Avec La Maison près du cimetière, Lucio Fulci signe un nouvel opus majeur où sa poésie macabre fait des merveilles grâce à un script inventif et une ambiance musicale mélancolique. Incontestablement un bijou.
Synopsis : Non loin de Boston, deux jeunes gens sont sauvagement assassinés dans une maison abandonnée. A New York, le professeur Norman Boyle se voit chargé de poursuivre les travaux de son collègue Eric Peterson qui s’est pendu dans des conditions mystérieuses après avoir tué sa maîtresse. Avec sa femme Lucy et leur fils Bob, Norman se rend donc à Boston et s’installe bientôt dans une villa isolée sans savoir qu’elle appartenait, à la fin du XIXe siècle, au chirurgien Freudstein, savant fou radié de l’ordre des médecins dont les recherches portaient sur l’immortalité des cellules…
Lucio Fulci au sommet de son talent
Critique : En pleine effusion créatrice, Lucio Fulci enchaîne les tournages à toute vitesse en ce début des années 80, depuis qu’il a connu un immense succès avec L’Enfer des zombies (1979). Ainsi, il a mis en boite en un temps record des œuvres aussi marquantes que Frayeurs (1980), tandis que l’année 1981 le voit tourner Le Chat noir d’après Edgar Allan Poe et son chef d’œuvre absolu L’Au-delà. Ce dernier n’est même pas encore sur les écrans que Lucio Fulci débute le tournage de La Maison près du cimetière aux Etats-Unis, dans la localité de Concord dans le Massachussetts, avant de mettre en boite les intérieurs au studio De Paolis de Rome.

Affiches américaine, britannique et québécoise de La maison près du cimetière. © Fulvia Film. Tous droits réservés.
Si le script de La Maison près du cimetière a été initialement écrit par Dardano Sacchetti, celui-ci s’est largement inspiré de plusieurs sources littéraires et cinématographiques. La plus évidente est Le Tour d’écrou (1898) d’Henry James qui a déjà été adapté au cinéma par Jack Clayton dans Les Innocents (1961). Mais il mêle à cette intrigue de base des éléments issus de La Résidence (Narciso Ibáñez Serrador, 1969), mais aussi des derniers succès en date du cinéma américain comme Amityville : La Maison du diable (Stuart Rosenberg, 1979), avec une maison hantée et Shining (Stanley Kubrick, 1980), avec la photographie qui change en fonction de celui qui regarde et la communication télépathique entre enfants.
Un cauchemar éveillé saisissant
Pourtant, lorsque Lucio Fulci s’empare de ce nouveau scénario, il introduit d’importantes modifications avec son complice Giorgio Mariuzzo qui a déjà officié sur La Guerre des gangs (1980) et L’Au-delà (1981). Il focalise notamment la narration sur le petit garçon interprété avec justesse par Giovanni Frezza dont il fait le véritable héros de ce cauchemar éveillé. D’ailleurs, comme pour Frayeurs et L’Au-delà, Lucio Fulci ne se repose aucunement sur une trame narrative qui serait impeccablement ficelée, préférant développer une atmosphère cauchemardesque s’affranchissant des lois de la logique. En réalité, le cinéaste introduit des légers décalages par rapport à la réalité, y compris par des fautes de raccord très volontaires, qui amènent le spectateur à douter de ce qu’il voit.

© Fulvia Film. Tous droits réservés.
Ainsi, le long-métrage reste une expérience hautement traumatisante, doublée d’une poésie macabre qui enchantera tous les amoureux des univers parallèles. Si l’intrigue principale semble étrange, évoluant dans des nimbes cauchemardesques, ce sont les cinq dernières minutes qui confirment la haute teneur psychanalytique de l’ensemble. Non seulement le film est une plongée sans concession dans les cauchemars enfantins (peur du noir, des caves et autres greniers), mais il donne de l’enfance une vision très noire et morbide qui nous touche au cœur.
Fulci explore les peurs primales de l’enfance
Le cinéaste parvient vraiment à explorer les peurs primales qui habitent chaque être humain : la peur du noir, d’être abandonné, d’être enfermé dans un milieu froid et hostile (comme une cave ou un grenier), de ne trouver aucune protection dans un lieu pourtant réputé sûr (ainsi la maison se trouve être un prolongement du cimetière contigu), de perdre ses parents et d’être confronté à sa propre mortalité.
Le tout est évidemment bourré de références culturelles et enrobé dans une partition musicale qui sait se faire bouleversante, même si elle est signée Walter Rizzati et non Fabio Frizzi comme d’ordinaire. L’usage des synthétiseurs offre aux images une ampleur macabre prenante, tout en réservant une mélopée au piano pour les moments plus mélancoliques, notamment lors du magnifique final à portée surnaturelle. Certes, les acteurs ne sont pas toujours bons (notamment la nurse interprétée par Ania Pieroni), certains plans abusent du zoom et certaines coupes sont malheureuses, mais au-delà de cet aspect affleure la sensibilité écorchée d’un homme hanté par la mort.

Editions DVD, blu-ray et 4K de La maison près du cimetière (France et Royaume Uni) © Fulvia Film. Tous droits réservés.
L’horreur mélancolique trouve là un de ses plus beaux titres
En s’emparant des peurs enfantines, Lucio Fulci signe un nouveau poème macabre dont les effusions gore sont parfaitement maîtrisées grâce aux effets de maquillage de Giannetto De Rossi et Maurizio Trani, comme dans ses précédentes œuvres. Il déploie aussi une mélancolie qui touche au cœur sur des thématiques universelles qui font que le long métrage ne vieillit pas et constitue un des derniers sommets du cinéma horrifique transalpin.
Sorti à partir du 24 mars 1982 par UGC, La Maison près du cimetière écope d’une interdiction aux moins de 18 ans, comme les œuvres précédentes du réalisateur. Toutefois, son score final de 109 000 entrées sur toute la France marque un net recul par rapport aux chiffres des longs précédents, tous situés entre 200 000 et 300 000 entrées. Même au niveau des festivals, le splendide opus n’a été nommé qu’à Fantasporto en 1983 sans remporter le moindre prix.
Un film devenu culte avec le temps
Depuis, le film est largement devenu culte grâce à ses multiples sorties en VHS, notamment chez René Chateau Vidéo, mais aussi par sa redécouverte lors de sa publication dans une copie DVD pourtant très abîmée par Néo Publishing. Finalement, en France, il a fallu attendre 2022 pour voir débarquer le film en blu-ray et 4K UHD chez ESC Editions, avec une copie digne d’intérêt, mais où le lissage de l’image est sans doute un peu trop prononcé.
En tout cas, aujourd’hui encore, La Maison près du cimetière fait partie des meilleurs films de son auteur et clôt magistralement une tétralogie macabre qui a fait date. Par la suite, Lucio Fulci n’a jamais retrouvé cette inspiration, même si plusieurs de ses œuvres ultérieures restent à reconsidérer.
Critique de Virgile Dumez

Poster artist : Enzo Sciotti. All Rights Reserved. © Fulvia Film. Tous droits réservés.
Box-office de La maison près du cimetière
La maison près du cimetière est proposé par UGC un an et trois mois après la sortie de Frayeurs et 5 mois après L’au-delà.
Avec une distribution posée le 24 mars 1982, le poète du macabre rate le top 15 parisien. UGC ne lui a trouvé que 13 écrans, dont 10 en intra-muros. Le dernier opus en date de Lucio Fulci figure ainsi aux UGC Marbeuf/Odéon/Caméo/Gare de Lyon, aux Montparnos, Magic Convention, Mistral, 3 Secrétan, Maxéville et Paramount Montmartre. Avec 16 241 entrées, le film d’épouvante rame quand Maniac de William Lustig, en 3e semaine est toujours solide, avec 8 077 entrées.
Après une deuxième semaine à 7 409 entrées, La maison près du cimetière achève sa carrière parisienne à 4 459 entrées en 3e semaine sur 3 sites, dont la Maxéville et les Montparnos. Il se classe toutefois au-dessus d’Ilsa la tigresse du goulag (2 837 entrées dans 3 salles, Semaine 1).
Au total, ce sont à peine 28 104 spectateurs qui ont visité cette sinistre demeure qui céda sa place à une autre masure la semaine suivante, la plus académique Maison du lac de Mark Rydell. Deux mois plus tôt, Antropophagous avait dévoré quelques 26 000 curieux. Cette même année, la maison hantée de Poltergeist ravira 184 000 locataires, The Thing épatera 139 000 fans de John Carpenter, Massacre à la tronçonneuse déchiquètera 138 000 amateurs de cinéma hardcore, Parasite explosera 76 000 aficionados de 3D, Michael Myers poignardera 61 000 victimes dans Halloween 2, Maniac s’essoufflera sous les 60 000, Jason Voorhees trucidera 46 000 ados libidineux à l’occasion du Tueur du vendredi, Carnage décimera 22 000 amateurs de slashers, Cannibal Ferox se hissera à peine au-dessus des 20 000 entrées… Quelle année pour le cinéma d’épouvante !
Les sorties de la semaine du 24 mars 1982
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Biographies +
Dagmar Lassander, Lucio Fulci, Catriona MacColl, Carlo De Mejo, Paolo Malco, Daniela Doria, Giovanni Frezza, Pino Colizzi
Mots clés
Cinéma italien, Les films d’horreur des années 80, Gore, Les maisons hantées au cinéma, Les savants fous au cinéma