Mortelle randonnée : la critique du film + le test blu-ray (1983)

Drame, Policier, Film Noir | 2h01min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche française de "Mortelle randonnée" de Claude Miller

  • Réalisateur : Claude Miller
  • Acteurs : Isabelle Adjani, Michel Serrault, Jean-Claude Brialy, Stéphane Audran, Guy Marchand, Sami Frey, Patrick Bouchitey, Geneviève Page, Macha Méril, Dominique Frot
  • Date de sortie: 09 Mar 1983
  • Année de production : 1983
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Mortelle randonnée
  • Titres alternatifs : Deadly Circuit (International), Das Auge (Allemagne)
  • Scénaristes : Michel Audiard, Jacques Audiard
  • D'après une oeuvre de : Marc Behm (Editions Gallimard, Série Noire)
  • Monteur : Albert Jurgenson
  • Directeur de la photographie : Pierre Lhomme, Gilbert Duhalde
  • Compositeur : Carla Bley (édition Panache)
  • Cheffe décoratrice : Véronique Melery
  • Directeur artistique : Jean-Pierre Kohut-Svelko
  • Producteurs : Charles Gassot, Bernard Grenet
  • Sociétés de production : Téléma, TF1 Film Production
  • Distributeur : G.E.F.-C.C.F.C.
  • Editeur vidéo : Sunset Vidéo (1983), TF1 Vidéo (2007), TF1 Studio (2016, 2017)
  • Date de sortie vidéo : J1983 (VHS), 7 juin 2007 (DVD, Collection Polars), 25 octobre 2016 (blu-ray+ Double DVD, + Livret 52 pagescollection Héritage), 5 octobre 2017 (DVD, Passion Cinéma)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 916 868 entrées / 289 765 entrées
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.6 : 1 / Couleur (35 mm, Eastmancolor) / Dolby Stéréo
  • Nominations : 5 nominations aux César (Film, Acteur pour Michel Serrault, Second rôle féminin pour Stéphane Audran, Décors, Son),
  • Récompenses : Aucun César
  • Illustrateur/Création graphique : Affiche française de "Mortelle randonnée" © Philippe By Spadem. Tous droits réservés. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1982 Telema, TF1 Films Productions, TF1 Droits Audiovisuels Tous droits réservés. All rights reserved
  • Attachés de presse : Jean-Pierre Vincent, Josée Bénabent-Loiseau
  • Remake : Voyeur (The Eye of the Beholder) de Stephan Elliott, avec Ewan McGregor, Ashley Judd, K.d Lang, Jason Priestley, Patrick Bergin (1999)
Note des spectateurs :

Mortelle randonnée est l’un des films de Claude Miller les plus célèbres de par la présence d’Isabelle Adjani et Michel Serrault qu’il venait de diriger dans Garde à vue. Le polar étrange est aussi une adaptation de la Série Noire, par Michel Audiard et son fils, un certain jeune trentenaire du nom de Jacques Audiard. 

Synopsis : Un détective privé surnommé “l’Œil” suit à la trace une jeune meurtrière, en qui il croit reconnaître sa fille dont il n’a qu’une photo.

Le cinéma français et la Série Noire : une histoire d’amour

Critique : Adapté du roman américain de Marc Behm (Le Concert, Au secours de Richard Lester), The Eye of the Beholder ou Mortelle Randonnée en français est issue de la fameuse collection Série Noire. Le succès en salle pour cette série de milliers d’ouvrages policiers, née en 1945 sous l’impulsion de Marcel Duhamel, est scandée par les grands noms du polar français comme Jacques Becker (Touchez pas au Grisbi), Jean-Pierre Melville (Le Deuxième Souffle), René Clément (Les Félins), Jacques Deray (La course du lièvre à travers les champs et Un papillon sur l’épaule), Henri Verneuil (Mélodie en sous-sol), Alain Corneau (Série noire), Georges Lautner (Flic ou voyou), François Truffaut (Tirez sur le pianiste, Vivement dimanche), Robin Davis (J’ai épousé une ombre, avec Nathalie Baye), Bertrand Tavernier (Coup de torchon), Claude Sautet (L’arme à gauche) et Serge Leroy qui proposera L’Indic, en 1983, la même année que Mortelle randonnée

Mortelle Randonnée, édition 2017

© 2016 TF1 Vidéo © 1982 Telema, TF1 Films Productions, TF1 Droits Audiovisuels Tous droits réservés. All rights reserved

Claude Miller, un nouvel espoir du polar en garde à vue

Claude Miller, lui-même, en a tiré, en 1981, Garde à vue d’après John Wainwright. Michel Audiard en était déjà l’un des adaptateurs. On y retrouvait Michel Serrault et Guy Marchand. Déjà. A la place d’Adjani, Romy Schneider tenait le premier rôle féminin. On pouvait compter également sur la présence de Lino Ventura. Enorme. Mortelle Randonnée sortira en même temps que les César où Garde à vue fait des étincelles avec quatre prix (acteur, scénario adapté, second rôle pour Guy Marchand, photographie pour Bruno Nuytten).

Malgré la proximité entre les deux films, l’adaptation française du roman de Behm ne fera pas recettes, avec moitié moins d’entrées, dès la première semaine estimée décevante en 4e place, loin derrière les continuations qu’étaient Tootsie, Rambo ou L’Africain, épopée post-coloniale avec Catherine Deneuve et Philippe Noiret. Heureusement, Claude Miller voit son film se stabiliser pendant près de 4 semaines durant lesquelles le polar stylé demeure dans le top 12 parisien. Il y a Adjani ; le film bizarre fait parler.

Mortelle randonnée ou comment dérouter par un ton décalé peu commercial

Fascinant, décalé, sombre et glamour à la fois, Mortelle randonnée est, il est vrai, un récit complexe qui ne se laisse nullement appréhender comme un divertissement à suspense. A la fois grand film malade ayant souffert d’une conception au forceps, mais aussi belle expérience de cinéma onirique, il est indéniablement le rejeton tordu d’un cinéma des années 70 qui allait disparaître dans les années 80, malgré le succès de Bertrand Blier qui aura encore l’audace de ton et de mélange des différentes strates de narration.

Ce long-métrage, Claude Miller le détestait absolument malgré ses atouts artistiques indéniables. Un thème musical qui a tout d’un classique, une photographie du géant Pierre Lhomme (La vie de château, L’armée des ombres, La maman et la putain, Judith Therpauve), nommé aux César pour son acuité moderne, avec des compositions picturales qui évoquent parfois le travail de Beineix ou encore de Besson à la même époque. On est étonné.

L’indic : la critique du film

Une collaboration devenue mythique entre Michel et Jacques Audiard

Evidemment, le montage est alambiqué et quelque peu bancal. Le script n’offre pas une progression dramatique stimulante de bout en bout et ses nœuds narratifs sur deux heures désarçonnent. Néanmoins, le film possède les qualités de ses défauts en livrant un résultat hypnotique nourri d’une narration et de dialogues cocasses. Le style ciselé de Michel Audiard est imparable ; le dialoguiste collaborait avec Jacques, son fils de trente ans, pour la première fois. Le futur cinéaste français, qui se dirigeait vers le montage dans les années 70, trouvait comme co-scénariste, dans l’ombre du culte à son paternel, un univers déjanté, absurde, tortueux du verbe, détaché et donc attachant, en tout cas singulièrement personnel.

Un casting qui en impose jusqu’aux César

Le détective désabusé et ordinaire qu’incarne le narrateur Michel Serrault, travaillé par la disparition de sa fille, est convié à une mortelle randonnée en suivant la silhouette longiligne d’Isabelle Adjani, tueuse aux visages multiples, à la fois Blanche-Neige, serveuse, mannequin, lesbienne manipulatrice à la Basic Instinct, assassin en série jusqu’au meurtre graphique d’une “maîtresse chanteuse” puisqu’elle bute lors d’une scène violente la “dame en grise”, personnage dysfonctionnel joué par la fantomatique Stéphane Audran. Le surjeu de cette dernière, aussi tragique que comique, lui vaudra sa quatrième nomination aux César pour un second rôle, en 1984.

Le reste du casting est à la hauteur des ambitions. Outre Serrault et Adjani, on croise la jeune Dominique Frot (soeur de Catherine, donc), en jeune autostoppeuse qui détrousse les routiers, sur des airs d’autoroute glauques. On croise Sami Frey en playboy aveugle, Geneviève Page en patronne pas piquée du verbe…

Artistiquement ce film trop long est plutôt solide. Des décennies après, il écrase la concurrence policière du cinéma hexagonal qui a beaucoup perdu en qualité.

Mortelle Randonnée, édition vidéo et affiches étrangères

© 2016 TF1 Vidéo © 1982 Telema, TF1 Films Productions, TF1 Droits Audiovisuels Tous droits réservés. All rights reserved

Box-office de Mortelle Randonnée

Premier jour Paris-Périphérie : 9 414 entrées (30 Salles). Il n’y a pas vraiment de grosses sorties ce mercredi 9 mars 1983, puisque Fanny et Alexandre de Bergman compte plus de trois heures de métrage dans 18 salles (2 223 entrées), et le film d’épouvante pour adolescents Halloween III  (3 767) n’a pas une grande marche de manœuvre de par son genre.

Reste la reprise du Dernier métro par Gaumont (925 entrées dans 11 salles), le film de guerre Sans retour (4 729 entrées, dans 14 cinémas) et Horreur dans la ville (1 670 entrées, dans 12 cinémas), qui est le nouveau Chuck Norris. L’acteur n’a pas encore triomphé dans Œil pour œil prévu pour juillet de la même année, et ne bénéficie donc pas de la notoriété qui grimpera au fil des films suivants.

Enfin Le Chat Noir de Lucio Fulci ne trouve que 523 spectateurs dans 7 salles (voir notre dossier ici).

Garde à Vue loin devant, malgré le phénomène Adjani

Mortelle Randonnée qui profite de l’exposition du précédent Miller, Garde à vue, lors de la cérémonie des César qui s’est tenue moins d’une semaine plus tôt, n’est clairement pas dans les chiffres à même de dépasser les recettes de la première incursion du cinéaste dans la Série noire en 1981. Claude Miller avait séduit, avec Garde à vue, 2 097 000 spectateurs. Et, alors qu’il va faire encore mieux en 1985 avec la chronique adolescente L’Effrontée (2 761 141 entrées), le cinéaste fait un semi faux-pas sur un plan commercial avec l’adaptation du roman de Marc Behm qui ne réalise in fine que 916 000 entrées, sur toute la France, malgré la présence d’Isabelle Adjani dont l’ascension est irrésistible.

Un an auparavant, la jeune star francophone avait irradié l’écran de sa présence dans Tout feu, tout flamme (2 279 000) et trois mois après Mortelle Randonnée, elle triomphera à Cannes, avec un autre film noir, L’été meurtrier, d’après Japrisot, qui plongera sous son emprise 5 137 040 spectateurs.

Première semaine : à Paris, l’Oeil de Michel Serrault suit à la trace Isabelle Adjani au Publicis Elysées, à l’Ugc Biarritz/Odéon/Boulevard/Gare de Lyon/Gobelins/Montparnasse 83, au Clichy Pathé, au Rex, au Mistral, au Paramount Maillot/Montmatre, aux 3 Murat et 3 Secrétan, au Ciné Beaubourg et au 14 Juillet Beaugrenelle. Et ce n’est qu’en intra-muros. Les 79 350 entrées accueillis le positionne en 4e place. En 2e semaine, le polar rétrograde en 5e place (68 447), puis en 10e place en 3e semaine (42 071) ; il se retrouve 12e en 4e semaine, avec 27 289 entrées dans 14 cinémas. Pas de gadin, mais une chute par palier est bel et bien amorcée : 18 582 entrées dans 11 salles (5e), 9 223 entrées dans 6 salles, désormais exclusivement située à Paris-même (6e)… En 15e semaine, Isabelle Adjani entraîne encore 2 255 fans dans sa course à la mort, désormais dans une seule salle, à l’UGC Biarritz. Au final, en 18 semaines, ce sont 289 765 spectateurs qui mèneront l’enquête.

L’un des derniers films de la C.C.F.C.

Mortelle Randonnée est l’un des derniers longs distribués par la mythique C.C.F.C., distributeur depuis les années 30 (Fric Frac, Circonstances atténuantes, Le Capitan, Le Colonel Chabert, Violettes impériales, Le Plaisir, La Dame aux Camélias, Michel Strogoff, Pot Bouille, Un drôle de dimanche, Plein Soleil, Le passager de la pluie,  Les Bidasses en folie, Mourir d’aimer, Le magnifique, A nous les petites anglaises, Les Bronzés, Diva, Les Misérables...). La Compagnie Commerciale Française Cinématographique ferme boutique en 1984, 50 ans après sa création, après une série d’échecs (L’indic, L’arbalète, Un été d’enfer). Mortelle randonnée lui vaut son meilleur score en 1983, devant L’Indic, Enigma, Vous habitez chez vos parents?, ou Une jeunesse. Pour le distributeur, les 900 000 entrées de Mortelle Randonnée n’ont pas été à la hauteur, mais au moins le distributeur réussira-t-il à décrocher 5 nominations aux César, en 1984, juste derrière L’été meurtrier et ses 9 nominations, pour cet autre jalon du cinéma noir français, avec également la grande Adjani. Serrault, meilleur acteur en 1979 pour La Cage aux Folles et en 1982 pour Garde à vue laissera la statuette à Coluche frappé par le génie de la tragédie dans Tchao Pantin.

Mortelle Randonnée, balade au gré des sorties vidéo et des relectures

Proposé en VHS dès 1983 par Sunset Vidéo, Mortelle randonnée connaîtra de nombreuses éditions DVD chez TF1 Vidéo puis TF1 Studio, et même, en 2016, un collector blu-ray + 2 disques DVD + livret de 52 pages, très recherché par les cinéphiles. Un remake, ou du moins, une autre adaptation du roman verra le jour à la fin des années 1990, avec Voyeur (The Eye of the Beholder), polar high-tech de Stephan Elliott, avec Ewan McGregor, Ashley Judd, K.d Lang, Jason Priestley, un très gros échec au box-office, notamment en France, où seulement 4 661 spectateurs tenteront le voyeurisme dans 100 cinémas.

Critique : Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 9 mars 1983

Affiche française de "Mortelle randonnée" de Claude Miller

Affiche française de “Mortelle randonnée” : Philippe By Spadem © 1983 Telema, TF1 Films Production. Tous droits réservés.

Le Test Blu-ray (2016)

Mortelle Randonnée, classique de l’année 1983, est proposé en édition vidéo combo 1 blu-ray / deux DVD, en 2016. L’éditeur TF1 Studio propose le montage raccourci de 21mn effectué à la demande de Canal + pour sa diffusion télévisée. Cette version est certes plus dynamique, mais moins cohérente, posant notamment des problèmes de continuité.

Packaging & Compléments : 2.5 / 5

Les suppléments (également disponibles sur un des DVD) se divisent en deux modules et une bande-annonce. Le premier documentaire retrace durant 33mn très denses l’aventure incroyable de ce tournage hors norme qui a nécessité de voyager dans toute l’Europe, avant de devoir recommencer le tournage de scènes additionnelles durant plus de six semaines, explosant ainsi les prévisions de budget. La faute semble partagée par tous les intervenants d’une œuvre où chaque membre de l’équipe s’est fait plaisir en soignant au maximum le travail, entraînant des retards incessants. Tout ceci est raconté par le producteur Charles Gassot, le directeur photo Pierre Lhomme, le coscénariste Jacques Audiard, ainsi que l’épouse et le fils de Claude Miller. Celui-ci s’exprime également rapidement sur son œuvre dans un entretien où il paraît très affaibli par la maladie. On regrettera simplement que les intervenants ne parlent pas de la sortie du film et de son résultat décevant au box-office.

Enfin, le réalisateur Philippe Le Guay se livre à une courte analyse du film durant 7mn où il tente de démontrer la maestria formelle de Miller, ainsi que la force hypnotique du métrage, ce sur quoi on le rejoint totalement.
Le Digibook comprend également un livret de 52 pages qui ne nous a pas été fourni.

Image : 3 / 5

Ayant fait l’objet d’une belle restauration, le film nous est offert dans une qualité presque parfaite si ce n’est quelques noirs pas assez profonds lors de certains plans nocturnes. Mais les puristes apprécieront la présence de ce grain cinéma qui évite de trop lisser les oeuvres de cette époque. Les couleurs sont resplendissantes et la profondeur de champ est exemplaire, ce qui est d’autant plus important avec un métrage qui joue autant sur l’esthétisme. Les amoureux d’Adjani ne pourront qu’admirer sous toutes ses coutures la plastique irréprochable de la star, absolument magnifiée ici.

Son : 3/5

Pas de piste en 5.1 artificielle ici. On reste dans la sobriété d’un mono DTS HD Master Audio qui retranscrit aisément l’atmosphère éthérée du film. Le tout est bien équilibré et débarrassé du moindre souffle parasite, mais manque quand même singulièrement de punch. A noter la présence de sous-titres pour sourds et malentendants et d’une piste en Audiodescription.

Test blu-ray de Virgile Dumez

Mortelle Randonnée, édition blu-ray 2016

© 2016 TF1 Vidéo © 1982 Telema, TF1 Films Productions, TF1 Droits Audiovisuels Tous droits réservés. All rights reserved

Biographies +

Claude Miller, Isabelle Adjani, Michel Serrault, Jean-Claude Brialy, Stéphane Audran, Guy Marchand, Sami Frey, Patrick Bouchitey, Geneviève Page, Macha Méril, Dominique Frot

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