Monument de terreur spatiale, Event Horizon : le vaisseau de l’au-delà constitue la plus belle réussite du réalisateur Paul W.S. Anderson grâce à une ambiance méphistophélique du plus bel effet. Efficacité garantie.
Synopsis : 2047. Quelques années plus tôt, le vaisseau expérimental Event Horizon a disparu sans laisser de traces. Un signal vient d’être détecté par le commandement de l’aérospatiale des Etats-Unis. Un capitaine téméraire et son équipe accompagnent le concepteur du vaisseau sur les lieux du signal. Leur mission : Localiser et ramener ce vaisseau doté de la toute dernière technologie existante. Sur place, ils découvrent un véritable carnage.
Un coup de maitre pour Paul W.S. Anderson
Critique : Après le succès de son deuxième long métrage, l’adaptation du jeu vidéo Mortal Kombat (1995), le réalisateur britannique Paul W.S. Anderson devient un cinéaste courtisé par les grands studios. Celui-ci commence par refuser de tourner la suite de Mortal Kombat car il souhaite aborder le genre horrifique sous un angle sérieux et gore. C’est alors que la Paramount lui fait parvenir le script d’Event Horizon : le vaisseau de l’au-delà, rédigé par Philip Eisner dont c’est le tout premier travail à Hollywood.
Si Paul W.S. Anderson s’avère intéressé par l’idée de créer un film de maison hantée dans l’espace, il trouve le scénario trop proche du Alien (1979) de Ridley Scott. Afin de s’en détacher le plus possible, Anderson demande plusieurs phases de réécritures qui amènent à introduire des éléments démoniaques à l’intérieur du script. Au niveau esthétique, le cinéaste recueille également les conseils d’un certain Clive Barker, ce qui va se retrouver in fine dans l’atmosphère du long métrage, assez proche de celle d’Hellraiser, le pacte (Clive Barker, 1987) et de sa suite Hellraiser II : Les Écorchés (Tony Randell, 1988).
De la science-fiction horrifique au cœur des années 90 avares en frissons
Parmi les autres références croisées, les cinéphiles pourront retrouver des éléments empruntés au Solaris (1972) d’Andreï Tarkovski, Shining (1980) de Stanley Kubrick, mais aussi à Total Recall (Paul Verhoeven, 1990). Un sacré pot-pourri qui pouvait accoucher d’un sommet de kitsch si Paul W.S. Anderson n’avait pas veillé à conserver une unité stylistique et une logique narrative implacable, réussissant à faire oublier ses ainés pour livrer un pur morceau de terreur spatiale. Pour mémoire, lorsque sort sur nos écrans Event Horizon : le vaisseau de l’au-delà, le cinéma horrifique vient de connaître une décennie noire, marquée par une absence presque totale d’œuvres fortes. La mode est plutôt au néo-slasher de type Scream (Wes Craven, 1996) et le genre ne semble désormais destiné qu’aux adolescents.
Or, dans Event Horizon, les personnages sont tous des adultes qui ont des traumas divers et variés. Si l’on excepte une petite scène vaguement humoristique menée par Richard T. Jones, l’ambiance est majoritairement sombre et tutoie à plusieurs reprises les enfers dans des relents méphistophéliques savoureux. Outre un design inquiétant créé par Joseph Bennett, le vaisseau apparaît comme l’antichambre de l’enfer, le tout magnifié par les mouvements de caméra virtuoses d’un cinéaste qui souhaitait en mettre plein la vue.
La recherche de l’efficacité maximale
Certes, on peut reprocher au cinéaste un certain manque de subtilité – un péché mignon qu’il n’abandonnera jamais et qui ira même en s’accentuant – notamment dans son insistance à multiplier les jump scares et les bruits inquiétants, mais il le fait avec une générosité qui trahit une vraie passion pour le genre qu’il aborde. De même, la multitude d’effets numériques vient parfois gâcher la fête lorsque ceux-ci ont particulièrement mal vieilli. Mais c’est nécessairement le lot de ce genre et cela n’entrave jamais le plaisir ressenti durant la projection.

© United International Pictures – Paramount Pictures. Tous droits réservés.
Sur le plan des acteurs, Paul W.S. Anderson a réuni un casting parfaitement complémentaire, avec Laurence Fishburne, imperturbable en commandant dont les décisions sont toujours justifiées. Face à lui, Sam Neill retrouve les enfers après avoir tourné L’antre de la folie (John Carpenter, 1994) et compose un scientifique dont on doute des intentions dès le départ. Enfin, les différents membres de l’équipage ne sont pas trop énervants, avec même des personnages féminins bien plus intéressants que leurs coéquipiers masculins. On aime ainsi particulièrement le personnage de mère traumatisée interprété par Kathleen Quinlan. Mais parmi l’équipage, on peut également apprécier les prestations de Joely Richardson et de Sean Pertwee.
Un film trop violent charcuté au montage
Entièrement tourné dans les studios britanniques de Pinewood – et notamment sur les plateaux servant généralement aux James Bond – Event Horizon : le vaisseau de l’au-delà optimise chaque dollar de son budget de 60 M$ (soit 121 110 000 $ au cours de 2025) pour en mettre plein la vue. Encadré par une musique techno d’Orbital et de Prodigy (qui a très mal vieilli), le film bénéficie en son centre d’une composition orchestrale plus classique de Michael Kamen, donnant un cachet plus sérieux à l’ensemble.
Marqué par des délires gore particulièrement gratiné, le premier montage de Paul W.S. Anderson durait plus de deux heures, mais les projections test ont montré que le grand public rejetait en bloc cette débauche de violence graphique. La Paramount a donc opéré un charcutage en règle de près d’une demi-heure. Certes, le long métrage y gagne en efficacité, mais les amateurs ne peuvent qu’entrevoir les délices gore initialement prévus à travers des flashs très rapides qui font saliver quant à leur contenu hardcore. Malgré les demandes répétées des fans du film, aucun director’s cut ne semble possible car Paul W.S. Anderson a expliqué que les images coupées sont en trop mauvais état pour être intégrées dans le métrage. Certaines sont tout de même disponibles en bonus dans les différentes éditions blu-ray.
Quoiqu’il en soit, Event Horizon : le vaisseau de l’au-delà demeure un beau morceau de frousse dans l’espace. Non seulement le film a inspiré plusieurs jeux vidéo, mais on en retrouve aussi des traces dans des productions ultérieures comme Sunshine (Danny Boyle, 2007) ou encore Pandorum (Christian Alvart, 2009). La liste est non exhaustive.
Event Horizon, un échec commercial cinglant
Pourtant, lors de sa sortie initiale, Event Horizon a été un cuisant échec critique et public. Ainsi, en Amérique du Nord, le long métrage n’a réuni que 26 673 242 $ (soit 53 830 000 $ au cours de 2025). Un sacré revers qui place le film de SF à la 77ème place annuelle.
En France, même son de cloche lors de sa sortie tardive au mois de mai 1998, soit 10 mois après sa présentation américaine. Le vaisseau atterrit à la 11ème place du box-office national avec seulement 67 683 passagers à son bord. Il est même devancé par des navets comme Le loup-garou de Paris (Anthony Waller) et Pluie d’enfer (Mikael Salomon), deux autres sorties qui s’adressent plus ou moins au même public. Pourtant, la semaine suivante, le film se maintient plutôt bien avec 50 975 retardataires (total de 118 658).
Un film culte, sur la durée
Le bouche à oreille correct se poursuit et 41 732 voyageurs embarquent en troisième semaine. Finalement, début juin, le film de SF voit son nombre de salles chuter drastiquement, ce qui occasionne un gadin vertigineux avec 11 043 spectateurs. Le vaisseau de la peur se crashe la semaine suivante et termine sa carrière avec seulement 185 182 entrées sur toute la France.
Il faudra donc attendre les multiples sorties vidéo (VHS, puis DVD, blu-ray et plus récemment 4K UHD) pour que le film acquière avec le temps un statut mérité de film culte pour toute une génération. Quant à Paul W.S. Anderson, il a persévéré dans l’adaptation de jeux vidéo avec la saga Resident Evil. En tout cas, il s’agit assurément du meilleur film de sa longue carrière.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 6 mai 1998
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Paul W.S. Anderson, Laurence Fishburne, Sam Neill, Kathleen Quinlan, Sean Pertwee, Jason Isaacs, Joely Richardson, Richard T. Jones
Mots clés
Cinéma américain, Cinéma britannique, Films de science-fiction horrifique, L’enfer au cinéma, L’espace au cinéma