Réalisé par Zach Cregger (Barbare), Evanouis est une savoureuse comédie horrifique qui surprend en s’imposant comme l’un des films d’épouvante les plus audacieux et originaux de sa décennie.
Synopsis : Lorsque tous les enfants d’une même classe, à l’exception d’un, disparaissent mystérieusement la même nuit, à la même heure, la ville entière cherche à découvrir qui — ou quoi — est à l’origine de ce phénomène inexpliqué.
Critique : L’été 2025 est mémorable pour les afficionados de cinéma d’épouvante. Il cumule en moins d’un mois trois des meilleurs films d’horreur de l’année, voire même de la décennie. Substitution nous a servis d’électrochoc émotionnel, Together nous a déridés par son utilisation délirante d’un latex qui pétrit notre expérience cinématographique, et ci-présent Evanouis est à peu près tout ce qu’on n’attendait plus, une comédie horrifique intelligente et brillamment construite qui nous mène jamais là où on l’attend.
Les trois œuvres pourraient former une trilogie tant elles représentent avec complémentarité un cinéma de terreur psychologique qu’Ari Aster avait fait renaître avec Hérédité et Midsommar. Ironiquement, cet été l’ancien maître de l’horreur s’est fendu d’une satire ambitieuse, mais contestée (Eddington), qui nous laisse penser qu’il aurait mieux fait de rester dans son domaine de prédilection. Et pour cause, après avoir assisté aux 2h10 d’Evanouis, il est difficilement de ne pas penser à l’ombre tutélaire d’Ari Aster tant cette chronique d’une bourgade américaine transformée en ville des damnés offre bien des réminiscences exquises à son cinéma, dans ses thématiques, le brio de sa construction, et l’empreinte psychologique qu’il laisse…
Evanouis n’est donc pas signé Ari Aster mais Zach Cregger, cinéaste qui nous avait interpellés avec Barbare (sorti en salle aux USA et directement sur Disney+) par sa capacité à renverser sa trame pour nous mener à des rebondissements sidérants. Ce n’était qu’un début. Evanouis se positionne à des strates tellement supérieures. Et pourtant, ce n’était pas gagné.
Dans un premier temps, l’auteur peut dérouter dans la mise en place du ton, du style et des personnages. On ne retrouve pas forcément la noirceur de la bande-annonce qui était d’une redoutable efficacité. Cregger prend d’autant plus son temps pour poser la situation qu’il complète le scénario du point de vue de différents protagonistes qui apportent leur pierre à l’édifice narratif. L’idée peut paraître rébarbative car cela ne permet pas au script d’avancer et l’on se demande bien si cette prétention, que s’était permise Paul Thomas Anderson avec le virtuose Magnolia, n’est pas ici totalement vaine. C’est que, dans l’épouvante, le spectateur recherche davantage l’efficacité que l’exercice de style.
Par ailleurs, l’on peut être également désarçonné face à l’humour insistant du cinéaste qui n’a pas oublié ses premières armes comme humoriste. La peur est présente, ici et là, sous forme de frissons irrépressibles, mais cela s’arrête-là. La récurrence de la tonalité humoristique a des conséquences : Evanouis est une authentique comédie horrifique. Ce qui peut dérouter au début (on pense à des adaptations de Stephen King, Dreamcatcher et The Monkey, qui nous avaient vendus du rêve horrifique avant de se fendre de deux bouses macérant les genres), devient la force réelle du métrage.
Affiches internationales de Evanouis (2025), Québec, USA (4DX, Imax) © Warner Bros. All Rights Reserved.Par étapes, l’on gagne en assurance dans ce narratif radical. L’on cède au point de vue éclaté en accordant patience et confiance au maître du jeu et l’on n’est pas déçu du résultat qui est audacieux, généreux et jusqu’au-boutiste. L’humour vient même faire passer des scènes d’une violence graphique hardcore. Cela en devient délirant, cocasse, et délicieux.
L’on est évidemment séduit par l’originalité du script qui évoque autant Le village des damnés de par la conséquence d’une situation mystérieuse sur la communauté impliquant des enfants (ici 17 écoliers d’une même classe disparaissent la même nuit à 2h17) que Stephen King (l’apparition d’un personnage excentrique très singulier dans la deuxième partie du film qui tire les ficelles n’est pas sans remémorer Le bazar de l’épouvante, Ça et autres réjouissances du romancier).
L’exécution des rebondissements et la résolution de l’énigme ne déçoivent pas, elles remettent des pièces dans cette infernale relecture de l’histoire américaine qui ne ressasse pas ses mythes, mais s’en amuse, jusqu’aux plus récents, le folklore du complotisme MAGA que l’on développera pas pour ne pas spolier le spectacle.
D’ailleurs, on s’arrêtera là dans la critique. En écrire davantage serait un crime envers ceux qui essaient de se sevrer des platitudes de SVOD en retentant leur chance au cinéma. Ils auraient tort de s’en priver. Evanouis est une expérience cinématographique intégrale qui redore le blason du grand écran.
Fort de critiques dithyrambiques aux USA, Evanouis sort sur son marché historique sous le titre de Weapons. La connotation est fortement métaphorique ; elle ne prendra sens qu’en allant découvrir cette authentique tuerie cinématographique, un joyau d’humour noir comme on en voit rarement au cinéma.

© Warner Bros. All Rights Reserved.
Zach Cregger, Benedict Wong, Austin Abrams, Josh Brolin, Julia Garner, Cary Christopher, Amy Madigan
2025, Cinéma américain, Films d’horreur de l’année 2025, Les films d’horreur des années 2020