Série B d’exploitation parmi les plus impressionnantes du cinéma horrifique, Maniac est l’un des monuments du genre, une plongée sans complexe dans la démence d’un esprit malade. Cette première réalisation de William Lustig est un chef-d’œuvre.
Synopsis : Frank Zito est un homme tourmenté. Victime d’une mère abusive durant son enfance, il a gardé depuis lors un complexe vis-à-vis des femmes. La nuit, il erre dans les quartiers chauds de New York et, dès que l’occasion se présente, tue sauvagement ses proies. Chaque fois, il scalpe la fille ayant eu la malchance de croiser sa route et ramène le trophée chez lui, pour le placer sur la tête d’un des mannequins décorant sa chambre. Toutes les femmes susceptibles d’éloigner Frank Zito de sa mère doivent mourir… Et elles sont nombreuses. Jusqu’au jour où il rencontre, Anna, une photographe.
Critique : 1980. Joe Spinell qui vient de finir le tournage de Cruising de Friedkin, dans lequel il jouait le rôle du flic psychopathe tueur d’homo, s’associe à son ami William Lusting pour qu’il réalise un scénario original dont il est l’auteur.
Joe Spinell retrouve Caroline Munro
L’acteur et le réalisateur new-yorkais comptent sur Daria Nicolodi pour participer à ce thriller malaisant qui repousserait les limites de l’horreur. Mais finalement, après le retrait de l’épouse de Dario Argento, auquel les deux loustics vouent un culte, c’est finalement Caroline Munro, vedette de la Hammer, vue aussi dans L’Abominable Docteur Phibes, qui lui succédera. Très appréciée dans le cinéma de genre, la beauté fatale du début des années 70 est persuadée en quelques heures, par Spinell, de rejoindre le projet ; les deux acteurs ont déjà partagé l’affiche de Starcrash, film de science-fiction italien ringard qui a pourtant cartonné au box-office mondial. La contribution de la jeune trentenaire permettra au film de Lustig et Spinell de prendre un nouveau souffle.
Un nouveau sommet du gore dans la carrière de Tom Savini
De son côté, Lustig, proche de Richard Rubinstein, producteur de Zombie, Dawn of the dead, parvient à embaucher Tom Savini aux effets spéciaux pour ce qui deviendra l’une des œuvres les plus nauséabondes, toutes époques confondues. Les maquillages du surdoué du cinéma de genre, conseillé aussi par le grand Dick Smith, deviendront l’estampille visuelle d’une affiche culte reprise sur toutes les VHS de la planète. Avec sa tête explosée, ses scalps de new-yorkaises assassinées en série, et une scène finale d’éviscération entre réalisme et cauchemar éveillé, Maniac aurait pu être une pure œuvre opportuniste, mais deviendra pourtant l’un des classiques instantanés du polar urbain déliquescent, avec des moments de terreur anthologiques, comme une scène dans le métro new-yorkais ahurissante de maîtrise, qui sera reprise de nombreuses fois en hommage dans des productions postérieures, à l’instar de la scène de la douche d’un certain Psychose d’Alfred Hitchcock qui meurt par ailleurs l’année du tournage de Maniac…

© 1980 Magnum Motion Pictures Inc. – William Lustig Tous droits réservés.
Maniac est le Psychose glauque des années 80
Puisque l’on évoque le maître du suspense britannique, il faut forcément relier la trame freudienne de Maniac au trauma de Norman Bates dans Psychose. Loin du charisme de dandy d’Anthony Perkins, Joe Spinell octroie de la densité à la démence de son personnage de photographe détruit intérieurement par sa mère. L’acteur fou, ami historique de Sylvester Stallone, totalement incarné à l’écran, offre sa carcasse patibulaire mais aussi son intrinsèque gentillesse à ce monstre de cinéma urbain que l’on retrouvera de différentes façon dans le Schizophrenia de Gerarld Kargl et dans Henry Portrait of a Psycho killer de John McNaughton. Son mental devient le lieu d’un combat assourdissant, dans la déviance et la folie.
Tourné avec un toupet qui étonne encore des décennies après sa sortie initiale, avec un sens du suspense qui renvoie également au meilleur du giallo (caméra subjective, mains gantées…), Maniac déploie une litanie de séquences perturbantes, totalement abouties, dont on n’arrive pas à se débarrasser tant le réalisme prégnant nourrit le malaise autour de séquences infernales, totalement paroxysmiques comme une scène horrifique dans un cimetière qui atteint l’extase morbide.
L’engeance malsaine de la culture VHS
Le thriller dérangé connaît un beau succès en salle et se vend dans le monde entier. Pourtant c’est bien en VHS qu’il prend son essor et assoit sa stature d’œuvre culte. En France, la cassette vidéo sera disponible à la location cinq mois avant la sortie cinéma, grâce au flair de René Chateau, qui ouvre une collection d’œuvres interdites aux moins de 18 ans, comprenant des films interdits en France, comme Massacre à la tronçonneuse ou Zombie.
La VHS connaît un tel succès que ce polar psychotique de très mauvais genre entre parmi les films les plus loués dès sa sortie. Un carton qui fera de Lustig un auteur à suivre, mais qui ne réussira pas à confirmer à des hauteurs aussi élevées, alors que parallèlement, un autre New-yorkais se distingue dans l’horreur et le thriller urbain, un certain Abel Ferrara, qui propose coup sur coup Driller Killer, L’ange de la vengeance et New-York deux heures du matin.
Un monument du cinéma new-yorkais
Après de nombreuses éditions DVD, notamment instiguées par Lustig lui-même, qui est devenu depuis les années 90 un nabab de l’édition vidéo, comme René Chateau en son temps, Maniac œuvre désormais dans la 4K, traversant les époques. Le film nous rappelle les images d’un New York défait, au bord de la faillite, devenant quasiment une œuvre d’histoire naturaliste. Les tours du World Trade Center se sont écroulées, mais le polar glauque de Lustig et Spinnnel demeure, témoin increvable d’une âme new-yorkaise, à jamais hantée par le psychopathe engendré par Spinell ou le Taxi Driver de Scorsese.
Critique : Frédéric Mignard
Les sorties du 10 mars 1982

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