Gwendoline : la critique du film et le test blu-ray (1984)

Aventures, Comédie érotique, Pastiche | 1h44min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Gwendoline, affiche cinéma du film de Just Jaeckin SD

  • Réalisateur : Just Jaeckin
  • Acteurs : Zabou Breitman, Bernadette Lafont, Jean Rougerie, Tawny Kitaen, Brent Huff, Vernon Dobtcheff
  • Date de sortie: 08 Fév 1984
  • Nationalité : Français, Américain
  • Titre original : The Perils of Gwendoline in the Land of the Yik Yak (titre américain original)
  • Scénariste(s) : Jean-Luc Voulfow, Just Jaeckin, d'après la BD de John Willie
  • Compositeur : Pierre Bachelet
  • Société de production : Parafrance, G.P.F.I., Films de l'Alma
  • Distributeur : Parafrance
  • Editeur vidéo : Parafrance (VHS), Le Chat qui Fume (blu-ray et Ultra HD), Severin (Blu-ray, USA & Royaume-Uni)
  • Date de sortie vidéo : Décembre 1984 (VHS, première édition), Juillet 2020 (Le Chat qui fume)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 944 892 entrées / 229 407 entrées
  • Budget : 35 000 000 francs
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Dolby Stéréo
  • Crédits : © 1984 Parafrance - Films de l'Alma - G.F.P.I - Affiche : Phillipe
Note des spectateurs :
[Total : 2   Moyenne : 3/5]

Petit blockbuster d’aventures par le réalisateur d’Emmanuelle, Gwendoline est une fantaisie aux décors délirants, qui papillonne au-dessus des sables mouvants du cinéma bis. Drôle, cocasse et sensuel. A redécouvrir.

Synopsis : Décidée à retrouver son père disparu, parti en quête d’un papillon rare, Gwendoline se lance à sa recherche avec l’aide de Beth, sa demoiselle de compagnie. Parvenues dans un port malfamé de Chine, les deux jeunes femmes sont kidnappées par des truands, puis libérées par un aventurier nommé Willard. Ce dernier accepte alors d’accompagner Gwendoline et Beth dans un long périple qui les conduira jusqu’à la mystérieuse contrée de Yik-Yak. Là-bas, au cœur d’un volcan, une reine cruelle et tyrannique dirige d’une main de fer une armée d’Amazones…

Gwendoline, la critique du film érotique des années 80

© John Willie

Le cinéma de genres français au pluriel

Critique : Sorti en février 1984, à l’époque de Christine, La quatrième dimension, The Dead Zone ou encore L’ascenseur, Gwendoline s’installait dans un paysage de cinéma de genre, comme l’un des rares avatars français dans le domaine. C’était loin d’être anodin, puisque l’adaptation de la BD des années 30, sur la pauvre orpheline victime des sévices de dépravés malveillants qui en voulaient à son héritage, associe des éléments de fantastique, d’action (une touche de kung-fu, forcément), de violence chorégraphiée (et même un brin de gore), de burlesque, d’érotisme dans le sens noble du mot, à l’authentique épopée d’aventures exotiques qu’il est.

Edition cover finlandaise de Gwendoline

Edition finlandaise ( Future Film)

Quand le producteur Jean-Claude Fleury acquiert les droits de la bande dessinée, il envisage un film érotique que mettrait en scène Just Jaeckin. Et pour le spectateur de l’époque, comme contemporain, le risque était là. De nouveaux ébats érotiques par le réalisateur d’Emmanuelle, au sein d’un spectacle qui revêtait à nouveau un prénom féminin comme titre… L’idée même était ronflante. Le genre tombait alors en désuétude (même si Joy sera un succès en 1983), et la pornographie envahissait les salons via le magnétoscope. Just Jaeckin orientera le film loin des envies de son producteur pour imposer un film d’action glamour, où tout confine au cabotinage bon enfant pour ne pas se répéter, lui qui a une sainte horreur des suites.

Gwendoline contre Emmanuelle…4 en 3D

Aussi, en cette année 84, qui verra justement les sequels des deux plus grands classiques de Jaeckin – Emmanuelle (le 4e, en 3D) avec Fabrice Luchini, et Histoire d’O –, arpenter le box-office, Gwendoline prend tout le monde au dépourvu, déstabilise et finalement rate une cible peut-être mal définie. La commission de classification lui octroie un visa tous publics. Les adolescents qui commencent à être nourris aux blockbusters de science-fiction américains et ne sourcillent pas face aux aventures d’Indiana Jones de Lucas et Spielberg, n’y voient pas vraiment l’objet de leurs fantasmes et passent leur chemin. Les adultes, pour leur part, sont face à un dilemme. Certains redoutent d’aller voir un film trop déshabillé quand d’autres veulent justement de la chair de la part d’un auteur qui sort du succès de L’amant de Lady Chatterley, avec Sylvia Kristel, l’adaptation très fidèle du roman de D.H. Lawrence.

Tawny Kitaen avant la chirurgie, dans Gwendoline

© 1984 Parafrance – Films de l’Alma – G.F.P.I

Les années 80, la BD fun et coquine

Soudainement ce projet coûteux (35 millions de francs dont l’essentiel est passé dans les décors et le tournage aux Philippines, au Maroc, aux Baux-de-Provence et dans des studios français) ne paraît plus totalement à sa place. A l’aube de la crise du cinéma qui débarrassera les grands écrans des séries B d’antan, Gwendoline a pourtant l’argument d’être une adaptation de BD, une tendance qui se vérifiait dans la science-fiction et l’heroic fantasy (Métal Hurlant), le pastiche franchouillard (Vive les femmes) ou l’érotisme façon L’écho des savanes (Le déclic). Et évidemment les films de super-héros via la trilogie Superman. Dans l’ouvrage des années 30 Gwendoline subit ; ici, en femme plus moderne, elle passe à la manœuvre, aidée par sa servante et amie Beth qu’interprète la quasi inconnue Zabou (Elle voit des nains partout).

Gwendoline connaîtra une carrière décevante en France, puisque le film ne restera à l’affiche que quelques semaines (voir l’analyse du box-office plus bas), en raison d’un bouche-à-oreille décevant.  Toutefois, les comptes seront bons grâce à l’international qui en fera une excellente affaire. L’étranger ne pouvait résister à pareil cocktail de charmes et, de surcroît, Jaeckin s’était arrangé pour tourner en anglais. Les Français ne connurent que la VF, dont le doublage fut peaufiné pendant trois semaines. Le film, coproduit par l’Amérique, bénéficie d’un casting international, avec essentiellement des inconnus, choix voulu par le cinéaste, et c’est naturellement qu’il sort aux USA coupé de dix minutes pour accélérer le rythme et arriver plus vite à la Cité Interdite, celle de femmes castratrices, sur laquelle règne sa majesté Bernadette Lafont. Le titre américain de l’époque en dit long sur la cible des cinémas de quartier : The Perils of Gwendoline in the Land of Yik-Yak. Cela ne s’invente pas à Hollywood.

Du film cucul au film culte

Les producteurs seront donc ravis des exportations, les meilleures pour une production hexagonale en 1984. Alors que le film sombrera dans l’oubli progressif en France (Just Jaeckin, happé par la publicité, s’écartera définitivement du cinéma), il cultivera une aura de production européenne culte, notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis où l’éditeur Severin proposera une édition blu-ray collector truffée de bonus. Il faut dire que sur le papier, tout y est pour savourer ce qui peut paraître bassement pour du cinéma d’exploitation : combats de femmes, beau gosse misogyne vénéré pour sa semence, sauvages un peu cannibales, ethnocentrisme colonialiste, femmes généreusement déshabillées, un personnage à la mode kung-fu, musique lancinante de Pierre Bachelet qui, avec François Valery, était le compositeur type de ces productions léchées (depuis Emmanuelle, il a travaillé sur la plupart des films de Jaeckin)…

Malgré ces invitations au dérapage, le réalisateur de Gwendoline réussit là où d’autres auraient trébuché dans le vulgaire, le sale ou la série Z. Il délivre une œuvre atypique, fun, décomplexée, où tout le monde, y compris Zabou en side-kick franchement marrante, s’amuse sans trop se prendre au sérieux. Quand la musique de Bachelet ne nous prépare pas à son tube L’An 2001 qui allait marquer le top 50 un an plus tard, la bande originale est éloquente, majestueuse. D’aucuns la qualifieraient de kitsch. Soit.

Des décors grandioses

Film de tous les soins, Gwendoline frappe encore par la maestria de ses décors. La séquence d’ouverture, dans une Chine portuaire des années 30 entièrement reconstituée et chorégraphiée sans CGI, nous redonne l’amour du cinéma à l’ancienne. On y sent l’effort, la sueur, l’inspiration. Le sens du système D comme débrouille, et surtout celui du talent. C’est une femme, Françoise Deleu, qui est à la tête d’une équipe de 160 personnes. Une première pour un long en France au début des années 80. L’artiste, présente sur les bonus du blu-ray Severin et du Chat qui Fume, réalise les fantasmes visuels de Jaeckin avec imagination. Les décors sont excitants dans leur frénésie, stimulants dans leur vision, comme cette fameuse Cité des femmes qui donne corps au film dans la dernière partie…

Le prétexte scénaristique pour lancer Gwendoline dans un univers à la Indiana Jones, digne des Mines du roi Salomon (on n’évoque pas forcément le nanar de la Cannon avec Sharon Stone et Richard Chamberlain, qui lui sera vraiment très inférieur, NDLR) n’est pas un souci en soi. La réalité du rythme, des changements de décors et des situations pittoresques pare cet anachronisme qui aurait cartonné en série B dans les années 50 ou 60, d’un charme toujours actif près de quarante ans après.

Gwendoline, c'est Tawny Kitaen

Capture d’écran – © 1984 Parafrance – Films de l’Alma – G.F.P.I

Gwendoline, une œuvre #MeToo compatible ?

Pour ce qui est de l’érotisme, aux teintes des années 80, on ne doit pas oublier que l’on est à l’époque de l’ascension de Mondino, et Just Jaeckin, lui-même, est l’un des maîtres du porno chic dans la pub. Les corps se dénudent pour satisfaire le regard dans une dimension globale, mais ne semblent jamais destinés à émoustiller. Jaeckin affirme avoir accompli une œuvre féministe où les femmes Amazones ont pris le pouvoir sur les hommes dans une contrée imaginaire, au-delà de la jungle, et où le mâle n’est qu’un élément de reproduction et où il est même… violé. Jaeckin est toujours attaché au beau, se refuse au graveleux, mais le film demeure intensément porté sur la flatterie à l’égard du corps féminin. Les costumes, les situations et même le climax sont intensément érotiques. Et la femme, kidnappée, échangée, violentée, outragée risque de ne pas être du goût des spectateurs contemporains qui y verront à tort une œuvre sexiste et misogyne. Rappelons que dans le contexte du milieu des années 80  où les cinéastes déshabillaient plus vite que leur ombre, Gwendoline est bien plus pudique que Rendez-vous de Téchiné (Binoche), L’année des méduses de C. Frank et La femme publique de Zulawski (Kaprisky), Cours privé de Granier-Deferre (Bourgine) ou L’été meurtrier de Jean Becker. (Adjani). Ne faisons pas de faux procès à son auteur.

Brent Huff, chasseur de papillon dans Gwendoline

Capture d’écran – © 1984 Parafrance – Films de l’Alma – G.F.P.I

Gwendoline, un spectacle exotique de références qui finit par ne ressembler qu’à lui-même

Avec son humour de Tintin, ses ambitions d’action (la course de chars en clin d’œil à Ben Hur de Wyler), et son casting fanfaron, Gwendoline est souvent plus proche d’A la poursuite du diamant vert que du roman-photo décrié en son temps. Le film qui fit l’objet d’un hors-série chez Starfix, apporte son lot d’étrangetés européennes au concept globalement américain que l’on résumerait à l’efficacité. Le divertissement ne manque jamais de style et ne se repent jamais pour ses maladresses nombreuses ou ses fautes de goût. Mieux, il convie au voyage en créant son propre univers qui finit par ne ressembler qu’à lui-même. Et avec Bernadette Lafont en reine mégère et la fourberie joyeuse de l’excellent Jean Rougerie, des décennies après, on savoure encore notre plaisir. Gwendoline est un délice d’innocence travesti en ce qu’il n’était pas. Accordons-lui une seconde chance.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 8 février 1984

Gwendoline, affiche cinéma du film de Just Jaeckin

Affiche 1984 © Philippe

Le test blu-ray

Sorti en VHS chez Parafrance Video Worlwide (PVW), au milieu des années 80, puis chez Echo Video Time, Gwendoline n’a pas vraiment eu de chance en DVD. Une édition pauvre et mal fagotée sortie dans un coffret avec un film de David Hamilton, Tendres cousines, par un éditeur qui n’a même pas estampillé la jaquette de son nom dans les années 2000, et puis s’en va. Maigre pour redonner une chance à ce joli film d’aventure. Heureusement, Severin aux USA et au Royaume-Uni a remis le film au goût du jour, avec un blu-ray. En France, Le Chat qui fume lui emboîte le pas. Avec en plus une édition Ultra HD unique au monde ! L’édition est limitée à 1 000 exemplaires pour un Digipack au visuel collector luxueux.

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Compléments : 3 /5

Le Chat qui fume a repris quelques suppléments issus de l’édition Severin. Il y a ajouté un très précieux entretien avec Just Jaeckin qui évoque sa carrière et sa vie d’aujourd’hui pendant près de 33 minutes. L’artiste étant rare dans les médias de cinéma, c’est d’autant plus formidable qu’il ne se répète pas trop avec le segment produit par Severin où il se focalise davantage sur le film Gwendoline. Les deux compléments autour de Just Jaeckin sont même d’une grande complémentarité.

Malgré tout, on reprochera à cette édition de ne jamais donner la parole aux acteurs vivants de cette fanfaronnade, à savoir Tawny Kitaen et Brent Huff. Ils sont pourtant bien présents dans l’édition zone A. C’est d’autant plus dommage que Brent Huff a beaucoup officié par la suite dans le bis italien de Mattei, et même chez Sergio Martino.

Pour la présence de la Française Zabou, c’était impossible, celle-ci ayant éradiqué le film de sa filmographie, en raison de problème avec la production. Dans un supplément passionnant sur la production du film, à proprement parler, par Jean-Claude Fleury, ce problème est à peine évoqué. Il méritait quelques éclairages.

test blu-ray Gwendoline avec Tawny Kitaen

Design : Frédéric Domont – © 1984 Parafrance – Films de l’Alma – G.F.P.I

Dans tous les cas, si Le Chat qui fume propose des bonus toujours à propos et riches en contenu, l’on peut se sentir frustré de l’absence de montage américain, proposé aussi en supplément chez Severin. Idem pour les commentaires audio.

• Just par Jaeckin avec le réalisateur Just Jaeckin (33 min)
• L’effet papillon, avec Just Jaeckin (14 min)
• Le paradis du bondage, avec François Schuiten Claude Renard (34 min)
• Les périls de la production, avec Jean-Claude Fleury (18 min)
• Les voyages de Gwendoline, avec Françoise Deleu (14 min)
• Film annonce

Image : 5 / 5

Master resplendissant de lumière et de détails, Gwendoline en blu-ray irradie l’écran. Cela permet un investissement du spectateur par ce que le film a de plus beau, sa forme, son esthétique. Le format Scope est bien respecté. On vit un rêve éveillé. Attention, selon l’éditeur, il s’agit bien d’un master unique, approuvé par Gaumont, différent de celui de Severin.

Son : 4 / 5

La note peut paraître sévère d’une certaine façon. Si le film, tourné en Dolby Stéréo en son temps, ne souffre d’aucun problème de son notoire – c’est le moins que l’on puisse dire tant la copie est juste et équilibrée -, on reprochera l’absence de la piste anglaise d’origine. Le film a été tourné dans cette langue et l’on aurait aussi aimé la découvrir, comme nos amis d’outre-Manche. C’est évidemment un fan hardcore du film qui parle. Le doublage était la seule piste disponible sur la France à sa sortie, de même en VHS, puis en DVD.

Le Chat qui fume a toutefois opté pour la VF exclusive pour répondre au désir du réalisateur qui considère cette piste comme la piste officielle de son oeuvre.

Le Chat qui Fume sur CinéDweller

Edition Collector Gwendoline Le Chat qui fume 2020

Design : Frédéric Domont – © 1984 Parafrance – Films de l’Alma – G.F.P.I

Test vidéo : Frédéric Mignard

Box-office :

Flop ou succès? Il faut choisir. Vous trouverez ici, en exclusivité sur le web, tout sur la carrière française de Gwendoline. Du pur CinéDweller !

L’avènement de la promo pantalon

Gwendoline a connu une sortie particulièrement marketée. Les affiches pantalon, qui étaient devenues au milieu des années 80 le nouveau format à la mode, pullulaient, mettant en avant les différents protagonistes du film, la promo battait son plein jusque dans le métro avec des affiches 4X3, les magazines jouaient le jeu, l’omniprésence du film de Just Jaeckin lui a valu une formidable première semaine.

Le film numéro 1 au box-office français

122 229 entrées dans 37 cinémas, dans la « francilie » (Paris+Périphérie). C’est un carton plein a priori pour Just Jaeckin qui n’est pas à son coup d’essai. Il est même considéré comme l’un des auteurs les plus bankable des années 70/80 (voir son box-office ici).

Où voir Gwendoline à Paris?

Paramount qui avait augmenté ses parts chez Parafrance, distributeur du film, avait déployé son important circuit en intra muros pour accueillir ce grand spectacle dans ses plus grandes salles : les Paramount City/Bastille/Marivaux/Montparnasse/Orléans/Maillot/Galaxie/Odéon/Montmartre/Opéra s’étaient mis en ordre de bataille. Au seul Paramount Opéra Gwendoline accueillait 10 506 spectateurs quand, à moins de 100 mètres de là, l’UGC Opéra était de l’opération, ou, à encore 200 mètres de cet UGC la Maxeville lui faisait une belle place, sans oublier le Max Linder qui n’était plus une salle à la mode, et devait donc se satisfaire de 1 832 clients.

Les autres temples parisiens à s’ouvrir à la Cité Interdite avaient pour noms le Marignan Pathé, le Publicis Elysées, le Publicis Saint-Germain, le Convention Saint-Charles, le Pathé Wepler, le Forum Cinémas, le Fauvette et surtout, à Montparnasse, le Bretagne qui avait distribué pas moins de 11 257 tickets. Un triomphe. Seize salles de banlieue complétaient avec succès ce beau panorama.

box-office de Gwendoline

© L. Salk (Illustrateur) Blu-ray : Severin Editions

Quelle concurrence ce 8 février 1984?

On notera qu’en première semaine, le nombre de nouveautés était impressionnant. En 2e place, la reprise du classique Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock triomphait -90 848 entrées pour un film du répertoire, c’était magnifique. L’éternel Terence Hill était dans Don Camillo, présent dans 25 salles, avec un bien maigre 58 696 spectateurs. Tricheurs de Barbet Schroeder, présent dans seulement 13 salles, étonnait avec 43 112 spectateurs. Les Charlots étaient en fin de carrière cinématographique avec le flop de Charlots Connection (36 411 spectateurs dans 28 salles). Krull, ersatz d’heroic fantasy méconnu, se prenait un bide en 12e place (30 673 entrées en 1ère semaine), Les parents ne sont pas simples cette année était une sous-Boum ringarde et se prenait les pieds dans le tapis (24 485 entrées dans 23 salles !). Le film fantastique made in France, Clash de Raphael Delpard (bientôt aux Editions du Chat qui Fume, au passage) réalisaient 3 380 entrées dans 7 cinémas, le célèbre L’éducation de Rita de Lewis Gilbert nourrissait 14 368 spectateurs exigeants, et dans le porno Brigades anti-sodomisées attirait 4 331 amateurs de cinéma classé X dans 4 cinémas. Dans 2 cinémas de quartier, Le châtiment des traîtres remplissait 2 temples du bis (6 203 entrées). Metropolitan FilmExport osait une distribution de Dragon Force, nanar patenté et marrant, sur un circuit ciblé de 2 salles, mais avec un grand succès (7 307)…

Dragon Force : Michael Mak, David Ho

© Metropolitan FilmExport

Gwendoline, le public ne t’aime pas

Toutefois, la preuve du désaveu du public à l’égard de Gwendoline se démontrera dès la deuxième semaine. Le bouche-à-oreille est épouvantable. La preuve par les chiffres, au final la comédie d’aventures au zeste d’érotisme ne doublera pas la mise de départ ne restant que 7 semaines à l’affiche ! Une catastrophe.

Semaine 2, le film de Just Jaeckin subit de plein fouet la concurrence d’une nouveauté frontale : Emmanuelle 4 avec Mia Nygren qui s’ébat avec le public en relief 3D, s’installe en première place française, y compris sur Paname où 122 009 spectateurs s’amusent du drôle de nanar de Francis Leroy. Alors que d’autres nouveautés fleurissent dans le top 5, comme le magnifique Rusty James de Coppola (110 680), Tawny Kitaen et ses acolytes s’écroulent en 6e place sur Paris, et en 3e place en province où le film réalisera un score plus raisonnable. Sur la « Francilie », la jeune héroïne perd 50% de sa fréquentation avec 61 250 spectateurs. En troisième semaine, elle dégringole à 27 251 curieux, malgré 24 écrans et le soutien infaillible du circuit Paramount qui a tout de même bien envie de libérer son espace. Même en province, la chute en 8e place est impressionnante.

Et Emmanuelle, dans tout cela?

En 4e semaine, le Ben Hur féminin est quasiment mort : 11 176 entrées dans 11 salles. Les exploitants se débarrassent comme ils peuvent de ce produit incompris.

Désormais présent sur 3 sites en 5e semaine, le film de fantaisie est exsangue (4 231). Il reste plus vigoureux en province. En 6e semaine, l’épopée exotique ne sévit plus qu’aux Paramount City et Montparnasse sur P.P., pour 2 034 spectateurs. En 7e et ultime semaine d’exploitation parisienne, Gwendoline, au Publicis Matignon et au Paramount Montparnasse, vit ses dernières heures : 1 236 spectateurs, pour un total insuffisant de 229 407 Parisiens. Il est intéressant de voir que cette même semaine, le premier Emmanuelle de Just Jaeckin célébrait sa 509e semaine d’exploitation sur les Champs Elysées dans une salle ; le rituel touristique remplissait les fantasmes de 743 touristes, pour un total mirobolant de 3 234 883 spectateurs. Un cas unique en France.

Doit-on pleurer sur le sort de Gwendoline?

On ne pleura pas sur le sort de Gwendoline, malgré le désaveu des Parisiens, et les 944 892 entrées France un peu en-deçà des attentes du million du distributeur, le film sera distribué partout dans le monde par des indépendants. Les collectionneurs d’affiches peuvent partir à la recherche des visuels (cinéma, dossiers de presse, VHS, DVD et blu-ray) tous différents en fonction des pays, puisque le film n’était lié à aucun visuel contractuel global. Une vraie pépite pour les orfèvres du 7e art.

Frédéric Mignard

Affiche américaine de Gwendoline

© L. Salk (Illustrateur)

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Gwendoline, affiche cinéma du film de Just Jaeckin SD

Bande annonce de Gwendoline

Aventures, Comédie érotique, Pastiche

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