Pur film d’auteur, Les tourmentés s’attache à décrire les rapports complexes entre ses personnages à l’aide d’un regard empathique et humaniste qui touche.
Synopsis : Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. “Madame”, veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu…
Les tourmentés, du roman au cinéma
Critique : Lassé de rédiger des scripts pour le cinéma, le réalisateur Lucas Belvaux s’est essayé avec un certain succès à l’écriture romanesque avec Les tourmentés, publié en 2022. Libéré de toute contrainte budgétaire, l’auteur a pu développer des thématiques personnelles liées à une histoire racontée selon les différents points de vue des personnages principaux. Toutefois, après la sortie du roman, Lucas Belvaux s’est aperçu qu’il tenait là une idée transposable au grand écran. Dès lors a débuté un travail acharné pour retranscrire au cinéma un roman apparemment complexe à traduire en images.

© 2025 Bizibi, Artémis Productions, Union Générale Cinématographique (UGC), Studio Exception, Auvergne Rhône-Alpes Cinéma, Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), Shelter Prod, Proximus, BE TV / Photographie : David Koskas. Tous droits réservés.
Effectivement, pour un long métrage, il était inenvisageable de multiplier les points de vue et il fallait donc trouver une ligne narrative plus claire afin d’y greffer la complexité des différents protagonistes. Dès lors, Les tourmentés pose assez rapidement les bases de son histoire. Un ancien légionnaire incarné avec détermination par Niels Schneider est sélectionné par une riche rentière afin de servir de proie lors d’une chasse à l’homme. Le tout en échange de plus de trois millions d’euros qui mettraient à l’abri la famille de l’ancien militaire.
Quel est le prix d’un homme ?
Ainsi, le long métrage pose la question de la valeur d’un être humain. Pour combien d’argent est-on prêt à sacrifier notre vie ? Au cœur de l’œuvre de moraliste de Lucas Belvaux, cette proposition entre en résonnance avec ses films passés qui ont mené des réflexions puissantes sur le pouvoir de l’argent et la corruption inhérente au système capitaliste. Il pousse ici la logique jusqu’au bout. Toutefois, là où le long métrage semble proposer une chasse à l’homme qui serait inspirée du film La chasse du comte Zaroff (Irving Pichel, Ernest B. Schoedsack, 1932), Lucas Belvaux effectue un pas de côté étonnant et plutôt risqué.
Effectivement, quelques séquences nous invitent à cette chasse qui se déroule dans l’imagination des différents protagonistes, mais Les tourmentés se déroule dans sa quasi-totalité lors de la phase préparatoire de la fameuse traque. Jamais tenté par l’efficacité du cinéma d’action, Lucas Belvaux livre un pur film d’auteur qui ne s’intéresse qu’aux implications humaines d’une telle proposition et non sur sa réalisation concrète. Ceux qui s’attendent donc à un thriller tendu peuvent passer leur chemin puisque Les tourmentés, comme son titre l’indique, est surtout un drame intimiste qui cherche à trouver la lumière au fond des ténèbres.
Trouver la lumière au bout du tunnel
Tous les personnages possèdent des fêlures et Lucas Belvaux se refuse à juger le moindre de ses protagonistes. Certes, la chasseresse peut paraître inhumaine, mais l’on découvre son passé par bribes, ce qui en fait un être torturé. Ce constat est également visible pour les autres qui ont tous leurs blessures intimes. Dans cette chasse à mort, Lucas Belvaux préfère donc révéler les parts d’humanité et de lumière qui se trouvent en chacun. Cela donne une œuvre puissante sur le plan psychologique, mais qui peut apparaître déceptive sur le plan purement narratif.

© 2025 Bizibi, Artémis Productions, Union Générale Cinématographique (UGC), Studio Exception, Auvergne Rhône-Alpes Cinéma, Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), Shelter Prod, Proximus, BE TV / Photographie : David Koskas. Tous droits réservés.
Heureusement, pour porter les cicatrices de ces personnes cabossées, Lucas Belvaux peut compter sur un casting très solide. Niels Schneider est impressionnant de force tranquille, Linh-Dan Pham est parfaite en chasseresse apparemment froide et Déborah François compose une femme amoureuse – mais blessée – plutôt convaincante. Enfin, on signalera l’interprétation habitée de Ramzy Bedia dans un rôle plutôt sombre, mais lui aussi très nuancé. Le comédien révèle donc ici une autre facette de son talent.
Réalisé avec un regard empathique sur l’intégralité des personnages, Les tourmentés est donc un drame intimiste qui traite de problèmes profonds avec humanisme et sensibilité. Une réussite dans son genre, même si son intrigue en forme de pied-de-nez risque de laisser plus d’un spectateur sur le bas-côté.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 17 septembre 2025

© 2025 Bizibi, Artémis Productions, Union Générale Cinématographique (UGC), Studio Exception, Auvergne Rhône-Alpes Cinéma, Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), Shelter Prod, Proximus, BE TV / Affiche : Le Cercle Noir pour Fidelio. Photos : David Koskas. Tous droits réservés.
Biographies +
Lucas Belvaux, Déborah François, Ramzy Bedia, Niels Schneider, Linh-Dan Pham
Mots clés
Cinéma français, Cinéma belge, Les chasses à l’homme au cinéma, Les légionnaires au cinéma, Les relations père-fils