Vive les femmes ! : la critique du film (1984)

Comédie, Comédie paillarde | 1h25min
Note de la rédaction :
6/10
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Affiche de Vive les femmes par Reiser

Vive les femmes ! est le succès posthume de Reiser dans les salles françaises. Un pan de notre patrimoine culturel, qui assume parfaitement sa grivoiserie au vitriol, et dont on aurait bien tort de se priver sous couvert de la bien-pensance à la mode, car il en ressort une réflexion pertinente sur les classes et les rapports complexes hommes femmes.

Synopsis : Viviane et Ginette sont deux grandes amies. Elles se rencontrent souvent au bistrot tenu par Albert. C’est là que sévit parfois Bob le séducteur. Et il ramène fréquemment chez lui de jolies filles, ce qui ne déplaît pas à son voisin de palier. Car Mammouth – c’est son nom – est un gros solitaire, ravi d’entendre chez Bob les râles du plaisir. A l’époque des vacances d’été, Viviane et Ginette partent dans le Midi. Bob aussi, accompagné de Mammouth, ce qui ne l’enchante guère. Sur la plage, Bob passe son temps à draguer. Ainsi rencontre-t-il Ginette…

Critique : Très en vogue dans les années 80, l’adaptation de bandes dessinées grivoises avait déferlé dans les salles dans la première moitié des années 80, avec notamment des jalons tirés de l’œuvre de Gérard Lauzier (P’tit con, La tête dans le sac, Tranches de vie) ou Wolinski (Le roi des cons, Aldo et Junior), pour mémoire, l’un des dessinateurs outrageusement assassinés lors de l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 . La comédie de l’époque était souvent volontairement bête et méchante, reprenant l’esprit satirique de Charlie, L’écho des savanes et Hara Kiri. Claude Confortès, issu du théâtre, qui bourlinguait avec la troupe de Cavanna, Gébé et Gus, était l’un des grands amis de Wolinski et de Jean-Marc Reiser.

 
Reiser, lui-même très proche de Coluche, était décédé en 1983, quelques mois avant la sortie de l’adaptation de son œuvre, Vive les femmes ! par Claude Confortès. Son esprit populaire, volontairement grivois, grossier, et toujours dans un amour expansif des femmes, se retrouve avec toute la crudité de son œuvre au cœur de Vive les femmes !, succès au théâtre en 1982, avec déjà une mise en scène de Claude Confortès qui adaptait directement les textes de Jean-Marc Reiser. On y retrouvait peu ou prou le casting du film, à savoir Maurice Risch, Roland Giraud, Michèle Brousse, Pauline Lafont.

Le triomphe du printemps 1984

Tourné avec un petit budget – il s’agit principalement de mettre en scène des saynètes avec un fil conducteur prétexte -, des vacances de Parisiens sur les plages du Languedoc Roussillon, Vive les femmes ! est l’un des succès surprise en 1984, adhérant à sa cause “féministe/féminine”, que d’aucuns traiteraient à tort aujourd’hui de misogyne, plus de deux millions de spectateurs, et précipitant dans la foulée la mise en chantier d’une autre œuvre culte de Reiser, Gros dégueulasse au cinéma, avec beaucoup moins de succès.

Gros dégueulasse et la critique sociale de Reiser

Le personnage de Gros dégueulasse que va immortaliser Maurice Risch en salle, est déjà présent en filigrane dans Vive les femmes ! via la figure malheureuse du gars populaire, si cher à Reiser, de Mammouth. Un paria de la société, obèse, crasseux, qui représente la France des petits, refoulé et donc aigri dans son malheur. Sa frustration sociale est mise en scène à partir de la thématique sexuelle et trouve notamment écho dans son rapport impossible aux femmes. Il tient des propos de philosophe du café de commerce, café bel et bien présent physiquement, comme pierre angulaire des rapports humains, dans l’esprit d’un Hexagone populo qui s’apprêtait à mourir avec le virage qu’allait emprunter la France dans les années 90.

“Etre une femme libérée, tu sais, ce n’est pas si facile”

On ne cherchera pas de scénario à Vive les femmes !, comme dans toutes les œuvres de ce type de cette époque : il s’agit d’une suite de sketchs cyniques, parfois très beaux dans les éclaircis d’humanité qui émaillent la noirceur des relations humaines. Ils sont reliés artificiellement via le procédé d’une histoire de vacances, avec des chassé-croisés articulés sur la relation compliquée entre les phallocrates et les femmes qui se libèrent enfin ; leur caractère démontre que Reiser et Confortès, amoureux des belles poitrines (celle de Catherine Leprince, découverte chez Mocky), ne sont pas là pour dresser une critique acerbe de la femme des années 80.

Plaisir d’acteurs heureux

Avec des acteurs à l’aise dans leur rôle, le plaisir est intact. Roland Giraud disserte sur les clitoridiennes et les vaginales, et ferait presque du Audiard ou Blier ; il joue au play-boy des plages avec un mélange de ringardise et de tendresse. La gouaille de Michelle Brousse que l’on adorera retrouver dans les comédies trash Les oreilles entre les dents de Schulmann et surtout Le bonheur a encore frappé de Jean-Luc Trotignon, est exquise. Catherine Leprince demeure au firmament de sa beauté, symbole d’une liberté féminine des années 80 qui nous manque beaucoup, adroite dans les moments de comédie mignonne (les scènes de classe où, institutrice, elle soulève la jeunesse au rythme de ses battements de jambes), Georges Beller et Michèle Bernier (dans la vie, la fille du cofondateur d’Hara-Kiri, le Professeur Choron !) s’engueulent en couple de façon tonitruante… Et puis, l’on ne manquera pas de citer les apparitions lumineuses de Pauline Lafont, en passe de devenir l’une des valeurs montantes du cinéma français des années 84-88, jusqu’à son dramatique accident mortel qui rend un peu le visionnage de ce film mortifère.

Vive les femmes ! n’est absolument pas du grand cinéma dans la forme, et la critique de l’époque le lui a fait remarquer bien méchamment, mais, sociologiquement et culturellement, c’est un morceau de notre patrimoine qu’il ne faut pas récuser. Drôle et jamais dans le Z contrairement à d’autres électrons libres de son époque (les Max Pecas, Comment draguer tous les mecs de Jean Paul Feuillebois et consorts), le film demeure encore savoureux des décennies après, malgré un essoufflement du dispositif dans les vingt dernières minutes.

Quant aux fins connaisseurs du genre, ils seront heureux de chercher les caméos des enfants terribles de la satire française : Confortès, lui-même, Wolinski, Gébé, Bruno Gaccio, Gus, François Cavanna…

On notera également que le film a généré un tube, juste avant la naissance du Top 50, puisque le single, Dites, ça vous dirait … avec moi, interprété par Michèle Brousse et Roland Giraud, compte parmi les gros ventes de 45 tours de l’année, malgré la censure des radios françaises mal à l’aise avec les dialogues obscènes du film, insérés dans le titre.

Critique  : Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 7 mars 1984

Affiche de Vive les femmes par Reiser

© Reiser

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