Le Prêtre : la critique du film et le test blu-ray (1978)

Drame, Comédie, Trash | 1h40min
Note de la rédaction :
8/10
8
Le Prêtre, jaquette blu-ray 2D

  • Réalisateur : Eloy de la Iglesia
  • Acteurs : Emilio Gutiérrez Caba, Simón Andreu, José Manuel Cervino, Esperanza Roy
  • Date de sortie: 13 Avr 1978
  • Année de production : 1978
  • Nationalité : Espagnol
  • Titre original : El sacerdote
  • Titres alternatifs : The Priest (titre international)
  • Casting : Simón Andreu, Emilio Gutiérrez Caba, Esperanza Roy, José Franco, Ramón Repáraz, Ramón Pons, Martín Garrido Ramis, Emilio Soriano, Fabián Conde, José Manuel Cervino, Antonio Gonzalo, Antonio Gamero, Emilio Fornet, Raúl Fraire, Eduardo MacGregor, Fernando Chinarro, Amparo Climent, Antonio Passy, César Maurín, Francisco J. Sánchez, Enriqueta Delas, Irene Foster, Carlos Maseda, María Álvarez, Pilar Vela, Alfonso Castizo, Julio Oller, Queta Claver, África Pratt, José Vivó
  • Scénariste : Enrique Barreiro
  • Monteur : Julio Peña
  • Directeur de la photographie : Magí Torruella
  • Compositeur : Carmelo A. Bernaola
  • Chef Maquilleur : Manuel Martín
  • Chef décorateur : Gumersindo Andrés
  • Producteur : Óscar Guarido
  • Producteur exécutif : Samuel Menkes
  • Sociétés de production : Alborada P.C., Guión Producciones Cinematográficas
  • Distributeur : Film inédit dans les salles en France. La date ci-dessus est celle de la sortie espagnole.
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Artus Films (DVD et blu-ray, 2026)
  • Date de sortie vidéo : 16 juin 2026
  • Classification : Non présenté au CNC
  • Formats : 1.77 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Récompenses : Association des critiques de New York 1981 : Prix du meilleur réalisateur hispanophone
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure (design jaquette blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films, Grupo M Asociados. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Film choc sur l’Eglise catholique, Le Prêtre permet à Eloy de la Iglesia de régler ses comptes avec l’institution, tout en respectant la foi des individus. L’ensemble, parfois très trash, doit être réservé à un public averti.

Synopsis : Espagne, fin des années 60. Miguel, un séduisant jeune prêtre traditionnel, traverse une période de doutes. Ses désirs sexuels refont surface lorsqu’il se souvient de la contrainte par ses parents d’entrer au séminaire. Irène, une belle paroissienne, malheureuse en mariage, vient régulièrement chercher le soutien de son confesseur, faisant peu à peu fragiliser le vœu de chasteté de ce dernier.

Eloy de la Iglesia, roi de la provocation

Critique : Alors que Francisco Franco décède en novembre 1975, le roi Juan Carlos prend sa succession et lance l’Espagne dans la Transition démocratique. Durant la fin des années 70, les digues de la censure sautent une à une et certains cinéastes s’engouffrent dans la brèche. Déjà connu pour ses audaces sous la dictature, le cinéaste Eloy de la Iglesia ne retient plus ses coups et enchaîne des œuvres trash qui repoussent les limites de la bienséance.

Ainsi, il tourne coup sur coup Jeu d’amour interdit (1975) qui évoque l’homosexualité, puis Los placeres ocultos (1977) qui approfondit encore cette thématique jusqu’ici cachée. Il franchit un seuil supplémentaire avec La Créature (1977) qui évoque la zoophilie, puis Le Prêtre (1978) qui s’en prend directement à l’Eglise catholique. Enfin, il clôt ce cycle avec Le Député (1978) où un homme politique est traqué par ses opposants à cause de son homosexualité.

L’Espagne franquiste et sa chape de plomb morale

Autant d’œuvres qui testent sans cesse la résistance du spectateur espagnol en matière de trash et anticipent ainsi la vogue de la Movida. D’ailleurs, aucun de ces films n’a été vu en France à l’époque, ce qui est fort dommage car les cinéphiles français sont assurément passés à côté d’une personnalité fort singulière.

Dans Le Prêtre (1978), Eloy de la Iglesia suit le parcours spirituel et charnel d’un prêtre de 36 ans qui est obsédé par des désirs sexuels jusque-là refoulés. Le tout est situé en 1966, c’est-à-dire durant la dictature franquiste qui était fondée sur deux piliers qui étaient l’armée et l’Eglise. Le but du réalisateur est donc d’analyser la chape de plomb qui pesait sur l’Espagne en matière de morale religieuse. Il le fait assurément avec la volonté de choquer le bourgeois puisqu’il visualise à l’écran les fantasmes de ce prêtre travaillé par les choses du sexe.

Des scènes audacieuses volontairement choquantes

Ainsi, le réalisateur propose plusieurs scènes choquantes comme un mariage où les deux conjoints sont visualisés nus en train de faire l’amour, mais aussi une évocation à peine déguisée d’une tentation pédophile – et ceci plusieurs années avant que n’éclatent tous les scandales liés à ce phénomène au sein de l’Eglise. Lorsque le prêtre part à la campagne, il se remémore ses premiers contacts avec la sexualité, ce qui donne lieu à une scène hallucinante où des adolescents totalement nus comparent leurs sexes, avant de carrément violer une oie qui passait par là (le tout est bien entendu suggéré et simulé). Si la séquence peut apparaître comme profondément dérangeante de nos jours, elle établit surtout un rapport complexe du prêtre avec la sexualité qui est toujours associée à la violence.

Le Prêtre, photo 1

© 1978 Artus Films, Grupo M Asociados. Tous droits réservés.

Durant les flashbacks, le spectateur comprend que le père du prêtre le battait étant adolescent à coups de ceinturon sur les fesses. Dès lors, cette méthode très courante à l’époque associe forcément la sexualité à un acte de violence. Par la suite, le prêtre, pour se débarrasser de ses pulsions charnelles, tentera d’ailleurs de se flageller et de se mortifier. En cela, il ne résout aucunement son problème puisque la souffrance est inévitablement associée dans son esprit à la volupté. On peut donc dire que le corps triomphe toujours de son âme tourmentée.

Une réflexion pertinente sur les évolutions de l’Eglise après Vatican II

Pourtant, il serait dommage de réduire Le Prêtre à sa dimension trash puisque le long métrage propose une réflexion fort intéressante sur les limites de la foi et sur les évolutions récentes de l’Eglise catholique. Effectivement, avec le concile Vatican II (1962-1965), les papes Jean XXIII et Paul VI ont engagé une réforme importante de l’Eglise qu’ils veulent ouverte au monde moderne afin de ne pas perdre davantage de fidèles.

Le film s’en fait l’écho puisque les prêtres présentés ici s’opposent sur la conduite à suivre. L’un d’entre eux est un franquiste convaincu, le héros interprété par l’excellent Simón Andreu se place plutôt du côté des traditionnalistes, tandis que Emilio Gutiérrez Caba incarne une tendance plus moderniste au sein de l’Eglise. Le cinéaste se fait la caisse de résonnance de cette crise existentielle qui traverse alors le clergé, coincé entre ses dogmes ancestraux – et notamment l’absolue chasteté des prêtres – et des curés qui n’arrivent pas à lutter contre leur nature profonde d’être humain.

Une ode à la liberté de l’individu

En fait, Le Prêtre pose déjà la question toujours d’actualité à propos de l’éventuel mariage des hommes d’Eglise. Eloy de la Iglesia démontre que cette notion de chasteté – que l’on ne retrouve ni dans l’orthodoxie, ni dans le protestantisme – est une aberration qui conduit certains curés à se conduire de manière bien plus perverse. Au mieux certains entretiennent des relations cachées avec des femmes de leur paroisse, au pire cela peut mener à des actes pédophiles.

C’est bien ce que théorise ici Eloy de la Iglesia avec une belle pertinence, pour peu qu’on laisse de côté son caractère provocateur. En fait, bien que très éloigné de son personnage principal, le cinéaste ne le juge jamais véritablement et démontre qu’il n’a jamais eu le choix dans sa vie. A la fin, lorsqu’il prend enfin son destin en main, un sourire peut s’afficher sur son visage jusque-là fermé. Quelque part, l’ensemble du long métrage peut aussi être compris comme une métaphore d’un pays qui a vécu pendant des décennies sans aucun droit et qui découvre tout d’un coup ce qu’est la liberté. C’est en cela que Le Prêtre est un film profond et qui ose aborder des sujets qui fâchent sans jamais détourner le regard.

Le tout est par ailleurs réalisé avec soin, mais sans génie, baignant dans une photographie éthérée typique de la fin des années 70. Enfin, l’intégralité du casting assure, notamment la grande Esperanza Roy qui tient là l’un de ses plus beaux rôles en mère de famille tentatrice, mais aussi follement amoureuse de son confesseur.

Jamais sorti en France (même si il a été programmé en 2023 à la Cinémathèque française), Le Prêtre est désormais disponible en DVD et blu-ray chez Artus Films dans une copie de bonne tenue. Le métrage est toutefois réservé à un public averti et on le déconseille fortement aux moins de 16 ans.

Critique de Virgile Dumez

Acheter le film en DVD / blu-ray

Le Prêtre, jaquette 3D

© 1978 Artus Films, Grupo M Asociados / Conception graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Biographies +

Eloy de la Iglesia, Emilio Gutierrez Caba, Simón Andreu, José Manuel Cervino, Esperanza Roy

Mots clés

Cinéma espagnol, Trash, Artus Films, La religion au cinéma, Film à la thématique religieuse, Les curés au cinéma

Le test du blu-ray

Artus Films continue à dévoiler la riche filmographie d’Eloy de la Iglesia, auteur jusque-là méconnu en France. On en est ravis. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & Compléments : 4 / 5

Comme le reste de la collection consacrée au cinéaste Eloy de la Iglesia, le film bénéficie d’un étui luxueux renfermant un digipack qui propose un visuel du film et l’affiche espagnole originale. A l’intérieur sont présents les deux galettes (DVD et blu-ray).

En matière de supplément vidéo, Artus nous offre un entretien de 32min avec Marcos Uzal qui revient sur l’intrigue du film, avant d’en proposer une analyse intéressante, mais qui ne va peut-être pas jusqu’au bout d’une œuvre au fort potentiel. Ainsi, l’homme n’insiste pas beaucoup sur la séquence la plus hallucinante du film et se borne à indiquer que même Eloy de la Iglesia affirmait dans les années 80 qu’elle ne pourrait plus être tournée dans ces conditions. Autant dire qu’aujourd’hui, elle serait littéralement impossible à mettre en boite de cette manière.

Reste à consulter un classique diaporama, avec l’affiche espagnole du film et des photographies issues du matériel publicitaire d’époque.

L’image du blu-ray : 4 / 5

Le Prêtre a assurément fait l’objet d’une restauration (en 2K) car on ne trouve pas de défaut rédhibitoire comme des points blancs ou des griffures. Toutefois, la photographie vaporeuse typique de l’époque (signée Magí Torruella) a tendance à limiter la précision de l’image qui demeure un peu floue. Cela n’est aucunement lié à un défaut de compression, mais bien à l’esthétique du long métrage. Le résultat est donc plutôt probant, sans être parfait.

Le son du blu-ray : 4 / 5

Inédit dans les salles françaises et en vidéo, Le Prêtre n’est proposé qu’en version originale sous-titrée mono. Le résultat est plutôt de bonne facture avec une belle clarté des voix et un travail respectueux sur les bruits d’ambiance. Ainsi, lorsque le prêtre se laisse envahir par ses fantasmes, le son se fait volontairement plus lointain, de manière à créer un entre-deux qui nous éloigne du réel.

Test du blu-ray : Virgile Dumez

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