The Batman : la critique du film (2022)

Film de super-héros, Action | 2h56min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
The Batman (2022), affiche française

  • Réalisateur : Matt Reeves
  • Acteurs : John Turturro, Colin Farrell, Robert Pattinson, Jeffrey Wright, Peter Sarsgaard, Zoë Kravitz, Andy Serkis, Paul Dano
  • Date de sortie: 02 Mar 2022
  • Année de production : 2022
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Batman
  • Titres alternatifs :
  • Scénaristes : Matt Reeves, Peter Craig
  • D'après des personnages crées par : Bob Kane, Bill Finger (DC Comics)
  • Directeur de la photographie : Greig Fraser
  • Monteur : William Hoy, Tyler Nelson
  • Compositeur : Michael Giacchino
  • Producteurs : Dylan Clark, Matt Reeves
  • Sociétés de production : Warner Bros, DC Entertainment, 6th & Idaho Productions
  • Distributeur : Warner Bros.
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : Warner Bros
  • Date de sortie vidéo : Premier semestre 2022
  • Box-office France / Paris-Périphérie : -
  • Box-office nord américain / monde : -
  • Budget : 100 000 000$
  • Rentabilité :
  • Classification : Tous publics avec avertissement : "Le climat général du film, ainsi que certaines scènes de violence, sont susceptibles de heurter un public sensible" (CNC)
  • Formats : 2.39 : 1 / Couleur (4K, Dolby Vision, 3D Version, DCP) ./ SDDS, IMAX 6-Track, Dolby Digital, Dolby Atmos, DTS (DTS: X), Dolby Surround 7.1, 12-Track Digital Sound (IMAX 12 track), Auro 11.1
  • Festivals et récompenses :
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Warner Bros Enternmaint, Inc. TM & © DC
  • Franchise : Dixième apparition de Batman au cinéma depuis 1989, Premier Batman avec Robert Pattinson
Note des spectateurs :

The Batman est une œuvre de conviction qui assume ses choix artistiques permettant au super-héros DC de revenir dans un genre noir loin des blockbusters d’action des épisodes précédents. Cela n’en fait pas pour autant une œuvre passionnante. Sa durée de 2h56 diminue fortement son impact.

Synopsis : Deux années à arpenter les rues en tant que Batman et à insuffler la peur chez les criminels ont mené Bruce Wayne au cœur des ténèbres de Gotham City. Avec seulement quelques alliés de confiance – Alfred Pennyworth, le lieutenant James Gordon – parmi le réseau corrompu de fonctionnaires et de personnalités de la ville, le justicier solitaire s’est imposé comme la seule incarnation de la vengeance parmi ses concitoyens. Lorsqu’un tueur s’en prend à l’élite de Gotham par une série de machinations sadiques, une piste d’indices cryptiques envoie le plus grand détective du monde sur une enquête dans la pègre, où il rencontre des personnages tels que Selina Kyle, alias Catwoman, Oswald Cobblepot, alias le Pingouin, Carmine Falcone et Edward Nashton, alias l’Homme-Mystère. Alors que les preuves s’accumulent et que l’ampleur des plans du coupable devient clair, Batman doit forger de nouvelles relations, démasquer le coupable et rétablir un semblant de justice au milieu de l’abus de pouvoir et de corruption sévissant à Gotham City depuis longtemps.

Les adieux à Ben Affleck

Critique : Très attendu par les amateurs de super-héros, The Batman est un nouveau départ pour l’univers DC, car un nouvel acteur vient prêter sa mâchoire au vengeur masqué. Le passage pathétique de Ben Affleck dans l’armure a été douloureux, d’autant que son personnage a été sabordé au montage dans deux films qui n’ont pas pu suivre les intentions initiales de son cinéaste, Zack Snyder. Pis, Affleck n’a jamais arboré son attirail en solo, contrairement à Michael Keaton et Christian Bale qui portaient fièrement l’entièreté de films sur leurs seules épaules. On laissera évidemment de côté les incursions sans intérêt de George Clooney et Val Kilmer dans l’armure noire.

Désormais joué par Robert Pattinson, Batman est associé au déterminant « The », comme une forme de noblesse. Une trouvaille surtout marketing pour éviter la redite et se réapproprier le héros. L’homme chauve-souris, c’est bien celui-ci et pas un autre. Pis, ce n’est surtout pas l’autre, Ben Affleck. Le fléchage peut être lu de ce fait comme ironique. Mais il peut également être interprété de façon plus ostentatoire, avec l’idée faussement sensationnelle que l’on peut oublier tous les autres films passés, Batman, le vrai, c’est bien celui-ci.

Mon père ce héros

Après les boucles temporelles des trois Spider-Man contemporains qui racontent tous plus ou moins la même chose, The Batman a au moins un avantage sur les autres. Il évite de ressasser le meurtre des parents de Bruce Wayne. Ce qui ne veut pas dire que le sempiternel trauma familial n’est pas. Il a toujours été dans la généalogie cinématographique de la franchise. Ici encore, les plaies laissées par la mort des parents sont encore béantes pour le personnage. L’ossature familiale en devient forcément lassante tant la carrure du héros que l’on suit en salle depuis 1989, pour la franchise moderne, renvoie systématiquement le jeune héritier à ses fêlures de dandy qu’un excellent rebondissement dans la dernière partie, mettra quelque peu à mal. Les souffrances de Bruce Wayne ne sont-elles pas quelque peu usurpées, voire excessivement mises en scène à travers l’évolution de ce personnage? Ce grand gaillard, qui a plus que l’âge de repeupler sa dynastie, du haut de sa tour d’ivoire, reste encore crispé par les interrogations initiales : qui a tué son père? Pourquoi?

Robert Pattinson, éternel dandy torturé

Quelques éléments dramatiques jettent désormais le discrédit sur son père, Thomas Wayne. D’où le choix évident de Pattinson pour le rôle. L’évidence narrative penchait pour un acteur ténébreux, incarnation humaine de l’hypersensibilité, de la déchirure. L’âme romantique de Twilight traîne cette éternelle tristesse qui transparaît dans son regard lorsqu’il est masqué. Et c’est d’ailleurs dans ces scènes qu’il est le meilleur. Malgré son horripilante coupe de cheveux, l’acteur est parfait pour le rôle, contredisant les détracteurs de la première heure, égalant sans difficulté les belles prestations de Christian Bale dans le rôle du Dark Knight.

The Batman lorgne vers le cinéma noir

Le point commun avec la trilogie du Dark Knight ne s’arrête pas au jeu des deux comédiens, mais aussi à l’authentique noirceur des œuvres. Quand The Dark Knight imposait sa tonalité, Zack Snyder dans son diptyque se complaisait dans la tendance. Le film de Matt Reeves, réalisateur solide de Cloverfield qui, depuis, n’a jamais raté le moindre de ses films, s’oriente pour sa part vers une noirceur singulière dans la franchise, en s’affranchissant du super-héroïsme. Il accouche d’un film noir à l’ancienne, une enquête de détective, avec un cerveau manipulateur qui agit sur des pions à force de devinettes diaboliques. L’analogie avec les thrillers des années 90 est évidente ; on pense néanmoins à Se7en de Fincher et même à Zodiac qu’il réalisera plus tard.

… au prix de quelques longueurs

Ce choix narratif a un prix, des longueurs au cinéma noir classique (d’ailleurs The Batman dure près de trois heures et, par rapport à ce qu’il raconte, est vraiment trop long), accentuées par des scènes d’action assez rares. Sous le masque, l’humain l’emporte et le super-héros s’efface pour réfléchir sur le sens des mots justice et vengeance, lui qui est, aux yeux de la police de Gotham, le représentant d’une justice de la rue qui ne passe pas par les tribunaux, ce que l’on nomme en anglais un « vigilante ».  Ce terme très conservateur fait réfléchir notre Batman, pris à partie par la police, plus progressif car incarné par Pattinson en personne.

La Féline Zoë Kravitz

Dans tout film noir comme ceux qui obscurcissaient les écrans américains des années 40, avec de sombres histoires mafieuses et de corruption, le stéréotype de la femme fatale s’impose généralement comme une évidence. Effectivement un personnage féminin vient apporter ses charmes ensorcelants à la trame. Pour ce 10e long métrage contemporain de la franchise Batman, l’on retrouve une icône bien aimée des cinéphiles, Selina Kyle, alias Catwoman. Jamais garce comme la Michelle Pfeiffer que Tim Burton avait fétichisée en 1992 et jamais en position de faire-valoir encombrant comme Anne Hathaway dans The Dark Knight Rises, la féline est jouée par Zoé Kravitz, dont la beauté avait vainement ensorcelé les années 2010 puisqu’on la retrouve seulement en 2022 au premier plan dans un blockbuster. Kravitz est solide et dans l’air du temps. Catwoman combat les féminicides et s’érige face au patriarcat au sens domestique du mot, celui du patriarche, du père. Et surtout, l’actrice joue avec conviction, ce qui n’était pas le cas de Halle Berry dans Catwoman, film éponyme dont son personnage fut l’héroïne et dont la mésaventure artistique est devenue un bide de légende et mit un terme à la carrière de Pitof en tant que réalisateur.

Batman chez « les affranchis »

Dans les seconds rôles, les mafieux du cinéma noir ont trouvé en John Turturro et Colin Farrell des interprétations inhérentes au genre qu’affectionne Martin Scorsese. Le Carmine Falcone de Turturro et le Oswald Cobblepot de Colin Farrell, auraient pu tous deux trouver leur place dans le Dick Tracy de Warren Beatty (1990), tout particulièrement Colin Farrell grimé en personnage aux antipodes du sex-symbol qu’il est. Dans le rôle du Pingouin, la star irlandaise est méconnaissable, puisqu’il évoque autant le Pingouin auquel Danny DeVito avait prêté ses traits en 1992, que Joe Pesci dans Les affranchis. Dans son jeu, il ne fait que reproduire les tics systématiques de Robert De Niro, non sans succès.

Une œuvre intense mais aux émotions limitées

Le grand méchant masqué du film, aux devinettes tendues, est joué par Paul Dano. L’éternel ado de Little Miss Sunshine n’est, de son côté, pas toujours à la hauteur de l’événement. Plus proche d’un Bill Gates schizophrène que d’un terrifiant Machiavel, il est l’assertion que le projet The Batman, aussi excitant soit-il, n’est pas la réussite patente du Dark Knight de Nolan dont le casting entier est devenu légendaire. Ce constat se retrouve aussi dans le manque d’intensité globale des émotions malgré l’insistance de la musique du grand Michael Giacchino, et le talent manifeste de Matt Reeves à la réalisation. Nonobstant tous ses atouts, The Batman en qualité de film noir reste à distance de l’authentique noirceur de l’âme humaine pour se contenter des clichés freudiens quand le blockbuster manque de spectacle et de rythme.

Au moins The Batman a pour lui la conviction et la vision de son cinéaste qui, pour une fois, n’ont pas été malmenées par les exigences commerciales du studio. Le noir n’est certes pas profond, mais il se pose toujours comme une alternative bienvenue aux récits algorithmés des divertissements Marvel. Dire que l’on attend la suite serait une insulte à notre exigence, mais il n’y a aucune raison d’être radicalement contre.

Frédéric Mignard

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