Umberto Lenzi

Réalisateur, Scénariste, Producteur
Affiche de cinéma rare de La secte des cannibales d'Umberto Lenzi

Personal Info

  • Nationalité : Italien
  • Date de naissance : 6 août 1931, à Massa Marittima, Toscane (Italie)
  • Date de décès : 19 octobre 2017, à Rome ((Italie)

Biographie

Note des spectateurs :

Umberto Lenzi est l’un des grands faiseurs de séries B du cinéma italien. Il a su exploiter les genres à travers trois décennies, avec un succès dans l’exploitation qui lui a valu les ferveurs de cinéma de genre. Il nous a quittés à l’âge de 86 ans, en 2017.

Après des études de cinéma, quelques années dans l’écriture de scénarios et des postes d’assistant réalisateur, Umberto Lenzi réussit à tourner son premier long métrage à l’âge de 30 ans. Mary la rousse, femme pirate sera suivi de très nombreux films d’aventures exotiques, en Inde ou sur les mers, de péplums. En vrac, dans la première moitié des années 60, on citera Les aventures de Robin des Bois, L’invincible cavalier masqué, Maciste contre Zorro, Sandokan le tigre de Bornéo, Le temple de l’éléphant blanc, Hercule contre les mercenaires, L’homme du Bengale

Umberto Lenzi, faiseur d’aventures, de péplums, de films d’espionnage

Lenzi se montre à l’aise dans l’adaptation de fumetti comme Kriminal, en 1966, avec Glenn Saxon. Avec un opportunisme dicté par les modes, il se tourne au milieu des années 60 vers le cinéma d’espionnage ; il en réalise une demi-douzaine en raison du phénomène James Bond qui a rendu l’exercice incontournable : Suspense au Caire pour A 008, Des fleurs pour un espion, Super 7 appelle le Sphinx, Un million de dollars pour 7 assassins (avec Roger Browne) démontrent des talents de faiseur appliqué, mais il confie ne pas être passionné par la réalisation de ce type de cinéma.

Évidemment italien jusqu’au bout des ongles, il se doit de réaliser du western rital, suivant les pas de Sergio Leone. Il s’essaie même sans trop de conviction au western spaghetti avec Gringo joue et gagne ou La malle de San Antonio en 1968.

Le temple de l'éléphant blanc d'Umberto Lenzi, affiche par O'kley

Illustrateur : © O’Kley

Une collaboration importante avec la star déchue Carroll Baker

En fait, Umberto Lenzi est passionné par l’histoire et au fond de lui est davantage porté vers un cinéma plus ancré dans la réalité. Il épouse avec beaucoup plus de bienveillance le cinéma de guerre : Les chiens verts du désert dès 1967, La légion des damnés avec Jack Palance en 1969, La grande bataille, au casting cosmopolite en 1978, avec entre autres Helmut Berger, Henry Fonda, John Huston, Stacy Keach, Giuliano Gemma et Ray Lovelock. L’année suivante, il rempile avec De l’enfer à la victoire, avec George Hamilton, Jean-Pierre Cassel, Anny Duperey… Il tourne cette coproduction européenne sous le pseudo de Hank Milestone. Ce ne sont pas forcément ses meilleurs films, mais ceux qu’il a préféré tourner.

Le couteau de glace : il coltello di ghiaccio d'Umberto Lenzi(Le chat qui fume)

Design : Frédéric Domont © Le chat qui fume EDV 2652 © Filmexport

A la fin des années 60, Umberto Lenzi tourne le premier de ses longs métrages avec Carroll Baker, la star américaine déchue, vue dans Baby Doll de Kazan ou Géant de George Stevens. Comme de nombreux has been américains en proie à une crise de carrière, elle trouve dans l’exil l’italien l’occasion de cachetonner, avec talent, dans des séries B italiennes. Elle tourne donc avec le cinéaste le très célèbre Orgasmo, qui ne connaîtra qu’une sortie confidentielle en salle, en province, sous le titre de Une folle envie d’aimer. Puis, Lenzi la dirige dans le classique du thriller avec Jean-Louis Trintignant et Erika Blanc, Si douces, si perverses, les thrillers Formule Un (Paranoia en VO), avec Jean Sorel, et l’inédit en France Le couteau de glace, que l’on découvre en blu-ray en 2020.

 

Umberto Lenzi est l’un des maîtres du poliziottesco

Lenzi tourne dans les années 70 des thrillers (Meurtre par intérim, avec Irene Papas, Ray Lovelock et Ornella Muti), quelques gialli (Spasmo, Le tueur à l’orchidée), mais il préfère laisser ce spectacle sanglant à Dario Argento qui émerge, et se démarque surtout dans des polars urbains efficaces qu’il considère à raison parmi ses meilleurs films : La guerre des gangs, Brigade spéciale, La rançon de la peur, Bracelets de sang, Échec au gang, Opération casseurs, Le cynique, l’infâme, le violent, Corleone à Brooklyn… Il dirige dans ces films des acteurs récurrents comme Lovelock, mais aussi la star sexy du cinéma d’action Maurizio Merli et son ennemi juré, Tomás Milián, le « Bébel » italien, avec lequel il nouera une certaine proximité à l’époque. Avec du recul, c’est bien dans le « poliziottesco », qu’Umberto Lenzi tirera le meilleur de son cinéma. Très populaire dans les années 70, le genre du polar urbain violent renaîtra en France dans les années 2000, grâce au travail exceptionnel  de l’éditeur DVD culte Neo Publishing, qui ressortira de l’ombre des pépites oubliées comme les solides La rançon de la peur ou Brigade spéciale que l’on connaît aussi sous le titre de SOS Jaguar à main armée ou A mains armée.

Les années 70, c’étaient les années de plomb, mais aussi les années de la légèreté des divertissements souvent paillards, troupiers et humoristiquement corporatistes, en tout cas portés sur l’érotisme cabotin.

Affiche de cinéma rare de La secte des cannibales d'Umberto Lenzi

© Dania Film National Cinematografica Medusa Distribuzione. Tous droits réservés

Peu à l’aise dans la comédie pure, Lenzi tournera néanmoins une comédie sexy : Pardon, vous êtes normal?, avec Annamaria Rizzoli, vedette de quelques films de la saga « la lycéenne ». Il signe aussi la comédie calorique Cicciabomba, où les tribulations d’une « grosse » à New York ! Le film est vaguement exploité dans le nord de la France sous le titre La grosse fille. On n’oubliera pas sa version des Sous-doués, Pierino la peste alla riscossa en 1982. On ne sent pas Lenzi très concerné par ces commandes qu’il ébauche pour gagner sa vie.

Umberto Lenzo et l’horreur, une histoire d’impôts

En 1980, pour payer ses impôts, il réalise à contrecœur des films de cannibales, dont La secte des cannibales et le fameux Cannibal Ferox qui lui permettra de gagner 8% sur les bénéfices étrangers. Une belle affaire puisque le film est exploité un peu partout en Occident, trouvera une place en DVD et blu-ray. Il est évident qu’à ce moment-là le cinéma bis italien essayait de surfer sur le succès de Cannibal Holocaust de Deodato, mais reconnaissons à Umberto Lenzi d’avoir pris les devants avec, en 1972, un certain Cannibalis, au pays de l’exorcisme, qui mélangeait les genres (aventures, érotisme, horreur…) et que Neo Publishing proposera en DVD dans les années 2000, en reprenant le visuel de l’affiche d’une reprise française par Metropolitan FilmExport dans les années 80 sous le titre éloquent, qui ne mange pas de pain, de Cannibalis.

Ironmaster la guerre du fer, affiche du film de Umberto Lenzi par Casaro

Illustrateur : © Casaro

Le virage dans l’horreur qu’impose Lucio Fulci avec L’enfer des zombies, un ersatz du Dawn of the dead de Romero, contraint Lenzi à aller au charbon. Il n’aime pas le genre, mais un réalisateur de série B italien devait faire montre de résilience face à la loi du marché. Il réalise donc une série Z devenue culte pour de mauvaises raisons, L’avion de l’apocalypse, avec des zombies survoltés. Le film se vend particulièrement bien à l’étranger et c’est notamment un très gros succès en VHS.

 

Malheureusement, le cinéma d’exploitation périclite dans les années 80 avec la concurrence de la télévision et des chaînes privées et celui de la VHS. Les grands artisans de l’épouvante patinent au mieux (Argento) et Umberto Lenzi, comme Deodato, Fulci ou D’Amato, sombre complètement dans la nullité. Son « remake » lointain du Lagon bleu (Incontro nell’ultimo paradiso) ne parvient même pas dans les salles parisiennes, et se retrouve exploité dans quelques cinémas de l’Est sous le titre La fille de la jungle.

Années 80 : la déchéance de nationalité

Ironmaster, la guerre du fer est à Conan ce que l’eau d’égout est au champagne. Au moins marchera-t-il en VHS et sera-t-il diffusé à la télévision Ses sous-Rambo (Cinq salopards en Amazonie, Un ponte per l’inferno, exploité chez nous sous le titre Trésor de guerre) sont particulièrement risibles. Dans l’horreur, genre alternatif qui a fait du cinéma italien l’un des plus exportés dans le monde, Umberto Lenzi a beau abuser de pseudos, il ne fait pas montre de plus de talents. Il est dans l’alimentaire. La maison du cauchemar, sélectionné à Avoriaz, le slasher Nightmare Beach (Fou à lier dans les cinémas du Sud-Est) et le surréaliste Black Demons (aka Demons 3), tous tournés aux USA, sont de véritables nanars indigestes. Si la maison du cauchemar connaît une sortie salle dans tout le pays, et lui offre une ultime médiatisation de son œuvre dans la presse spécialisée, les deux autres sont totalement ignorés. Les sorties DVD américaines et britanniques permettront à bien des amateurs de combler leur retard, dans les années 2000 et 2010.

La maison du cauchemar, affiche de Sciotti (1988)

Illustrateur : © E. Sciotti

Parmi ses derniers nanars, citons Cop Target en 1990, avec Robert Ginty, Le voyageur de la peur en 1989 et son chauffeur tueur dont le titre original émoustille sur sa proximité avec le hit de Robert Harmon, Hitcher ; on n’oubliera pas Black Cobra 4, avec Fred Williamson. Évidemment, il y a bien d’autres perles, mais l’époque, les financements et la globalisation des goûts ne sont plus favorables à ce type de cinéma qui est victime de la fermeture de toutes les salles d’exploitation, dites de quartier, notamment en Italie et en France. Le télévisuel et le DTV ont rendu obsolètes des formules dont les Italiens (et d’autres) ont su nourrir les marchés mondiaux non sans cynisme, mais avec un talent marchand.

Fin d’une époque, mais pas d’un culte

Umberto Lenzi prend donc sa retraite cinématographique en 1992, et se reconvertit dans l’écriture. Peu à peu, tous les maîtres du cinéma de genre vont s’effacer, certains vont trépasser (Fulci en premier, Lenzi en 2017), mais curieusement, leur cinéma connaîtra une nouvelle carrière incroyable dans les années 2000 et 2010, auprès des collectionneurs, nostalgiques et amateurs de plans cinématographiques sophistiqués, et des aficionados d’audaces visuelles et thématiques, d’outrance également, dont le cinéma italien de la fin des années 60 et des années 70 était le plus pourvoyeur au monde.

Umberto Lenzi n’était pas le plus fameux des faiseurs de son époque, mais en tout cas, son œuvre immense confirme un certain talent, une capacité d’adaptation et une passion pour le cinéma qui confinent au bonheur pour le spectateur contemporain usé par le formatage. Ce n’est pas Quentin Tarantino qui nous contredira :  le cinéaste américain lui a fait savoir de son vivant toute sa dévotion pour sa carrière.

Frédéric Mignard

Mary la Rousse, femme pirate, premier film de Umberto Lenzi

Copyrights : Studio Bati

Filmographie :

Réalisateur :

  • 1958 : Mia Italida stin Ellada
  • 1961 : Mary la rousse, femme pirate (Le avventure di Mary Read)
  • 1962 : Seul contre sept (Duello nella Sila)
  • 1962 : Le Triomphe de Robin des Bois (Il trionfo di Robin Hood)
  • 1963 : Catherine de Russie (Caterina di Russia)
  • 1963 : L’Invincible cavalier masqué (L’invincibile cavaliere mascherato)
  • 1963 : Maciste contre Zorro (Zorro contro Maciste)
  • 1963 : Sandokan – Le Tigre de Bornéo (Sandokan, la tigre di Mompracem)
  • 1964 : Le Temple de l’éléphant blanc (Sandok, il Maciste della giungla)
  • 1964 : Hercule contre les mercenaires (L’ultimo gladiatore)
  • 1964 : Les Pirates de Malaisie (I pirati della Malesia)
  • 1964 : Les Trois Sergents de Fort Madras (I Tre Sergenti del Bengala)
  • 1965 : L’Homme du Bengale (La montagna di luce)
  • 1965 : Suspense au Caire pour A008 (A 008, operazione Sterminio)
  • 1965 : Super 7 appelle le Sphinx (Superseven chiama Cairo)
  • 1966 : Des fleurs pour un espion (Le spie amano i fiori)
  • 1966 : 1.000.000 de dollars pour 7 assassinats (Un milione di dollari per sette assassini)
  • 1966 : Kriminal
  • 1967 : Les Chiens verts du désert (Attentato ai tre grandi)
  • 1968 : Gringo joue et gagne (Tutto per tutto)
  • 1968 : La Malle de San Antonio (Una pistola per cento bare)
  • 1969 : Une folle envie d’aimer (Orgasmo)
  • 1969 : La Légion des damnés (La legione dei dannati)
  • 1969 : Si douces, si perverses (Così dolce… così perversa)
  • 1970 : Formule un (ou Paranoïa)
  • 1971 : Meurtre par intérim (Un posto ideale per uccidere)
  • 1972 : Le Tueur à l’orchidée (Sette orchidee macchiate di rosso)
  • 1972 : Au pays de l’exorcisme (ou Cannibalis) (Il paese del sesso selvaggio)
  • 1972 : Le Couteau de glace (Il coltello di ghiaccio)
  • 1973 : La Guerre des gangs (Milano rovente)
  • 1974 : Spasmo
  • 1974 : La Rançon de la peur (Milano odia: la polizia non può sparare)
  • 1975 : Chats rouges dans un labyrinthe de verre (Gatti rossi in un labirinto di vetro)
  • 1975 : Un flic hors la loi (L’uomo della strada fa giustizia)
  • 1975 : Bracelets de sang (Il giustiziere sfida la città)
  • 1976 : Brigade spéciale (Roma a mano armata)
  • 1976 : S.O.S Jaguar : Opération casseurs (Napoli violenta)
  • 1976 : Le cave sort de sa planque (ou La Mort en sursis / ou Le Clan des pourris) (Il trucido e lo sbirro)
  • 1977 : Le Cynique, l’Infâme et le Violent (Il cinico, l’infame, il violento)
  • 1978 : La Grande bataille (Il grande attacco)
  • 1978 : Échec au gang (La Banda del gobbo)
  • 1979 : De l’enfer à la victoire (Contro 4 bandiere)
  • 1979 : Corléone à Brooklyn (Da Corleone a Brooklyn)
  • 1979 : Pardon !… Vous êtes normal ? (Scusi, lei è normale?)
  • 1980 : La Secte des cannibales (Mangiati vivi!)
  • 1980 : L’Avion de l’apocalypse (Incubo sulla città contaminata)
  • 1981 : Cannibal Ferox
  • 1982 : Pierino la peste alla riscossa
  • 1982 : La fille de la jungle (Incontro nell’ultimo paradiso)
  • 1982 : La grosse fille (Cicciabomba)
  • 1983 : Ironmaster, la Guerre du fer (La guerra del ferro)
  • 1985 : Cinq salopards en Amazonie (Squadra selvaggia)
  • 1986 : Trésor de guerre (Un ponte per l’inferno)
  • 1987 : Tempi di guerra
  • 1988 : La Maison du cauchemar (La casa 3)
  • 1989 : Nightmare Beach (ou Fou à lier) (La spiaggia del terrore)
  • 1989 : Le porte dell’inferno (téléfilm)
  • 1989 : Le voyageur de la peur (Paura nel buio)
  • 1989 : La casa del sortilegio (téléfilm)
  • 1989 : La casa delle anime erranti (téléfilm)
  • 1990 : Cop Target (Obiettivo poliziotto)
  • 1991 : Détective Malone
  • 1991 : Demoni 3
  • 1991 : Caccia allo scorpione d’oro
  • 1992 : Hornsby e Rodriguez – sfida criminale
  • 1996 : Sarayevo inferno di fuoco (film de montage reprenant des scènes des films d’Umberto Lenzi, uniquement sorti en vidéo en Italie pour surfer sur l’actualité)
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