Premier long métrage de Julien Gaspar-Oliveri, La Frappe est un drame familial intense qui colle aux basques de ses beaux personnages et traite d’un sujet difficile par le non-dit. Un film d’écorché vif.
Synopsis : Enzo, 19 ans et sa sœur Carla, 20 ans, sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père, Anthony est libéré de prison, Enzo voit la promesse fragile d’une famille à reconstruire contrairement à Carla pour qui l’idée reste inconcevable. Rattrapé par son passé, Enzo doit se confronter à une vérité qu’il a trop longtemps gardée pour lui.
Une première œuvre en partie autobiographique
Critique : Comédien vu dans de nombreuses séries comme Plus belle la vie vers la fin des années 2000, Julien Gaspar-Oliveri s’est ensuite orienté vers la mise en scène de théâtre et la réalisation, sans abandonner totalement son métier d’acteur. Son plus beau fait d’armes demeure le moyen métrage Villeperdue (2016) avec Carole Franck, qui, par sa qualité, est sorti dans les salles françaises fin août 2017. Depuis, le cinéaste est revenu au format court, avant de signer le scénario de La Frappe (2026). Toutefois, comme il s’agissait d’une histoire fondée sur de nombreux éléments autobiographiques, l’auteur s’est entouré de plusieurs coscénaristes dont Claudia Bottino et Dorothée Lachaud. Le but étant de parvenir à traiter un sujet très personnel sans tomber dans le travers du nombrilisme.

© Easy Tiger. All Rights Reserved.
Produit pour un petit million d’euros, La Frappe n’a bénéficié que de 22 jours de tournage, obligeant l’équipe à limiter au maximum les répétitions et à employer les méthodes d’un tournage-guérilla, avec notamment une caméra à l’épaule très mobile. Cette grande économie de moyens accentue encore un peu plus l’urgence qui émane de cette œuvre sur les relations complexes entre un frère et sa sœur, liés à jamais par un secret qui n’est que suggéré durant tout le métrage.
De la paternité toxique
Lorsque le père de famille sort de prison après cinq ans à cause d’une fraude, ses deux rejetons réagissent de manière diamétralement opposée. Tandis que le jeune garçon se rue pour offrir un nouveau départ à son paternel, la sœur réagit très violemment et refuse de voir celui qu’elle accuse apparemment de leur « avoir fait des choses ». Placée sous le signe de la reconstruction, la première partie du film insiste surtout sur la relation privilégiée entre un père – pourtant très froid Bastien Bouillon – et son fils qui semble être particulièrement équilibré (excellent Diego Murgia) contrairement à sa sœur qui semble irrémédiablement abîmée.
Cette jeune fille visiblement détruite de l’intérieur est incarnée avec puissance par la révélation Romane Fringeli qui impose immédiatement une personnalité forte, comme autrefois Sandrine Bonnaire dans A nos amours (Maurice Pialat, 1983) ou la regrettée Emilie Dequenne dans Rosetta (Jean-Pierre et Luc Dardenne, 1999). Le cinéaste a initialement vu la photo de cette jeune comédienne grâce à une amie et leur rencontre semble avoir été une évidence. En tout cas, pour une première prestation à l’écran, il s’agit d’une sacrée performance.
Des jeunes comédiens épatants
Elle est soutenue par l’excellent Diego Murgia qu’on avait déjà beaucoup aimé dans Les Trois fantastiques (Michaël Dichter, 2023) et qui confirme une fois de plus son magnétisme à l’écran. Le jeune homme de 20 ans dégage ce mélange de force intérieure et de fragilité physique par son allure plutôt chétive qui convient parfaitement au personnage. Effectivement, dans la dernière partie du film, le refoulé revient petit à petit à la surface et le garçon apparemment équilibré bascule totalement dans un chaos intérieur qui le mène à l’hôpital psychiatrique. Parallèlement, sa sœur semble au contraire devenir plus forte afin de le soutenir.

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Ce renversement de situation passionnant et inattendu confirme les doutes du spectateur quant à la notion d’inceste et d’abus sexuel d’un père sur ses propres enfants. Toutefois, si le drame est aussi puissant, cela vient de l’usage permanent du non-dit. Loin d’être un film à thèse comme on en voit beaucoup trop sur les écrans français, La Frappe ne cherche pas de responsable et ne s’intéresse nullement à la société qui gravite autour des personnages. A l’image des grands films d’auteur des années 70-80-90, La Frappe reste toujours collée aux basques de ses protagonistes et ne généralise aucune des situations évoquées.
Un puissant cri du cœur qui a conquis les critiques
La puissance du drame en est décuplée et le long métrage ressemble à un pur cri du cœur d’un cinéaste qui cherche à exorciser un mal-être intérieur se traduisant également par sa réalisation énergique, parfois même frénétique. Le tout est sublimé par des comédiens exceptionnels, mais aussi par une bande originale très réussie signée Delphine Malausséna.
Présenté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2026, La Frappe a marqué les critiques qui lui ont consacré des papiers très positifs. Par la suite, le drame de l’inceste a également obtenu le Prix de la mise en scène et le Prix du meilleur acteur pour Diego Murgia au Festival du film francophone d’Angoulême 2026, ce qui est largement mérité.
Sorti le 2 septembre 2026 par le distributeur Ad Vitam dans une combinaison de 119 salles (dont 22 à Paris-périphérie), La Frappe a séduit 33 267 cinéphiles pour une 16ème place hebdomadaire. C’est à Paris que le métrage semble le mieux fonctionner à l’heure actuelle, avec près de la moitié de ses entrées. On lui souhaite en tout cas de performer sur la durée car il s’agit d’une bien belle découverte.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 2 septembre 2026

Affiche : Benjamin Seznec pour Troïka. © Easy Tiger. All Rights Reserved.
Biographies +
Carole Franck, Florence Janas, Sophie Cattani, Bastien Bouillon, Diego Murgia, Julien Gaspar-Oliveri, Romane Fringeli
Mots clés
Cinéma français, Drame psychologique, L’inceste au cinéma, Les relations père-fille au cinéma, Les relations père-fils au cinéma