Dix-neuf ans après Superman IV, retour cosmique d’un super-héros lisse au joli minois. Spectaculaire et vif comme l’éclair, Superman Returns accomplit un come back de référence à la mise en scène majestueuse. Malheureusement, l’échec fut total au box-office.
Synopsis : Superman est de retour après cinq longues années d’absence durant lesquelles le monde a évolué. Son ennemi juré, Lex Luthor, est sorti de prison et la femme qu’il aime et qu’il a abandonnée, a eu un enfant et s’est installée avec un autre homme. Mais quelle est la place d’un être aux super-pouvoirs dans ces conditions ? Le monde a-t-il encore besoin d’un sauveur ? Lex Luthor et ses ambitions destructrices de dément vont bien vite lui faire comprendre que oui…
Critique : Le monde a-t-il besoin de Superman ? Bonne question à laquelle on répondrait par la négative à la vue du désastreux quatrième volet de la célèbre série qui s’abîma dans les profondeurs du box-office en 1987. Depuis, plus de nouvelle du héros de comics le plus populaire des années 80, mis sur la touche au profit de Batman, Spider-man et autres X-Men. Ringard le minet capé au visage juvénile et à l’âme pure comme de la kryptonite ? Pas forcément, Bryan Singer, visiblement très amoureux de bandes dessinées – il est aussi le réalisateur des deux premiers X-Men –, relance artistiquement la franchise de manière épatante en privilégiant l’aspect cosmique et astral du bellâtre volant.

Brandon Routh dans Superman Returns © 2006. Warner Bros. All Rights Reserved.
Après une longue retraite cosmogonique de cinq ans au fin fond de l’espace, Superman revient dans notre monde pour veiller sur l’équilibre terrestre. Portant un regard triste sur les affres de notre espèce, la superstar du peuple et des médias prévient les “dés-astres” et sauve les vies à la chaîne. Bryan Singer conscient des limites psychologiques du super-héros, insiste sur la mélancolie de son personnage en quête d’une place sur Terre et dans le cœur de la belle Loïs qu’il a abandonnée. L’éternel étranger ostracisé par ses super-pouvoirs ne peut apparaître dès lors que sous l’habit d’un intello maladroit aux yeux de tous ; il est condamné à planer au milieu des astres dans ses moments de spleen lors de scènes d’une rare beauté spatiale (voir l’affiche très représentative de la sensibilité de l’œuvre).

Design : Crew Creative Advertising © 2006. Warner Bros. All Rights Reserved.
Cet angle émotionnel est parfaitement maîtrisé. La dynamique spectaculaire du récit n’en est pas amoindrie pour autant. Impressionnant dans ses séquences paroxysmiques (le crash de l’avion et le naufrage du navire de Lex Luthor) qui débordent d’effets spéciaux époustouflants et gracieux, Superman returns s’impose alors comme une référence dans le film de super-héros. Intelligent et palpitant (les 2h30 passent en un clin d’œil), ce spectacle cossu budgété à 25-270 millions de dollars s’érige, à l’image de son protagoniste et de son cinéaste, en parangon de modestie. L’argent abonde sans être tape à l’œil à l’écran et sans chercher à faire de l’ombre à la BD et à la série cinématographique pour lesquelles le réalisateur a visiblement beaucoup de respect. A ce sujet, le générique et l’insertion d’images de Marlon Brando issues du premier segment soulignent bien toute la magie du cinéma, un art populaire bâtisseur d’esprits et de souvenirs collectifs, et nous assènent un formidable coup de nostalgie. Bref, une noble cause.
Malheureusement, l’accueil critique et public sera très partagé, avec de très mauvais retours inacceptables pour une superproduction si attendue. Trop sérieuse. Trop molle. Trop désincarnée (le jeu de Brandon Routh, qui semblait physiquement né pour le rôle, a désarçonné). Superman Returns a été un flop mondial au box-office, condamnant sa star masculine à l’oubli, et au reboot à être sans lignée. En 2011, Zack Snyder s’efforcera à faire de sa relecture, Man of Steel, une œuvre plus spectaculaire, mais toujours avec un manque de second degré déjà en œuvre, dans Superman Returns, qui condamnera beaucoup de productions super-héroïques DC hors Dark Knight à l’agacement du public prompt à faire la courbette devant la cool attitude des héros pop Marvel.

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En France, sans grande concurrence en matière de blockbusters américains (le suivant, Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit ne sortant que trois semaines plus tard, le 2 août), le retour de Superman s’arrêtera tout juste aux 1 500 000 spectateurs, avec une décevante 28e place annuelle. Les Français, cette année-là, sont davantage L’âge de glace 2 (6 627 000), Pirates des Caraïbes 2 (6 500 000), Da Vinci Code (4 162 000) ou Casino Royale (3 182 000).
C’est X-Men, l’affrontement final, qui se positionnera en tête des productions super-héroïques, avec 2 824 000 spectateurs.
Malgré une combinaison de 818 salles, une promo épique par Warner qui a coûté une fortune au département marketing, Superman Returns ouvre à 640 412 entrées en première semaine. Il parvient tout juste à franchir le million à l’issue de sa 2e semaine (359 000, -44%).

© Warner Bros. All Rights Reserved.
Le film passera sous la barre des 100 000 entrées en semaine 5, perdant encore 257 écrans (72 731 entrées dans 402 salles). Il ne restera à l’affiche que 12 semaines.
Aux USA, les 200M$ de recettes seront aussi insuffisantes, puisque le budget de 270M$ nécessitait un vrai effort patriote de la part des Américains. Avec 391 M$ de recettes globales, Warner pleure d’avoir validé ce choix artistique. Avec plus de 350M$ de budget et de coûts marketing, Superman Returns aurait nécessité au moins 800 millions de dollars pour être rentable.
RIP Brandon Routh, l’acteur d’un blockbuster qui sera sacrifié à jamais à Warner dont le ressentiment retentit encore…

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Bryan Singer, Brandon Routh, Marlon Brando, James Marsden, Eva Marie Saint, Frank Langella, Kevin Spacey, Parker Posey, Kate Bosworth, Ian Bliss
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