James Gunn enterre le mythe Superman par son humour parodique, ses choix esthétiques kitsch et son incapacité à écrire des personnages autres que caricaturaux. Un ratage dans les grandes largeurs !
Synopsis : Superman se retrouve impliqué dans des conflits aux quatre coins de la planète et ses interventions en faveur de l’humanité commencent à susciter le doute. Percevant sa vulnérabilité, Lex Luthor, milliardaire de la tech et manipulateur de génie, en profite pour tenter de se débarrasser définitivement de Superman. Lois Lane, l’intrépide journaliste du Daily Planet, pourra-t-elle, avec le soutien des autres méta-humains de Metropolis et le fidèle compagnon à quatre pattes de Superman, empêcher Luthor de mener à bien son redoutable plan ?
Exit la noirceur, place au kitsch!
Critique : Dans les années 2010, la maison d’édition DC Comics établit comme son rival Marvel un univers cinématographique partagé dirigé essentiellement par la réalisateur Zack Snyder. Celui-ci, sous l’influence de Christopher Nolan qui a assombri la figure de Batman, développe des thématiques plus matures et qui font preuve d’une certaine noirceur, comme en témoigne son Batman v Superman : L’aube de la justice (2016), surtout dans sa version longue.

© Warner Bros Pictures. All Rights Reserved.
Pourtant, après plusieurs échecs commerciaux d’envergure, le studio décide de jeter à la poubelle cette construction pour repartir de zéro, avec un nouveau maître d’œuvre à la barre, un certain James Gunn qui a été débauché de chez Marvel car il y a connu un grand succès avec sa trilogie consacrée aux Gardiens de la galaxie. Le but est donc de créer un nouveau DC Universe intitulé pour le moment Gods and Monsters et entamé avec ce Superman version 2025. Mais comme toujours à Hollywood, tout dépendra du succès ou non de ce premier volet.
Une vision quasiment parodique du super-héros mythique
Fidèle à son style outrancier, kitsch et volontairement parodique, James Gunn a réussi autrefois à transformer un groupe peu intéressant sur le papier (les fameux Gardiens de la galaxie) en une trilogie à la fois drôle, enlevée et dont le kitsch pleinement assumé pouvait faire le bonheur de tous les amateurs de cinéma bis. Mais transposer ce même style à la figure iconique de Superman n’était pas une gageure simple à faire accepter. Pour cela, il aurait fallu disposer d’un script solidement charpenté et surtout d’un respect un peu plus évident envers le personnage et son univers.
En fait, la référence de James Gunn sur le plan cinématographique ne serait ni la version pompière de Zack Snyder (Man of Steel), ni la vision plus poétique de Richard Donner ou de Bryan Singer (Superman et Superman Returns), mais bien celle plus comique de Richard Lester (Superman II et Superman III). Il ajoute donc une flopée de protagonistes caricaturaux et met systématiquement le héros en mauvaise posture. Le scénario enchaîne donc les combats où Superman est laissé pour mort, avant d’être sauvé par un tiers. Le mythe du super-héros indestructible prend donc un sérieux coup dans l’aile.
Superman et son super-toutou
Tout d’abord, le film débute in media res en plein combat que Superman perd. Cela fait à peine deux minutes que le film est commencé qu’apparaît Krypto, le fameux chien aux super-pouvoirs et porteur d’une cape. Ce personnage ridicule est issu de la pire période des comics Superman, à savoir les années 50 lorsque DC ciblait vraiment le public le plus jeune pour contrer la censure aux aguets.
Avec ce protagoniste canin, James Gunn vise lui aussi le public des petits gamins, mais exaspère les adultes dès les premiers instants du film. Par la suite, il ne cesse de sacrifier ses personnages au nom de l’efficacité maximale. Ainsi, James Gunn expédie Clark Kent en deux ou trois scènes, et ne prend pas la peine de présenter les différents protagonistes de l’histoire. On se désintéresse donc très rapidement de ce qui se passe à l’écran, d’autant que l’hystérie n’est jamais loin.
En seulement deux heures, James Gunn nous présente – mal – un Justice Gang avec trois super-héros supplémentaires, mais aussi la romance entre Loïs Lane et Superman, les volontés hégémoniques de Lex Luthor, ainsi que l’invasion d’un petit pays par une grande puissance (toute référence à l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’est pas fortuite). Le tout entrecoupé d’une énorme scène d’action toutes les cinq minutes, et même d’un passage où le film rend un hommage maladroit aux kaiju (films de monstres japonais genre Godzilla).
Superman, un fourre-tout bordélique de deux heures
De ce joyeux bordel, rien n’est approfondi. Toutes les pistes narratives qui pourraient être exploitées sont à peine abordées avant d’être sabordées au nom du dieu efficacité. Grand fourre-tout kitsch au possible, Superman version 2025 dispose pourtant de moyens conséquents et James Gunn fait preuve d’une vraie générosité en matière d’action pure, mais il en oublie tout simplement de raconter une histoire portée par des êtres de chair et de sang.

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De ce gloubi-boulga informe, on sauvera tout juste la réalisation de James Gunn, même s’il abuse un peu trop du grand angle et des mouvements de caméra numérique pour donner plus d’ampleur à ses plans, faisant ainsi oublier l’absence de Cinémascope. On signalera aussi la belle prestation de David Corenswet, qui est effectivement un choix judicieux pour incarner l’extraterrestre surpuissant.
Des acteurs inégaux aux personnages caricaturaux
Face à lui, Nicholas Hoult en fait des caisses en Lex Luthor au point d’en devenir la caricature (il semble d’ailleurs inspiré par le patron de Tesla Elon Musk). Dans le rôle de Loïs Lane, Rachel Brosnahan s’en sort plutôt bien, même si son rôle est encore une fois sacrifié par un scénario mal écrit. Enfin, Nathan Fillion écope d’une coupe de cheveu improbable qui fait de son interprétation de Green Lantern un moment nanardesque plutôt déplorable. D’ailleurs, tous les personnages qui sont présentés ici et qui devraient donc faire partie du futur univers partagé n’ont aucun charisme, tous affublés de looks ridicules. Autant dire que l’on n’est vraiment pas pressé de les retrouver dans des œuvres futures.
Certes, on ne peut pas reprocher à James Gunn de se trahir sur le plan stylistique, mais sa version de Superman rejoint les ratages pitoyables des suites des années 80 à force de vouloir à tout prix faire rire et séduire les plus petits avec le mignon toutou qui apparaît jusque dans la séquence du générique final. Superman est mort une nouvelle fois, vive Superman !
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 9 juillet 2025

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Biographies +
James Gunn, Frank Grillo, Nicholas Hoult, Isabela Moner (Isabela Merced), Bradley Cooper, Michael Rooker, Nathan Fillion, Rachel Brosnahan, John Cena, Pom Klementieff, Zlatko Buric, David Corenswet, Edi Gathegi, Skyler Gisondo, Wendell Pierce
Mots clés
Cinéma américain, Film de super-héros, DC Comics, Franchise : Superman