Notre histoire : la critique du film (1984)

Comédie dramatique | 1h50min
Note de la rédaction :
6/10
6
Notre histoire, l'affiche

Note des spectateurs :

Film libre et audacieux, Notre histoire est difficile à appréhender.  Inégal et bancal, il contient tout de même quelques belles idées. Il s’agit du brouillon de l’œuvre à venir d’un auteur en pleine évolution.

Synopsis : Abordé dans un train par une jeune femme en quête d’une aventure, un garagiste alcoolique s’installe dans la vie de celle-ci contre son gré.

Blier et Delon en quête de nouveauté

Critique : Après la comédie La femme de mon pote (1983) où le cinéma de Bertrand Blier commençait à sérieusement bégayer – et ceci même si on apprécie ce long-métrage – le réalisateur décide de faire évoluer son cinéma vers davantage d’abstraction et d’onirisme. Certes, l’auteur des Valseuses (1973) a déjà tutoyé l’absurde avec son chef-d’œuvre Buffet froid (1979), mais il souhaite abolir encore un peu plus les frontières entre rêve et réalité avec Notre histoire (1984), projet soutenu par Alain Delon qui se fait producteur exécutif.

Alors en quête de renouvellement de son image, la star française encore au sommet de sa popularité souhaite retrouver un rôle majeur, lui qui s’est enfermé dans celui du héros de polar depuis maintenant plusieurs années. Il souhaite donc sortir de sa zone de confort et s’entiche de ce rôle d’homme alcoolique qui quitte tout pour suivre une jeune femme rencontrée par hasard dans un train. Blier confronte d’ailleurs Delon à la jeune génération montante du cinéma français, avec la présence au casting de Nathalie Baye, mais aussi  Vincent Lindon, Gérard Darmon, Sabine Haudepin ou encore Jean-Pierre Darroussin. On peut également apercevoir Jean Reno, encore figurant.

Un effet de distanciation séduisant, mais qui tourne au procédé

Avec Notre histoire (1984), Blier aborde de manière frontale les relations entre homme et femme à travers une improbable histoire d’amour entre un personnage masculin au bout du rouleau et une jeune paumée. On retrouve ici toutes les obsessions habituelles du cinéaste, doublées par une tendance à commenter tout ce qui se déroule à l’écran dans un effet de distanciation séduisant, puis lassant. Afin de déconstruire sa propre histoire qui s’apparente à un pur roman-photo sentimentaliste, l’auteur n’a de cesse de désamorcer toute émotion par un cynisme permanent. Cela confère au long-métrage un style affirmé, mais qui finit par tourner un peu en rond sur la durée.

On comprend assez rapidement que les personnages semblent en quête d’auteur, mais aussi en quête de leur propre histoire. Il est ainsi inutile d’attendre une quelconque structure narrative puisque les personnages sont eux-mêmes fluctuants. Seul point fixe dans la tourmente, Alain Delon demeure cet homme alcoolique en recherche de LA femme. Nathalie Baye, elle, demeure fuyante puisque son personnage est tour à tour nymphomane, amoureuse, femme mariée, puis institutrice. Cet aspect indéfini s’applique également aux lieux ; le personnage incarné par Michel Galabru cherche ainsi désespérément sa maison – après avoir partagé sa femme avec ses voisins.

La rationalité s’invite malheureusement à la fête

Alternant scènes formidables, drôles ou désespérées, avec des creux parfois abyssaux, Notre histoire est un film qui ne s’appréhende pas facilement et désarçonne fortement. Peu aimable à suivre, il se conclut de manière très décevante par une révélation terre-à-terre qui vise à expliquer ses errances oniriques. Comme s’il avait eu peur de ses propres audaces narratives, Bertrand Blier se rattache in extremis à une forme de rationalité qui n’apporte finalement pas grand-chose au film et le rabaisse plutôt. On serait tentés de dire : tout ça pour ça. Rétrospectivement, on peut considérer Notre histoire comme le brouillon des œuvres futures comme Trop belle pour toi ou Merci la vie qui ne cherchent plus à se cramponner au rationalisme cartésien.

Même si inégal dans son rythme et plombé par un dernier tiers foireux, le long-métrage bénéficie du brio habituel de Bertrand Blier en matière de dialogues, ainsi que d’une interprétation générale convaincante. Delon est encore juste dans un contre-emploi total face à Nathalie Baye dans un rôle difficile car peu défini. On adore aussi toutes les scènes avec Michel Galabru qui apporte un réel dynamisme à ses répliques. La réalisation, quant à elle, propose quelques idées intéressantes, mais qui demandent encore à être approfondies.

Snobé par le festival de Cannes, célébré aux César

Conçu dans la tête de Delon comme une œuvre présentable au festival de Cannes, Notre histoire n’a pourtant pas été sélectionné, au grand dam de la star qui a fait à l’époque un vrai scandale. Il faut dire que le film avait effectivement toute sa place sur la Croisette. Sorti donc au mois de mai 1984, le long-métrage n’a clairement pas été le succès attendu avec 881 592 spectateurs désarçonnés par l’étrangeté du film.

Toutefois, Alain Delon allait pouvoir se consoler de cet échec en recevant l’année suivante le César du Meilleur acteur (qu’il n’est d’ailleurs pas venu chercher), tandis que Bertrand Blier a obtenu celui du Meilleur scénario original. En l’état, il s’agit sans aucun doute du dernier grand rôle d’Alain Delon où la star parvient encore à s’effacer derrière son personnage.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 16 mai 1984

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Notre histoire, l'affiche

© 1984 StudioCanal Image – France 2 Cinéma – Pathé Télévision / Affiche : © Benjamin Baltimore – Alain Delon. Tous droits réservés.

Box-office :

Privé de Cannes, Alain Delon et Bertrand Blier ont eu des lendemains difficiles avec Notre histoire. L’affiche déprimée que cosignait Alain Delon, donnait le ton. La star était déjà parue dans un contre-emploi exaltant deux mois auparavant, en baron homosexuel dans l’adaptation de Proust, Un amour de Swann. Delon avait de l’ambition.

Un bide conséquent qui se frotte à une Femme publique dans l’air du temps

En première semaine, le tandem Delon-Blier ne parvient pas à voler la vedette à Fort Saganne qui, bien qu’en deuxième semaine, lui, est allé à Cannes comme prévu. Avec amertume, la production Alain Sarde doit se contenter de 105 719 spectateurs dans près de 50 salles, ce qui était considérable pour l’époque.

La semaine du mercredi 16 mai 1984 était aussi marquée par la sortie tonitruante de La femme publique, film très médiatisé, chauffé par la bouillonnante starlette Valérie Kaprisky, Francis Huster et Lambert Wilson. La sensualité affichée, sa provocation, sa jeunesse accaparent l’attention de 105 242 spectateurs sur Paris, et donc se positionne en 3e place, à 500 spectateurs près. Le film choc de Zulawski éclatait dans seulement 22 salles. Un phénomène donc.

Autre nouveauté française, Le fou du roi avec Michel Leeb est un tel échec qu’il va compromettre la carrière de l’humoriste au cinéma (26 000 entrées en première semaine). La comédie cochonne On prend la pilule et on s’éclate était l’autre sortie française qui comptait au niveau des écrans – elle en comptait 13 salles dont le Max Linder -, mais était en difficulté avec 15 000 entrées.

Pensée émue pour Marc Jolivet et sa comédie Ote-toi de mon soleil qui ne brillait pas avec 738 entrées dans 4 salles. Un pur désastre.

La chute de Notre histoire :

Deuxième semaine, Delon rétrograde en 4e place parisienne, doublé par La femme publique qui s’offre en 2e place (65 920). En troisième semaine, 47 430 curieux prennent le train. La catastrophe a lieu en 4e semaine avec une dégringolade à 14 049 spectateurs dans 21 salles.

Notre histoire vient de trépasser. La dépression gagne l’équipe qui tient l’affiche au total pendant 13 semaines avec une poignée de salles ; Notre histoire finit à la Pagode, avec 338 spectateurs. Avec 253 000 entrées, l’œuvre onirique de Bertrand Blier double à peine les chiffres de sa première semaine.

Delon se rattrapera avec Parole de flic (1985), son ultime succès populaire, et Bertrand Blier avec en 1986, avec Tenue de soirée.

Frédéric Mignard  

Notre histoire en blu-ray chez StudioCanal le 1er juin 2021

© 2021 StudioCanal

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