Biopic sans saveur, Smashing Machine de Benny Safdie ne vaut le coup d’œil que pour la prestation de Dwayne Johnson, mal servi par un scénario inintéressant et d’une superficialité confondante.
Synopsis : L’histoire de Mark Kerr, champion d’arts martiaux mixtes et d’UFC…
Deux frères, deux biopics sportifs
Critique : Depuis plus d’une décennie, les frères Safdie ont œuvré dans le film d’auteur indépendant new-yorkais, glanant des récompenses dans plusieurs festivals du monde entier. Pourtant, depuis le début des années 2020, ils semblent vouloir poursuivre leur carrière de réalisateur chacun de leur côté. Ainsi, Josh Safdie, l’aîné, a choisi de raconter la vie d’un pongiste dans son biopic sportif Marty Supreme (2025) qui a cartonné dans le monde entier avec près de 200 000 000 $ de recettes grâce à la performance étonnante de Timothée Chalamet.

© 2025 A24, Magnetic Fields Entertainment, Out for the Count, Seven Bucks Productions / Photographie : Zinc. Tous droits réservés.
De son côté, son frère cadet a décidé de raconter le destin de la star de MMA Mark Kerr dans Smashing Machine (2025) qui n’a pas eu du tout le même écho, aussi bien au niveau des critiques que du public. Pourtant, le film bénéficie de la présence au générique d’un Dwayne Johnson totalement méconnaissable à cause de prothèses et d’un maquillage élaboré qui transforment son visage afin de ressembler au véritable lutteur. En fait, le long métrage a sans doute souffert de son sujet très américain, le MMA (arts martiaux mixtes). étant nettement moins populaire dans le reste du monde.
Du combat sur le ring aux disputes à la ville
Si Mark Kerr est loin d’être une figure connue d’un large public, il a tout de même fait partie des précurseurs de cette nouvelle discipline, après avoir été un lutteur valeureux. Le cinéaste et scénariste Benny Safdie a donc choisi de se concentrer sur les années 1997-2000 qui correspondent à une soudaine baisse de régime pour le lutteur jusque-là invaincu. Présenté dans le film comme une implacable machine à gagner, Mark Kerr est petit à petit rattrapé par sa consommation hors de contrôle d’opioïdes.
Lié à la ville à Dawn Staples – incarnée par une Emily Blunt à contre-emploi – une jeune femme fêtarde et consommatrice d’alcool, le lutteur doit également se battre régulièrement à la maison contre une compagne jalouse et désireuse de recevoir davantage d’attention de la part de son homme. Dès lors, entre deux combats généralement expédiés en deux ou trois mouvements, Smashing Machine propose un nombre considérable de disputes entre les deux amants. A tel point qu’on se demande comment le couple a pu se maintenir et finir par se marier, comme indiqué au générique de fin.
Des combats expédiés et mal mis en valeur
Filmé comme les œuvres des années 2010 du duo, caméra à l’épaule pour insuffler de l’énergie, Smashing Machine ne se vautre jamais dans l’académisme qui menace toujours dans le genre du biopic. Mais cela n’en fait pas une réussite pour autant. Effectivement, la réalisation quasiment documentaire de Benny Safdie convient bien aux coulisses, mais pêche par un certain manque d’efficacité lors des combats de MMA qui sont loin de nous passionner et qui paraissent finalement nettement moins violents que ce que l’on peut voir à la télévision. Un comble pour les amoureux de cette discipline.
En réalité, le gros problème de Smashing Machine vient de l’incapacité de Benny Safdie à approfondir la psychologie de ses personnages. Lorsque Mark Kerr doit se désintoxiquer de sa dépendance aux anti-douleurs, aucune scène ne montre la difficulté de sortir de cette spirale opiacée. On a le sentiment que tout ceci n’est qu’une formalité. Les personnages secondaires n’ont quasiment aucune fonction narrative, si ce n’est celui interprété par l’ancien lutteur Ryan Bader, plutôt bien dirigé.
Smashing Machine ne casse pas la baraque
Finalement, dans ce grand bain de scènes qui s’enchaînent sans véritable lien entre elles, le spectateur demeure extérieur à ce qui se déroule à l’écran et ne parvient donc pas à s’impliquer émotionnellement dans le film. Bien loin de The Wrestler (Darren Aronofsky, 2008) dont nous ne sommes pas fans non plus, mais qui se tenait, Smashing Machine est donc une cruelle déception, surtout comparé à la réussite de Marty Supreme, sorti dans la foulée.

© 2025 A24, Magnetic Fields Entertainment, Out for the Count, Seven Bucks Productions / Photographie : Zinc. Tous droits réservés.
Certes, Dwayne Johnson y trouve un rôle plus intéressant qu’à l’accoutumée, mais cela ne suffit pas à faire de ce biopic sans grand relief une œuvre passionnante, ou même vaguement intéressante. On comprend mieux son échec international, y compris aux States où la discipline du MMA est plus populaire.
Box-office nord-américain et international de Smashing Machine
Produit et distribué aux Etats-Unis pour 40 M$ par la société indépendante A24, Smashing Machine a été lancé sur le nom de Dwayne Johnson dans une vaste combinaison de 3 345 cinémas dans toute l’Amérique du Nord. Son démarrage à 5,8 M$ pour son premier week-end du début octobre 2025 est tout bonnement catastrophique et prouve que les salles projetant le biopic sont désespérément vides. Mais le désastre se confirme en deuxième semaine où le métrage perd 69 % de ses entrées, avant de dégringoler de 81 % par la suite. Il s’agit d’un signe évident de rejet de la part du grand public qui n’y a pas trouvé son compte. Smashing Machine est donc très loin d’être une machine à cash puisque le biopic s’est éteint en Amérique du Nord avec seulement 11 411 388 $ de recettes.
Le reste du monde ne risquait pas de venir à la rescousse du biopic d’un personnage inconnu et Smashing Machine s’est crashé à l’international avec seulement 10 M$ de recettes supplémentaires, et ceci malgré un prix prestigieux du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise. Le seul pays qui lui a apporté 2,5 M$ est le Royaume-Uni, tous les autres ne parvenant jamais à se hisser au-dessus du million. Ses autres plus gros marchés sont le Mexique – où la lutte est un sport plébiscité – et l’Australie.
L’accident industriel se confirme en France
En France, le distributeur Zinc. a proposé le drame sportif dans une large combinaison de 336 salles à partir du mercredi 29 octobre 2025 pour un résultat catastrophique de 56 967 lutteurs et une 18ème place hebdomadaire. Autant dire qu’il s’agit d’un accident industriel. Pire, la semaine suivante est marquée par un repli de plus de 50 % avec seulement 25 131 retardataires.
Les exploitants décident donc de faire de la place et Smashing Machine ne va survivre que sept petites semaines, terminant sa carrière avec seulement 19 clients pour ses sept derniers jours. Au total, Dwayne Johnson n’a mobilisé que 87 624 spectateurs français, soit son plus mauvais score depuis 15 ans et son Faster (George Tillman Jr., 2010) de sinistre mémoire (46 676 entrées, mais dans 76 salles seulement).
Annoncé en combo DVD-blu-ray Steelbook pour décembre 2026 en exclusivité à la FNAC, Smashing Machine sera également distribué indépendamment en DVD et blu-ray. Pour notre part, on s’en dispensera.
Critique de Virgile Dumez
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Cinéma indépendant américain, Les films A24, Biopic, Films sur le sport, Films sur le couple, La drogue au cinéma, Les flops de l’année 2025