Stanley Kubrick

Réalisateur, Producteur, Scénariste, Photographe
Affiche de l'exposition Stanley Kubrick à la Cinémathèque

Personal Info

  • Nationalité : Américain
  • Date de naissance : 26 juillet 1928, à New York (Etats-Unis)
  • Date de décès : 7 mars 1999, à St. Albans, Hertfordshire (Royaume-Uni), à l'âge de 70 ans.
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Biographie

Note des spectateurs :

Réalisateur américain légendaire, Stanley Kubrick est considéré comme l’un des grands visionnaires du XXe siècle.

Artiste américain, exilé à partir de 1961 au Royaume-Uni, aux visions intransigeantes, adulé par les cinéphiles durant des décennies, Stanley Kubrick était réalisateur, producteur, monteur, scénariste, directeur de la photo. Il contrôlait tous les aspects de son cinéma, avec une liberté artistique totale, démontrant à chaque fois un goût fondamental pour la technique du cinéma.

Multi-casquette, ce cinéphile fou qui découvrait tous les films tournés dans sa forteresse en Angleterre, a touché à tous les genres de film, avec une maestria technique et un sens de la direction d’acteur qui pouvait exaspérer ceux qui travaillaient avec lui. Kubrick était capable de multiplier les prises par dizaines pour répondre à son perfectionnisme absolu.

L'utime razzia affiche reprise 2018

Copyrights : Harris-Kubrick Productions

Stanley Kubrick, le technicien qui explorait les genres

Le cinéma noir lui permet de mettre son nom en haut de l’affiche, avec  L’ultime Razzia qu’il réalise pour United Artists. Le film avec Sterling Hayden, se démarque par sa maîtrise technique et vaut au cinéaste une dévotion immédiate, auprès des cinéphiles. 600 000 Français verront le film à sa sortie, en 1957.

Pour son second authentique long métrage (on met de côté ses moyens métrages Fear and desire, tourné en 1953, mais sorti en France en 2012, et Le baiser du tueur, tourné en 1953, qui ne sortira qu’en 1962), Kubrick suscite l’indignation en Europe avec Les sentiers de la gloire, œuvre de guerre antimilitariste, avec Kirk Douglas, dénonçant notamment l’attitude de l’état-major français durant le premier conflit mondial. Cette œuvre forte sera censurée par son propre distributeur, jusqu’en 1975, en raison des pressions des anciens combattants et du gouvernement français déjà emmêlé dans l’imbroglio de la guerre d’Algérie. Malgré ses vingt ans d’âge, Les sentiers de la gloire réunira tout de même 491 000 spectateurs en 1975.

Stanley Kubrick et le système hollywoodien

Avec Spartacus, en 1961, Kubrick réussit à entrer dans le système le temps d’un film tout en le contournant. Son péplum commercial bénéficie de la présence de Kirk Douglas qui a insisté pour que la réalisation lui incombe. Kubrick dirigeait également Laurence Olivier, Peter Ustinov et Charles Laughton, mais c’est surtout la présence au générique d’un certain Dalton Trumbo, victime ostracisée de la chasse aux sorcières, dans les années 50, qui attire l’attention.

De ce film de studio initialement prévu pour Anthony Mann à la réalisation, que d’aucuns qualifieraient de production à Oscars, Kubrick n’en tirera qu’un certain dégoût à l’égard de Hollywood, et de l’Amérique dans sa globalité, et partira donc s’installer dès 1961 au Royaume-Uni. Alors que Spartacus reçoit de nombreux prix, le cinéaste américain est l’oublié.

spartaculs-affiche-reprise-swachbuckler-films

Copyright Swachbuckler Films

Kubrick au service de Sa Majesté

Au pays de Sa Majesté, le grand Stanley devient totalement indépendant, démarrant sa carrière britannique avec le sulfureux Lolita d’après Nabokov, en 1962, qui obtient un succès mesuré en raison de son sujet tabou (465 000 entrées/France). L’auteur enchaîne avec la comédie loufoque sur fond de guerre froide, Docteur Folamour, avec Peter Sellers et George C. Scott, qui lui permet d’obtenir un succès d’estime (768 000 entrées France, en 1964) et confirme son goût pour les pamphlets antimilitaristes. Le cinéma de guerre sera par ailleurs le genre qu’il explorera le plus, avec trois films dans le domaine.

1968-1972 : la révolution Stanley Kubrick et la pensée évoluée d’un cinéma total

Kubrick prend quatre ans pour préparer son retour, qui s’avère, surtout pour lui, l’occasion de révolutionner le cinéma ; il propose en 1968, ce que l’on peut considérer comme le plus grand film de science-fiction de l’histoire, un space-opera philosophique, 2001 : l’Odyssée de l’espace.  Cette adaptation d’une nouvelle d’Arthur C. Clarke, éblouit, fascine, mais surtout divise en son temps professionnels et public pas encore prêts pour pareille transgression des règles narratives, et surtout un tel affichage de talent. Cette coproduction americano-britannique est tout de même vue, en France, par 3 475 000 curieux à sa sortie. Malheureusement, les Oscars resteront hermétiques à cette pensée évoluée d’un cinéma total.

2001 l'odyssée de l'espace, photo officielle

Copyrights : MGM & Warner Bros Ltd, All rights reserved

Quatre ans après, Kubrick qui venait de travailler avec MGM, s’associe à Warner pour son film le plus extrême,  sorte de cinéma nihiliste ultra violent et sexuel, reflet d’une époque d’expérimentations dégénérées. Ce film, c’est Orange mécanique, l’adaptation du roman d’Anthony Burgess. Interdite aux moins de 18 ans en France, cette dystopie démente, à la réalisation époustouflante, allait devenir l’œuvre culte de plusieurs générations, ressortant régulièrement en salle. Ce monument unique dans l’histoire du 7e art réalisera pus de 7 621 000 d’entrées, malgré son interdiction stricte qu’il n’a pas volée, tant le film est malsain.

Pour découvrir le Kubrick suivant, il faudra attendre quatre années de plus, et la légendaire production en costume Barry Lyndon, en 1976. Avec sa somptueuse photographie et son sens des décors splendides, le film, d’un grand classicisme, ne trouve pas son public aux États-Unis et les Oscars techniques volent la vedette au cinéaste qui se console d’un BAFTA du meilleur réalisateur. En France, Kubrick retrouve son socle d’admirateurs, avec 3 475 000 spectateurs. Cela sera la quatrième fois qu’il dépassera ce seuil des 3 millions, mais aussi la dernière.

Quand Kubrick sonde la peur

Le genre qui occupe le réalisateur génial, pendant les quatre années à venir, sera curieusement celui de l’épouvante, avec le thriller diabolique The Shining. Ce onzième film de Kubrick s’inspire du roman de Stephen King, alors jeune auteur adapté avec succès par Brian De Palma (Carrie), qui gardera une grande rancœur à l’égard de Kubrick qui a refusé de lire son scénario. Curieusement nommé aux Razzie Awards comme pire réalisateur, Kubrick a sûrement péché par excès d’ambition. Le démarrage américain du film est victime d’une durée excessive de 146, puis 144 minutes aux USA (il réclama très vite la coupe de deux minutes finales), mais Shining, œuvre éblouissante, fonctionnera toutefois sur la durée. Warner et Kubrick s’entendent pour que ce puissant monument de l’effroi puisse jouir d’un montage plus attractif en Europe, où la réputation du film n’est plus à faire : en France, on s’attend à une « vague de terreur », pour reprendre la promo de Warner. Dans un genre horrifique difficile, ce film mâture, loin des spectacles pour adolescents dont le genre est pollué, cumule plus de 2 359 000 spectateurs.

Sa version américaine initiale connaîtra une exploitation dans les salles françaises très tardivement, à l’occasion d’une restauration, en 4K, en 2019, et profitera d’une belle édition vidéo Ultra HD pour l’occasion. Cette version s’installe désormais comme la seule bonne version du film.

Shining, affiche de la version longue 2019

© Warner Bros Inc, All Rights Reserved

7 ans de réflexion

Après Shining, Kubrick s’efface et prend la pause la plus longue de sa carrière, sept ans… Il reviendra en 1987 avec Full Metal Jacket, un film curieux dans sa filmographie, puisqu’il s’agit d’une approche de la guerre du Vietnam, via le conditionnement psychologique des soldats américains à aller dézinguer du Viet. Malgré sa bonne volonté de vouloir rendre hommage au roman de Gusta Hasford, Le merdier, un sentiment de déception opère puisque Full Metal Jacket s’installe dans le sillon d’œuvres filmiques sur le conflit américain au Vietnam qui pullulait à l’écran. Outre les classiques comme Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now, Platoon, les séries B comme Rambo nourrissaient bon nombre de salles et l’overdose allait survenir en 1990 avec l’échec du film de De Palma, Outrages.

Toujours boudé aux Oscars, Kubrick le géant peut au moins se consoler avec un succès public aux USA et en France, où son retour au cinéma de guerre a été suivi par 2 111 000 spectateurs, sur un marché frappé par la crise du cinéma.

Muré dans sa forteresse, les yeux grands ouverts

Kubrick, le caractère toujours plus taciturne, se retire encore plus du monde et opère un arrêt légendaire de plus de douze ans… Son ultime film sera Eyes wide shut, une variation érotico-dramatique sur les affres du couple, qui fait les gros titres, de par le retour insensé de cet auteur mythique, mais surtout de par son choix de recourir à un casting de stars glamours, à savoir Tom Cruise et Nicole Kidman, alors époux dans la vie.

La très courte nouvelle d’Arthur Schnitzer, Traumnovelle (1926) donne naissance à une œuvre audacieuse de plus de 159 minutes dont, malheureusement, Kubrick ne pourra jamais finir le montage, car décédant quatre mois avant la sortie de cette œuvre crépusculaire et testamentaire, très réussie car troublante et passionnante. Le film sera dévoilé par Warner avec un montage censuré qui, heureusement, échappera à l’Europe, plus ouverte aux errances nocturnes et sexuelles de son personnage principal. Les fans de Kubrick resteront cois face à la trahison du studio.

Malgré son sujet difficilement vendable, Eyes wide shut, parvint à réaliser 1 660 000 entrées en France, un beau score, même pour la star Tom Cruise qui, alors, n’était parvenu à se hisser au-dessus de ce score seulement à quatre reprises sur une carrière déjà longue de son adolescence, de sa vingtaine et de jeune trentenaire.

Pour tout savoir sur Stanley Kubrick, nous vous conseillons ce magnifique site consacré au génie visionnaire du 7e art, à l’architecture aussi belle que son œuvre.

Frédéric Mignard

Filmographie

  • 1953 : Fear and Desire
  • 1955 : Le Baiser du tueur (Killer’s Kiss)
  • 1956 : L’Ultime razzia (The Killing)
  • 1957 : Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory)
  • 1960 : Spartacus
  • 1962 : Lolita
  • 1964 : Docteur Folamour (Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb)
  • 1968 : 2001, l’odyssée de l’espace (2001: A Space Odyssey)
  • 1971 : Orange mécanique (A Clockwork Orange)
  • 1975 : Barry Lyndon
  • 1980 : Shining (The Shining)
  • 1987 : Full Metal Jacket
  • 1999 : Eyes Wide Shut
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