Caligula, la véritable histoire : la critique du film + test blu-ray (1983)

Péplum, Horreur, Erotique, Historique, Nanar | 1h51min
Note de la rédaction :
4/10
4
Jaquette vhs de Caligula, la véritable histoire de David Hill en Hollywood Vidéo

  • Réalisateur : Joe D’Amato
  • Acteurs : Gabriele Tinti, Laura Gemser, Charles Borromel, David Brandon
  • Date de sortie: 29 Juin 1983
  • Année de production : 1982
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : Caligola, la storia mai raccontata
  • Titres alternatifs : Follia del potere (titre de travail, 1981), Caligula The Untold Story (Etats-Unis, Royaume-Uni, Australie), Calígula 3, la historia jamás contada (Espagne), Caligula: Elsker og tyran! (Danemark), Calígula - A Historia Que Não Foi Contada (Brésil), Les orgies de Caligula / De orgies van Caligula (Belgique), Calígula, o Outro Lado da História (Portugal), Decadencia (Mexique), Caligula II (Argentine, Chili...), Diastrofes tou Kaligoula (Grèce), Caligula II: The Forbidden Story (Pays-Bas)...
  • Scénaristes : George Eastman, sous le pseudonyme de Richard Franks, Joe D'Amato sous le pseudonyme de David Hills
  • Directeur de la photographie : Joe D'Amato sous le pseudonyme de Federico Slonisco
  • Monteur : George Morley
  • Compositeur : Carlo Maria Cordio
  • Producteurs : Alex Susmann (Joe d'Amato)
  • Sociétés de production : Metaxa Corporation, Cinema 80
  • Distributeur : Arts et Mélodie Distribution
  • Editeur vidéo : Hollywood Vidéo (VHS), Bach Films (DVD), Severin (Blu-ray américain All Zone)
  • Date de sortie vidéo : Mai-juin 1983 (VHS), 26 avril 2016 (DVD, Bach), 26 avril 2022 (blu-ray Severin)
  • Box-office Paris-Périphérie : 53 012 entrées
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans (1983), Interdit aux moins de 16 ans (depuis 1990)
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleur (35 mm)
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1982 Metaxa Corp. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Caligula, la véritable histoire est un pur film d’exploitation, voyeur et sans limites, qui fit le bonheur pécunier de Joe d’Amato. L’un de ses meilleurs opus, certes, mais pas pour autant une œuvre de qualité.

Critique : Hasard des calendriers, Caligula, la véritable histoire succède à Creepshow pour le distributeur Arts et Mélodie, puisque ce dernier propose le film une semaine après la sortie du classique de George A. Romero et Stephen King. Bernard Dauman voyait sa société de distribution poursuivre une belle ascension estivale, en survendant le produit bis, fièrement accompagné de la mention en gros « Interdit aux moins de 18 ans ». Evil Dead toujours sous l’égide d’A.M. Films débarquera un mois et demi plus tard pour achever ce bel été de succès pour un distributeur alors en collaboration avec Metropolitan Film Export (Samuel Hadida) qui est présent sur l’affiche de Caligula,  sous la mention  « une sélection Metropolitan Film Export« .

L’omniprésence du péplum érotique en salle

Après le succès du controversé Caligula de Tinto Brass, le genre du péplum cochon a envahi les salles peu regardantes. Caligula, la véritable histoire, sort tout juste une semaine après Les aventures sexuelles de Néron et Poppée deuxième collaboration de Vincent Dawn, donc Bruno Mattei, et du Français Anthony Pass, après Caligula et Messaline (sorti en 1982), qui fera un peu mieux au box-office France, mais pas en cassette vidéo.

En effet, en mai-juin 1983, parallèlement à la sortie salle de Caligula, la véritable histoire, l’éditeur de vidéocassettes ultra culte Hollywood Vidéo paradait avec ce titre de gladiateur racoleur dont ils inséraient la bande-annonce entre Rambo et Evil Dead, deux forces de frappe pour l’indépendant.

Caligula, la véritable histoire, jaquette vidéo

© Metaxa Corp S.A. 1983

Joe d’Amato, deux films en deux semaines au cinéma et des pseudos, beaucoup de pseudos

Caligula ‘la véritable histoire’ est un sacré succès vidéo en 1983, l’un des plus beaux pour son cinéaste, Aristide Massaccesi. Connu sous l’alias Joe d’Amato, ou pour ce long-ci, David Hills, le cinéaste est l’incarnation du faiseur de l’exploitation. Il est également le réalisateur d’Horrible, sorti en province une semaine auparavant, donc le 22 juin 1983, avec George Eastman dans le rôle d’un tueur fou increvable, lui-même scénariste sur Caligula ‘la véritable histoire’, sous le pseudo de Richard Franks.

Une véritable histoire qui n’en est pas une

En fait, au générique de Caligula, tout le monde bosse sous pseudo pour satisfaire les ambitions du producteur Alexander Susmann, donc Aristide Massaccesi qui se cache aussi sous le pseudo de Federico Slonisco pour la photographie, et de David Hills pour le scénario, même s’il n’en a pas écrit une ligne. Eastman avouera avoir livré l’histoire et le scénario, de façon alimentaire, sans avoir effectué la moindre recherche biographique pour coller à la réalité historique dont il se contrefichait. Et au vu du budget réduit, il ne pouvait nullement être question d’une biographie du sulfureux empereur.

Un Caligula pulpeux par David Cain Haughton dans les délices de la perversion

Dans cette débâcle scénaristique assurée (et forcément, quelque part assumée), le comédien britannique David Cain Haughton, connu sous le pseudo de David Brandon (Conqueror, Bloody Bird, Ator 2, Good Morning Babilonia des Taviani, Delirium et Per Sempre, tous deux réalisés par Lamberto Bava) trouve son premier grand rôle de cinéma, après une apparition dans le Jubilee de Derek Jarman. En monstre de décadence et de perversion, le pulpeux acteur a lui-même réécrit beaucoup de ses dialogues et a développé une gestuelle, entre le grotesque du personnage et la finesse ostentatoire, qui sied parfaitement à l’immonde potentat qui viole, torture, assassine, avant de succomber lui-même à ses cauchemars récurrents.

Caligula la véritanle histoire (DVD, Bach Vidéo)

Edition Bach Vidéo, 2016 © Metaxa Corp S.A. 1983. All Rights Reserved

L’acteur est bon et apporte une contrepartie masculine sensuelle à la présence de Laura Gemser, éternelle Black Emanuelle, de nouveau magnifique dans un film qui lui ne l’est pas.

Un montage de 2h00 pour la version italienne non censurée insérant du porno

Les deux égéries du cinéma bis italien se sont tenus à l’écart des scènes hardcore tournés dans leur dos par ce coquin d’Aristide Massaccesi qui a de nouveau fait appel aux services de son ami, le regretté Mark Shannon, disparu en 2018, et vu dans de nombreux longs du cinéaste putassier, dont Porno Holocaust, Le sexe noir et La nuit érotique des morts vivants, disponible en France chez Le Chat qui fume, pour ajouter de la fougue à la scène d’orgie de 10 minutes qui accompagne le montage italien non censuré de 2h00, contre une durée approximative de 1h35 pour la version salle française ou américaine. Au passage, ce processus putassier n’apporte aucune qualité au film tant la musique pastorale plonge surtout l’œuvre dans un bis plus rigolo qu’excitant.

Caligula, la véritable histoire et sa litanie d’actes de barbarie

Film de tous les montages, avec des durées multiples en fonction des pays, de la censure appliquée localement et du format d’exploitation (cinéma, VHS, DVD, Blu-ray), Caligula, la véritable histoire, au-delà de sa poésie macabre, interroge quant à son contenu peu ragoûtant. Artisan du bis rarement exaltant, Aristide Massaccesi avait une étrange passion pour les mélanges des fluides et ce qui a pu fonctionner sur le nécrophile, gore et étrange Blue Holocaust, n’est pas forcément heureux sur Caligula, la véritable histoire où le manque de budget isole les acteurs dans des décors vides, sans trop de foule autour, ce qui forcément diminue l’ampleur du genre historique. Les actes de barbarie viennent donc habiller ponctuellement le script, dans une volonté outrancière de flatter le voyeurisme du spectateur qui n’en demandait pas autant (langue tranchée, homme empalé par une lance qui ressort par la poitrine, femme soulageant un cheval…). Ce trash sans raison n’apporte rien à un ensemble pâlot si ce n’est l’écœurement et une distance par rapport au contenu explicite.

Et pourtant l’un des meilleurs Joe d’Amato

Néanmoins, revu en blu-ray, en version italienne et en anglais, l’ensemble ne démérite pas totalement. Caligula « la véritable histoire », malgré ses faiblesses de budget et narratives, voire son recours aux immondices, se tient dans ses ambitions et semble bien plus solide dans sa réalisation que la plupart des produits que l’auteur du vice sortait à raison d’au moins cinq par an, puisqu’il sévissait aussi dans le porno.

Quarante ans après avoir été réalisé, le scandaleux Caligula « la véritable histoire » n’a pas perdu de ses horreurs, mais ne peut être considéré comme le film du déshonneur pour Aristide Massaccesi que l’on préfèrera sûrement appeler Joe d’Amato pour tout ce que ce nom d’artiste a nourri chez les cinéphiles bisseux des années 70, 80 et 90.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 29 juin 1983

Caligula la véritable histoire, affiche du film de Joe d'Amato (1983)

© Metaxa Corp S.A. 1983

Box-office :

Sorti le 29 juin 1983, Caligula, la véritable histoire devait affronter une lourde concurrence dans son même genre, puisque Les aventures sexuelles de Néron et Poppée, en deuxième semaine, disposait de plus d’écrans. Et les sorties de la semaine était incroyablement bis, sans oublier la reprise d’un authentique grand péplum, Spartacus.

C’est ainsi que, le 29 juin 1983, les spectateurs pouvaient découvrir sur les grands écrans parisiens Le big boss de Shanghai (de l’action chinoise sur 3 écrans en intra muros), le film d’animation érotique Les contes de Grimy (11 écrans dont le naissant Les Forums Cinémas Orient-Express), le nullissime L’émir préfère les blondes, avec Paul Préboist, Roger Carel; Katia Tchenko et Françoise – La morte vivante – Blanchard, par le réalisateur de pornos Alain Payet (trois écrans), L’exécuteur de Hong-Kong, avec Chuck Norris juste avant sa période Cannon Films (11 écrans), On l’appelle catastrophe (8 écrans), la comédie la plus célèbre avec Michel Leeb, mais avec également également Galabru, Darry Cowl, Ibrahim Seck ou Pierre Doris. Bref, tout était dans le titre. On n’oubliera pas de mentionner Les 7 successeurs de Shaolin de Lin Pin (2 cinémas Gaité), le film érotique Sex Stars (3 écrans) et le porno de la semaine signé Joe de Palmer, Les stoppeuses ne portent pas de culotte (4 salles).

Les seuls films non bis étaient Les jocondes, de l’art et essai oublié (3 écrans), et le mainstream Les meilleurs amis de Norman Jewison, avec un couple d’acteurs, Burt Reynolds et Goldie Hawn, qui n’a jamais fait rêver le cinéma français (6 écrans pour cette sortie Warner Bros).

En première semaine, Caligula, la véritable histoire dispose de huit écrans en intra-muros, évidemment tous proposaient des copies en version française. Lourdement interdite aux moins de 18 ans, la production italienne figure essentiellement chez UGC (Danton, Montparnasse, Ermitage, Boulevard, Convention), mais aussi à la Maxéville, au Mistral et au Pathé Clichy.

Avec la banlieue, le total d’écrans s’élève à 15, soit la 5e meilleure exposition parmi les 12 sorties (et reprises), exæquo avec la reprise des Chiens de paille. C’est aussi le 5e démarrage pour son premier jour parisien, avec 4 123 spectateurs. On l’appelle Catastrophe domine de deux têtes avec 5 989 amateurs d’humour franchouillard sur 18 salles sur Paris-Périphérie. Les Contes de Grimy (172 entrées dans 11 salles), L’Emir préfère les blondes (561 sur 9 écrans) et Les meilleurs amis (792 / 9), sont les catastrophes de la semaine.

L'émir préfère les blondes d'Alain Payet, Affiche

© Impex Films – Design : Tealdi by Spadem 1983

A l’issue de cette semaine, Les Monty Python, le sens de la vie demeure premier,  Creepshow  rétrograde en 6e place, se faisant doubler par deux arrivées : On l’appelle catastrophe solide avec 49 538 comiques et la reprise très attendue de Spartacus de Stanley Kubrick. Le péplum de la semaine, c’était lui (39 428).

Caligula le sadique intervient en 10e place avec 26 073 masochistes. Sa deuxième semaine reste convenable avec 14 184 spectateurs dans 13 cinémas, dont le même socle de 8 écrans en intra muros.

Sa troisième semaine le voit perdre pas moins de 7 sites de diffusion. Désormais, seuls les UGC Ermitage/Odéon/Montparnasse/Boulevard et les Arcades le programment dans l’enceinte même de la capitale. Sa moyenne demeure convenable avec 5 744 tortionnaires.

Caligula, la véritable histoire conserve ces 5 écrans en 4e semaine et jouit encore d’une certaine stabilité avec 4 639 spectateurs. Le film trouve même les forces de se hisser au-dessus des 50 000 spectateurs. Seul les Arcades se trouve sous la barre des 1 000 spectateurs par écran. Néanmoins, en 5e semaine, le péplum érotique devra se contenter des Arcades, puisque les sites UGC se pressent de mettre en avant leur produit maison, un autre érotique, Joy. L’empereur décadent n’a plus que 724 serviteurs assujettis à sa cause.

Etat stationnaire en 6e semaine (874 entrées), puis en 7e et ultime semaine de programmation, avec 774 entrées, soit un total gratifiant au vu de la série très B, de 53 012 spectateurs.

Curieusement, aucun cinéma de quartier  ne programmera Caligula, la véritable histoire pour une 8e semaine. La VHS fera l’affaire.

Frédéric Mignard

Jaquette vhs de Caligula, la véritable histoire de David Hill en Hollywood Vidéo

© Metaxa Corp S.A. 1983. All Rights Reserved

Le test blu-ray :

Caligula, la véritable histoire profite d’une édition blu-ray All Zone en 2022 chez nos amis d’outre-Atlantique, Severin Films. A l’instar de la dernière parution française de Caligula chez Bach Films en 2016, on y retrouve le film dans deux montages, l’Américain, Unrated (95min), et l’Italien en version « extended » (121 min).

Compléments & packaging : 4 / 5

Trois longues interviews sont proposées. The Orgy of Power donne la parole à David Haughton Cain, aussi appelé David Brandon. Le Britannique explique comment il s’est retrouvé dans le bis italien, et l’ambiance chaleureuse sur le tournage de Caligula, ainsi que ses bons rapports avec Laura Gemser. On est heureux de le retrouver en forme. C’est tout un pan du cinéma italien qui parle, calme et raffiné ; il est à l’opposé des personnages souvent colériques qu’il incarnait à l’écran.

On apprécie énormément l’entretien avec Luigi Montefiori, alias George Eastman. Le titan de 79 ans (il mesure plus de 2 mètres), aux rôles sauvages, apparaît placide et raffiné, loin des sadiques cruels qu’il a pu incarner à l’écran (Anthropophagous, Horrible…). Il est présent en qualité de scénariste et nous dévoile comment et pour quoi il a travaillé sur ce long métrage dont il n’a pas vraiment écrit les scènes érotiques graphiques.

Photo de Caligula, la véritable histoire

© 2022 Severin Films. © Metaxa Corp S.A. 1983. All Rights Reserved

Dernière interview et la plus émouvante, l’on découvre Mark Shannon (ou Manlio Cersosimo de son vrai nom), peu avant sa mort en 2018. L’acteur de films pornographiques des années 70-80, explique son aventure dans le cinéma d’exploitation italien, avec quelque amertume par rapport à son salaire et ses scènes qui étaient réexploitées dans bien d’autres films dont il n’avait pas connaissance de l’existence. Il revient avec respect sur Joe d’Amato, décidément parti trop tôt, et Luigi Montefiori / George Eastman.

Dix minutes de scènes coupées, dont un prégénérique et un générique avec musique, sont présentées en anglais ou italien.

Une bande-annonce britannique pour une VHS locale a également été mise en bonus.

Le collector contient par ailleurs sur un deuxième disque (CD) l’excellente bande originale. La B.O. est constituée de 24 pistes, soit environ 70 minutes d’un score qui n’a absolument rien de nanardesque, bien au contraire. Il est l’un des points forts du film.

L’image : 4 / 5

Les deux versions proposent une image restaurée en 2K avec une belle luminosité et un contraste gratifiant. Les scènes de plage sont moins attrayantes, quelques petits défauts subsistent, rien qui ne puisse gâcher la revoyure de cette œuvre qui a longtemps souffert des souvenirs d’une VHS épouvantable.

Le son : 3 / 5

Très décevant. Autant l’image est solide, autant le son DTS HD Master Audio est faiblard, sourd, et peu pêchu. La bande originale a heureusement ses moments.

Frédéric Mignard

Blu-ray Severin Films de Caligula, la véritable histoire

© Metaxa Corp S.A. 1983. All Rights Reserved

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