Comédie so British, Assassinat en tous genres de Basil Dearden manie l’humour noir avec brio, tout en offrant une intéressante uchronie qui anticipe de plusieurs décennies les films Kingsman.
Synopsis : Dans les années 1910, alors que la guerre mondiale semble approcher à grands pas, une apprentie journaliste mène l’enquête sur une société secrète spécialisée dans les assassinats.
Une œuvre inachevée de Jack London comme source d’inspiration
Critique : Collaborateurs sur plus d’une vingtaine de longs métrages, le producteur Michael Relph et le réalisateur Basil Dearden se sont toujours bien entendus. Or, le cinéaste britannique vient justement de connaître un beau succès en solo avec la superproduction historique Khartoum (1966) menée par Charlton Heston et Laurence Olivier. Les deux complices choisissent de se retrouver pour tourner une comédie typiquement british dans le style noir de Noblesse oblige (Robert Hamer, 1949), un des titres de gloire de Michael Relph en tant que producteur.
Afin de célébrer ces retrouvailles, les deux hommes voient grand en adaptant pour la première fois à l’écran le roman Le Bureau des assassinats de Jack London, demeuré inachevé à sa mort en 1916, mais complété en 1963 par l’écrivain Robert L. Fish. Le producteur Michael Relph croit énormément en Assassinat en tous genres dont il est à la fois le trésorier, scénariste et chef décorateur. Pour cela, il engage des frais très importants pour sa société Heathfield, tout en créant un partenariat de distribution avec le studio américain Paramount afin de se couvrir au maximum.
Tournage européen coûteux au début 1968
Pour illustrer cette histoire qui se déroule dans l’Europe entière, les auteurs ont passé les premiers mois de l’année 1968 dans des studios britanniques, mais aussi en Suisse et surtout en Tchécoslovaquie afin de recréer les scènes censées se dérouler à Paris, à Venise et à Vienne. Le coût peu élevé de la main d’œuvre locale a permis de limiter une facture qu’on imagine toutefois conséquente au vu de la richesse des décors, de la multiplicité des figurants et des effets spéciaux.
Enfin, le casting international s’avère plutôt prestigieux. Ainsi, Oliver Reed vient tout juste de cartonner dans la comédie musicale Oliver ! (Carol Reed, 1968) et connaît donc une notoriété que n’entrave pas encore son goût immodéré pour l’alcool. Côté féminin, Diana Rigg vient tout juste de quitter la série Chapeau melon et bottes de cuir dont elle vient de tourner 51 épisodes devenus cultes.
Un casting international prestigieux
Il faut leur adjoindre Telly Savalas, lui aussi en odeur de sainteté auprès des producteurs depuis le triomphe des Douze salopards (Robert Aldrich, 1967). En ce qui concerne les comédiens étrangers, on retrouve un Philippe Noiret qui internationalisait sa carrière à cette époque, lui qui allait bientôt jouer dans L’étau (Alfred Hitchcock, 1969). Enfin, pour l’Italie, la belle et talentueuse Annabella Incontrera constitue un autre atout de charme, elle qui était une starlette du cinéma bis rital.
Tout était donc réuni pour faire d’Assassinat en tous genres un nouveau succès de l’humour britannique. Menée de main de maître par le vieux routier Basil Dearden, la comédie propose un scénario tout à fait original qui invente une société secrète spécialisée dans le meurtre. Toutefois, des luttes internes vont pousser son président incarné par un Oliver Reed encore fringuant à se défendre face à ses collègues qui veulent l’évincer. Derrière ce scénario malin se cache également de multiples références historiques qui prennent pour base le déclenchement bien réel de la Première Guerre mondiale. On peut d’ailleurs estimer que le cinéaste Matthew Vaughn s’est largement inspiré de ce long métrage pour inventer sa saga Kingsman (2014) à laquelle on ne peut s’empêcher de penser au vu de leurs nombreux points communs.
De l’humour typiquement british qui s’amuse des clichés
Cette intrigue hautement fantaisiste bénéficie d’un humour noir typiquement britannique qui nous enchante dès les premiers instants d’un film qui ne perdra jamais son rythme. Multipliant les épisodes savoureux situés en Angleterre, en France, à Vienne et en Italie, les auteurs s’amusent des clichés qui caractérisent chaque population. Ainsi, le personnage moralisateur interprété avec gourmandise par Philippe Noiret n’est rien d’autre que le patron d’une maison de tolérance en bon Français qu’il est. Du côté des Italiens, le sang des Borgia semble encore couler, en même temps que le poison. La séduisante Annabella Incontrera y interprète la vipère avec jubilation. Chez nos amis germaniques, Curd Jürgens parodie avec bonheur son rôle habituel de militaire guindé.
Bref, tout le casting semble s’amuser tandis que le duo formé par Oliver Reed et Diana Rigg fonctionne merveilleusement. On peut seulement regretter des effets spéciaux qui ont plutôt mal vieilli, notamment toutes ces transparences généralement mal incrustées. Toutefois, cela n’empêche nullement le final se déroulant au cœur d’un zeppelin d’être à la fois explosif et terriblement efficace.
Un film embarrassant pour la Paramount qui n’a pas su le vendre
Très drôle, parfaitement enlevé et réalisé avec un impeccable savoir-faire, Assassinat en tous genres apparaît donc comme un divertissement pétillant, intelligent et savoureusement amoral. Malheureusement, le métrage n’a obtenu aucun succès lors de sa sortie longtemps repoussée par la Paramount.
Alors que la comédie enlevée devait sortir au cours de l’année 1968, les assassinats très réels de Martin Luther King et de Robert Kennedy ont inquiété les exécutifs du studio qui ne savaient pas comment vendre aux spectateurs une comédie dont le sujet porte justement sur l’assassinat politique. Dès lors, la sortie a été repoussée d’environ un an, Paramount n’ayant aucune idée pour marketer un tel long métrage. Abandonné à son sort, le métrage a donc été un cuisant échec financier, partout où il est (mal) sorti.
Assassinat en tous genres ou Assassinats en tous genres ?
En ce qui concerne la France, on notera que le métrage est enregistré au CNC sous le titre Assassinat en tous genres, que l’affiche officielle et le dossier de presse de l’époque sont également orthographiés ainsi. Pourtant, dès l’époque, la plupart des médias ont recensé la comédie sous l’appellation Assassinats en tous genres, ajoutant un pluriel qui est resté jusqu’à ce jour le titre le plus répandu.
Sorti en France par Paramount à partir du mercredi 23 avril 1969, Assassinat en tous genres a été proposé à Paris dans le réseau Paramount sur cinq écrans, cumulant 11 732 entrées pour une catastrophique 15ème place hebdomadaire. Face à ses salles vides, le distributeur décide de retirer le film de l’affiche. Sur la France entière, le métrage n’a fait que de la figuration avec seulement 28 088 entrées.
A l’époque, le public français préférait s’amuser avec Jean-Paul Belmondo et Bourvil dans Le Cerveau (Gérard Oury) qui caracolait en tête du box-office national, tout juste suivi par le film politique Z (Costa-Gavras). Personne n’a donc fait attention à Assassinat en tous genres, à tel point qu’il n’a jamais été exploité sur notre territoire en format physique. Il est désormais possible de le visionner sur la plateforme Paramount + afin de réhabiliter cette comédie franchement drôle.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 23 avril 1969
Voir le film en VOD

© 1969 Paramount Pictures / Affiche : Création 606. Tous droits réservés.
Biographies +
Basil Dearden, Philippe Noiret, Diana Rigg, Oliver Reed, Peter Bowles, Telly Savalas, Vernon Dobtcheff, Curd Jürgens, Clive Revill, Annabella Incontrera
Mots clés
Cinéma britannique, Humour so British, Comédie d’aventure, Comédie noire, Les attentats au cinéma, Le terrorisme au cinéma