Chacal : la critique du film (1973)

Thriller | 2h23min
Note de la rédaction :
7/10
7
Chacal, l'affiche

  • Réalisateur : Fred Zinnemann
  • Acteurs : Howard Vernon, Jean Martin, Philippe Léotard, Michel Auclair, Derek Jacobi, Cyril Cusack, Féodor Atkine, Andréa Ferréol, Jean Sorel, Delphine Seyrig, Edward Fox, Michael Lonsdale, Jacques François, Vernon Dobtcheff, Michel Subor, Madeleine Barbulée
  • Date de sortie: 14 Sep 1973
  • Nationalité : Britannique, Français
  • Titre original : The Day of the Jackal
  • Titres alternatifs : Der Schakal (Allemagne) / El día del chacal (Pérou) / Il giorno dello sciacallo (Italie) / O Dia do Chacal (Brésil)
  • Année de production : 1973
  • Scénariste(s) : Kenneth Ross d'après le roman Chacal de Frederick Forsyth
  • Directeur de la photographie : Jean Tournier
  • Compositeur : Georges Delerue
  • Société(s) de production : John Woolf Productions, Warwick Film Production, Universal Productions France
  • Distributeur (1ère sortie) : CIC
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Gaumont Columbia TriStar Home Video (DVD, 2001) / Elephant Films (combo DVD-blu-ray, 2019)
  • Date de sortie vidéo : 28 février 2019 (combo)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 389 990 entrées / 113 253 entrées
  • Box-office nord-américain : 16 M$
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Oscars 1974 : 1 nomination pour le meilleur montage pour Ralph Kemplen / Golden Globes 1974 : 3 nominations pour meilleur film, meilleur scénario et meilleur réalisateur / BAFTA 1974 : 7 nominations dont une récompense pour le meilleur montage pour Ralph Kemplen
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Warwick Film Production
Note des spectateurs :

Chacal est un thriller qui tient en haleine durant près de deux heures trente grâce à une mécanique narrative implacable. Dommage que les personnages, trop nombreux, peinent parfois à exister.

Synopsis : En août 1962, après une tentative ratée de l’assassinat du général de Gaulle, l’OAS accuse le coup. A la tête de l’organisation, le colonel Rodin décide d’engager dès lors un tueur professionnel sans attache ni lien avec le monde extérieur, et c’est en échange de 500 000 dollars qu’il trouve l’homme de la situation, “le Chacal”. Pour déjouer ce complot, l’inspecteur Lebel mène l’enquête et tente le tout pour le tout afin de démasquer le nouvel agent de l’OAS.

Zinnemann se saisit d’un best-seller à sensation de Frederick Forsyth

Critique : Au début des années 70, le réalisateur Fred Zinnemann n’a pas tourné depuis plusieurs années, lui qui a pourtant cumulé un nombre conséquent d’Oscars au cours de sa prestigieuse carrière. Effectivement, il a travaillé pendant près de trois ans sur un projet qui s’est effondré une semaine avant le début du tournage. Désemparé, le réalisateur se rend chez un ami, le producteur John Woolf, qui lui propose de lire le l’ouvrage de Frederick Forsyth intitulé The Day of the Jackal, publié avec grand retentissement en 1971. Zinnemann emporte chez lui le bouquin et le termine dans la nuit, totalement happé par la force du sujet. Le lendemain, il téléphone à John Woolf pour donner son accord de principe sur la réalisation de ce thriller politique.

Chacal, la jaquette du combo DVD blu-ray

© 1973 Warwick Film Production LTD. / © 2019 Elephant Films. Tous droits réservés.

Effectivement, ce livre de politique-fiction s’inspire de l’attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle en 1962 – mais aussi indirectement par tous les attentats politiques qui furent nombreux dans les années 60, dont celui contre JFK – et imagine une riposte de la part de l’OAS (Organisation de l’armée secrète) qui choisit d’engager un tueur à gages pour assassiner le président français. Le sujet du livre est plutôt audacieux pour l’époque, d’autant que son auteur Frederick Forsyth s’est servi de son expérience en tant que journaliste pour rendre les agissements du Chacal plausibles.

Une participation très active de l’Etat français

De son côté, le producteur John Woolf parvient à monter une importante coproduction franco-britannique et arrive à obtenir de la part de l’Etat français une étroite collaboration. Ainsi, le cinéaste bénéficie d’un accès privilégié au défilé du 14 juillet qu’il filme et transpose dans le film comme étant la célébration du jour de la libération de Paris. Le tournage de la scène a été effectué en public, sans que les gens ne se rendent compte de la présence d’une équipe de cinéma, ce qui donne une certaine véracité à la scène de l’attentat.

Ce réalisme donne tout son poids au long-métrage, et ceci même si Zinnemann n’a pas cherché à transposer le Paris des années 60 dans celui du début des années 70. Ainsi, les véhicules aperçus ne sont pas toujours justes sur le plan chronologique. Mais peu importe finalement puisque Zinnemann parvient à éviter la plupart des clichés habituels sur la France. Par contre, pour pouvoir apprécier Chacal, il faut faire abstraction du fait que tous les personnages s’expriment en anglais, y compris lorsqu’ils sont Français. Cette convention, typique de l’époque, peut se révéler préjudiciable de nos jours.

Une mécanique de précision, au risque de la froideur

En tout cas, Fred Zinnemann a su mobiliser une importante logistique qui fait de son thriller un modèle de construction, d’autant que cette traque s’étale tout de même sur près de deux heures trente. Il fallait notamment réussir à tenir le spectateur en haleine, alors même que tout le monde sait que de Gaulle n’est pas mort assassiné. Finalement, le spectateur suit avec intérêt la conception progressive d’un attentat, puis son échec, tout en étant témoin de la lutte des différents services de renseignements européens pour faire capoter l’opération. On notera également l’audace qui consistait à ne proposer aucune musique autre qu’intra-diégétique durant la quasi-totalité du long-métrage si l’on excepte les génériques du début et de fin. Cela confère au film un plus grand impact et une plus grande tension.

Certains ont pu reprocher à Fred Zinnemann l’absence d’implication émotionnelle dans cette belle mécanique, ce qui n’est pas totalement faux. Effectivement, si nous suivons pas à pas les agissements d’Edward Fox (le Chacal du titre) et Michael Lonsdale (le policier qui le traque), nous ne saisirons jamais leur psychologie. Tous les autres protagonistes n’existent pas suffisamment à l’écran pour pouvoir posséder une quelconque profondeur. Même Delphine Seyrig, qui obtient un rôle un peu plus consistant que ses camarades, ne parvient pas à développer son personnage outre mesure.

Un casting dantesque, mais sans véritable star

Chacal reste donc une diabolique mécanique de précision, mais qui manque sans aucun doute d’humanité dans son traitement. C’est sans doute ce qui explique l’échec commercial cinglant du long-métrage. Zinnemann, pour sa part, a évoqué le fait d’avoir refusé que le rôle principal soit tenu par une star (on a évoqué notamment le nom de Roger Moore). Il pensait notamment qu’Edward Fox serait suffisamment inconnu du grand public pour être crédible dans le rôle d’un tueur anonyme.

Malheureusement, cela a sans doute desservi le film sur le plan commercial. Si le long-métrage possède un casting particulièrement riche, il ne peut ainsi pas proposer une star centrale qui pouvait fédérer le public autour de ce projet si ambitieux. Fred Zinnemann a sans aucun doute fait le bon choix d’un point de vue artistique (d’autant qu’Edward Fox est très à l’aise dans le rôle), mais cela a condamné son film à un certain anonymat préjudiciable à sa carrière.

Chacal repart à la niche avec peu d’entrées

Avec seulement 389 990 entrées sur le sol français – pourtant directement intéressé par le sujet du film – Chacal a été une sacrée déconvenue. Certes, les Etats-Unis ont ajouté 16 millions de dollars de recettes dans son escarcelle, mais cela n’a guère compensé le manque à gagner. Depuis, le film a fait l’objet d’un remake très éloigné intitulé Le chacal (Caton-Jones, 1997) avec Richard Gere et Bruce Willis. Toutefois, le film traite cette fois du terrorisme en Irlande, ce qui a poussé Frederick Forsyth et Fred Zinnemann à se plaindre auprès des studios Universal. Ce sont eux qui ont incité les producteurs à changer le titre qui est donc passé de The Day of the Jackal à un simple The Jackal.

De toute façon, la faiblesse de cette nouvelle version n’a guère fait d’ombre à l’original des années 70. Certes, Chacal n’a rien d’un chef-d’œuvre, mais il témoigne de l’extrême efficacité d’un réalisateur toujours maître dans la conduite d’un récit à suspense. Il fait aujourd’hui l’objet d’une réédition dans un combo DVD-Blu-ray chez l’éditeur Elephant Films.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 12 septembre 1973

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Chacal, l'affiche

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