Le marginal : la critique du film (1983)

Policier, Thriller, Action | 1h40min
Note de la rédaction :
6/10
6
Le Marginal, affiche cinéma dans sa version blanche

  • Réalisateur : Jacques Deray
  • Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Michel Robin, Claude Brosset, Tchéky Karyo, Maurice Barrier, Ysabelle Lacamp, Jean-Roger Milo, Gabriel Cattand, Pierre Vernier, Henry Silva, Carlos Sotto Mayor
  • Date de sortie: 26 Oct 1983
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Le marginal
  • Titres alternatifs : The Outsider (titre international) / Der Außenseiter (Allemagne) / El marginal (Espagne) / O Marginal (Portugal) / Professione: poliziotto (Italie)
  • Année de production : 1983
  • Scénariste(s) : Jacques Deray, Jean Herman / Dialogues : Michel Audiard
  • Directeur de la photographie : Xaver Schwarzenberger
  • Compositeur : Ennio Morricone
  • Société(s) de production : Cerito Films, Les Films Ariane
  • Distributeur (1ère sortie) : Cérito - René Chateau (Paris-Périphérie), Cérito - Gaumont (Province)
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : René Chateau Vidéo (VHS) / Fil à Film (VHS), StudioCanal (DVD) / StudioCanal (blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : juin 1984 (VHS), 1er mars 2020 (blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 4 956 822 entrées / 1 119 728 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : 30 000 000 francs
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Renato Casaro
  • Crédits : © 1983 StudioCanal - Mondial TE FI
Note des spectateurs :

Triomphe du début des années 80, Le marginal est un divertissant polar de série, malheureusement desservi par un scénario inégal et particulièrement réactionnaire.

Synopsis : Muté à Paris, le commissaire Jordan continue sa lutte contre le caïd de la drogue Meccaci.

Belmondo dans un polar urbain bien de son époque

Critique : Après avoir tourné un nombre considérable de films policiers avec Alain Delon, Jacques Deray est cette fois-ci embauché par Jean-Paul Belmondo pour emballer ce polar noir surfant sur la vague des flics frondeurs initiée par Clint Eastwood et Charles Bronson. Il s’agit de leur troisième film ensemble, après Par un beau matin d’été et Borsalino. Si le début du film se situe à Marseille, l’action est rapidement transportée dans le Paris interlope des prostituées et des drogués.

Le marginal, pochette 33t

© 1983 StudioCanal – Mondial TE FI / Illustration : © Renato Casaro.

Thriller urbain au goût de violence crue, Le marginal est donc un essai plutôt réussi de moderniser le personnage incarné par Belmondo depuis de nombreuses années déjà. Fortement individualiste, fonceur et casse-cou, le flic qu’il incarne est un parfait modèle d’anarchisme réactionnaire. Ici, l’Etat est forcément gangrené par la corruption, tandis que la ville est laissée en proie à la violence et au vice. Cette tendance est remarquable par la présence systématiquement menaçante d’étrangers et autres clandestins, mais également par l’insistance des auteurs à ridiculiser les homosexuels. Ainsi, la descente dans la boîte cuir est un modèle de cliché homophobe, renforcé encore par des dialogues plus que suggestifs. Autant dire que les gays et leurs amis grinceront assurément des dents à la vision de cette œuvre d’un autre temps.

Un marginal réactionnaire certes, mais très efficace

Malgré l’orientation plus que douteuse du propos (ne pas oublier qu’ici la vraie justice ne peut qu’être sommaire et expéditive), le spectateur parvient à s’extraire du discours ambiant pour profiter d’un spectacle d’une belle efficacité.

Mené de main de maître par un Jacques Deray en pleine forme, le polar fait mouche, soutenu par les impressionnantes cascades d’un Bébel pourtant vieillissant. Les abondantes séquences de poursuite et de fusillades font même oublier les trop nombreuses digressions d’un scénario pas toujours très structuré. Enfin, cerise sur le gâteau : Ennio Morricone nous gratifie d’un thème musical absolument imparable qui donne un peu plus de cachet à ce polar de série finalement très divertissant.

Une sortie phénomène…

Pour la sortie du film, René Chateau et Gaumont mettent les petits plats dans les grands, comme nous l’indique Laurent Bourdon dans son livre  Définitivement Belmondo (Larousse, 2017, p 272) :

Quinze mille affiches et affichettes seront collées sur les murs de l’Hexagone et dans le métro parisien. […] En tout, trois millions de francs seront consacrés à la promotion du Marginal qui, selon l’habitude prise par René Chateau depuis plusieurs années, ne sera pas montré aux journalistes […] En revanche, les trois cent exploitants qui projetteront le film sont chouchoutés. Chacun d’eux reçoit une mallette contenant mugs, tirelires, assiettes, crayons et briquets à l’effigie de la star.

… pour un résultat phénoménal

Une sacrée opération promotionnelle qui rencontre le succès. Avec plus de 4,5 millions d’entrées en France en 1983, Le marginal peut aujourd’hui être considéré comme le dernier coup d’éclat de la star au box-office, avant une chute progressive, mais irrémédiable. Il s’agit en l’occurrence de son quatrième plus gros succès personnel et le film se place tout de même sur la troisième marche du podium annuel, confirmant le pouvoir d’attraction d’une star décidément très appréciée du public.

Devant le triomphe commercial du film, René Chateau va même jusqu’à éditer la cassette VHS seulement neuf semaines après la sortie du long-métrage contrevenant ainsi à la loi qui impose une chronologie bien plus étalée. Le marginal est donc une sacrée bonne affaire commerciale pour tous ses créateurs, et ceci malgré des critiques acerbes.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 26 octobre 1983

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Le marginal, l'affiche

© 1983 StudioCanal – Mondial TE FI / Affiche : © Renato Casaro. Tous droits réservés.

Box-office :

Véritable phénomène de société, Jean-Paul Belmondo a survolé le box-office français jusqu’en 1983, avec trois films à plus d’un million d’entrées sur la capitale entre 1979 et 1982. L’as des as atteint un sommet en 1982, le film de Gérard Oury associe l’idole des français à un gamin, la combinaison parfaite pour élargir le public.

Le marginal, extrait de 7 à ParisLe Marginal est le prototype d’une alchimie absolue. Méga budget de 30 millions de francs, pour un tournage de 12 semaines, sortie explosive avec nombre de salles record quand le cinéma américain devient plus puissant que jamais avec les succès de Le retour du Jedi ou Octopussy. Qu’importe, Belmondo est au sommet de la gloire. Son association avec son attaché de presse, René Chateau, permet d’entrevoir de juteux revenus dans le format VHS dont l’acronyme a révolutionné l’industrie du cinéma, même si, en 1983, le marché de la vidéocassette est elle-même en plein questionnement.

La Bébél Mania

La Bébel mania est d’abord visuel. Avec René Chateau, l’affiche est sublimée et sur tous les fronts, Chateau ayant bâti son empire sur l’empreinte graphique de cet argument publicitaire (pensez aux Bruce Lee, aux autres collaborations avec Belmondo, et surtout à ses cassettes vidéo cultes du début des années 80). La typo en impose, l’affiche dessinée, destinée à être déclinée sur différents formats, notamment en 4X3 pour la province, les grandes artères routières des grandes villes et évidemment le métro parisien, est signée Casaro, un maître dont la griffe a fait de Rambo un héros iconique. Rambo qui est par ailleurs le plus gros succès VHS de l’année 1983. Un triomphe de par son visuel sur les cassettes Hollywood Vidéo.

Une débauche de moyens

L’argent coule à flots : musique d’Ennio Morricone (qui écoule 42 000 disques en précommandes et 20 000 K7 audio), dialogues d’Audiard, montage d’Albert Jurgenson… Toutefois, l’on note aucune vraie vedette françaises au générique. L’Américain Henry Silva est surtout un nom associé à la série B.

Belmondo n’a pas besoin de stars dans le film. Il est Bébel et devient notre Charles Bronson hexagonal dans l’enfer d’un polar urbain, proche de ceux qui inondent le cinéma américain en ce début de décennie.

Le tournage est exceptionnel, avec plus de 80 décors différents, à Marseille et dans les quartiers chauds de Paris, et la production annonce même jusqu’à 300 figurants pour certaines scènes.

Comme le souligne le Film Français, dans son numéro 1958, Le marginal a vu sa date de sortie hériter du 26 octobre 1983 très tôt, pour correspondre au début exact de la distribution de L’as des as d’Oury, qui était sorti le 27 octobre 1982. Du premier jour à sa fin de carrière, la comparaison entre les deux films sera inévitable, finalement en défaveur au Marginal qui sera légèrement en retrait, car moins « grand public ».

Belmondo lui-même distribue Le Marginal via sa boîte Cérito, avec René Chateau, quand Gaumont leur vient en aide pour la province où l’accroche de la major est incontestable. Le polar connaît une sortie Paris-province qui s’effectue le même jour, avec un merchandising disponible dès le mois de septembre à l’effigie du Marginal. Une déclinaison de produits collectors qui démontrent l’incroyable gamme marchande du duo Belmondo – René Chateau. Après sa brouille avec son ami, attaché de presse et distributeur, Belmondo déclarera, en octobre 1985, dans Première :

Je viens d’interdire que des cahiers d’école portent mon nom et mon image. Ca, ça m’énervait aussi beaucoup. Si je veux vendre mon nom, je le vendrai sur quelque chose plus rare… On appelle cela « le marketing à l’américaine ». Ca a été bien au début (…)? A un moment donné, il faut savoir s’arrêter, sinon les choses vont trop loin. »

Le mois d’octobre 1983 sera le plus chargé de l’année. Octopussy avec Roger Moore est placé le 5 octobre. Le bourreau des cœurs de Christian Gion, avec Aldo Maccione installé au 12 octobre, tout comme Staying Alive de Sylvester Stallone, avec John Travolta. Le 19 octobre Fox-Hachette espère beaucoup du 3e épisode de La guerre des étoiles, Le retour du Jedi. Le 26 octobre Jean-Paul Belmondo doit aussi affronter la troupe du Splendid au complet dans un blockbuster du rire, de Jean-Marie Poiré, Papy fait de la résistance.

Le Marginal célèbre son million d'entrées à Paris

Les archives de CinéDweller © 1983 Cérito – René Chateau

Octobre 1983 : le mois des titans, des Jedis et de la résistance

Malgré la concurrence, Bébel s’offre un premier jour formidable : 57 651 entrées dans 60 salles sur Paris-Périphérie, contre 28 587 pour Papy fait de la résistance (L’as des as avait réalisé 72 391). A cette période, Belmondo annonce tourner l’après Les Morfalous (alors en tournage en Tunisie), Hold up (titré Quick Change). Arcady mettra en scène. Un paroxysme médiatique dans sa carrière, un de plus pour la vedette de l’année 1960.

Cérito-René Chateau s’offre le meilleur démarrage de l’histoire parisienne, avec 468 821 spectateurs en une semaine contre 463 028 pour L’as des as, un an plus tôt. Suivent Deux heures moins le quart avant Jésus Christ, E.T. L’extra-terrestre, Papy fait de la résistance, Rien que pour vos yeux, Les dents de la mer, Octopussy, Le professionnel et Le retour du Jedi (ce dernier à 291 766 spectateurs).

Pour cette première semaine, Le marginal réalise 39 921 spectateurs à Marseille, 37 827 spectateurs à Lyon, 24 152 à Toulouse, 22 969 à Bordeaux, 21 080 tickets à Nice.

Où voir Le marginal à Paris?

A Paris, si Le retour du Jedi obtient le succès de la semaine au Grand Rex (24 897), Le Marginal remplit le Bretagne à 20 875 spectateurs, le Paramount Opéra à 19 279, le Wepler Pathé à 16 308 et le Gaumont Ambassade à 15 485.  Au Paris, Belmondo braque 14 857 spectateurs, au cinéma des Grands Boulevards de René Chateau, le fameux Hollywood Boulevard, il faut encore compter sur 14 382 amateurs de cinémas de quartier…

Le Publicis Saint Germain, avec 2 563 spectateurs en une semaine, sera l’établissement qui fera le moins d’entrées hebdo, en raison de sa capacité réduite. Il était suivi par le Saint Lazare Pasquier, puis le Cluny Palace et l’Athéna.

Les autres cinémas parisiens diffusant Le marginal étaient les Pathé Montparnasse/Victor Hugo, les Paramount Bastille/Maillot/Galaxie/Odéon, les Gaumont Halles/Sud/Convention/Richelieu/Gambetta, le Berlitz, le Nation, la Fauvette. Le marginal figure aussi en haut de l’affche de 35 sites de périphérie dont l’Artel Rosny à 13 776 spectateurs.

En 2e semaine, le héros sublimé par Casaro perd 50% de sa fréquentation sur Paris, avec 231 926 fans de l’acteur fanfaron.

La 3e semaine le voit chuter en 3e place parisienne, derrière Papy fait de la résistance (178 315) et Garçon ! de Sautet, avec Yves Montant (168 852). Le Marginal n’a alors dégainé que 165 237 flingues dans 61 cinémas. Il demeure en tête en province.

En 4e semaine parisienne, quand Sautet grimpe en première place à son tour, Le Marginal passe à 84 525 spectateurs (3e).

Merci à Belmondo, merci à René Chateau

La superproduction française dépasse le million de spectateurs symbolique sur Paris Périphérie à l’issue de sa cinquième semaine, un exploit de rapidité qu’il partage avec L’as des as, ce dernier conservant toujours une certaine avance.

A l’issue de 22 semaines d’exploitation parisienne, avec une dernière apparition, exsangue, au Hollywood Boulevard, Le marginal est retiré de l’affiche. Il a réalisé 1 119 728 entrées sur P.P. et s’est arrêté sous la barre des 5 millions (4 956 822 entrées), contrairement au Professionnel et à L’as des as.

L’exploitation en VHS démarrera dans la deuxième quinzaine de juin 1984 et les éditions vidéo seront nombreuses, tout comme les diffusions télévisées. Même si Belmondo reniera à l’issue des semi-échecs consécutifs, de Les morfalous et Joyeuse Pâques, le système René Chateau et minimisera l’importance de ce dernier dans sa carrière, ces deux anciens compères sont arrivés avec le film de Deray à un paroxysme du rêve pour toute une génération de mômes qui ont adoré vivre ces années Bébel, magnifiées par un marketing fascinant qui aura largement contribué au mythe Belmondo. On dit donc merci à l’acteur producteur et à René Chateau qui, à nos yeux, resteront, à jamais indissociables.

Frédéric Mignard

Le Marginal, affiche cinéma dans sa version blanche

© 1983 Cérito – René Chateau – StudioCanal – Mondial TE FI / Affiche : © Renato Casaro. Tous droits réservés.

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