espagne), La Soplona (Argentine), Trădarea (Roumanie), Równowaga (Pologne), Tjallaren (Suède), As Malhas da Traição (Portugal)
  • Scénariste / Dialoguiste : Bob Swaim / Mathieu Fabiani, Bob Swaim
  • Directeur de la photographie : Bernard Zitzermann
  • Monteur : Françoise Javet
  • Compositeur : Roland Bocquet
  • Producteurs : Georges Dancigers, Alexandre Mnouchkine
  • Sociétés de production : Les Films Ariane, Films A2
  • Distributeur : AAA (Acteurs Auteurs Associés)
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : AAA Vidéo, distribué par René Chateau (VHS), TF1 Vidéo (DVD), Le Chat qui Fume
  • Date de sortie vidéo : Avril 1983 (VHS), 22 août 2001 (DVD, TF1), 15 février 2022 (Combo Blu-ray, 4K, Le Chat Qui Fume)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 4 192 189 entrées / 1 068 714 entrées
  • Budget : 10 000 000 francs
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleur (Eastmancolor, 35mm) / Mono
  • Festivals et récompenses : 8 nominations aux César dont 3 récompenses (Meilleure actrice, Meilleur acteur pour Philippe Léotard, Meilleur Film), Diffusé en avant-première lors de la 4e édition du Festival du Roman et du Film Policier (1983)
  • Illustrateur / Création graphique : © Landi. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Les Films Ariane, Film A2. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Archives : Collection Frédéric Mignard / Les Archives de CinéDweller
Note des spectateurs :

La balance est un polar qui bénéficie d’une interprétation de premier ordre, ce qui le sauve de la banalité auquel le condamnait sa réalisation, bien plate par ailleurs. Le César du Meilleur Film le plus contesté de l’histoire.

Synopsis : L’indicateur de la 13e Brigade Territoriale a été assassiné. L’inspecteur en chef Palouzi doit absolument savoir pour pouvoir recruter en sécurité une nouvelle « balance », et enquêter sur les agissements du caïd Massina. Dédé, un ancien lieutenant du truand vivant avec une prostituée, semble être le bon choix.

Bob Swain en immersion au cœur de la Brigade Territoriale

Critique : En 1977, le cinéaste américain Bob Swain a signé son premier film de fiction avec La nuit de Saint-Germain-des-Prés, qui suivait les aventures de Nestor Burma, héros de littérature créé par Léo Malet. Malheureusement, malgré des critiques correctes, le film est un désastre au box-office avec seulement 43 174 entrées sur toute la France. Désespéré, Bob Swain entame alors une longue traversée du désert de quatre années où aucun de ses projets n’aboutit. Au début des années 80, il fait pourtant la rencontre d’un policier qui l’invite à suivre son quotidien au sein de la Brigade Territoriale. Après une longue année d’observation, Bob Swain parvient à écrire un script qui souhaite décrire au plus près le quotidien des flics modernes, bien loin des clichés encore développés dans le cinéma français d’alors.

Un succès européen

La Spiata, affiche italienne de La Balance, par Enzo Sciotti

Affiche italienne © 1982 Les Films Ariane – Films A2 / Affiche : Enzo Sciotti

Malgré la bonne tenue de ce scénario, coécrit avec le policier Mathieu Fabiani, il ne trouve pas de producteur intéressé, excepté Alexandre Mnouchkine qui engage donc sa société Les Films d’Ariane dans l’aventure. Le producteur offre à Bob Swain la possibilité de choisir l’intégralité de son casting parmi la jeune génération montante, tout en demandant la caution d’un nom porteur. Cela sera donc Maurice Ronet, dans la peau d’un truand à l’ancienne justement. Après un tournage qui s’est parfaitement déroulé, malgré un budget serré, La balance a séduit au-delà des espoirs le grand public français.

Une volonté de moderniser le polar français

Il faut dire que La balance est un des premiers polars français à présenter un Paris multiculturel aux antipodes des images d’Épinal traditionnelles. Terre d’immigration, la capitale – et particulièrement le quartier de Belleville – est décrite sous son aspect le plus cosmopolite. De même, les policiers ne sont plus représentés en uniforme, mais habillés le plus simplement possible, avec jeans et baskets. L’aspect documentaire du long-métrage a sans doute tranché à l’époque avec les habitudes des spectateurs français.

Pourtant, à y regarder de plus près, rien de bien nouveau sous le soleil des caméras : on a ainsi le droit à une description somme toute classique du milieu (le grand méchant incarné par Maurice Ronet est même un prototype de gros bonnet à l’américaine), tandis que l’intrigue, par ailleurs très efficace, ne fait que recycler des ingrédients maintes fois vus, et parfois en mieux. Autre élément regrettable, la réalisation de Bob Swaim, loin de se distinguer, donne dans l’illustration pure et simple du script, sans jamais chercher à inventer. Très télévisuelle, elle ne sert qu’à mettre en valeur l’interprétation d’un groupe de jeunes comédiens sensationnels dont la plupart feront carrière.

Une réalisation moyenne sauvée par les comédiens

Finalement, l’attrait des spectateurs pour ce petit polar sympathique vient sans nul doute de la formidable contribution de tous les comédiens : de Nathalie Baye (qui passe grâce à ce film au statut de star) à Philippe Léotard en passant par Richard Berry qui vient de se distinguer dans Le grand pardon d’Arcady et vient de tourner Une chambre en ville de Jacques Demy, Christophe Malavoy, Florent Pagny ou Tchéky Karyo, tous sont d’une belle justesse de ton. Enfin, l’efficacité des dialogues a également contribué à affermir la bonne réputation de La balance (1982), œuvre fort agréable à suivre. On notera également une certaine sécheresse de la violence qui s’apparente davantage au cinéma américain développé au cours des années 70 et qui faisait de La balance un néo-polar dans l’air du temps. Cela est encore souligné par la bande originale très rock qui représente bien la mode du moment, avec la vogue du punk à l’étranger.

Bob Swaim déclarera à la sortie du film, en 1983,

Dans ce film, j’assume ma double culture. C’est Johnny Hallyday qui me l’a révélé et c’est ce qui m’a beaucoup touché. Il m’a dit que ce film était américain par l’action et français par la tendresse. Je crois que c’est vrai. Mais je n’en n’aurai pas pris conscience moi-même. (Film Français, N°1921)

Enfin, l’intrigue a tendance à plonger dans une certaine noirceur qui sera maintes fois reprise en ce début des années 80, dans des œuvres comme Rue barbare (Béhat, 1984) ou Tchao Pantin (Berri, 1983). Ainsi, les flics sont bien loin d’être des modèles, tandis que le couple formé par Nathalie Baye et Philippe Léotard suscite vraiment l’empathie du public par leur statut de victimes au centre d’un système destructeur.

La Balance, gagnant aux César 1983

Collection Frédéric Mignard / Les Archives Cinédweller

Un triomphe public couronné par trois César

C’est sans nul doute ce qui explique le succès phénoménal rencontré par le long-métrage qui a déplacé plus de 4 millions de spectateurs durant une carrière longue de plusieurs mois. Celle-ci est notamment relancée par les César qui lui octroient trois statuettes dont celles méritées de meilleure actrice pour Nathalie Baye et celle du meilleur acteur pour Philippe Léotard. On reste davantage dubitatif devant le choix de l’Académie en ce qui concerne la statuette du meilleur film. Ce prix a d’ailleurs fait couler beaucoup d’ancre depuis et est souvent considéré comme la plus controversée artistiquement de l’Académie des César.

Lancé ensuite en grande pompe en VHS par l’éditeur AAA, La balance a ensuite été éditée en DVD au début des années 2000. On signalera toutefois la récente édition du film par Le Chat qui Fume qui propose une restauration du film moyennement convaincante, avec des séquences parfois trop sombres. Le métrage est présenté notamment en 4K UHD pour un rendu précis et bien défini, mais qui déçoit au niveau des contrastes et de la colorimétrie. Les bonus, eux, sont comme toujours, particulièrement soignés.

Critique de Virgile Dumez

Les César du Meilleur film

Les sorties de la semaine du 10 novembre 1982

La Balance, affiche cinéma 1982 (Landi)

© 1982 Les Films Ariane – Films A2 / Affiche : Michel Landi. Tous droits réservés. – Les Archives de CinéDweller

Box-office :

Avec une fin de tournage en mai 1982, lorsque le festival de Cannes battait son plein, La balance est propulsé dans les salles le 10 novembre de la même année, lorsque L’as des as avec Belmondo démarrait sa 3e semaine. Le même jour sort l’événement avec Aldo Maccione, Plus beau que moi tu meurs de Philippe Clair, dans le même nombre de cinéma sur Paname (31), et Le Quart d’heure américain entame une excellente deuxième semaine dans 35 cinémas.

La suprématie du cinéma français

Cette semaine-là, le cinéma français règne sans partage sur Paris, avec un vrai top 5 qui lui est consacré (on ajoutera Les misérables, en 5e position et dans 4e semaine). A l’échelle de la France, les productions hexagonales s’offrent ni plus ni moins le top 7, avec les triomphes du Gendarme et des gendarmettes et de Deux heures moins le quart avant Jésus Christ. Ces deux-là étaient sortis ensemble, 6 semaines auparavant.

Dans ce contexte chargé, La balance créé la surprise. 211 622 entrées sur Paris… le polar de Bob Swaim ravit la première position à L’as des as sur la capitale, et en France se hisse en 2e position avec 590 755 entrées.

Où voir La Balance sur Paris?

La Balance est programmé au George V, au Marignan Pathé, au Wepler Pathé, au Montparnasse Pathé, au Quintette Pathé, Gaumont Richelieu, Gaumont les Halles, Gaumont Convention, Publicis St-Germain, Paramount Opéra, St-Lazare Pasquier, mais également au Hollywood Boulevard, aux Nation, la Fauvette et Mistral.

Une grosse combinaison de 16 écrans supplémentaires l’accompagne en banlieue.

Le triomphe est total. Au Paramount Opéra, ce sont 17 928 spectateurs qui se pressent pour voir le trio d’acteurs, soit le meilleur taux de remplissage pour une salle cette semaine-là, devant le Festival fantastique du Rex. Sur les Champs Elysées, au Marignan Pathé, il faut compter sur 15 127 spectateurs en 7 jours. Les files d’attente sont interminables.

Les autres nouveautés sur Paris sont :

  • Plus beau que moi tu meurs (114 470, 31 salles, succès)
  • De Mao à Mozart (16 758, 9 salles, succès)
  • La fureur de Chang Lee (12 865, dans 3 cinémas de quartier, job accompli)
  • Supervixens (9 187, 2 salles, la mode Russ Meyer est lancée)
  • 36 signes de la mort (9 144, 2 salles de quartier, convenable)
  • Virus Cannibale (8 276, 8 salles, très faible)
  • Orgies nuptiales (5 777, 3 salles, les spectateurs préfèrent aller voir Orgies orientales diffusé dans 4 salles à l’occasion de sa seconde semaine)

Dans une France dominée par L’as des as, quelques villes déploieront le tapis rouge au polar de Bob Swain, avec une première place à Bordeaux (13 627 spectateurs), Grenoble (11 481), Montpellier (9 416), Nantes (9 165) et Toulouse (13 810).

AAA, un nouveau distributeur

Surpris par l’ampleur du succès, le distributeur AAA (Acteurs Auteurs Associés) publie une double page de remerciements dans le Film Français la semaine suivante. Le distributeur démarre à peine son activité en 1982 et comptera durant ses 12 ans d’activité, des triomphes comme Les compères, 3 hommes et un couffin, Highlander et Tenue de soirée, Le grand chemin, Le dernier empereur. Malheureusement, les années 90 lui seront fatales.

AAA remercie pour La Balance

Collection Frédéric Mignard / Les Archives CinéDweller

La balance trouve l’équilibre sur la durée

La deuxième semaine de La balance est bonne (452 000 France, 158 000 sur Paris). Le nombre d’écrans a crû (37 sur Paris-Périphérie). Le buzz est favorable et le million d’entrées France est bien là à l’issue de ses 15 jours d’exploitation.

La police contribue à la promo, satisfaite de l’image documentaire que reflète ce film trouble dans le milieu de Belleville, dans le 19e arrondissement de Paris. Ils y retrouvent « leurs méthodes, leur travail », loin des caricatures qu’ils subissent dans nombre de séries B. Bob Swain y aurait parfaitement retranscrit la vie des commissariats de cette époque. A la police judiciaire et chez les commissaires, l’unanimité est évidente.

S’il faut attendre la fin du mois de décembre pour voir La balance franchir les deux millions, le bouche-à-oreille fonctionne. Mais la bonne tenue de Plus beau que moi tu meurs, qui lui fait perdre la première place en province, de La Boum 2, et le phénomène de société E.T. l’extra-terrestre de Steven Spielberg, qui lui fait perdre la première place sur Paris, viennent donner du choix aux provinciaux qui sont également énormément attachés à l’adaptation monumentale des Misérables de Robert Hossein qui s’acquitte des 3 millions d’entrées, devenant un possible césarisé.

La polémique des César autour de La balance

Mi janvier les nominations pour les César tombent, à l’issue de la 10e semaine d’exploitation de La balance, alors à 18 262 entrées sur 13 salles à Paris et sa périphérie, et à 102 313 entrées sur la France (pour un total loin d’être exhaustif de 2 677 109 entrées).

Robert Hossein ne figure pas dans la catégorie du Meilleur film et réalisateur (à l’époque le choix est arrêté à 4 films), mais, malgré son flop historique, Une chambre en ville de Demy est acclamé, tout comme le Passion de Godard et le Danton de Wajda, qui était sorti une semaine avant la fin de l’année 82, dans un seul cinéma, pour participer à la grand-messe.

Alexandre Mnouchkine et Georges Dancigers, producteurs mythiques, qui ont aligné un budget de 10 millions de francs pour ce film qu’aucun distributeur ne voulait (à part le nouveau-né AAA), sont une fois de plus récompensés pour leur savoir-faire. Ils feront encore mieux avec Le Marginal en fin d’année 83.

Les Césars célèbrent La Balance de Bob Swaim

Collection Frédéric Mignard / Les Archives Cinédweller

Gérard Depardieu balance

Les trois prix de La Balance font du bruit. Gérard Depardieu met en cause l’académie des César dans Libération et son créateur, George Cravenne doit alors intervenir pour défendre la validité des votes et la pluralité d’une cérémonie encore jugée trop ennuyeuse.

La proposition du polar urbain de Bob Swain était surtout liée à son succès colossal en salle, mais qualitativement, du côté des auteurs, l’année ne fut pas exceptionnelle non plus. Des choix plus évidents comme Danton de Wajda auraient été plus consensuels. De plus, cette grosse production Gaumont, avec Gérard Depardieu – perdant aux César face à Léotard, dont le rôle dans La balance s’apparente davantage à un second rôle -, avait elle-même été un solide succès populaire.

Au niveau du box-office, l’aubaine est imparable. Le film ravive la flamme au lendemain des César dans une combinaison d’une quinzaine d’écrans sur P.P.. Pendant quelques semaines, le film oscille sur Paris-Périphérie entre 35 000 et 13 000 entrées. A la fin du mois de mai, bon millionnaire, il est encore sur deux écrans dont la Maxéville, pour 2 785 cinémas.

Nathalie Baye au sommet de sa carrière

La pute, le flic et le mac, pour reprendre les termes des affiches personnages, finissent leur complicité en 33e cinéma, dans le petit cinéma Les Arcades sur les Grands Boulevards, à 554 spectateurs, pour un total francilien épatant de 1 068 714 indics. On est alors à la fin du mois de juin 1983 et AAA Vidéo, donc l’éditeur, a distribué via les services de René Chateau les premières VHS du film en avril. Et c’est un carton.

Sur l’ensemble de la France, La balance a dépassé les 3 millions d’entrées la veille des César. Ces trois prix prestigieux lui permettront de vendre un million de tickets supplémentaires, avec un retour en 6e position et 188 975 entrées une fois les statuettes distribuées. Le docufiction demeure 3 semaines dans le Top 10 et quitte le Top 30 fin avril.

Il restera au film 200 000 entrées à glaner dans quelques villages et autres stations balnéaires pendant les grandes vacances. L’occasion pour les retardataires de profiter du phénomène Nathalie Baye. Promue meilleure actrice, après déjà deux statuettes pour un meilleur second rôle en 1981 et 1982, également au sommet du box-office en février avec J’ai épousé une ombre qui dépassera de son côté les deux millions d’entrées et lui vaudra une nomination aux César en 1984, la Baye est devenue la star française du moment. Il lui faudra attendre 2006 et Le petit lieutenant de Xavier Beauvois pour récupérer à nouveau la récompense suprême.

 Frédéric Mignard

La balance en VHS promo

Collection Frédéric Mignard / Les Archives Cinédweller

x