Au-delà des ténèbres : la critique du film (1990)

Epouvante-horreur | 1h35min
Note de la rédaction :
4,5/10
4,5
Au-delà des ténèbres de Claudio Fragasso (VHS)

  • Réalisateur : Claudio Fragasso
  • Acteurs : Gene LeBrock, David Brandon, Barbara Bingham, Michael Paul Stephenson
  • Date de sortie: 31 Juil 1990
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : La Casa 5
  • Titres alternatifs : Beyond Darkness (USA) / Horror House II (Allemagne) / Ghosthouse 6 (titre vidéo allemand) / Vingança das Bruxas (Brésil) / House 5 - El regreso (Argentine, titre vidéo)
  • Année de production : 1990
  • Scénariste(s) : Claudio Fragasso, Rossella Drudi
  • Directeur de la photographie : Larry J. Fraser
  • Compositeur : Carlo Maria Cordio
  • Société(s) de production : Filmirage, Production Group S.r.l
  • Distributeur (1ère sortie) : Film inédit en salles en France. La date ci-dessus est celle de la sortie italienne.
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : GCR Distribution (label Gica Vidéo) (VHS, 1991) / Fravidis (DVD) / Shout Factory (blu-ray américain, 2015), 88 Films (blu-ray britannique, 2020)
  • Date de sortie vidéo : Janvier 1991 (VHS)
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : -
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Présenté hors compétition au festival d'Avoriaz 1991
  • Illustrateur / Création graphique : © Enzo Sciotti. Tous droits réservés.
  • Crédits : © Filmirage
  • Franchise : 5ème volet de la franchise italienne intitulée La Casa qui comprend les deux premiers Evil Dead, puis des productions locales.
Note des spectateurs :

Petit plaisir coupable, Au-delà des ténèbres témoigne du déclin du bis italien, tout en conservant une ambiance macabre encore efficace. Les acteurs, eux, ne suivent malheureusement pas.

Synopsis : Une région isolée de la Nouvelle-Angleterre, loin des grandes villes. Peter, un pasteur, vient d’emménager dans une maison du XVIIIe siècle avec sa femme Annie et leurs deux enfants, Martin et Carole. Peter et Annie découvrent que les fondations de la maison se trouvent sur l’emplacement d’un bûcher où vingt femmes ont été brûlées durant la chasse aux sorcières. Perpétuant une vieille malédiction, les sorcières tentent de s’emparer de l’âme de Martin pour l’offrir au diable…

Appelez-moi Evil Dead 5

Critique : Au début des années 80, la saga Evil Dead est sortie en Italie sous le titre La casa 1, puis 2. Joe D’Amato, en producteur avisé, décide de poursuivre la franchise en tournant des petits films d’horreur fauchés et destinés à tromper les spectateurs sur la marchandise. Plus de Sam Raimi aux commandes, mais des vieux routiers du bis italien comme Umberto Lenzi (pour La maison du cauchemar, La casa 3, donc) Fabrizio Laurenti (pour Démoniaque présence, La casa 4 avec Linda Blair) ou encore Claudio Fragasso (pour Au-delà des ténèbres, La casa 5). Bien entendu, les différents épisodes n’entretiennent aucun rapport entre eux si ce n’est d’être situés dans une maison hantée. Deux autres titres succèderont à cet « Evil Dead 5 », House 2 deviendra La Casa 6 et Horror Show (House 3 sur certains marchés) osera s’approprier le titre La Casa 7... Evidemment, Evil Dead III, l’Armée des ténèbres ne deviendra jamais La Casa 8. Allez savoir pourquoi.

Un film estampillé Filmirage, où le mirage d’une production américaine

Produit par l’inénarrable firme de Joe D’Amato, entre Metamorphosis de George Eastman, L’épée du Saint-Graal et le squale tueur de  Deep Blood, tous deux réalisés par maître d’Amato lui-même, Au-delà des ténèbres n’a pas bénéficié d’un gros budget pour user d’un euphémisme. Le tournage a bien été effectué aux Etats-Unis, avec des comédiens du cru, parmi lesquels Gene Lebrock, vu dans le soap californien Santa Barbara et le fameux Metamorphosis tourné la même année.

Une équipe d’effets spéciaux locale a été déployée ; Claudio Fragasso a fini par la licencier pour son incapacité, selon ses propres dires issus d’un entretien accordé au Chat qui Fume pour l’édition blu-ray de Scalps. Hormis les quelques acteurs à rémunérer et la location de la maison qui sert d’unique décor au film (en fait la fameuse Otis House, en Louisiane, l’un des lieux de tournage pour Frayeurs de Fulci et Killing Birds : l’attaque des morts vivants), le budget a servi à créer des effets mécaniques à même la caméra et financer les machines fumigène. Effectivement, l’image baigne la plupart du temps dans des flots de brume qui permettent de camoufler la pauvreté des décors et effets. Cela contribue également à créer une ambiance somme toute assez angoissante.

Au-delà des ténèbres, jaquette dvd

Copyright Fravidis.

De l’art du recyclage relativement cohérent

Pourtant, rien de bien original à priori dans cette énième nouvelle version d’Amityville, la maison du diable (Rosenberg, 1979) qui se serait accouplée à Poltergeist (Hooper, 1982), pour mieux se terminer sous le signe de L’exorciste (Friedkin, 1973). En cherchant bien, on peut aussi trouver des séquences démarquées de Shining (Kubrick, 1980) et même du Shocker (1989) de Wes Craven avec la présence incongrue d’une chaise électrique. Le scénario sert donc à recycler tous les clichés du genre, même s’il se trouve être un peu mieux structuré que d’habitude. Cela n’empêche nullement d’y trouver des incohérences et autres invraisemblances, plutôt classiques dans le genre.

Pourtant, si le scénario suit de manière consciencieuse et quelque peu routinière les attendus du genre, il se dégage de l’ensemble une certaine ambiance macabre qui pourrait bien séduire les amateurs de cinéma bis italien. Ainsi, Fragasso soigne sa réalisation en exploitant du mieux qu’il le peut les moindres recoins de la maison. Les séquences choc comme celle de la cuisine ou encore celles qui se déroulent dans l’au-delà sont plutôt réussies et dégagent même une certaine poésie. On adore notamment la fulgurante scène où les parents vont chercher leur enfant au cœur des ténèbres tenues par des sorcières vêtues de tenues de deuil. Le film annonce les productions surnaturelles de James Wan, à savoir la franchise des Insidious et autre Conjuring. Le temps d’une séquence, Claudio Fragasso retrouve le style poétique qui faisait la force du cinéma d’un Lucio Fulci. Toutefois, si ces scènes dégagent un parfum macabre, Fragasso refuse de succomber à la noirceur intrinsèque de l’œuvre de Fulci.

Beyond Darkness - Au-delà des ténèbres 88 Films Artwork

© Beyond Darkness 2020 All Rights Reserved

Un spectacle foutraque, mais généreux et bénéficiant d’une belle ambiance

Pire, l’aspect familial du film transparaît par le refus de toute mort violente et effusion de sang. Il faut finalement attendre l’image figée post-générique pour comprendre que le happy end un temps envisagé n’est peut-être pas si certain. Pour autant, et malgré l’absence d’effusion de sang, Au-delà des ténèbres n’est jamais ennuyeux car le réalisateur est particulièrement généreux en matière de fantastique. Tout d’abord, la famille est assez rapidement confrontée au mal qui sévit dans la maison, puis la possession du jeune garçon incarné par Michael Paul Stephenson (revu ensuite dans Troll 2, toujours de Fragasso, et qui réalisera un documentaire une fois adulte sur le succès phénoménal de ce même Troll 2 chez les amateurs de nanars), oblige les parents à rester dans le lieu maudit. Certes, l’action stagne un peu au bout d’une heure et quart, mais la fin est suffisamment belle pour qu’on se laisse prendre au jeu.

Au-delà des ténèbres est assurément un plaisir coupable. Le film pâtit notamment d’un jeu d’acteur peu probant. Le jeune couple formé par Gene LeBrock et Barbara Bingham (Vendredi 13, l’ultime retour en 1988), ne présente aucune alchimie malgré leur physique avenant et le gamin Michael Paul Stephenson, future vedette malgré lui, n’a pas de don inné pour la comédie. On préfèrera finalement l’interprétation sans nuance de David Brandon cabotinant comme un beau diable, fidèle à ses prestation mythiques dans Caligula, la véritable histoire ou Bloody Bird, en parfait routier du cinéma bis.

Malgré ces limites, à la fois artistiques et budgétaires, Au-delà des ténèbres distille un certain charme bis qui profite aussi de la jolie musique synthétique de Carlo Maria Cordio, plutôt inspirée dans le genre macabre.

Une parution en VHS, après un passage éclair au festival d’Avoriaz en 1991

Loin d’être un chef-d’œuvre, mais pas aussi désastreux qu’on peut le lire à droite à gauche (lire la critique expéditive de Mad Movies en son temps tout à fait compréhensible pour l’époque), ce long-métrage de Claudio Fragasso s’avère nettement supérieur à certains nanars dégoupillés par le cinéaste qui sortait du pathétique Zombie 4 : After Death, avec la star du porno gay, Jeff Stryker. Soulignons d’ailleurs que le cinéaste a immédiatement enchaîné avec le tournage de Troll 2 (1990), réemployant le gamin Michael Paul Stephenson. Culte, ce sequel au film Empire International produit par Albert Band, a totalement éclipsé dans les mémoires ce Casa 5 pourtant agréable.

Deep Blood (Sangue negli abissi) : blu-ray Severin

Copyrights : Variety Film Production / Filmirage

Comme dans son pays d’origine, où il est sorti directement en vidéocassette et a été exploité à la télévision, Au-delà des ténèbres n’a été projeté en France sur grand écran qu’à l’occasion de sa sélection au festival d’Avoriaz de 1991, avant d’être édité le même mois directement en VHS chez GCR (label Gica). Il est possible également de mettre la main sur une édition DVD cheap, mais dont l’image est plutôt de bonne tenue. Pour le blu-ray, il faut se replier sur le marché étranger et notamment sur l’éditeur britannique 88 Films pour profiter d’une copie HD. Celle-ci, avec fourreau, jaquette réversible, visuel signé par le regretté Sciotti, déploie bien des bonus et comporte des sous-titres en anglais. Pour l’avoir en notre possession, nous vous la recommandons.

  • Le saviez-vous : Laura Gemser, la Black Emanuelle de la fameuse franchise italienne était chargée des costumes du film

Critique de Virgile Dumez

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Au-delà des ténèbres, affiche vod

© 1990 Filmirage – Production Group S.r.l. Tous droits réservés.

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Au-delà des ténèbres de Claudio Fragasso (VHS)

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