Christine : la critique du film et le test du coffret ultra collector (1984)

Epouvante-Horreur | 1h49min
Note de la rédaction :
9/10
9
Christine de Carpenter, l'affiche

  • Réalisateur : John Carpenter
  • Acteurs : John Stockwell, Keith Gordon, Alexandra Paul, Robert Prosky, Harry Dean Stanton
  • Date de sortie: 25 Jan 1984
  • Nationalité : Américain
  • Année de production : 1983
  • Scénario : Bill Phillips d'après le roman de Stephen King (Edition Albin Michel)
  • Musique : John Carpenter et Alan Howarth
  • Distributeur : Warner-Columbia Film
  • Éditeur vidéo : Gaumont Columbia RCA (VHS, première édition), Carlotta (blu-ray 2019)
  • Sortie blu-ray Carlotta : Le 18 septembre 2019
  • Box-office France / Paris-périphérie : 981 177 entrées / 201 542 entrées
  • Box-office USA : 21 M$
  • Budget : 9,7 M$
  • Festival : Sélection officielle Avoriaz 1984
Note des lecteurs

Dernière œuvre majeure d’un cycle horrifique parfait, Christine constitue la quintessence du cinéma de John Carpenter au début de sa carrière. A la fois profond, émouvant et terriblement fun. Du plaisir à l’état pur.

Synopsis : Arny est un adolescent timide et complexé. Un jour, il fait la rencontre de Christine, une Plymouth Fury de 1958 en piteux état, et décide de l’acheter. Lorsque la voiture retrouve une seconde jeunesse, le comportement d’Arny se met à changer. Désormais sûr de lui, en couple avec la plus belle fille du lycée, il reste néanmoins obsédé par Christine. Quiconque osera se mettre en travers de leur chemin devra en payer le prix fort…

Une adaptation réussie de Stephen King

Critique : Sollicité par Hollywood au début des années 80, l’écrivain Stephen King est alors considéré comme une valeur sûre au box-office. Rien que sur l’année 1982, il fournit les scripts de Cujo, Charlie (Firestarter) et Christine. Malgré l’échec retentissant aux Etats-Unis de The Thing, le réalisateur John Carpenter est initialement approché pour tourner Charlie. Il travaille sur le scénario avec Bill Phillips, mais finit par abandonner le projet lorsque le studio Universal divise son budget prévisionnel par deux. Mécontent, John Carpenter claque la porte du studio. Il est aussitôt approché par le producteur Richard Kobritz qui vient justement d’acheter les droits d’un autre livre de King, à savoir Christine.

Christine, photo d'exploitation

© 1983 Columbia Pictures Industries Inc. Tous droits réservés.

Avec un budget très serré, mais raisonnable, d’environ 10 millions de dollars (de l’époque), Carpenter accepte la proposition et retrouve Bill Phillips pour élaguer un script faisant autour de 700 pages. La principale décision est de transformer l’intrigue principale centrée sur le propriétaire fantôme d’une voiture des années 50 qui hante les nouveaux propriétaires du véhicule. Exit le fantôme et place à une voiture diabolique qui possède peu à peu l’âme de son propriétaire. Les scénaristes se concentrent donc sur une intrigue horrifique basique qui pouvait donner lieu à une œuvre de commande de pure détente.

Un portrait très juste de l’adolescence

Toutefois, ils développent durant la première heure – où il ne se passe d’ailleurs pas grand-chose sur le plan purement horrifique – une réflexion sur les tourments de l’adolescence. Si l’on peut craindre au début un ton de teen movie pseudo cool et particulièrement vulgaire, Carpenter ne tombe pas dans le panneau de la comédie et préfère ausculter avec beaucoup de sensibilité les interrogations de l’âge ingrat. Il met notamment en place un étrange triangle amoureux, qui ne sera finalement perturbé que par la voiture, machine cristallisant toutes les émotions du jeune Arnie (interprété avec beaucoup de conviction par Keith Gordon).

Christine, photo d'exploitation

© 1983 Columbia Pictures Industries Inc. Tous droits réservés.

Le jeune homme, partagé entre son désir pour la belle Leigh et son amitié avec le beau Dennis (excellent John Stockwell), finira par se faire totalement posséder par l’esprit maléfique de la machine. Si Christine permet dans un premier temps au jeune homme de s’affirmer face à des parents castrateurs et un environnement scolaire hostile (car c’est un nerd), celle-ci le pousse progressivement à s’éloigner des autres et à devenir de plus en plus agressif. Dès lors, la voiture peut être considérée comme une métaphore, aussi bien d’un désir amoureux puissant, de la jalousie galopante, ou bien même d’une quelconque drogue. La force de Carpenter est de ne jamais théoriser cette métaphore et de rester au plus près de ses personnages tourmentés.

Carpenter au sommet sur le plan formel

Comme toujours, il le fait avec une maestria visuelle qui enchante l’œil à chaque minute. Doté d’une réalisation magnifique, basée sur de somptueux panoramiques et une lumière caressante de Donald M. Morgan, Christine constitue un pur plaisir de cinéphile. Lorsque la voiture commence à entrer en action, Carpenter multiplie les scènes culte, voire carrément iconiques comme celle du meurtre dans la ruelle étroite, ou encore la splendide course-poursuite alors que Christine est en flammes.

Utilisée avec parcimonie, la partition électronique de Carpenter et son complice Alan Howarth compte parmi les meilleures du réalisateur. Elle souligne avec une rare puissance tous les passages horrifiques, tandis que les morceaux rock des années 50 symbolisent à eux seuls la malédiction qui hante la machine. On signalera d’ailleurs les nombreuses références à La fureur de vivre (Nicholas Ray, 1955), à travers les habits et les coiffures successives de Keith Gordon, mais aussi lors de la confrontation entre l’adolescent et ses parents.

Affiche française teaser Christine

© 1983 Columbia Pictures Industries Inc. Tous droits réservés.

Le deuxième plus gros succès de Carpenter en France

En l’état, Christine est donc une œuvre profonde et savoureuse qui clôt de manière magistrale un corpus de plusieurs chefs d’œuvre pour John Carpenter. Malheureusement, la suite fut moins brillante, même si le cinéaste a parfois retrouvé le feu sacré.

A sa sortie, Christine fut un succès aux Etats-Unis, sans exploser les compteurs non plus. Le film achevait sa carrière en 35e place annuelle, juste derrière un certain Cujo, et deux places devant The Dead Zone, à savoir deux adaptations de Stephen King, alors très à la mode. L’année précédente, sur un scénario original du romancier, Creepshow de George A. Romero empochait exactement les mêmes recettes (21M$), quand The Thing du même Carpenter, devait se contenter de 19M$.

En France, il s’agit ni plus ni moins que le deuxième plus gros succès de Carpenter sur l’ensemble de sa carrière. Il a ainsi approché le million d’entrées, surfant ainsi sur la forte popularité de Stephen King en ce début des années 80 et une promotion spectaculaire de la part de Warner-Columbia, qui a beaucoup joué sur la présence du film en compétition d’un festival d’Avoriaz très médiatisé, où son concurrent The Dead Zone gagna 3 prix et L’ascenseur -désolé pour la tôle froissée de Christine– remporta le Grand Prix.

Le test du coffret ultra collector (limité à 3 000 exemplaires) :

Christine, visuel du coffret Carlotta

© 2019 Carlotta Films / Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.

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 Compléments & packaging : 5/5

Si le coffret ne nous a pas été fourni en version finalisée, nous connaissons déjà cette collection de l’éditeur et pouvons donc parier sur la beauté de l’objet, affublé d’un joli design. A l’intérieur, les fans pourront trouver un livre de 200 pages d’une incroyable richesse. Version abrégée de l’ouvrage américain Hell Hath No Fury Like Her : The Making of Christine de Lee Gambin, le bouquin revient en détail sur le tournage du film tout en proposant une analyse détaillée du long-métrage quasiment plan par plan. Le tout entrecoupé de témoignages du réalisateur, de l’équipe artistique et technique. Ce livre complet est extrêmement informatif et représente plusieurs heures de lecture à lui seul.

Le coffret contient un disque 4K Ultra HD (qui ne nous a pas été fourni), un blu-ray et un DVD.

© 2019 Illustration : Mainger
Carlotta Films / Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.

Sur le blu-ray, vous retrouverez de nombreux suppléments comme un commentaire audio de John Carpenter et Keith Gordon bourré d’anecdotes. Le making of de 48min réalisé par Laurent Bouzereau en 2003 vous apprendra tout ce que vous voulez savoir sur la genèse du projet, la réalisation, le tournage visiblement heureux et détendu, ainsi que sur la sortie du film. 26min de scènes coupées sont également disponibles. Si elles ont été coupées car elles ralentissaient sans doute le rythme, elles permettent d’approfondir les liens entre les personnages et notamment la romance entre John Stockwell et Alexandra Paul, renforçant ainsi la théorie du triangle amoureux.

Des suppléments pertinents et complémentaires

Sur le blu-ray, les fans de Carpenter pourront retrouver une conversation filmée à Cannes lors de la remise du Carrosse d’Or 2019. Le réalisateur est interrogé par les réalisateurs Yann Gonzalez et Katell Quillévéré durant 1h15min sur l’ensemble de son œuvre et plus précisément The Thing. Si la conversation n’évoque jamais Christine, les questions sont suffisamment larges pour intéresser les cinéphiles. Carpenter apparaît plutôt modeste, touché de tant d’attentions de la part de cinéastes qui posent des questions très intellectuelles. Lui se contente souvent de réponses courtes, parsemées d’humour. Il émane de l’homme un vrai capital sympathie.

Reste donc à découvrir les bandes annonces originales du film.

Tous les films Carlotta sur CinedwellerL’image du blu-ray : 4,5/5

Magnifique restauration effectuée pour ce blu-ray qui propose Christine dans une version épatante pour la rétine. Les couleurs sont pimpantes, la définition est presque parfaite (quelques légers effets de crénelage ou aliasing sont tout de même identifiables) et l’image est d’une belle fluidité. Tout cela sans sacrifier le joli grain d’origine qui donne aux images une très fière allure. On imagine que la version en 4K Ultra HD doit atteindre sans problème la note maximale.

Le son du blu-ray : 4/5

La version originale est ici disponible en Dolby Atmos, comme sur le disque 4K. Elle offre un confort de visionnage optimal en proposant une expérience totalement immersive, et ceci malgré son format en 2.0. On a ainsi le sentiment d’être face à une très bonne piste spatialisée.

Une piste DTS-HD Master Audio en 2.0 est également disponible pour la version originale et pour la version française. Cette dernière, un peu plus étriquée, propose une expérience satisfaisante et les fans de la VF d’époque – bien vulgaire au passage – peuvent profiter du film dans cette configuration sans honte.

Critique du film et test blu-ray : Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 25 janvier 1984

Stephen King Christine

Christine de Carpenter, l'affiche

© 1983 Columbia Pictures – Delphi Premier Productions – Polar Film. Tous droits réservés.

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Christine de Carpenter, l'affiche

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