Sunshine : la critique du film (2007)

Science-fiction, Spac Opéra, Epouvante | 1h40min
Note de la rédaction :
10/10
10
Cover VOD Sunshine Danny Boyle

  • Réalisateur : Danny Boyle
  • Acteurs : Chris Evans, Benedict Wong, Cillian Murphy, Rose Byrne, Hiroyuki Sanada, Cliff Curtis, Michelle Yeoh
  • Date de sortie: 11 Avr 2007
  • Année de production : 2007
  • Nationalité : Britannique
  • Titre original : Sunshine
  • Scénariste : Alex Garland
  • Directeur de la photographie : Alwin H. Küchler
  • Monteur : Chris Gill
  • Compositeur : John Murphy, Underworld
  • Producteurs : Andrew Macdonald
  • Sociétés de production : DNA Films, Ingenious Film Partners, Moving Picture Company (MPC), UK Film Council
  • Distributeur : Twentieth Century Fox
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Twentieth Century Fox Vidéo
  • Date de sortie vidéo : 14 novembre 2007 (DVD), 4 janvier 2008 (Blu-ray), 1 septembre 2010 (blu-ray VIP)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 371 761 entrées / 132 419 entrées (93e annuel, 8 semaines à l'affiche)
  • Box-office nord-américain / Monde : 3 675 753 $ / 34 806 812 £
  • Budget : 26 000 000 £
  • Rentabilité :
  • Classification : Tous publics avec avertissement : "Ce film contient des images susceptibles d'impressionner des spectateurs sensibles. Il importe d'assortir son autorisation tous publics d'un avertissement en ce sens : "Ce film contient des images susceptibles d'impressionner des spectateurs sensible" (CNC)
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleur (35mm)/ Dolby Digital / SDDS / DTS
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : © Terre Neuve Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © DNA Films, Ingenious Film Partners, Moving Picture Company, Fox Searchlight Pictures. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Malgré son échec en salle, Sunshine est une date dans la science fiction métaphysique et esthétique à situer entre les classiques que sont 2001, l’odyssée de l’espace de Kubrick, Solaris de Tarkovski et même la série B horrifique Event Horizon, le vaisseau de l’au-delà.

Synopsis : En cette année 2057, le soleil se meurt, entraînant dans son déclin l’extinction de l’espèce humaine. Le vaisseau spatial ICARUS II avec à son bord un équipage de sept hommes et femmes dirigé par le capitaine Kaneda est le dernier espoir de l’humanité. Leur mission : faire exploser un engin nucléaire à la surface du soleil pour relancer l’activité solaire.

Mais à l’approche du soleil, privés de tout contact radio avec la Terre, les astronautes perçoivent un signal de détresse en provenance d’ICARUS I, disparu sept ans auparavant.

Un terrible accident les contraint à modifier leur trajectoire. Ils doivent désormais lutter pour rester en vie, ne pas sombrer dans la folie, mais avant tout pour mener à bien leur mission essentielle pour l’avenir de l’humanité.

Critique : D’une beauté rare. D’une limpidité visuelle éclatante. D’une perfection esthétique bouleversante, Sunshine de Danny Boyle est à des années-lumière des attentes héroïques du public face aux gros budgets de science-fiction de son époque. La première immersion du Britannique dans le domaine casse-gueule du space opera, et également son plus gros portefeuille à ce jour (40 millions de dollars), relève de la schizophrénie cinématographique. D’un côté, on ressent l’attente commercial d’un système à satisfaire et de l’autre se déploie le jusqu’auboutisme d’un auteur aux intentions contraires.

Sunshine ou l’art sublime du space opera métaphysique

Anti-Armageddon dans l’âme, malgré un sujet a priori proche (le sauvetage de la Terre par des astronautes prêts au grand sacrifice à l’autre bout du système solaire), Sunshine est donc un blockbuster qui réfute les ficelles de l’action grossière et du pathos nationaliste du nanar de Michael Bay avec Bruce Willis, sorti en 1998. Cela lui a d’ailleurs valu un revers sévère au box-office américain avec moins de 5 millions de dollars de recettes. L’accident a été industriel, mais il s’est produit avec des séquelles indélébiles pour ceux qui ont accepté de se prêter au jeu de contemplation et d’esprit de son auteur.

Bercé par un rythme en apesanteur et une atmosphère tendue aux tréfonds de l’univers, Sunshine tapit ses intentions et brouille les pistes. Le cinéaste britannique nous balade dans les étoiles à bord d’un vaisseau où tout rebondissement devient possible. La dérive vers un thriller avec des attaques d’aliens ; le drame existentiel avec la mort progressive, physique et psychologique des protagonistes livrés à eux-mêmes ; le recours au sensationnel avec la perspective du sauvetage de l’astre de lumière que l’on réanimerait.

Danny Boyle, dont on reconnaît la marque visuelle, le goût du crescendo et de l’emphase sublime, tait ses intentions pendant une heure durant, avant de tomber le masque, via un rebondissement horrifique et métaphysique, largement préparé en amont mais qui parvient néanmoins à surprendre. Le chemin sinueux est celui d’Event Horizon, le vaisseau de l’au-delà, série B des années 90 de Paul W.S. Anderson, avec laquelle il partage de nombreux rebondissements, sans jamais céder à ses rouages pompiers.

Malhonnête, Boyle ? Certes, il berne le public ; mais il commet cette infraction pour mieux l’élever dans un spectacle à forte implication émotionnelle. Evitant les lacs d’une narration facile, le réalisateur de 28 jours plus tard agrippe les interrogations qui se noient dans l’infinie beauté de plans abandonnés à la fascination divine pour le néant étoilé et sa lumière et piège le spectateur dans ses propres réflexions sur l’Eternel.

Du feu à la rétine

Sublimé par des effets spéciaux en avance sur leur époque, des plans qui relèvent de la vision de cinéma et un montage de prodige, Sunshine relativise l’humain et sa place dans le temps et l’espace, forcément éphémère et dérisoire. La réflexion biologique et théologique nous resitue face à nos propres contradictions d’hommes et de spectateurs esseulés face à un bain de lumières qui nous absorbe complètement. Dans cette appropriation d’une peur innée de l’homme devant ce qu’il ne peut concevoir dans son entièreté, Boyle abuse de la musique crépusculaire du groupe Underworld et de John Murphy pour nous hypnotiser de ses nappes synthétiques jusqu’à la transe.

D’une audace visuelle infinie, Sunshine est probablement le spectacle de ce genre le plus fort et envoûtant tourné dans les années 2000, préfigurant les réussites que seront à leur niveau Interstellar et Ad Astra. De ce fait, il mérite amplement sa place au panthéon d’une science-fiction extatique, aux côtés de 2001, l’odyssée de l’espace, Solaris, Phase IV ou d’Ikarie XB1 de Jindrich Polak, références sensorielles avec lesquelles il partage un point de vue global d’artiste visionnaire, au détriment des canons narratifs qu’il abandonne volontiers aux tacherons de la série A écornée. Son trip est absolument bluffant. Quinze ans après, il demeure flamboyant.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 11 avril 2007

Affiche de Sunshine de Danny Boyle (2007)

Design : Terre Neuve

Test DVD (vintage, première édition 2007)*

Avant le Blu-ray, dont la sortie prévue était en janvier 2009, un premier rayon de soleil. Ardent.

Compléments :

Edition copieuse proposant 19 minutes de scènes supplémentaires finalisées, coupées en raison de leur rythme languissant. Elles n’en demeurent pas moins appréciables et prolongent le plaisir visuel de cette œuvre remarquable.
Le DVD propose également un journal de bord fort instructif, déjà diffusé en 23 « webisodes » sur la toile ; il permet d’en savoir plus sur toutes les formes du tournage. Instructif, mais on préfèrera le commentaire audio du cinéaste, d’une grande profusion. Boyle s’avère être prolixe en informations passionnantes et indispensables, que boiront goulûment les accrocs et autres cinéphiles curieux. A noter également, la présence d’un deuxième commentaire audio réalisé par un scientifique ; celui-ci revient sur le réalisme de cette fiction spatiale. Technique, peut-être barbant.
Pour parfaire cette édition chargée, Danny Boyle rend hommage à deux courts-métrages, Dad’s Dead de Chris Shepherd et Mole Hills de Dan Arnold, en leur offrant un moment de visibilité sur son disque. Une démarche originale à saluer, complétée par deux bandes-annonces.

Image & Son

L’image est d’une beauté réjouissante, sublimant l’impressionnant travail de photographie. Elle réussit haut la main à éviter les dangers du noir retranscrit ici avec profondeur.
Niveau son, avant le Blu-ray, la galette propose du Dolby Digital 5.1 en VO, VF et version italienne, à chaque fois d’une impressionnante puissance. Le mixage épouse toutes les enceintes sans faire de jalouses. Elles sont toutes sollicitées avec avidité, créant une spatialisation souvent hypnotique. La musique est au firmament et les dialogues parfaitement balancés.

Frédéric Mignard

Voir en VOD

* Au 1er août 2021, aucune date de sortie en Ultra HD 4K ne semble avoir été posée pour Sunshine qui profiterait largement d’une restauration en 4K. Désormais, son sort est dans les mains de Walt Disney qui possède les droits du catalogue de la Fox. Sunshine n’a pas connu de réédition depuis 2010.

Sunshine, affiche américaine

Visuel américain © Twentieth Century Fox

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