Note des spectateurs :

Box-office France : Demon Slayer et Conjuring : L’Heure du jugement rebattent les cartes pour un mois de septembre loin d’être morose, il est même carrément démoniaque.

Après un état médiocre où les franchises parvenaient à des résultats ronflants, la rentrée devait être dramatique. Elle ne l’est pas. Les exploitants sont largement satisfaits.

Le goût du “voir-ensemble” d’une jeune génération qui sait se montrer (massivement) présente

Pour sa première semaine, Demon Slayer : La forteresse infinie ouvre à 1 016 000 entrées dans 690 salles. Un démarrage record pour un film japonais et un manga. C’est générationnel et cela crée des expériences salles pour une jeunesse qui a des envies et des plaisirs de cinéma. C’est évidemment le meilleur score des quatre Demon Slayer proposés entre 2021 et 2025, devant Le train de l’infini qui avait accroché 727 000 aficionados en 2021.

Aussi nul est-il, Conjuring : L’Heure du jugement fait de même dans le genre horrifique. Une célébration du « voir ensemble » pour des jeunes spectateurs qui ont leurs références et le font savoir aux majors, producteurs et exploitants. 1 604 000 entrées en 15 jours pour la production surnaturelle de Warner Bros qui, en 2e semaine, ne perdait que 55% de sa fréquentation (496 154 entrées). Ce quatrième Conjuring est d’ores et déjà le 2e plus gros succès de la saga en 15 jours. Il dépassera les 1 887 000 du chapitre 3 (Sous l’emprise du diable) dans le courant de sa 3e semaine.

Affiche de Demon Slayer : la forteresse infinie

© Koyoharu Gotoge / Shueisha, Aniplex, ufotable. All Rights Reserved.

Évidemment, Conjuring 4 a littéralement ébranlé Evanouis qui, finalement, n’a toujours pas atteint le million en 7 semaines, malgré de solides papiers et un écho formidable en août.

Cannes, une marque éternelle

Une production art et essai, présentée à Cannes, a bousculé le box-office : l’Espagnol Sirat (Prix du Jury), a priori peu accessible, a fasciné 344 000 spectateurs en 15 jours, dans 353 salles. Le film d’Oliver Laxe (cinéaste qui n’avait jamais dépassé les 25 000 entrées à ce jour) ne perdait que 17% de sa fréquentation en 2e semaine. Un bonheur pour son distributeur, Pyramide, qui a vécu récemment de beaux scores avec Les graines du figuier sauvage (620 000), L’histoire de Souleymane (644 000) et Vingt Dieux (955 000).

Sirat confirme la marque « Cannes » puisque fin août Valeur sentimentale (Grand Prix) frappait fort. Un mois plus tard, ce sont 400 000 spectateurs qui ont applaudi le drame de Joachim Trier, en 5 semaines. Enfin un bon coup pour Memento Distribution en 2025.

Nino fait rêver

Toujours issu de la cuvée cannoise 2025, Nino séduit 47 000 spectateurs dans 189 salles, ce qui confirme le nez de Jour2Fête qui sort du succès surprenant de La femme qui en savait trop (93 000 entrées en 4 semaines). De même, l’insolent et courageux Oui de Nadav Lapid (Quinzaine des Réalisateurs) assume fièrement ses 25 000 entrées dans 80 salles. Le bouche-à-oreille devrait être bon.

Affiche de Nino de Pauline Loquès

Artwork Silenzio – Copyrights : Blue Monday Productions. Distributeur : Jour2Fête. Tous droits réservés.

Boon triste

Ces beaux succès font forcément de l’ombre à la production française qui est à cran. Dany Boon dans Regarde a été aperçu par 163 000 spectateurs dans 522 salles. Cela le situe entre les 180 000 entrées de Une belle course et les 120 000 entrées de La famille Hennedricks, deux films mineurs doublés de deux échecs majeurs.

Yann Gozlan, attaqué par la critique avec Visions (172 000 entrées en 2023), se retrouve dans une situation identique avec Dalloway. Le thriller avec Cécile de France, peu considéré, avait peu de chance de trouver sa place au sommet. Avec 93 000 entrées dans 376 salles, la désillusion est sévère.

Lucas Belvaux dans la tourmente

Lucas Belvaux est au plus bas. Les tourmentés a piégé 36 000 spectateurs dans 232 salles. Pour la première fois de sa carrière depuis son premier long, Parfois trop d’amour (1993), il ne devrait pas dépasser les 100 000 entrées France.

Pierre Richard réalisateur est passé par Cannes. Quatre mois plus tard, il n’en reste plus rien. L’homme qui a vu l’ours qui a vu l’homme est floppesque avec 30 000 entrées dans 188 cinémas, malgré quelques beaux papiers et une belle affiche.

En 15 jours, Une place pour Pierrot n’est pas sorti de sa bulle : 79 000 entrées. Il est pourtant montré jusque dans 258 salles. En deuxième semaine, le film d’Hélène Médigue a perdu 51% de sa fréquentation. Connemara s’en est sorti mieux avec 170 000 entrées en 15 jours (-50% en semaine 2). Fils de de Carlos Abascal Peiro a réalisé ce score en 3 semaines.

Une louve Alpha est morte ce soir

Sorti il y a 5 semaines, le controversé Alpha de Julia Ducournau est exsangue : 100 000 entrées en 5 semaines. Sa carrière est achevée. La voie du serpent, film français de Kiyoshi Kurosawa, catapulté dans 138 cinémas, est un fiasco art et essai : 13 000 entrées en 3 semaines. Les orphelins de Olivier Schneider, pour Gaumont, a été un vide-poche agaçant, avec 133 000 entrées pour une sortie initiale dans 425 cinémas. En 5 semaines, les chiffres de sa première semaine (76 000) n’ont toujours pas été doublés.

Lucile Hadzihalilovic : un nom difficile à vendre

Pensée émue pour l’intransigeante Lucile Hadzihalilovic qui, pour la 5e fois de sa carrière, ne franchira pas les 10 000 entrées. Malgré la présence de Marion Cotillard, La tour de glace a littéralement fondu sous les projecteurs : 4 552 spectateurs dans 57 salles et une 37e place embarrassante (totale de 22 000 entrées en 5 films). Dracula de Luc Besson, malgré le boycott, en réalisait 3 238 en 8e semaine et franchissait enfin les 650 000 entrées. Un score certes loin d’être satisfaisant au vu de son budget de blockbuster, mais qui démontre l’affection des spectateurs pour le film qui n’avait démarré qu’à 266 000 entrées le 30 juillet. Il a donc tenu deux mois à l’affiche.

Des reprises super cotées

Du côté des reprises, Yi Yi a ébranlé 28 000 spectateurs en 8 semaines, Princesse Mononoké 27 500 en 5 semaines, Palombella Rossa 8 000 en 3 semaines, À toute épreuve 6 900 en 4 semaines, Entre le ciel et l’enfer de Kurosawa 6 000 en 3 semaines, et The French Connection 3 700 en 6 semaines. Les reprises se débrouillent plutôt bien en ce moment.

Frédéric Mignard

La Tour de glace avec Marion Cotillard. Affiche teaser 1 du film de Lucile Hadzihalilovic

© 3B Productions, Davis Films. Distributeur : Metropolitan FilmExport. All Rights Reserved.

 

Box-office Rentrée 2025 : Demon Slayer, Conjuring… des scores démoniaques