Réalisateur, monteur et scénariste italien, Bruno Mattei est un cinéaste controversé qui a œuvré dans le cinéma d’exploitation durant une quarantaine d’années, s’attirant les foudres de la critique, tout en étant admiré par une poignée de bisseux idolâtres. Sa carrière, d’une grande richesse, ne peut en tout cas laisser indifférent.
Bruno Mattei entre en cinéma par le montage
Né à Rome en 1931, Bruno Mattei semble prédestiné à devenir cinéaste puisque son père était monteur et possédait même son propre studio de montage. Alors que son père le destine à une carrière militaire, Bruno Mattei n’en fait qu’à sa tête et s’inscrit aux Beaux-Arts en section architecture. Pourtant, il commence déjà à s’initier au montage avec son père et devient assistant monteur à partir de 1951. A cette occasion, il fait la rencontre du réalisateur Sergio Grieco pour qui il devient un collaborateur régulier. Il est ainsi assistant monteur sur Le chevalier de la violence (Grieco, 1956). Il fait aussi la connaissance du cinéaste bis Roberto Bianchi Montero qui le fait entrer dans la compagnie Filmar. Là, il devient monteur à part entière, notamment pour des documentaires, ce qui l’amènera par la suite au genre du mondo.
Au cours des années 60, Bruno Mattei se fait la main en tant que monteur sur des mondos, des péplums, une poignée d’eurospys et bien évidemment des westerns. Il embrasse déjà la totalité des genres populaires du cinéma italien.
Un premier film passé inaperçu
A la fin des années 60, Bruno Mattei travaille en tant que monteur pour Jess Franco, mais c’est surtout en 1969 qu’il signe son premier film de réalisateur avec Armida, il dramma di una sposa, un drame. Toutefois, il faut nuancer notre propos puisque le long-métrage utilise en réalité la moitié d’un film grec préexistant et intégré à une nouvelle intrigue tournée par Mattei. Ce goût pour le bidouillage se retrouvera durant l’ensemble de sa carrière, notamment par son goût du stock-shot.
Le film étant un bide, Mattei attend cinq ans avant de revenir derrière la caméra. Il redevient donc monteur. Bruno Mattei revient à la réalisation avec Cuginetta… amore mio (1976) qui est coréalisé par Manlio Camastro, mais c’est surtout avec Hôtel du plaisir pour SS (1977) que commence véritablement sa filmographie personnelle.
Un tour du monde trash
Effectivement, Bruno Mattei va s’illustrer dès le début de sa carrière tardive de réalisateur par un genre crapuleux du bis italien, la nazisploitation. Il signe coup sur coup Hôtel du plaisir pour SS (1977) et KZ9 camp d’extermination (1977), deux films qui redéfinissent la notion de bon goût au cinéma. Il enchaîne ensuite avec plusieurs mondos – autre genre putassier par excellence – comme Notti porno nel mondo (1977), Emanuelle e le porno notti nel mondo 2 (1978), Cicciolina amore mio (1979), Le sexe interdit (1979) et Sesso perverso, mondo violento (1980). Ces deux derniers films sont coréalisés par Claudio Fragasso qui devient alors le complice de ses méfaits cinématographiques pour de longues années.
Puisque la mode est à la fois au film de zombie et de cannibale, Bruno Mattei se lance dans le genre avec l’inénarrable Virus cannibale (1980), monument du film Z. Pour l’occasion, il inaugure un nouveau pseudo, Vincent Dawn, qui sera bien connu des amoureux de bis. Il poursuit son exploration de l’horreur avec L’autre enfer (1981), une bisserie tout aussi incroyable.
Toutes les saveurs du bis
Bruno Mattei surfe ensuite sur le succès du Caligula de Tinto Brass et livre deux péplums érotiques risibles : Caligula et Messaline (1981) et Les aventures sexuelles de Néron et Poppée (1982). Mais rien ne pouvait nous préparer à son incursion dans le WIP avec les très bis Pénitencier de femmes (1982) et Révolte au pénitencier de femmes (1983).
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On notera d’ailleurs la tendance du réalisateur à enchaîner systématiquement deux films du même genre coup sur coup, parfois issus d’un même tournage. En 1983, il tourne pour la branche italienne de la Cannon Les sept gladiateurs (1983), puis livre son film le plus culte, à savoir le post-apocalyptique Les rats de Manhattan (1984), avec la très Française et très jeune Ann-Gisel Glass.
Escapade filmique aux Philippines
Après une interruption, Bruno Mattei est embauché par la Flora Film pour tourner quelques films de guerre aux Philippines. Le temps est à la Rambosploitation et Bruno Mattei nous livre sa version très libre de la guerre dans Strike Commando (1987) et Double Target (1987). Alors que le genre est depuis longtemps tombé en désuétude, Mattei revisite le western spaghetti avec le diptyque Bianco Apache (1987) et Scalps (1987), généralement appréciés des amateurs du genre malgré un emploi encore immodéré de stock-shots.
En 1988, il participe au naufrage de Zombi 3 (Fulci, Fragasso, Mattei, 1988) qu’il reprend avec son complice Fragasso des mains d’un Lucio Fulci malade. Le résultat est tout bonnement pathétique. Toujours aux Philippines, notre homme enchaîne les tournages et livre Mission suicide (1988) qui est en réalité Strike Commando 2 et surtout le nanardesque Robowar (1988) mélangeant Predator et RoboCop pour le plus grand plaisir des amoureux de cinéma Z.
Les années 90 à l’heure de la vidéo
La suite n’est guère plus convaincante avec un Cop Game (1988) passé inaperçu et un Shocking Dark (1989) qui pompe sans vergogne Aliens, le retour (Cameron). Mais déjà les derniers feux du bis italien s’éteignent progressivement. Pourtant, Bruno Mattei ne s’avoue pas vaincu et tourne assez peu pour la télévision, contrairement à bon nombre de ses confrères. Il va continuer à livrer des films, notamment pour le marché vidéo. Il œuvre au début des années 90 dans le drame érotique, puis exploite le thriller sexy après le succès international rencontré par Basic Instinct (Verhoeven, 1992). Il en livre plusieurs qui restent inédits chez nous.
Disponible en VHS en France, Cruel Jaws (1995) débarque bien avant la mode des Shark Attack. Pour sa fin de carrière, on peut citer son incursion dans le mythe du snuff movie avec Snuff Killer (2003). Mais c’est surtout sa volonté de revenir aux films de cannibales qui a affolé la sphère des bisseux avec Cannibal World (2003) et Land of Death (2003). Il signe encore des films d’horreur comme La tombe (2004), L’île des morts-vivants (2007) et La création (2007) qui sera son dernier méfait cinématographique.
Il décède en 2007 à l’âge de 75 ans. Si sa filmographie fait toujours débat, elle a le mérite d’être cohérente et de démontrer un véritable amour d’un cinéma populaire qu’il aura pratiqué jusqu’au bout, en dépit des modes et des difficultés de production rencontrées.