Cinglée : la critique du film (1988)

Drame, Film de procès | 1h56min
Note de la rédaction :
8/10
8
Cinglée, l'affiche

  • Réalisateur : Martin Ritt
  • Acteurs : Karl Malden, Richard Dreyfuss, Barbra Streisand, Leslie Nielsen, Eli Wallach, William Prince, Maureen Stapleton
  • Date de sortie: 02 Mar 1988
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Nuts
  • Titres alternatifs : Toquée (Québec) / Nuts ... Durchgedreht (Allemagne) / Loca (Espagne) / Louca (Portugal) / Wariatka (Pologne) / Me quieren volver loca (Pérou) / Pazza (Italie) / Call girl ötszázért (Hongrie) / Querem me Enlouquecer (Brésil)
  • Année de production : 1987
  • Scénariste(s) : Darryl Ponicsan, Alvin Sargent et Tom Topor d'après sa pièce éponyme
  • Directeur de la photographie : Andrzej Bartkowiak
  • Compositrice : Barbra Streisand
  • Société(s) de production : Warner Bros., Barwood Films.
  • Distributeur (1ère sortie) : Warner Bros.
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Warner Home Vidéo (VHS) / Aquarelle (DVD, 2008) / MEP Vidéo (DVD, 2010) / Rimini Editions (DVD, 2014)
  • Date de sortie vidéo : 2 décembre 2014
  • Box-office France / Paris-périphérie : 225 682 entrées / 77 199 entrées
  • Box-office nord-américain : 30,9 M$ (78,2 M$ au cours ajusté de 2022)
  • Budget : 25 M$ (63,2 M$ au cours ajusté de 2022)
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Dolby Stéréo
  • Festivals et récompenses : 3 nominations aux Golden Globes 1988 : Meilleur film dramatique, Meilleur acteur dans un film dramatique pour Richard Dreyfuss, Meilleure actrice dans un film dramatique pour Barbra Streisand / 1 nomination aux David du Donatello 1988 : Meilleure actrice étrangère pour Barbra Streisand
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Warner Bros.
Note des spectateurs :

Film de procès classique, mais très efficace, Cinglée a le mérite d’alerter sur la condition des femmes dans les années 80. Une thématique forte et malheureusement toujours d’actualité. Barbra Streisand y est excellente.

Synopsis : Claudia, call-girl de luxe, est une jeune femme indisciplinée aux réactions imprévisibles. On l’accuse d’avoir assassiné volontairement l’un de ses clients alors qu’elle se trouvait en état de légitime défense. Sous la pression de son beau-père et de sa mère, les psychiatres la déclarent folle. Au cours de l’audience préliminaire, elle agresse violemment son avocat qui plaidait l’internement et qui décide de quitter le dossier. L’avocat Aaron Levinsky, commis d’office, a très peu de temps pour prendre connaissance du dossier, pourtant il va tout faire pour aider sa turbulente cliente.

Un projet porté à bout de bras par Barbra Streisand

Critique : En 1980, la pièce de Tom Topor intitulée Nuts remporte un joli succès sur les scènes Off-Broadway. De quoi susciter l’intérêt des producteurs de cinéma et notamment de la Universal qui achète les droits d’adaptation pour le compte du réalisateur et producteur Mark Rydell. Celui-ci envisage donc de tourner Cinglée, avec dans le rôle principal Debra Winger. Toutefois, la star Barbra Streisand se prend de passion pour le sujet et fait des pieds et des mains pour obtenir le rôle. Comme elle est trop occupée par Yentl (1983), le projet est mis en stand-by et Mark Rydell abandonne l’idée de le réaliser.

Finalement, les droits de Cinglée sont vendus à la Warner en 1986 et Barbra Streisand peut désormais être la seule maîtresse à bord. Pourtant, elle ne souhaite pas le réaliser et choisit de confier la mise en scène au chevronné Martin Ritt. Devenu le projet personnel de Streisand, celle-ci s’est investie à fond en travaillant son rôle auprès d’anciennes prostituées et en interrogeant des psychiatres sur la folie et la paranoïa. Dans le même temps, elle compose la musique du film. Face à elle, Richard Dreyfuss est sélectionné pour lui donner la réplique. Si le comédien refuse initialement et que l’on envisage un temps Dustin Hoffman, c’est finalement l’acteur des Dents de la mer qui accepte le rôle de l’avocat commis d’office.

Un puissant discours féministe

Tourné entre les mois d’octobre 1986 et février 1987, Cinglée ne cherche aucunement à s’affranchir de son origine théâtrale. Effectivement, hormis quelques flashbacks, la totalité de l’intrigue se situe dans un tribunal. Le métrage appartient donc à la longue tradition des films de procès. Toutefois, malgré des contraintes fortes, le vétéran Martin Ritt se sort du challenge avec maestria en multipliant les axes de prises de vues et en rendant sa caméra discrète, mais mobile. Il parvient ainsi rapidement à faire oublier que nous sommes dans un cadre unique pour mieux se concentrer sur l’histoire forte qu’il raconte.

Effectivement, la pièce d’origine se suffisait à elle-même tant elle était d’une réelle modernité dans ses thématiques. Dans Cinglée, il est ainsi question de prostitution, mais aussi de pédophilie et de volonté de la société d’enfermer les femmes à la personnalité trop marquée dans des structures en les traitant d’hystériques. L’air de rien, Barbra Streisand a souhaité mettre en avant des thématiques féministes et son discours résonne d’autant plus de nos jours puisqu’elle semble anticiper la vague #MeToo de plus de trente ans.

Un refus de simplification, tout à l’honneur des auteurs

Proche d’un théâtre à la Tennessee Williams, Cinglée évoque également le cinéma adulte de Sidney Lumet, d’autant plus que Martin Ritt est entouré ici du chef opérateur Andrzej Bartkowiak qui a souvent travaillé avec le cinéaste du Verdict (1982). Toutefois, même s’il relève de la commande pure, Cinglée ne dépareille pas au sein de la filmographie de Martin Ritt, cinéaste qui fut autrefois blacklisté pour avoir appartenu un temps au Parti communiste. Celui-ci a développé au cours de sa riche carrière une œuvre entièrement tournée vers la lutte sociale et la reconnaissance des droits des Afro-américains. Cette fois, il contribue à une meilleure connaissance du drame vécu par certaines femmes en proie à une masculinité toxique.

Il le fait avec la sensibilité de son époque, sans jamais stigmatiser l’ensemble de la gente masculine. Ainsi, de nombreux personnages masculins sont positifs et compensent les rôles pesants tenus par Karl Malden et Leslie Nielsen (dont ce fut le dernier rôle dramatique avant de devenir une star de la comédie). Richard Dreyfuss s’avère d’une belle justesse de jeu, tandis qu’il affronte la pétaradante Barbra Streisand en mode cabotinage. La star de la chanson a toujours été exubérante – et parfois irritante – mais elle est absolument parfaite dans un rôle qui lui va comme un gant. On saisit assez rapidement qu’une fêlure est à l’origine de son comportement outrancier. Le déballage de linge sale n’en sera que plus éprouvant encore pour le spectateur lors de séquences puissantes sur le plan dramatique.

Succès mitigé aux Etats-Unis et dans le monde

Grand film de procès, Cinglée n’a certes pas la puissance d’une œuvre comme La vérité (Clouzot, 1960), mais le long-métrage se hisse tout de même dans la fourchette haute du genre. A tel point que les deux heures de projection passent à une vitesse folle, par la science d’un montage absolument maîtrisé.

Sorti fin 1987 sur les écrans américains, Cinglée n’a pas été un gros succès puisque le métrage a tout juste remboursé son budget de 25 millions de dollars – dont 5 millions pour Barbra Streisand qui fut à l’époque la star féminine la mieux payée d’Hollywood. Le métrage s’est positionné à la 50ème place du box-office annuel, preuve de la disparition progressive d’un cinéma adulte à Hollywood.

Box-office français

Cinglée, malgré ses différences (il ne s’agit pas d’un thriller), apparaissaient pourtant le 9 mars 1988 comme un polar – film de procès de plus aux yeux du public qui, en 1988, venait de découvrir Liaison fatale d’Adrian Lyne, sorti en janvier, et surtout Suspect dangereux de Peter Yates, avec une autre chanteuse actrice… Cher. Ce dernier, authentique film de tribunal également, paraît d’ailleurs une semaine seulement avant le film de Martin Ritt, et s’en sortira légèrement mieux grâce à cette avance, mais la carrière des deux longs métrages est rendue difficile par la simultanéité des sorties et leur proximité thématique.

De plus, pour achever les deux films qui seront inexistants à l’issue du mois de leur sortie, d’autres thrillers débarquent. Frantic de Polanski s’imposera le 30 mars de la même année et Traquée de Ridley Scott avec Mimi Rogers et Tom Berenger essaiera d’imposer sa patte un mois plus tard, le 13 avril.

Dans ce contexte, il sera compliqué pour Cinglée de se démarquer et il faudra attendre un an plus tard, février 1989, pour avoir un film de procès féministe vraiment emporter tous les suffrages, avec Les accusés de Jonathan Kaplan, mettant en scène Jodie Foster en victime d’un viol collectif.

En chiffres, qu’est-ce que cela donne?

Sorti début mars 1988 en France, Cinglée entre à la 5ème place du box-office parisien lors d’une première semaine à 34 712 spectateurs. Le film se maintient en 2ème semaine (21 592 jurés), mais la chute est inexorable en troisième semaine et le long-métrage finira sa carrière parisienne avec 77 199 entrées.

Sur toute la France, le film de procès débarque en 8ème position avec 79 409 clients. La chute commence à s’amorcer dès la septaine suivante avec 58 144 tickets supplémentaires. Ils ne sont plus que 27 098 avocats à faire le déplacement en troisième semaine. Le film va ensuite vivoter avec peu d’entrées pendant quelques semaines et atteindre péniblement 225 682 spectateurs.

Voici donc les totaux à retenir pour les trois films de procès au féminin

  1. Les accusés 550 509 entrées
  2. Suspect dangereux : 268 207 entrées
  3. Cinglée : 225 682 entrées

Depuis son relatif échec, Cinglée a souvent été édité en VHS et DVD, mais généralement dans des éditions bon marché, assurément pour contenter les fans de Barbra Streisand. Pourtant, il s’agit d’une œuvre intéressante et forte, au sujet toujours d’actualité.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 2 mars 1988

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Cinglée affiche panton du film avec Barbra Streisand

© 1987 Warner Bros. – Barwood Films. Tous droits réservés.

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Martin Ritt, Karl Malden, Richard Dreyfuss, Barbra Streisand, Leslie Nielsen, Eli Wallach, William Prince, Maureen Stapleton

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Cinglée, l'affiche

Bande-annonce de Cinglée (VO)

Drame, Film de procès

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