En touchant à l’universel du drame familial, ce premier film de Julien Gaspar-Oliveri, futur réalisateur de La frappe (2026), éveille l’appétit d’une fiction-miroir où la réalité, même dure, paraît toujours plus belle et passionnante dans son intimité.
Synopsis : Sandrine et Vincent reviennent dans la ville qui les a vus grandir pour fêter l’anniversaire de leur mère. C’est la première fois que la famille se retrouve depuis la mort du père. Un week-end mouvementé qui démontre que la vie a repris ses droits et qu’il va falloir l’accepter.
Critique : Un moyen métrage au cinéma est toujours la promesse de révélation. Les 52 minutes de Villerperdue n’échappent pas à la règle. Pour son premier quasi long, Julien Gaspar-Oliveri pose sa caméra-réalité dans une famille reconstruite le temps d’un week-end à l’âpreté des non-dits ou des trop-dits. Piqûre de rappel autobiographique ? Démangeaison d’universalité ? Au cœur de ce quartier populaire urbain anodin, sans identité, sans même aucun drame identitaire à constater, le réalisateur effectue quelques dîners de fond entre une mère et ses deux enfants – une jeune femme hypersensible, crispée dans ses crises émotionnelles, un fils militaire au regard dur et aux questions intérieures qu’il peine à exprimer autrement que dans des actes sportifs répétés.
Autour de ce trio de personnalités, l’absence du père, décédé ; on n’en saura pas plus. La difficulté des retrouvailles. Le vieillissement d’une mère. La déception du regard des enfants à son égard, quand soudainement elle leur échappe. Les reproches poignent. La peur de soi à travers l’autre s’exprime dans la colère. Carole Franck, sans fard, joue la femme miroir. Celle qui se retrouve juvénile dans le visage de ses enfants, ces jeunes adultes qui rechignent à revenir, sans que l’on ne sache trop pourquoi, et qui fuient toujours plus loin, au risque de l’abandonner. La mère devenue femme triste devient le reflet d’une déception, d’un échec pour ses enfants qui à la vue de ses cheveux gras, peuvent déjà se projeter dans leurs craintes, sans pouvoir partir à jamais, car les liens du sang bouillonnent plus que les coups de sang hystériques de la fille ingrate. Carole Franck joue l’anonyme qui réclame le droit à la reconstruction affective et que ses enfants, égoïstement, pourraient lui refuser. Dans les moments de friction, elle est formidable et trouve dans ce petit rôle d’art et essai l’une de ses meilleures compositions. Peut-être aussi parce qu’au-delà des coups de tête de son engeance, elle devient le miroir d’une société grise dont le bonheur a été ponctuel et à laquelle le temps a porté de sévères coups.
Villeperdue, cinéaste trouvé
Au gré de dialogues du répertoire des conflits familiaux du tout-venant, l’on se laisse largement happé par la conviction du casting jeune, impeccable. Lucie Debay laisse son personnage de fille détestable avec la franchise de ton de Kiberlain, qu’elle évoque énormément, dans ses défis à la bienséance. Le rôle du fils est porté par Benjamin Siksou, une gueule de cinéma pur imprégnée de la force de conviction des acteurs à la Duvauchelle. De l’âpreté s’esquisse parfois un sourire qui trahit sa douceur intérieure. Ce trio d’acteurs poussés dans leur retranchement lors d’une banale occasion de cinéma, montre la force de persuasion du cinéaste. Bon directeur d’acteur, il est l’idée d’un regard plein d’humanité sur une classe moyenne ou plutôt défavorisée que l’on ne voit que trop peu dans notre cinéma. Après la projection de Villerperdue, elle revient hanter notre esprit comme pour clamer son désir d’existence. Une découverte sortie discrètement en salle via le distributeur Vendredi, fort de nombreuses diffusions en festival, notamment à Namur où le moyen métrage est reparti avec deux prix (Jury et Public).
Depuis, le réalisateur Julien Gaspar-Oliveri est devenu la coqueluche des critiques avec La frappe, l’un des succès art et essai de la rentrée 2026 dans laquelle on retrouve Carole Franck, dans un second rôle. Un coup de poing cinématographique qui confirme l’acuité psychologique d’un maître naturaliste hors pair.
Les sorties de la semaine du 30 août 2017

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