Expérience sensorielle extrême, Sirât propose une plongée dans le désert marocain pour nous confronter à notre propre finitude. Original.
Synopsis : Au cœur des montagnes du sud du Maroc, Luis, accompagné de son fils Estéban, recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de ravers lancé à la recherche d’une énième fête dans les profondeurs du désert. Ils s’enfoncent dans l’immensité brûlante d’un miroir de sable qui les confronte à leurs propres limites.
Sirât, un road-movie hypnotique
Critique : Véritable auteur exigeant et radical, Oliver Laxe a déjà remporté de nombreux prix dans les festivals, notamment pour son excellent Viendra le feu (2019) qui tenait déjà de l’expérience hypnotique. Fidèle à son style, le réalisateur franco-espagnol domicilié au Maroc continue à filmer son pays d’adoption dans Sirât (2025) qui a été intégralement tourné dans la partie sud du Maroc, proche de la frontière avec la Mauritanie.

© Filmes da Ermida, El Deseo, Uri Films, Los Desertores FIlms AIE, 4 A 4 Productions. All Rights Reserved.
Le cinéaste y suit l’odyssée d’un père de famille (excellent Sergi Lopez, seul acteur professionnel du film) et de son jeune fils dans le désert marocain, à la recherche de sa fille disparue. Pour effectuer sa quête, il se greffe à un groupe de ravers qui quittent une fête troublée par l’armée pour en rejoindre une autre, plus profondément enfouie dans le désert. Toutefois, le voyage ne sera pas de tout repos et poussera les différents protagonistes jusqu’aux limites de leur résilience.
Un voyage sensoriel qui demande un abandon total
Dès les premiers instants, le spectateur comprend qu’il devra ici se laisser emporter par un trip sensoriel total, fondé sur une alchimie quasiment parfaite entre une musique techno très brute (excellente contribution de Kangding Ray) et de superbes images de Mauro Herce. Effectivement, Oliver Laxe nous convie à une expérience sensorielle qui évacue toute forme de psychologie et quasiment tous les dialogues pour adopter une forme épurée qui risque bien d’éconduire bon nombre de spectateurs habitués à davantage d’action ou de rebondissements.
En fait, le scénario, très linéaire, s’articule surtout autour de deux scènes chocs dont la première n’intervient qu’au bout d’une heure de projection. D’ailleurs, la soudaine brutalité de ces deux passages se trouve renforcée par la nonchalance du reste du métrage et résonne en nous longtemps après la projection. D’une lenteur hypnotique qui peut indisposer, le film doit en réalité être appréhendé sous l’angle de la métaphore mystique, comme son titre l’indique puisque Sirât signifie à la fois le chemin et le pont entre le Paradis et l’Enfer, dans l’Islam. Le réalisateur confronte donc des personnages européens habitués à leur petit confort à des situations extrêmes qui les amènent à côtoyer pour la première fois la mort.
Une ambiance crépusculaire liant l’intime à l’universel
Outre leur parcours personnel marqué par une résilience – ou non selon les protagonistes – le spectateur peut aussi entendre des flashs d’information qui indiquent que le monde contemporain est en train de sombrer petit à petit dans la guerre et les conflits sans fin. Dès lors, le voyage prend des aspects de longue plongée vers la mort dans un monde proche de l’apocalypse.

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Certains seront voués à disparaître purement et simplement, tandis que d’autres parviendront à trouver la lumière au bout de ce chemin qui représente bien notre vie à tous. Parmi les voyageurs, Oliver Laxe a pris soin de ne mobiliser que des êtres en marge, tous marqués par des blessures, soit à l’âme, soit dans leur chair. La référence explicite à Freaks (Tod Browning, 1932) n’est pas un hasard. Si le réalisateur cite volontiers Le goût de la cerise (Abbas Kiarostami, 1997) comme source d’inspiration, on peut également rapprocher le spectacle du Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot, 1953) et plus encore de son remake américain Le convoi de la peur (William Friedkin, 1977). On y retrouve le goût pour les voyages extrêmes jusqu’au bout de soi-même.
Sirât ou le rythme dans la peau
Errance physique aussi bien que mentale, Sirât est marqué par l’excellence de sa réalisation, mais aussi et surtout par sa bande-son très travaillée. Proposant un son très brut durant la première partie du voyage, la musique techno s’adoucit progressivement pour dévoiler des trésors de sonorités synthétiques qui font beaucoup pour fortifier l’ambiance crépusculaire du film. Si Oliver Laxe ne facilite guère l’implication du spectateur en étirant volontairement chaque situation à son maximum (le titre du film ne s’affiche à l’écran qu’après une demi-heure de projection, par exemple), ceux qui feront l’effort de se laisser porter par la musique et les images pourront assister à un véritable trip. Comme toujours dans ce type de film radical, soit on accepte le défi lancé par le cinéaste, soit on reste extérieur au spectacle.
Pur film de festival destiné aux cinéphiles endurcis, Sirât a convaincu ceux qui ont assistés à sa projection au Festival de Cannes 2025. Le métrage est reparti avec un très mérité Prix du jury, mais aussi avec le Cannes Soundtrack Award pour la musique si importante du DJ Kangding Ray, et même le Grand Prix du jury de la Palm Dog pour les deux chiennes Pipa et Lupita. Sergi Lopez, lui, aurait bien mérité une distinction, tant sa prestation s’avère remarquable, notamment lors des passages les plus dramatiques.
Critique de Virgile Dumez
Notes cannoises :
2016. Mimosas, la voie de l’Atlas est sacré Grand prix de la semaine de la critique à Cannes. 2019. Viendra le feu, film pyromane contemplatif, ravit le Prix du Jury à Un Certain Regard.
Sirat, le 4e long métrage d’ Olivier Laxe est pour sa part en compétition officielle, à Cannes 2025, fort de noms historiquement associés à la Croisette comme Agustín Almodóvar et Pedro Almodóvar, tous deux à la production.
Dans le rôle principal, Sergi López part en quête de sa fille, disparue lors d’un événement techno au Maroc. Ce road-movie en terres arides, entre deux rave parties, devrait porter la patte singulière de ce cinéaste de l’émotion retenue et de l’intime spectaculaire.
L’accueil cannois a été enthousiasme. Le ton crépusculaire du film a marqué les critiques unanimes. Le premier coup de cœur de la cuvée 2025 est donc espagnol.
Sirat est prévu en Espagne pour le 6 juin 2025. Pyramide en a acquis les droits pour une sortie nationale posée au 10 septembre.
Notes cannoises de Frédéric Mignard
Les films du Festival de Cannes 2025
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