Librement inspiré de l’affaire Dutroux, Le Dossier Maldoror confirme le talent de Fabrice du Welz pour créer le malaise, même si son film pâtit d’une durée excessive.
Synopsis : Belgique, 1995. La disparition inquiétante de deux jeunes filles bouleverse la population et déclenche une frénésie médiatique sans précédent. Paul Chartier, jeune gendarme idéaliste, rejoint l’opération secrète « Maldoror » dédiée à la surveillance d’un suspect récidiviste. Confronté aux dysfonctionnements du système policier, il se lance seul dans une chasse à l’homme qui le fera sombrer dans l’obsession.
L’affaire Dutroux revisitée
Critique : Cinéaste belge, Fabrice du Welz a été marqué durant sa jeunesse par la terrible affaire Dutroux qui a secoué son pays et toute l’Europe durant l’été 1996. Cette histoire trouble de viols, assassinats et pédocriminalité a alimenté les théories les plus fantaisistes, tout en démontrant les ravages de la guerre entre les différents services de police et de gendarmerie qui n’ont pas partagé leurs informations. Toutefois, Fabrice du Welz ne souhaitait pas tourner une reconstitution fidèle de cet événement traumatique et s’est donc inspiré de la réécriture historique opérée par Quentin Tarantino dans Once Upon a Time in… Hollywood (2019) pour se saisir de la réalité et la tordre au point d’en faire une pure fiction de cinéma.

© 2025 Frakas Productions – The Jokers Films – One Eyed – RTBF – FWB – France 2 Cinéma / Photographie de Sofie Gheysens. Tous droits réservés.
Dès lors, Le Dossier Maldoror (2024) s’attache à suivre la longue (en)quête d’un jeune gendarme désireux de rendre la justice à tout prix. Par sa durée de plus de deux heures et trente minutes, le long métrage s’emploie à ne louper aucun élément d’une affaire tentaculaire, s’inspirant donc sans aucun doute du Zodiac (2007) de David Fincher. Parmi les autres influences notables, on signalera également les œuvres de Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer) et de Francis Ford Coppola (Le Parrain), notamment lors d’une longue séquence de mariage qui ne fait pourtant pas avancer l’intrigue. Enfin, le style quasiment documentaire destiné à une dénonciation politique ramène aussi au cinéma d’Yves Boisset.
Une première partie trop longue, sauvée par une suite plus fidèle au style du cinéaste
Cette profusion de références cinématographiques vient parfois parasiter une œuvre qui manque quelque peu de personnalité dans sa première moitié, avec une réalisation moins formaliste qu’à l’accoutumée et une tendance à étirer inutilement certaines séquences, alors que le spectateur a déjà compris ce qui se joue. De même, la première impression n’est pas forcément à l’avantage d’Anthony Bajon dont le visage poupon semble en décalage avec son rôle de gendarme pugnace et violent. Finalement, celui qui s’en tire le mieux durant cette première moitié du film est assurément le grand Sergi López qui compose une figure maléfique particulièrement saisissante.
Heureusement, lorsque le cinéaste s’éloigne du réalisme qu’il a insufflé à la première partie de l’enquête, Le Dossier Maldoror prend une tournure plus proche du pur film de genre. Ainsi, Fabrice du Welz retrouve une esthétique plus marquée – notamment glauque – et se laisse enfin aller à quelques débordements dont il a le secret depuis son premier film Calvaire (2004). Certains pourront lui reprocher de trop tordre le réel pour amener le long métrage sur les terres de l’horreur viscérale, mais c’est justement là que le réalisateur retrouve son style si particulier.
Le justicier de Charleroi
Ainsi, il nous propose quelques séquences complètement folles dont il a le secret, dont une où le personnage de Sergi López révèle toute la noirceur et la folie de son personnage, ou encore cette séquence très glauque où le gendarme doit affronter un cochon très friand de chair humaine. Totalement rongé par son enquête, l’homme de loi va finir par s’enfoncer dans une forme de vengeance réparatrice qui amène le film sur les terres du vigilante movie. C’est durant cette deuxième partie que l’on comprend mieux le choix d’Anthony Bajon qui révèle ici un certain don pour incarner les hommes violents et imprévisibles. Loin de l’image lisse qu’il renvoie au début du métrage, le comédien semble enfin possédé par son rôle.

© 2025 Frakas Productions – The Jokers Films – One Eyed – RTBF – FWB – France 2 Cinéma / Photographie de Sofie Gheysens. Tous droits réservés.
Sans aucun doute desservi par sa durée excessive, Le Dossier Maldoror est donc une œuvre plutôt valeureuse où l’on retrouve la patte d’un cinéaste que l’on apprécie, notamment dans sa deuxième partie, plus efficace et folle. Pour cela, il peut s’appuyer sur des seconds rôles solides tenus par Alexis Manenti, Jackie Berroyer (affublé d’une perruque volontairement ridicule) et surtout le charismatique Laurent Lucas. Enfin, la partition musicale de Vincent Cahay en rajoute dans le sordide et contribue donc à créer le malaise d’une œuvre décidément à réserver aux plus de 12 ans.
Box-office du Dossier Maldoror
Sorti le 15 janvier 2025 par le distributeur The Jokers, Le Dossier Maldoror a été proposé dans 199 salles pour un résultat très décevant de 43 691 entrées. Dès lors, le drame judiciaire n’est entré qu’en 14ème position du box-office hebdomadaire français, d’autant que sa durée l’amputait d’au moins une séance par jour. La semaine suivante, le métrage perd plus de 50 % de ses entrées et n’attire plus que 19 229 retardataires dans des salles globalement vides. Par la suite, la chute sera continue et Le Dossier Maldoror termine sa courte carrière avec seulement 80 219 enquêteurs.
Pourtant, il s’agit à ce jour du plus beau résultat de Fabrice du Welz au box-office français, puisqu’aucun de ses films n’a vraiment su séduire le grand public, au-delà d’une petite frange de cinéphiles. Mais son budget estimé à 8,6 M€ étant nettement plus élevé que celui de ses opus précédents, on ne peut pas parler de succès dans ce cas précis. Le métrage est désormais à découvrir en DVD, blu-ray et VOD.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 15 janvier 2025
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© 2025 Frakas Productions – The Jokers Films – One Eyed – RTBF – FWB – France 2 Cinéma / Affiche : Couramiaud, Laurent Luffroy ; Photographie de Sofie Gheysens. Tous droits réservés.
Biographies +
Fabrice du Welz, Béatrice Dalle, Alexis Manenti, Anthony Bajon, Mélanie Doutey, Sergi López, Laurent Lucas, Félix Maritaud, Jackie Berroyer, Lubna Azabal, Alba Gaïa Bellugi, David Murgia
Mots clés
Cinéma belge, Les enlèvements au cinéma, La pédophilie au cinéma, Les grandes enquêtes au cinéma, Festival de Venise 2024