Trois couleurs : Bleu – la critique du film (1993)

Drame | 1h38min
Note de la rédaction :
9/10
9
Affiche de Trois couleurs : Bleu de K. Kieslowski

  • Réalisateur : Krzysztof Kieślowski
  • Acteurs : Juliette Binoche, Julie Delpy, Daniel Martin, Julie Gayet, Hélène Vincent, Emmanuelle Riva, Philippe Volter, Isabelle Sadoyan, Benoît Régent, Florence Pernel, Charlotte Véry
  • Date de sortie: 08 Sep 1993
  • Nationalité : Français, Polonais, Suisse
  • Titre original : Trois couleurs : Bleu
  • Titres alternatifs : Three Colors: Blue (titre international) / Frihet - Den blå filmen (Suède) / Tres colores: Azul (Espagne) / Três Cores: Azul (Portugal) / Trzy kolory: Niebieski (Pologne) / Blå (Norvège) / Tre colori - Film blu (Italie) / Három szín: Kék (Hongrie) / Drei Farben - Blau (Allemagne) / Kolme väriä - sininen (Finlande) / A Liberdade é Azul (Brésil)
  • Année de production : 1993
  • Autres acteurs : Yann Trégouët, Claude Duneton, Jacek Ostaszewski, Hugues Quester, Florence Vignon
  • Scénaristes : Krzysztof Piesiewicz, Krzysztof Kieślowski, Agnieszka Holland, Sławomir Holland, Sławomir Idziak, Edward Żebrowski
  • Monteur : Jacques Witta
  • Directeur de la photographie : Sławomir Idziak
  • Compositeur : Zbigniew Preisner
  • Chefs maquilleurs : Jean-Pierre Caminade, Valérie Tranier
  • Chef décorateur : Claude Lenoir
  • Directeur artistique : -
  • Producteurs : Marin Karmitz
  • Producteurs exécutifs : -
  • Sociétés de production : CED Productions, France 3 Cinéma, MK2 Productions, Eurimages, CAB Productions, Tor Production (Zespol Filmowy "Tor")
  • Distributeur : MK2 Diffusion
  • Distributeur reprise : Potemkine Films
  • Date de sortie reprise : 6 octobre 2021
  • Editeurs vidéo : MK2 Vidéo (VHS, 1994) / MK2 (DVD, 2001, 2004, 2007, 2008) / Potemkine Films (en coffret blu-ray et UHD 4K, 2021)
  • Dates de sortie vidéo : 1994 (VHS) / 23 novembre 2001 (DVD) / 2 juin 2004 (DVD, CD) / 17 octobre 2007 (DVD) / 10 avril 2008 (DVD) / 7 décembre 2021 (blu-ray et UHD 4K)
  • Budget : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 1 237 416 entrées / 383 371 entrées
  • Box-office nord-américain : 1 324 974 $ (soit environ 2 740 000 $ au cours de 2024)
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur / Son : Dolby Digital
  • Festivals : Chicago International Film Festival 1993 : en compétition / Mostra de Venise 1993 : en compétition
  • Nominations : César 1994 : 9 nominations pour Meilleure actrice (Juliette Binoche) ; Meilleur son (William Flageollet et Jean-Claude Laureux) ; Meilleur montage (Jacques Witta) ; Meilleur film ; Meilleur jeune espoir féminin (Florence Pernel) ; Meilleur réalisateur (Krzysztof Kieślowski) ; Meilleur scénario original ou adaptation ; Meilleure musique originale / Golden Globes 1994 : 3 nominations pour le meilleur film étranger ; Meilleure actrice dans un rôle dramatique et meilleure musique / Goya 1994 : 1 nomination pour le meilleur film étranger
  • Récompenses : Chicago International Film Festival 1993 : Prix spécial du jury du meilleur réalisateur pour Kieslowski / Mostra de Venise 1993 : Lion d'or du meilleur film ; coupe Volpi de la meilleure actrice pour Juliette Binoche ; Osella d'or de la meilleure photographie ; Prix Pasinetti de la meilleure interprétation féminine / César 1994 : Prix de la meilleure actrice pour Juliette Binoche ; meilleur montage et Meilleur son / Goya 1994 : Prix du meilleur film étranger.
  • Illustrateur/Création graphique : © Kensuke Koike (affiche, reprise). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © MK2, Potemkine Films. All Rights Reserved. Tous droits réservés.
  • Attachées de presse : Eva Simonet, Laurette Monconduit
  • Tagline : Une trilogie de Krzysztof Kieślowski
  • Franchise : 1er film de la trilogie Trois couleurs
Note des spectateurs :

D’une grande finesse psychologique et esthétique, Trois couleurs : Bleu constitue l’un des chefs d’œuvre du cinéaste polonais Krzysztof Kieślowski, ainsi que son plus gros succès populaire. Indispensable.

Synopsis : Bleu, comme la liberté. Après la mort de son mari Patrice, un grand compositeur, et de leur fille Anna, dans un accident de voiture, Julie commence une nouvelle vie, anonyme et indépendante. Olivier, l’assistant de Patrice, amoureux d’elle, tente de la sortir de son isolement en terminant le Concerto pour l’Europe, œuvre laissée inachevée par le compositeur.

Une trilogie née de la confiance entre Kieślowski et son producteur Marin Karmitz

Critique : Avec 592 241 entrées au mois de mai 1991, La double vie de Véronique a été un énorme succès du cinéma d’art et essai, porté par ses multiples récompenses cannoises. Le métrage a surtout révélé au grand public français le nom du cinéaste polonais Krzysztof Kieślowski dont Le décalogue (1988) a été projeté dans les salles françaises l’année précédente, faisant forte impression auprès des critiques et des cinéphiles les plus pointus.

Désormais financé par la France, le réalisateur polonais rencontre alors le producteur Marin Karmitz et les deux hommes sympathisent au point d’envisager la production d’une trilogie complète. Il s’agissait d’un sacré défi puisqu’il fallait que le producteur avance l’argent pour les trois œuvres qui ont été tournées coup sur coup entre les mois de septembre 1992 et mai 1993, avec parfois un seul jour de repos entre deux longs-métrages. Le premier à voir le jour est Bleu, mis en boite entre septembre et novembre 1992.

Bleu, un hymne au visage de Juliette Binoche

Au départ, la trilogie est née d’un malentendu puisque Krzysztof Kieślowski pensait que la signification des trois couleurs du drapeau français était liée aux trois concepts de notre devise liberté, égalité, fraternité. Il s’agit d’une méprise qui n’entrave pourtant aucunement le visionnage de l’ensemble. Ainsi, le premier volet représenté par la couleur bleue est une illustration du concept de liberté. Dans le film, Julie subit un terrible accident de voiture où son mari et sa petite fille décèdent. Seule survivante de la catastrophe, celle-ci va tenter de s’extraire du monde dans une fuite en avant qui interdit tout retour vers le passé. Toutefois, en cherchant à ne plus rien éprouver, elle se condamne à ne plus vraiment vivre. Pire, le passé ne cesse de se rappeler à elle par le jeu de rencontres fortuites.

Julie, c’est Juliette Binoche qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles. L’actrice qui sortait de l’éprouvante conception houleuse des Amants du Pont Neuf (Leos Carax, 1991) fait preuve d’une incroyable maturité de jeu, évitant toute forme d’esbroufe pour suggérer sa détresse par le regard. Son visage est si expressif que Krzysztof Kieślowski l’a filmé longuement, souvent en plan-séquence, faisant apparaître l’action en hors-champ. Le cinéaste suggère ainsi le détachement du personnage qui n’arrive pas à se raccrocher au réel tant qu’elle demeure en état de sidération par rapport au drame survenu.

Trois couleurs : Bleu ou la symphonie de la vie

Mais le plus beau dans Trois couleurs : Bleu vient assurément de cette capacité du cinéaste à traiter du deuil sans aucun pathos. Mieux, il filme le retour à la vie d’une femme qui va apprendre à s’ouvrir aux autres pour mieux renaître de ses cendres. Cette convalescence est signifiée par la superbe musique de Zbigniew Preisner dont le cinéaste ne nous propose que des bribes durant tout le film, avant que le tout s’assemble lors du magnifique final chantant les vertus de l’amour. Les paroles sont d’ailleurs issues de la Première épître aux Corinthiens et le cinéaste arrive alors à créer un ensemble choral qui unit en même temps la musique et les différents personnages du film dans un seul et même mouvement. L’émotion est à son comble et vient couronner une œuvre d’une sensibilité à fleur de peau toujours aussi touchante trente ans plus tard.

Trois couleurs : bleu, l'affiche de la reprise

© 1993 MK2 Productions – CED Productions – France 3 Cinéma – CAB Productions – Zespol Filmowy “Tor” / Affiche : Kensuke Koike. Tous droits réservés.

Déjà repéré par les cinéphiles comme étant un incroyable formaliste, Krzysztof Kieślowski s’appuie ici sur la grandiose photographie de Sławomir Idziak qui avait déjà travaillé avec lui sur La double vie de Véronique (1991) pour créer une œuvre colorée d’une imparable beauté esthétique. S’affranchissant régulièrement du naturalisme, les deux hommes proposent des images filtrées, comme peintes à même la pellicule, pour un rendu impeccable. L’artiste  ne cesse d’utiliser des miroirs et des reflets afin de distordre la réalité et de créer comme un univers parallèle qui reflèterait le monde intérieur du personnage central.

Un magnifique succès dans les festivals, mais aussi dans les salles

D’une très grande beauté esthétique et d’une réelle profondeur humaniste, Trois couleurs : Bleu est bien une œuvre remarquable et indispensable qui méritait largement l’accueil chaleureux rencontré à sa sortie. Ainsi, le long-métrage a eu le droit à un Lion d’or au Festival de Venise, tandis que Juliette Binoche a obtenu la coupe Volpi de la meilleure actrice. En 1994, le film a reçu neuf nominations aux César, mais seules trois statuettes lui ont été attribuées dont celle de la meilleure actrice pour Juliette Binoche. Enfin, le drame sur le deuil a également séduit les votants des Golden Globes en recevant trois nominations.

Sorti dans les salles françaises le 8 septembre 1993, Trois couleurs : Bleu a séduit le grand public dès son investiture avec 62 626 Parisiens et 155 941 Français dans les 90 salles qui le programmait. Il s’agit assurément d’une très belle surprise qui permet au distributeur MK2 d’injecter des copies supplémentaires dans le circuit et d’étendre son nombre de salles à 112. Dès lors, le métrage primé attire encore plus de spectateurs lors de sa deuxième semaine (157 243 cinéphiles de plus).

Bleu, une carrière sur la durée

Devant faire face à la demande, le distributeur accentue encore la présence du drame avec 148 sites en troisième septaine pour un résultat de 141 516 spectateurs en plus. En seulement une vingtaine de jours, le métrage approche des 500 000 entrées. MK2 multiplie les copies et s’offre encore une magnifique quatrième semaine avec 119 743 retardataires. Désormais, Trois couleurs : Bleu est destiné à se construire une magnifique carrière sur la durée. Le drame ne veut pas mourir et dépasse les 700 000 entrées entre sa cinquième et sixième semaine. Au début du mois de novembre 1993, il tutoie les 900 000 spectateurs et dépasse même le million à la fin du mois.

Alors que Trois couleurs : Blanc sort dans les salles le 26 janvier 1994, c’est Bleu qui en profite pour revenir à l’assaut des salles et qui dépasse les 1 100 000 spectateurs. Début mars 1994, le métrage est relancé par le César de la meilleure actrice octroyé à Juliette Binoche et le film remonte même à la 16ème place du box-office national. Ainsi, il termine son interminable exploitation avec 1 237 416 entrées, soit le plus gros succès du cinéaste polonais, tous territoires confondus.

Depuis, le métrage a été exploité maintes fois en VHS et DVD, avant d’avoir le droit à une reprise en salles fin 2021 et surtout à une magnifique édition en 4K UHD par Potemkine Films dans un superbe coffret réunissant les trois films de la trilogie, dont Bleu constitue donc le segment le plus populaire.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 8 septembre 1993

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Affiche de Trois couleurs : Bleu de K. Kieslowski

Copyright MK2 Distribution

Biographies +

Krzysztof Kieślowski,  Juliette Binoche, Julie Delpy, Daniel Martin, Julie Gayet, Hélène Vincent, Emmanuelle Riva, Philippe Volter, Isabelle Sadoyan, Benoît Régent, Florence Pernel, Charlotte Véry

Mots clés

Drame psychologique, Portrait de femme, Films sur le deuil, MK2, Festival de Venise 1993

 

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