Shining : la critique du film (1980)

Epouvante-horreur, Thriller, Surnaturel | 2h23min
Note de la rédaction :
9/10
9
affiche française de Shining 1980

  • Réalisateur : Stanley Kubrick
  • Acteurs : Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers
  • Date de sortie: 16 Oct 1980
  • Titre original : The Shining Nationalité : Britannique, Américain
  • Scénaristes : Stanley Kubrick, Diane Johnson, d'après le roman de Stephen King
  • Distributeur : Warner-Columbia Film (sortie originelle) / Warner Bros France (Reprise 2019)
  • Editeur VHS, DVD, Blu-ray : Warner Bros
  • Date de sortie vidéo : 1 octobre 2019 (sortie blu-ray 4K Ultra HD - Montage intégral américain)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 2 359 705 entrées / 501 300 entrées
  • Box-office USA : 44 017 374$
  • Classification : Interdit aux moins de 13 ans (à sa sortie), interdit au moins de 12 ans (aujourd'hui)
Note des spectateurs :
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Shining, œuvre monumentale d’un cinéaste visionnaire, dépasse largement le statut de simple adaptation de roman, en l’occurrence celle du best-seller de Stephen King, pour s’imposer comme une architecture mentale démente, dans laquelle on aime y perdre la raison. La version longue américaine, enfin disponible en France, plus explicite sur l’arrière-plan psychologique des personnages, offre de nouvelles pistes humaines et surnaturelles passionnantes, car complémentaires.

Synopsis : Écrivain, Jack Torrance est engagé comme gardien, pendant tout l’hiver, d’un grand hôtel isolé du Colorado – l’Overlook – où il espère surmonter enfin sa panne d’inspiration. Il s’y installe avec sa femme Wendy (Shelley Duvall) et son fils Danny (Danny Lloyd), doté d’un don de médium.

Tandis que Jack n’avance pas dans son livre et que son fils est de plus en plus hanté par des visions terrifiantes, il découvre les terribles secrets de l’hôtel et bascule peu à peu dans une forme de folie meurtrière où il s’en prend à sa propre famille…

Critique : Sorti aux États-Unis une version de 146 minutes que Warner et Stanley Kubrick réajustèrent après une semaine d’exploitation à 144 minutes, en coupant deux minutes de sa toute fin, Shining, le légendaire, a connu un destin contrasté aux USA, où il n’a pas eu les critiques qu’il méritait, raillé même par les membres des Razzie Awards passés à côté d’un monument du 7e art qui allait traverser indemne les décennies, avec cette même puissance d’évocation dans l’épouvante.

Shining, une vision hors norme de l’épouvante

Malgré un succès sur la durée, le studio et le réalisateur perfectionniste décidèrent d’alléger le montage européen de plus de 20 minutes, générant bien des fantasmes et des frustrations pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance jusqu’ici de le voir dans son montage initial. Il est aisé d’oublier cette version tronquée, lorsque l’on redécouvre en version HD remastérisée 4K, cet avatar gigantesque du cinéma surnaturel de la fin des années 70, avec ses obsessions de l’époque, notamment dans la métaphore forte de l’enfant aux pouvoirs psychiques qui évoquent Furie de De Palma, Scanners de Cronenberg, mais aussi deux autres œuvres de Stephen King, Carrie et Firestarter, qui mettaient en scène, tous deux, des enfants doués de le télékinésie et autre pouvoir mental. Ici les pouvoirs ne sont pas anodins, même si bien plus développés dans le roman, mais l’une des scènes coupées en France nous met sur la piste insolite de la possession… Une piste comme une autre, terrifiante sur le moment, mais signe d’un enfant en souffrance, dans la peur de l’abandon et de la figure paternelle, qui nous paraît aujourd’hui très proche des personnages « super-héroïques » des dernières œuvres de Shyamalan (Split, Glass).

Affiche de la reprise 4K de The Shining en 2019

© Warner Bros Inc, All Rights Reserved

Le montage américain avant tout autre

Shining, en 2019, ne doit se voir que par le prisme de ce montage américain, le seul à pouvoir apporter la dimension psychologique et surnaturelle de ce drame conjugal, familial, et de l’enfance malmenée. Stephen King, qui avait écrit un scénario que Kubrick ne daigna jamais lire, n’appréciait guère la froideur du film, qui s’éloignait considérablement de son ouvrage originel auquel il donnera une suite, Doctor Sleep dans les années 2010. Mais malgré les trahisons patentes entre le roman et l’adaptation, force est d’admettre que Kubrick a considérablement anobli l’œuvre en l’adoubant de sa personnalité graphique unique (Shining, Orange mécanique se construisent sur ce même type d’univers visuels écrasants), et de son empreinte sensorielle quand il s’agit des choix musicaux. La démesure de cette histoire de gigantesque bâtisse hantée, perdue dans les neiges, hors de la saison touristique, est aussi atteinte dans les vertiges d’une musique stridente, orchestrée par de vrais instruments, des chœurs… Il est aussi impossible de ne pas faire le lien avec la prégnance philosophique du score de 2001 l’Odyssée de l’espace, puisqu’après tout, Shining développe, sous ses airs infernaux de temple de l’épouvante, une réflexion existentielle, à savoir sur le couple, sa déchéance.

Homme, femme, mode d’emploi

L’écrivain raté Jack Torrance, que l’on apprend être professeur, dans ce montage américain, subit le mariage comme une castration, l’engeance comme une malédiction… Le physique différent des canons de beauté des femmes des années 70 de l’actrice Shelley Duvall, que l’on connaissait alors pour ses rôles chez Altman, n’est sûrement pas un choix du hasard pour Kubrick. Le personnage dément de Jack Nicholson l’accuse, dans ses moments de divagation et d’hystérie, de saborder sa créativité, fantasme sur une femme entièrement nue, qui s’offre à lui dans la fameuse chambre 237, avant de se décomposer en harpie d’un autre âge. Le discours ambivalent sur la femme pour laquelle l’attirance de l’homme s’effrite avec le temps, éclaire de façon nouvelle la décomposition des relations homme femme dans le couple ; cela confère au film du réalisateur de Barry Lyndon un caractère puissant, où le vrai contraste se situe entre les moyens financiers et  décors colossaux, et le drame de l’intime engendré, qui se finit à la hache, dans un labyrinthe de conte.

La démesure du génie

L’architecture alambiquée des lieux, est surtout cérébrale ; on arpente des dédales de couloirs, sur fond de tapisserie tarabiscotée, comme pour signifier la complexité du mental humain, travaillé par ses fantasmes, sa paranoïa, son refus de la réalité, et ses sentiments de culpabilité.

Œuvre de la démesure qui aime nous égarer dans ses chemins sinueux, Shining, dans la vision de Kubrick, est également complexe dans sa réalisation, le montage, le travail particulier sur la lumière (les contre-jours au travers des fenêtres, comme pour signifier l’emprisonnement systématique des personnages dans l’enceinte de cet établissement monumental). L’auteur élabore des plans grandioses, de ceux qui ont fait l’histoire du cinéma et ont immortalisé le film au firmament des grands classiques d’épouvante (on ne parlera pas ici d’horreur, même si celle-ci est présente lors d’un plan de meurtre, ou lors des hallucinations effroyables autour de cet ascenseur déversant une mer de sang).

Peu d’œuvres ont ainsi imprégné l’inconscient du spectateur au point qu’il puisse se remémorer chacun des ses funestes instants, avec un sentiment immuable de petitesse face à la grandeur et à l’éloquence du spectacle projeté par l’artiste visionnaire.

Jack Nicholson en fait sûrement des tonnes dans ses tourments d’alcoolique notoire, mais le vrai monstre dans cette histoire, c’est bel et bien Stanley Kubrick, metteur en scène et technicien de la folie, qui, en multipliant les prises et les exigences, dans un maelstrom d’ambitions inégalé, a atteint des sommets de maturité qu’aucun autre film d’épouvante, n’a pu, jusqu’à présent, accomplir.

Disponible chez Warner Bros, depuis le 1er octobre 2019, en collector, avec fourreau rigide au graphisme soigné, dans une édition comprenant la version 4K Ultra HD, DVD et blu-ray, un combo exceptionnel de trois galettes, également marqué par de nombreux suppléments, non testés.

Frédéric Mignard

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affiche française de Shining 1980

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