Maniac : la critique du film + le test blu-ray (1982)

Horreur, Polar gore, Culte | 1h28min
Note de la rédaction :
9/10
9
Maniac, l'affiche du film de 1980

  • Réalisateur : William Lustig
  • Acteurs : Tom Savini, Caroline Munro, Joe Spinell, Abigail Clayton
  • Date de sortie: 10 Mar 1982
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Maniac
  • Scénaristes : C.A. Rosenberg, Joe Spinnel
  • Effets spéciaux & maquillages : Tom Savini
  • Musique : Jay Chattaway
  • Distributeur : Gaumont Distribution
  • Editeur VHS : René Chateau vidéo
  • Editeur vidéo : Le chat qui fume (édition DVD/Blu-ray 2019)
  • Date de sortie DVD & blu-ray :
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 192 727 entrées / 59 957 entrées
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans (à sa sortie, en 1982) / Interdit aux moins de 16 ans (après révision)
  • Festival :
Note des spectateurs :

Série B d’exploitation parmi les plus impressionnantes du cinéma horrifique, Maniac est l’un des monuments du genre, une plongée sans complexe dans la démence d’un esprit malade. Cette première réalisation de William Lustig est un chef-d’œuvre.

Synopsis : Frank Zito est un homme tourmenté. Victime d’une mère abusive durant son enfance, il a gardé depuis lors un complexe vis-à-vis des femmes. La nuit, il erre dans les quartiers chauds de New York et, dès que l’occasion se présente, tue sauvagement ses proies. Chaque fois, il scalpe la fille ayant eu la malchance de croiser sa route et ramène le trophée chez lui, pour le placer sur la tête d’un des mannequins décorant sa chambre. Toutes les femmes susceptibles d’éloigner Frank Zito de sa mère doivent mourir… Et elles sont nombreuses. Jusqu’au jour où il rencontre, Anna, une photographe.

Critique : 1980. Joe Spinell qui vient de finir le tournage de Cruising de Friedkin, dans lequel il jouait le rôle du flic psychopathe tueur d’homo, s’associe à son ami William Lusting pour qu’il réalise un scénario original dont il est l’auteur.

Joe Spinell retrouve Caroline Munro

L’acteur et le réalisateur new-yorkais comptent sur Daria Nicolodi pour participer à ce thriller malaisant qui repousserait les limites de l’horreur. Mais finalement, après le retrait de l’épouse de Dario Argento, auquel les deux loustics vouent un culte, c’est finalement Caroline Munro, vedette de la Hammer, vue aussi dans L’Abominable Docteur Phibes, qui lui succédera. Très appréciée dans le cinéma de genre, la beauté fatale du début des années 70 est persuadée en quelques heures, par Spinell, de rejoindre le projet ; les deux acteurs ont déjà partagé l’affiche de Starcrash, film de science-fiction italien ringard qui a pourtant cartonné au box-office mondial. La contribution de la jeune trentenaire permettra au film de Lustig et Spinell de prendre un nouveau souffle.

Un nouveau sommet du gore dans la carrière de Tom Savini

De son côté, Lustig, proche de Richard Rubinstein, producteur de Zombie, Dawn of the dead, parvient à embaucher Tom Savini aux effets spéciaux pour ce qui deviendra l’une des œuvres les plus nauséabondes, toutes époques confondues. Les maquillages du surdoué du cinéma de genre, conseillé aussi par le grand Dick Smith, deviendront l’estampille visuelle d’une affiche culte reprise sur toutes les VHS de la planète. Avec sa tête explosée, ses scalps de new-yorkaises assassinées en série, et une scène finale d’éviscération entre réalisme et cauchemar éveillé, Maniac aurait pu être une pure œuvre opportuniste, mais deviendra pourtant l’un des classiques instantanés du polar urbain déliquescent, avec des moments de terreur anthologiques, comme une scène dans le métro new-yorkais ahurissante de maîtrise, qui sera reprise de nombreuses fois en hommage dans des productions postérieures, à l’instar de la scène de la douche d’un certain Psychose d’Alfred Hitchcock qui meurt par ailleurs l’année du tournage de Maniac

Maniac : l'affiche trash du chef d'oeuvre de William Lustig

© 1980 Magnum Motion Pictures Inc. – William Lustig Tous droits réservés.

Maniac est le Psychose glauque des années 80

Puisque l’on évoque le maître du suspense britannique, il faut forcément relier la trame freudienne de Maniac au trauma de Norman Bates dans Psychose. Loin du charisme de dandy d’Anthony Perkins, Joe Spinell octroie de la densité à la démence de son personnage de photographe détruit intérieurement par sa mère. L’acteur fou, ami historique de Sylvester Stallone, totalement incarné à l’écran, offre sa carcasse patibulaire mais aussi son intrinsèque gentillesse à ce monstre de cinéma urbain que l’on retrouvera de différentes façon dans le Schizophrenia de Gerarld Kargl et dans Henry Portrait of a Psycho killer de John McNaughton. Son mental devient le lieu d’un combat assourdissant, dans la déviance et la folie.

Tourné avec un toupet qui étonne encore des décennies après sa sortie initiale, avec un sens du suspense qui renvoie également au meilleur du giallo (caméra subjective, mains gantées…), Maniac déploie une litanie de séquences perturbantes, totalement abouties, dont on n’arrive pas à se débarrasser tant le réalisme prégnant nourrit le malaise autour de séquences infernales, totalement paroxysmiques comme une scène horrifique dans un cimetière qui atteint l’extase morbide.

L’engeance malsaine de la culture VHS

Le thriller dérangé connaît un beau succès en salle et se vend dans le monde entier. Pourtant c’est bien en VHS qu’il prend son essor et assoit sa stature d’œuvre culte. En France, la cassette vidéo sera disponible à la location cinq mois avant la sortie cinéma, grâce au flair de René Chateau, qui ouvre une collection d’œuvres interdites aux moins de 18 ans, comprenant des films interdits en France, comme Massacre à la tronçonneuse ou Zombie.

La VHS connaît un tel succès que ce polar psychotique de très mauvais genre entre parmi les films les plus loués dès sa sortie. Un carton qui fera de Lustig un auteur à suivre, mais qui ne réussira pas à confirmer à des hauteurs aussi élevées, alors que parallèlement, un autre New-yorkais se distingue dans l’horreur et le thriller urbain, un certain Abel Ferrara, qui propose coup sur coup Driller Killer, L’ange de la vengeance et New-York deux heures du matin.

Un monument du cinéma new-yorkais

Après de nombreuses éditions DVD, notamment instiguées par Lustig lui-même, qui est devenu depuis les années 90 un nabab de l’édition vidéo, comme René Chateau en son temps, Maniac œuvre désormais dans la 4K, traversant les époques. Le film nous rappelle les images d’un New York défait, au bord de la faillite, devenant quasiment une œuvre d’histoire naturaliste. Les tours du World Trade Center se sont écroulées, mais le polar glauque de Lustig et Spinnnel demeure, témoin increvable d’une âme new-yorkaise, à jamais hantée par le psychopathe engendré par Spinell ou le Taxi Driver de Scorsese.

Critique : Frédéric Mignard

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Les sorties du 10 mars 1982

Maniac, l'affiche du film de 1980

© 1980 Magnum Motion Pictures Inc. – William Lustig Tous droits réservés.

Le + Box-office :

Sorti en salle le 10 mars 1982 par le distributeur pourtant très propre sur lui Gaumont, Maniac a connu une belle carrière en salle, malgré la disponibilité de la cassette vidéo, en parallèle à son exploitation. Le slasher ultra gore de William Lustig est ainsi sorti dans 16 salles à Paris et dans sa périphérie, affublé d’une lourde interdiction aux moins de 16 ans.

On citera :

Le Pathé Marignan, le Clichy Pathé, le Gaumont les Halles, le Gaumont Sud, le Berlitz, le Gaumont Gambetta, le St-Germain Studio, le Montparnasse 83, le Fauvette, et évidemment, pour Paris intra-muros, le Hollywood Boulevard, cinéma de quartier sur les Grands Boulevards appartenant à René Chateau, qui s’était associé à la sortie en salle et qui diffusait le film en vidéo-cassette depuis l’automne 1981.

Le film réalisa pas moins de 26 594 entrées, pour sa première semaine sur Paris-Périphérie, fort d’une notoriété solide. Un score formidable qui lui permit de se hisser en 12e position du box-office de la semaine, alors qu’était également lancé la même semaine Les Sous-doués en vacances, Un justicier dans la ville N°2, Bandits bandits ou Une femme d’affaires (d’Alan J. Pakula, avec Jane Fonda), ou Te marre pas c’est pour rire.

Après une brillante carrière parisienne fort d’une longue exploitation au Hollywood Boulevard, avec 59 957 spectateurs, le film atteint les 192 727 entrées dans toute la France, trouvant son succès malgré une belle exposition en VHS qui se poursuivra pendant de longues années après sa distribution sur les grands écrans.

Edition Collector Maniac chez Le Chat qui fume

© 1980 Magnum Motion Pictures Inc. – William Lustig Tous droits réservés.

Le blu-ray

C’est le Chat qui Fume qui a les honneurs de ressortir le film en France en DVD, douze ans après sa première apparition sur ce format, en 2007. L’éditeur propose une édition costaude, blindée de bonus, au digipack soigné, comprenant deux DVD et évidemment le blu-ray, l’édition étant un combo avec une restauration 4K réalisée à partir du négatif d’origine.

Compléments : 5/5

Le Chat qui fume propose avec Maniac l’une des œuvres les plus importantes de son répertoire. Par ailleurs, c’est aussi l’un des films les plus connus par les fans de cinéma de genre qui ont déjà au moins une édition du film dans leurs archives. Il fallait donc au vilain matou justifier l’utilité d’une nouvelle édition. Et c’est dans la quantité impressionnante de suppléments que l’on trouvera principalement la légitimité de ce joyau d’édtion. Outre la beauté du packaging qui ne dépareille pas dans la collection d’un éditeur qui compte de nombreuses éditions épuisées, les bonus sont de la plus grande importance pour faire le tour de ce projet hors normes qui demeure une date dans l’histoire du cinéma.

De nombreux commentaires audio permettent à Lustig ou Savini de prendre la parole. Le scénariste Fathi Beddiar, déjà présent sur les bonus de Vigilante, du même réalisateur, paru chez Le Chat qui fume, relate la complicité entre l’acteur Joe Spinell, dont il connaît magnifiquement la carrière tragique, et le cinéaste William Lustig, dont il déplorera le rendez-vous manqué avec l’histoire, parmi les réalisateurs qui comptent. Ce spécialiste du New-York des années 70 propose dans un second supplément les pistes sur lesquelles il plancha pour le remake de Maniac, dont il avait été chargé d’écrire le scénario et qui ne verra jamais le jour, du moins sous sa plume. Beddiar semble d’ailleurs peu satisfait du remake de 2013 par Franck Khalfoun et encore moins du choix d’Elijah Wood pour succéder à Joe Spinell, ou celui de Los Angeles pour remplacer New York.

Des scènes supplémentaires retrouvées dans un hangar avec des scènes de tournage, un supplément donnant la parole au maquilleur de génie Tom Savini pendant 12mn, un autre long de 50mn, passionnant sur Joe Spinell convoquant ses nombreux amis… Il faut un bon investissement temporel pour aller au bout de ce cauchemar vidéo qui compte parmi les plus beaux collectors de l’année, avec ses documents d’archives incroyables (débat dans un cinéma américain, à la sortie du film), l’apport d’artistes que l’on apprécie particulier, comme le compositeur Jay Chattaway qui a largement contribué au triomphe du film. Il évoque notamment ses nombreuses collaborations avec Bill Lustig. Evidemment, toujours vivante, Caroline Munroe est interrogée sur cette expérience et revient sur toute sa carrière. Ce document contemporain, produit par la boîte de Lustig, Blue Underground, confirme ce que l’on a souvent constaté : ces divas du genre ont vu leur avis sur ces œuvres nauséeuses évoluer alors que les films prenaient de la valeur avec le temps pour devenir les plus célébrer de leur répertoire… Immanquable pour les cinéphiles.

On apprécie le supplément évoquant le malentendu persistant autour du tube tiré de la B.O. de Flashdance, She’s a maniac de Michael Sembello. Bill Lustig a réuni le compositeur et le chanteur du morceau pour vérifier si ils se sont, effectivement, inspirés du personnage joué par Spinell… La réponse dans ce condensé de drôlerie qui se finit en musique.

Ci-dessous, voici la liste officielle des suppléments listés par le Matou de l’exploitation bis.

• Commentaire audio de William Lustig, Tom Savini, Lorenzo Marinelli (montage) et Luke Walter (assistant personnel de Joe Spinell) (VOSTF)
• Commentaire audio de William Lustig et du producteur Andrew W. Garroni (VO)
• Bill & Joe par Fathi Beddiar (29mn)
• Les remakes de Lustig par Fathi Beddiar (19mn)
• Maniac Outtakes (19 mn)
• Retour sur la scène du crime (8 mn)
• Anna et le Maniac (13 mn)
• Le dealer de la mort (12 mn)
• Dark notes (12 mn)
• Maniac men (10 mn 30)
• Bill Lustig chez Movie Madness (47 mn)
• Joe Spinell au Joe Franklin Show (13 mn)
• Joe Spinell à Cannes (1 mn)
• MR.Robbie (7mn30)
• L’histoire de Joe Spinell (50 mn)
• Critique sac à vomi (2 mn)
• MIDNIGHT BLUE – Al Goldstein mutile sa poupée (2mn 40)
• MIDNIGHT BLUE – Al Goldstein contre les films violents (4 mn)
• Les nouvelles de Chicago ( 2mn 15)
• Les nouvelles de Los Angeles (8 mn)
• Les nouvelles de Philadelphie (3 mn45)
• Films annonces américain hard et soft (3 mn)
• Film annonce international (3 mn 50)
• Films annonces Allemand – Italien – Français (8 mn 30)
• 9 spots télé (3 mn)
• Le film en mode VHS

Bandeau le chat qui fume

Copyrights : 2019 Le Chat qui fume

Images : 3.5 / 5

Maniac n’est pas une référence esthétique et son filmage a toujours été celui d’une oeuvre du budget réduit, qui abîmait la pellicule. Tourné en 16 mm, mais gonflé en 35, le thriller ne trouve pas de salut absolu en blu-ray, malgré une restauration 4K. Cela s’explique de par la fragilité du matériau d’origine et des mises au point variables lors du tournage. Toutefois, si on est très loin des canons auxquels ce type de restauration nous a habitués, nous sommes impressionnés par le saut qualitatif depuis la précédente version SD. Les séquences lumineuses ont gagné en vitalité, quelques plans sont de purs moments d’HD, avec une exploitation visible des textures, y compris épidermiques, mais cela reste dans l’ensemble inégal. Au moins, cette restauration ne trahit pas l’origine oppressante de l’oeuvre qui passait aussi par son caractère rugueux.

Son : 4.5 / 5

Impressionnant de voir une oeuvre tournée en Dolby Stéréo être à ce point amplifiée par un 5.1 subtil, qui marque bien le caractère vibrant de New York. Le score de Jay Chattaway en devient encore plus troublant.

Le 5.1 DTS HD Master Audio est proposé uniquement en VOSTF. La piste 7.1 proposée, en VO, n’a pas été testée faute d’équipement ad hoc. Elle nous apparaît un peu artificielle sur le papier, mais pourquoi pas.

Les amateurs de pistes en français retrouveront le doublage d’époque dans un 2.0. DTS HD soigné.

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Maniac, l'affiche du film de 1980

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