Michel Patient

Monteur, Réalisateur, Scénariste, Monteur son
Jeans Tonic, affiche du film de Michel Patient

Personal Info

  • Nationalité : Français
  • Date de naissance : 4 avril 1943, à Bourges, Cher (France)

Biographie

Note des spectateurs :

Michel Patient est monteur et réalisateur. Il s’est fait un nom durant l’âge d’or du X et réalisa une comédie adolescente produite par le mythique Raymond Danon, Jeans Tonic. En 2022, il revient avec un documentaire tournée en 3D, Métamorphosis, la lutte pour la vie. Un retour sur carrière s’impose.

La carrière de Michel Patient est longue et prestigieuse pour tous ceux qui s’intéressent au cinéma bis français, celui des cinémas de quartier, des circuits alternatifs.

Patient porte bien son nom et doit attendre quelques années avant de se fixer sur son avenir. Il étudie les mathématiques et la physique dans un premier temps, et enseignera même les mathématiques. Il se réoriente vers l’architecture aux Beaux-Arts de Paris, puis la littérature et les sciences humaines à la Sorbonne.

Passionné de cinéma, ses maîtres sont Buñuel, Bergman et Resnais. L’Année dernière à Marienbad (1961) est déterminant dans son histoire. Le film de Resnais lui donne l’envie de faire du cinéma.

Le temps des courts et l’espoir du long

Michel Patient se tourne vers la réalisation de courts en 1963, avec Les ravages de la délicatesse. Suivront Les magiciens (1967) et d’autres métrages de ce format, jusqu’en 1971. Dans ce début de carrière, on y pioche des noms intéressants, comme Bob Swain, futur réalisateur du césarisé La balance, qui était assistant, le directeur de la photo Yann Le Masson. Patient a alors le désir de réaliser ses propres histoires.

Il écrira une dizaine de scénarios qui seront tous refusés à l’avance sur recettes. Parmi ses projets auxquels il tenait, il insiste sur son ambition de tourner un long sur Sainte-Thérèse de Lisieux, mais son projet qu’il a longuement mis sur papier en 1977, est refusé au début des années 80. Danièle Delorme est alors à la présidence de la commission. Un souvenir amer. Alain Cavalier, lui, verra plus tard son projet parallèle canonisé, avec le succès que l’on connaît en salle, en 1986. Il est vrai que Patient n’est pas Cavalier à la carrière riche de 8 longs métrages souvent prestigieux, avec des stars comme Delon, Schneider, Trintignant

Requiem pour un vampire, affiche du classique de Jean Rllin (1971)

Nom de l’illustrateur : Inconnu – Copyrights : Les Films ABC, Les Films de l’Etoile

Un collaborateur fidèle de Jean Rollin

Formé au montage à Images de France, Michel Patient se lance dans le cinéma. Il travaille au cinéma comme monteur son sur La vampire nue, second film d’épouvante et désormais classique de Jean Rollin (1970). Il reprendra cette casquette sur une comédie phénomène de Patrick Schulmann, Et la tendresse?… bordel!, avec Bernard Giraudeau, Jean-Luc Bideau et Evelyne Dress. Ce gros succès au box-office était produit par Jean-Pierre Fougea, ami qui a produit certains de ses courts comme Souris bébé (1969), Les mûres (1971) et La femme au chat (1970). Patient fut également le monteur de Fougea sur de nombreux projets, dont Deux imbéciles heureux d’Edmond Freess, sorti en 1976.

Après La vampire nue, Michel Patient prend du galon en devenant monteur à plein temps sur Requiem pour un vampire (1972), La rose de fer (1973), Les démoniaques (1973), le film pour adultes Phantasmes (1975), que Jean Rollin lui-même décrit comme porno-fantastique. Le cinéaste le réalisa pour des raisons alimentaires. Ces œuvres de Jean Rollin sont devenues culte, notamment chez les Anglo-saxons, des deux côtés de l’Atlantique.

Le tout premier long métrage sur lequel Michel Patient travaillera en tant que monteur sera néanmoins le premier long de Bruno Gantillon, une œuvre très proche de Jean Rollin dans son mélange de poésie gothique, de fantastique du terroir et d’érotisme soft, à savoir Morgane et ses nymphes. Tout un art français d’une époque aujourd’hui surannée.

Des collaborations avec des noms culte des années 70-80

Michel Patient travaille aussi sur La famille, premier long du réalisateur Yvan Lagrange qui réalisera peu après le superbe Tristan et Iseult (1972). Bob Swain est d’ailleurs crédité à la photographie de La famille avec Yves Lafaye. Michel Patient deviendra le monteur de Bob Swain, futur réalisateur de La balance, sur plusieurs de ses courts métrages. L’autoportrait d’un pornographe, coécrit par Bob Swain, Vive les Jacques… Il travaille sur le premier film d’Alphonse Béni, fameux acteur-réalisateur camerounais, le court métrage Un enfant noir. Avec La ligne de sceaux (1973), Michel Patient monte le court du futur scénariste d’Un mauvais fils, de Claude Sautet, avec Patrick Dewaere.

Deux imbéciles heureux, affiche

Illustrateur © Spada

En 1975, Michel Patient travaille au montage de Godefinger ou certaines chattes n’aiment pas le mou, une comédie érotique psychédélique bien connue signée Fougea sous le pseudo de Bob Logan, avec Claude Melki, Dora Doll, Claudine Beccarie, Alphonse Beni et Michel Leeb. Pour le producteur Fougea, il rempile en 1976 sur Deux imbéciles heureux, d’Edmond Freess avec Jean-Roger Caussimon, hymne à la campagne sur un gamin fugueur qui fuit la ville et ses parents. Patient travaille au montage avec Andrée Maïofis. Cette dernière l’avait assisté sur le Rollin, La rose de fer (1973), qui relate une étrange nuit dans un cimetière. On frissonne encore de plaisir à ces noms qui ont bercé tout un pan alternatif de la cinématographie française.

En 1975, selon IMDB, Michel Patient serait passé au montage du premier long en tant que réalisatrice de la comédienne Sotha. Au long de rivière Fango, classique hippie anti consumériste, regroupant des acteurs comme Romain Bouteille, Patrick Dewaere, Emmanuelle Riva, Rufus, ou brièvement Catherine Ringer. Quand on lui évoque ce film, Michel Patient est étonné, sans être surpris. S’il ne voit pas ce que c’est, il confie que les noms se troquaient au générique en ces temps-là.

Candice Candy, de Pierre Unia

1975 © Unia Films, Pierre Unia

1975. Le porno est lâché.

1975. C’est aussi l’année en salle d’Exhibition (le classique de Jean-François Davy, avec lequel Patient travailla également), de Furies porno, La grande partouze, Le sexe qui parle, Parties carrées, Gorge profonde, L’enfer pour Miss Jones. Le sexe a envahi la société et les films érotiques (Histoire d’O, La Bête) poursuivent aussi leur ascension au box-office, légitimés par la grande bascule que fut le premier Emmanuelle en 1974, du regretté Just Jaeckin. En 1976, L’empire des sens de Nagisa Oshima remportera même la Palme à Cannes.

La carrière de Michel Patient va également basculer dans l’érotisme et le porno, pour des raisons qu’il qualifie lui-même d’alimentaire. Le feu au ventre d’Alain Nauroy, produit par Jean-Pierre Sammut, à la base film érotique glauque sur le sadomasochisme avec la grande Valérie Boisgel, se voit gonfler en porno, pour satisfaire la mode de l’explicite, sans que la comédienne ne soit tenue au courant. Une pratique alors courante.

Le film de Rollin, Phantasmes, connaît plusieurs montages, un soft (Les fantasmes d’Isabelle), un hard (Phantasmes pornographiques).

Michel Patient cachetonne dans le X pour Pierre Unia

En 1976, Patient travaille avec Caroline Nadal au montage de son premier porno avec Pierre Unia, Candice Candy, dont la chanson de générique est signée par Laurent Voulzy. Le film fait suite à la comédie sexy Le pied ! qu’Unia venait de réaliser, avec Micheline Dax, furieuse des inserts X. D’ailleurs la musique était déjà signée par Lolo Voulzy. Bruno Zincone (Gros dégueulasse, Emmanuelle 6) était alors le monteur attitré du film.

Tous ces noms bien connus donnent le ton des années qui suivent, peu glorieuses pour les uns qui verront une époque d’exploitation de la femme, mais pour d’autres formidable de liberté. Désormais tenue discrète par les médias, en cette ère post #MeToo, la grande époque de Michel Patient est indissociable de l’évolution d’une société du système D, généreuse et pas prise de tête, incompatible avec le monde contemporain, cadenassé dans les procédures et le politiquement correct.

L'hôtesse voyage sans slip, affiche du film de

Illustrateur / G. Ferro – © 1981 Unia Films, Pierre Unia

La collaboration entre Pierre Unia et Michel Patient va être fructueuse. Les deux enchaînant les films ensemble. L’enlèvement des Sabines, Gaëlle, Malou… et Virginie, Les voyeuses, B. Comme Béatrice, La kermesse du sexe, Estelle et Flora, Une hôtesse très spéciale, Secrétaires très particulières, Jeunes filles au pair, L’hôtesse voyage sans slip, Les voyeuses

Des titres outranciers hardcore et un succès érotique conséquent, Dortoir des grandes

Alors que le cinéma X se voit restreint à des salles surtaxées, au ban de la société, la concurrence de la VHS commence à se faire sentir aussi dans les années 80. Les producteurs comme Pierre Unia, interdits de promotion, décident donc de vendre leurs films sur des titres de plus en plus extrêmes pour attirer le chaland. Unia et son monteur Michel Patient collaborent de nouveau ensemble sur Moto Girl: une petite chatte sur un engin brûlant, Les défonceuses, Vacances polissonnes pour petites filles en chaleur,  Adolescentes brûlantes pour soirées très spéciales, Trois petits culs en chaleur, Vacances partouzardes pour fillettes vicieuses, Soumises et sodomisées elles aiment ça, Petites mouilleuses pour gros calibres, Fantasmes pour sodomisations et soumission indécente, Adolescentes vierges pour sodomisation (constitué de stock-shots d’anciens films…). Les titres surréalistes se poursuivent jusqu’à la fin des années 80, période qui voit le genre péricliter en salle en faveur de Canal+ et de la vidéocassette.

Durant les années 80, Michel Patient travaille sur des productions moins extrêmes, toujours réalisées par l’inénarrable Pierre Unia. Baby Cat, Dortoir des grandes et Outrage aux mœurs. Ces films érotiques connaîtront un certain écho, en particulier Dortoir des grandes qui se classe dans le top 10 français lors de sa sortie, malgré la distribution concurrente d’Histoire d’O chapitre II, distribué le même jour. Dortoir des grandes dépassera les 250 000 entrées. Outrages aux mœurs, en novembre 1985, essaiera de retrouver ces chiffres, mais en vain. Sa carrière très morne le conduit autour des 50 000 tickets. Une version hard en 1986, intitulée « Violées partout, elle crient… « Encore »!, tentera de faire quelques entrées en plus. Des inserts pornographiques d’anciennes productions y seront incluses.

Dans les années 80, Michel Patient, jadis talent prometteur, est essentiellement monteur de productions TTBM, du moins dans la forme des acteurs, et bosse sur de nombreuses publicités. Le technicien ne s’écarte quasiment plus de Pierre Unia, car le travail est financièrement fructueux. En tant que chef monteur reconnu, il impose ses prix.

Pour les plus cinéphiles, il est important de mentionner que le technicien aurait également travaillé sur un classique du nanar italien, Caligula et Messaline qui connaît une édition blu-ray américaine pertinente en 2022. Cette coproduction franco-italienne, réalisée officiellement par l’acteur Antonio Passalia, qui démarrait derrière la caméra, et Vincent Dawn pour l’Italie, donc Bruno Mattéi, ne voit Patient crédité que pour la version internationale beaucoup plus longue et non sur le montage français resserré. Le nom de Michel Patient figure sur certaines affiches internationales et au générique, et pourtant, Patient est encore étonné lorsqu’on lui mentionne ce film.

Countryman (1982), affiche du film de Dickie Jobson

© Island Pictures

Inversement, avec son caractère bien trempé, Michel Patient perd parfois le crédit de son travail en raison de disputes internes. C’est le cas du film jamaïcain Countryman de Dickie Jobson sorti en France en 1982. Après deux mois de boulot, il est remplacé par Pete Boyle. Countryman connaîtra un petit succès en VHS de par sa bande originale mythique (Bob Marley & the Wailers, Aswad…).

Jeans Tonic, une (més)aventure de cinéma avec Raymond Danon

Le plus curieux dans la filmographie de Michel Patient intervient en 1984, avec Jeans Tonic, sa première réalisation et véritable ovni dans une carrière qui comprend la même année dans sa filmographie Esclaves pour orgies et sodomisations collectives ou Petits Culs vierges pour gros vicieux. La comédie adolescente tous publics, tournée durant l’été 1983, est produite par le producteur mythique Raymond Danon (Les choses de la vie, La veuve Couderc, Traitement de choc, Le juge et l’assassin…), dont Alain Delon était l’un des proches, et la société toute fraîche que Patient a monté pour l’occasion, Acta Production.

Le film, entièrement écrit par Michel Patient, s’inspire de sa propre carrière en tant que maître auxiliaire, en mathématiques, dans les années 60. C’était au premier lycée mixte de France, à Montgeron. Mais Jeans Tonic, c’est surtout l’adaptation d’un court, tourné en 1983 avec des jeunes du cours Simon. En effet, parmi ces talents de demain se trouvait Géraldine Danon, âgée alors de 14 ans. Son illustre père et elle viennent voir le résultat final au bureau de Patient. Raymond Danon est confiant et heureux du résultat ; la suite deviendra Jeans Tonic, un long métrage dans les baskets post Boum de son époque où l’on voit fleurir dans les salles des divertissements comme L’été de nos 15 ans avec Michel Sardou, Surprise Party de Roger Vadim, Vous habitez chez vos parents? et Les parents ne sont pas simples cette année, tous deux avec le jeune premier de La Boum 1, Alexandre Sterling.

Jeans Tonic, c’est une aventure folle pour Patient qui va improviser très vite un script. Danon et Patient signent sur un coin de table à Cannes, en 1983, comme c’était souvent d’usage. Danon s’engage à apporter les moyens matériels et Patient, fort de sa propre expérience, le personnel. Durant l’été 1983, tout est en place pour le tournage estival. Au printemps suivant, le cadeau de Raymond Danon à son ado de fille sera dans les salles.

Malheureusement pour Michel Patient, comme pour beaucoup de ces produits d’époque qui fleurissaient chaque semaine, l’échec est fulgurant, malgré la présence de noms comme Bernard Le Coq ou Michèle Mercier, qui cachetonnent sans conviction avec un nom en haut de l’affiche. Cette toute petite comédie ne trouve aucun écho dans la presse d’époque, et, une fois sur 14 écrans à Paris-Périphérie, lors de son lancement en mai 1984, les salles sont vides. Cette production de l’improvisation n’avait pas les armes, en 1984, pour rivaliser avec des productions adolescentes de plus en plus sophistiquées qui parlaient davantage à la jeunesse d’alors, surtout en quête d’effets spéciaux et de productions américaines.

On drague les profs, reprise de Jeans Tonic chez Elysée Films

© 1984 Acta Production, Michel Patient, Elysée Films

On drague les profs?

L’échec du métrage, y compris en VHS (il est notamment exploité sous le titre de Jeans, basket et Coca-Cola), met le réalisateur dans une situation financière difficile. Certes, Raymond Danon avait racheté le court métrage originel pour 100 000 francs, pour permettre au réalisateur, désormais quadra, d’avoir un peu de sous pour la production. Malgré tout, Patient a dû beaucoup emprunter pour ce film. Il lui faut trouver des alternatives. Le réalisateur de Jeans Tonic convainc Danon de le laisser exploiter de son côté le film, via un distributeur provincial, sous le titre alternatif  On drague les profs?. L’exploitation en province est confidentielle et ne permettra pas à l’auteur de retrouver l’équilibre financier, ou de pouvoir rétablir ses ambitions de cinéaste. Il lui faudra des années pour que le réalisateur puisse effacer l’ardoise.

Si l’échec de Jeans Tonic détruira toute ambition pour Michel Patient de réitérer dans le cinéma grand public en tant que réalisateur, le technicien et réalisateur n’a pas dit son dernier mot, et se redirige dans les années 90 dans le documentaire.

Dortoir des grandes, affiche du film de Pierre Unia

1984 © Unia Films, Pierre Unia

La métamorphose dans le cinéma du réel

Passionné au-delà de l’image, Michel Patient qui a étudié les Beaux-Arts, monte de nombreuses sociétés de production, tout d’abord Atina Productions, puis Alexa Films et enfin, depuis 2004 Amelia Films. Celle-ci propose une collection de 50 documentaires d’une heure, intitulée Artiste en direct. Michel Patient y explore la réalisation d’œuvres d’art (peinture, sculpture…), sa volonté est de « capter le processus de création d’un artiste » pour mieux comprendre et apprendre l’art. Des DVD de chaque film sont à la vente sur le site d’Amelia. Un travail conséquent. La retraite n’a pas sonné.

En dehors de cette collection, Patient documentariste a réalisé de nombreux films du réel comme Sahara, les ferrailleurs du désert, 50 ans d’art sacré, Petit manuel audiovisuel d’écologie, Abécédaire abominable de l’esclavage, 102 camions sous les mers, Remy de Gourmont, la culture des idées (B.N.F.), Routiers les archives de la télé… Toutefois, l’homme de cinéma caresse toujours l’idée d’un nouveau long pour le grand écran Et c’est grâce à sa rencontre avec la 3D qu’il va trouver l’énergie de se battre à nouveau.

En 2018, Patient, via sa société Amélia Films, réalise Metamorphosis, la lutte pour la vie, un documentaire en 3D sur les insectes et arthropodes qu’il montre en action dans leur milieu naturel. Le résultat est le fruit de repérages et de tournages sur trois étés et des milliers de kilomètres, dans diverses régions françaises. Le documentaire, entièrement tourné avec la technologie de pointe, à une époque où la mode commence à décroître dans les salles, n’a pas les ambitions des productions de Jacques Perrin, mais, serein, affiche bonhommie et pédagogie au plus près de notre patrimoine. Les images y sont surprenantes, de par la difficulté de filmer avec une caméra 3D les animaux en mouvement, mais surtout par le caractère original de la démarche, loin des préoccupations spectaculaires et donc convenues des documentaires dits mainstream. De quarante heures de rushes, Michel Patient revient à son premier art, celui du montage, pour une œuvre finalement réduite à une durée canonique pour les salles d’1h20 min. Patient concède une forme didactique, mais, malgré son sujet terrestre, l’auteur confie avoir pensé au maître de son époque, Jean-Luc Godard, un mois avant le décès du pape de la Nouvelle Vague, qu’il évoque avec insistance.

Jeans Tonic, affiche du film de Michel Patient

© 1984 Acta Production – Lira Eléphant / Affiche : Berry. Tous droits réservés.

Alors que Metamorphosis, la lutte pour la vie devrait être distribué en salle par Panoceanic Films le 21 septembre 2022, Michel s’impatiente. La signature du contrat date, mais, dans le monde de l’après COVID qui a secoué l’exploitation, la difficulté des indépendants pour distribuer des productions alternatives quand 15 à 20 films sortent toutes les semaines depuis deux ans, rend l’arrivée du film en salle hasardeuse, voire improbable.

Un demi-siècle de cinéma et non des moindres

Aussi, le passionné qui adore évoquer la technique, enchaîne. Il fignole un script pour un nouveau documentaire au format court. Il s’agira d’un reportage sur une épave allemande gisant dans les profondeurs, pas très loin des rivages de l’île de Ré, avec évidemment des prises de vue en 3D. Alors, la 3D, une nouvelle ambition pour Michel Patient? L’homme n’a jamais cessé d’utiliser l’image des autres pour rebâtir une vision. Aujourd’hui, la retranscription du réel qu’il affectionne complète celle des fictions de la première partie de sa carrière. Elle nous montre le monde à travers ses yeux, mais dans la limite de ses moyens.

En effet, le temps a passé, mais celui qui a croisé Abel Gance, Orson Welles, bossé avec le journaliste Roland Bacri, se souvient aussi comment le producteur Pierre Braunberger l’éconduira pour finalement produire le premier film de Gérard Pirès, L’agression. Entre le porno et la pub, Michel Patient a roulé sa bosse et bien gagné sa vie. Toutefois, sans le soutien de producteurs influents, l’auteur n’a pas pu exprimer tout son potentiel. Mais balayons les regrets, sa carrière diverse représente toute une page infiniment culte d’une production française post-68, à la sociologie bouillonnante et effervescente, dont il demeure l’un des noms culte pour les experts d’un certain cinéma bis.

Frédéric Mignard

Filmographie : (longs métrages)

Métamorphosis la lutte pour la vie, affiche

© Amelia Films, Art Film Associés

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