Série B surfant sur le succès du premier Indiana Jones, Les aventuriers du cobra d’or est plutôt une bonne surprise, avec une action constante et un certain savoir-faire malgré la minceur du budget engagé.
Synopsis : Dans les Philippines après la Seconde Guerre Mondiale, le soldat américain Bob doit partir à la recherche de la relique sacrée, le Cobra d’Or. Il sera assisté dans sa mission par l’espion anglais Dave Kevin, le mystérieux Greenwater et sa nièce June.
Une photocopie à peine déguisée des Aventuriers de l’arche perdue
Critique : En 1981, le triomphe des Aventuriers de l’arche perdue (Steven Spielberg, 1981) avec Harrison Ford remet au goût du jour le film d’aventures exotiques qui faisait fureur dans les années 50. Le métrage marqué par un déluge d’action non-stop initie tout un cycle de copies qui tentent plus ou moins adroitement d’exploiter le filon. Toujours à l’affut d’un nouveau spectacle à copier, les producteurs italiens se lancent en premier. Ainsi, le producteur Gianfranco Couyoumdjian, à qui l’on doit L’enfer des zombies (Lucio Fulci, 1979) ou encore Héros d’apocalypse (Antonio Margheriti, 1980), demande à Tito Carpi d’écrire un démarquage à peine déguisé du film de Spielberg.
Pour mettre en boite cette série B relativement cossue intitulée Les aventuriers du cobra d’or (1982), le patron de la Gico Cinematografica fait appel au savoir-faire d’Antonio Margheriti, avec qui il a déjà travaillé sur Héros d’apocalypse, un succédané d’Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979). Le producteur sait qu’avec cet artisan aux manettes, il en aura pour son argent puisqu’Anthony M. Dawson (le pseudonyme anglosaxon de Margheriti) est un spécialiste des maquettes qu’il n’hésite pas à utiliser pour donner plus d’ampleur à des séquences tournées sans grands moyens.
Des vieux routiers du bis rital
Antonio Margheriti démarche le comédien David Warbeck avec qui il a déjà tourné dans le film précité et convainc également le stakhanoviste du bis rital John Steiner de se joindre à l’aventure. Pour le rôle féminin, le cinéaste fait appel à Almanta Suska, vue la même année dans L’éventreur de New York (Lucio Fulci, 1982) qui ne possède pas un grand charisme à l’écran. Heureusement, le réalisateur amène dans ses bagages le vieux routier Luciano Pigozzi (sous son pseudonyme d’Alan Collins) avec qui il a tourné des dizaines de films.
Tournées aux Philippines, où les productions italiennes fauchées venaient profiter de paysages exotiques et de figurants en grand nombre pour un coût modique, les premières séquences situées durant la Seconde Guerre mondiale plongent le spectateur dans un pur film de guerre à l’ancienne. Avec l’invasion par un commando – de deux personnes – d’une base japonaise, Antonio Margheriti démontre déjà toute l’étendue de son talent pour donner l’impression d’être face à une production de grande ampleur.
Anthony M. Dawson, un artisan généreux
Il utilise son savoir-faire en matière de maquettes pour multiplier les destructions de hangars, les bombardements par des avions de chasse et autres péripéties. Certes, un œil exercé ne sera pas entièrement trompé par ces effets spéciaux artisanaux, mais la réalisation très efficace parvient à masquer l’essentiel des trucages et la séquence s’avère prenante.
Après cette longue introduction, Les aventuriers du cobra d’or se transforme en remake déguisé des Aventuriers de l’arche perdue, puisque nos anciens militaires vont tenter de mettre la main sur le fameux cobra d’or du titre. Le film embrasse alors plusieurs genres dont le film de jungle, mais aussi celui du film fantastique avec des interventions magiques liées à cet objet sacré. Dès lors, on retrouve intact le goût de Margheriti pour les ambiances baroques et horrifiques lors de quelques belles séquences se déroulant dans des cryptes constellées de cranes humains et de serpents mortels, ou encore dans des grottes (situées réellement aux Philippines) qui fournissent un décor naturel grandiose aux nombreuses péripéties inventées pour l’occasion.

© 1982 Gico Cinematografica S.r.l., Regal Films / Affiche : Vanni Tealdi. Tous droits réservés.
Un respect appréciable des animaux utilisés pour l’occasion
Dès qu’il aborde le cinéma fantastique, le réalisateur se retrouve en terrain connu et tant aimé. Ainsi, Les aventuriers du cobra d’or constitue un spectacle extrêmement généreux où le rythme ne faiblit jamais et où l’on s’amuse régulièrement grâce à un humour bienvenu porté par le duo formé par David Warbeck et John Steiner. Certes, on ne trouvera aucune originalité au sein de cette série B mais son charme est aussi indéniable que l’amour avec laquelle elle a été confectionnée.
Par rapport à ses collègues italiens de l’époque, on notera que Margheriti n’a jamais recours à des stock-shots et qu’il se refuse également à ajouter des massacres gratuits d’animaux (on est à mille lieues ici de La montagne du dieu cannibale de Sergio Martino, très complaisant dans ce domaine). Ici, les éventuels serpents et araignées sont tués hors champ par les héros, et non de manière voyeuriste et scandaleuse devant une caméra insistante. Dotée d’une réalisation efficace, d’un montage nerveux et d’une jolie photographie de Sandro Mancori, cette série B fort agréable apparaît donc comme éminemment sympathique à (re)découvrir plus que quarante ans après sa sortie.
Box-office parisien de Les aventuriers du cobra d’or
Distribué par Commodore Films dans un circuit limité, quinze jours après Le trésor des quatre couronnes de Ferdinando Baldi (un flop en relief), Les aventuriers du cobra d’or arrive sur les écrans parisiens le 24 août 1983 la même semaine que La crime (Philippe Labro), Carmen (Carlos Saura), Chaleur et poussière (James Ivory), Evil Dead (Sam Raimi) et Koyaaniqatsi (Godfrey Reggio). Pire, Antonio Margheriti se retrouve en concurrence avec lui-même puisque son Yor, le chasseur du futur sort la même semaine dans une combinaison plus large que son film d’aventures. Ainsi, ses chasseurs de trésor n’entrent qu’à la 16ème place du box-office parisien avec 8 276 voyageurs du bis. Le métrage ne reste finalement qu’une seule semaine à l’affiche sur la capitale. On est bien loin du succès des Aventuriers du bout du monde avec Tom Selleck, un peu plus tôt dans l’année, mais c’est toujours mieux que Les aventuriers de l’or noir, nanar des années 70 sorti finalement à la fin du mois de juillet 1983 pour seulement 6 720 spectateurs.
Lire l’analyse du box-office de cette semaine du 24 août 1983
Par la suite, Les aventuriers du cobra d’or n’a eu le droit qu’à une exploitation en VHS en France chez les éditeurs UGC puis Vidéofilm, avant de disparaître de la circulation sur le marché physique. Pourtant, le film a déjà eu droit à une édition blu-ray en Allemagne.
Signalons enfin que le réalisateur retrouvera la même équipe de comédiens et de techniciens pour Le temple du dieu soleil (1984), produit cette fois-ci par la Flora Film, nettement moins réussi. Il s’agissait ici de profiter de la sortie conjointe d’Indiana Jones et le temple maudit (Steven Spielberg, 1984). Dans le même genre, un distributeur français proposera Les aventuriers de la Sierra Leone (Falcon’s Gold) dans les cinémas hexagonaux le 1er août 1984.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 24 août 1983
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© 1982 Gico Cinematografica S.r.l., Regal Films / Affiche : Vanni Tealdi. Tous droits réservés.
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Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson), John Steiner, David Warbeck, Luciano Pigozzi, Almanta Suska
Mots clés
Cinéma italien, Cinéma bis italien, La jungle au cinéma, Les cavernes au cinéma, La Seconde Guerre mondiale au cinéma